
Thème principal : Sécurité et prospérité du foyer : apaiser les dangers intérieurs et extérieurs tout en installant la prospérité, la fécondité, la cohésion et la protection de la vie par des rites atharvaniques. Sous-thèmes : (1) Śānti de la chaleur dangereuse et sa conversion en protection (Agni comme feu immanent). (2) Accroissement paustika : réserves, champs, bétail, bhaga et varcas (prospérité souveraine et éclat public). (3) Restauration de la fécondité et suppression/transfert de la stérilité. (4) Protection des directions et des limites (dik-rakṣā ; garde des quartiers et des frontières).
AV 3.21 est un hymne de pacification (śānti) qui s’adresse à Agni dans ses multiples formes immanentes — présent dans les eaux, les pierres, les plantes et le corps humain — afin que toute chaleur dangereuse soit apaisée et convertie en puissance protectrice. En offrant à plusieurs reprises l’oblation (havis) « à ces Agni », il apaise surtout l’aspect kravyād (kravyād), dévoreur de chair et périlleux, et rétablit Agni comme Vaiśvānara, le feu universel qui soutient la vie. Sa force réside dans la nomination des lieux cachés et des degrés d’Agni : ainsi, toute source possible de brûlure nuisible est rituellement « couverte » et transformée en bien‑être, splendeur et ordre sûr.
Cet hymne paustika concentre et transfère vers le pratiquant la prospérité souveraine (bhaga) et l’éclat/la prestance publique (varcas), en invoquant des archétypes de suprématie — surtout l’éléphant, le plus éminent des animaux. Par Agni, transformateur rituel, et par l’ample portée des quatre directions, l’hymne vise à rendre le récitant varcasvin : visiblement rayonnant, socialement dominant et couronné de succès. Ses mantras fonctionnent comme une formule d’auto-onction et d’investiture de puissance, qui modèle une préséance de type royal et une maîtrise étendue (indriya).
AV 3.23 est un hymne domestique de fécondité et de guérison de la stérilité : il traite l’infécondité (vehát) comme un défaut amovible et transférable et rend à la femme sa capacité de concevoir. Par un acte de parole de déplacement et par l’appel à une « semence » propice et à des herbes divines, la sukta vise à rétablir prajā/garbha (progéniture et grossesse), en favorisant explicitement la conception réussie et le port d’un fils.
AV 3.24 est un hymne paustika qui «installe» l’abondance dans les réserves et les champs d’un foyer en invoquant un flux inépuisable (akṣiti), figuré comme une source aux multiples courants. Il appelle la prospérité non comme un vœu vague, mais comme une puissance organisée — qui rassemble, administre et distribue le grain — tout en lavant la souillure/le maléfice, à la manière de rivières nourries par la pluie. La visée opératoire de l’hymne est une augmentation stable et reproductible : une richesse qui ne diminue pas, ne se gâte pas et ne s’échappe pas.
AV 3.25 est un hymne de vaśīkaraṇa mû par Kāma, visant à allumer chez la personne visée un désir inquiet, à briser sa résistance et à la contraindre à s’approcher, à parler avec douceur et à s’attacher exclusivement. Le désir y est figuré comme une arme — la flèche terrifiante de Kāma —, tout en mobilisant l’autorité contraignante de Mitra–Varuṇa pour dissoudre la volonté indépendante et placer l’individu sous emprise.
AV 3.26 est un hymne de protection de soi selon les directions (dik-rakṣā) qui assure l’espace rituel en s’adressant aux divinités postées dans les quartiers et en sollicitant leur faveur plutôt que leur nuisance. Chaque strophe identifie un quartier, nomme son groupe de gardiens et traite une force cosmique (p. ex. Agni, Vāta) comme leurs « flèches », transformant ainsi une puissance de projectile potentiellement dangereuse en tutelle protectrice. Le refrain répété — « sois favorable, parle au-dessus de nous ; à toi la révérence, à toi svāhā » — fonctionne à la fois comme apaisement et comme scellement d’une frontière protectrice.
Ce bref rakṣā-sūkta assure la frontière rituelle en invoquant les Quartiers personnifiés (Diśaḥ) avec leurs régents (adhipati), leurs gardiens (rakṣitṛ) et leurs forces d’armes — les projectiles personnifiés (iṣavaḥ). Chaque direction est rendue « ferme » par l’hommage et l’enrôlement, et l’hostilité est rituellement rejetée au dehors — « placée dans les mâchoires » des puissances directionnelles —, de sorte que l’espace du sacrifiant devienne inviolable.
AV 3.28 est un hymne paustika visant à affermir et accroître la prospérité du troupeau en « faisant venir » Puṣṭi (l’accroissement nourricier) et Rasa (la sève vitale) au lieu du sacrifiant. Il reconnaît aussi une puissance qui dépérit le bétail, nommée Yaminī (avec les noms apparentés Rifatī, Ruśatī), et transforme cette force dangereuse et intempestive en une śivā — une présence bienveillante et florissante — pour les gens, les champs et les animaux.
AV 3.29 met en scène une logique funéraire et quasi juridique de « rançon » : la part due à Yama est reconnue, puis détournée et acquittée par un don correctement offert — surtout une brebis aux pieds blancs — afin que la personne menacée soit libérée de la revendication de la mort. L’hymne sacralise aussi l’acte de donner et de recevoir (pratigraha), en fondant l’échange dans Kāma (désir/volonté orienté vers un but) et en promettant un mérite inépuisable ainsi qu’une assise sûre dans le monde des Pères.
Cet hymne est un charme de concorde classique de l’Atharvavéda, qui «installe» un même cœur et un même esprit au sein d’une maisonnée ou d’une assemblée, en écartant explicitement la haine et les factions. Il modèle l’unité humaine sur la coopération divine — «comme les dieux ne se séparent pas» — afin que l’accord demeure stable dans la vie quotidienne (soir et matin) et soutienne la prospérité par la cohésion sociale.