
अध्याय २७८: सिद्धौषधानि (Siddha Medicines / Perfected Remedies)
Ce chapitre délaisse la narration des vaṃśa pour une science sacrée appliquée : Agni annonce un exposé de l’Āyurveda, quintessence enseignée par Yama à Suśruta et révélée par le divin Dhanvantari, comme mṛtasañjīvanī—savoir qui rend la vie. Suśruta demande des thérapies et des mantras capables de guérir humains et animaux, voire de ranimer. Dhanvantari livre alors un compendium médical pratique, centré sur l’alimentation et les procédures : conduite des fièvres par jeûne, bouillies, décoctions amères et traitements par étapes ; logique « directionnelle » pour choisir émèse ou purgation ; et pathya (régimes salutaires) pour diarrhée, gulma, jaṭhara, kuṣṭha, meha, rājayakṣmā, śvāsa-kāsa, grahaṇī, arśas, dysurie, vomissements, soif, visarpa et vāta-śoṇita. Le texte ajoute des mesures ORL et ophtalmiques (nasya, remplissage de l’oreille, collyres, lepa), des conseils de rasāyana/vājīkaraṇa (miel et ghee la nuit, préparations de śatāvarī), les soins des plaies, la protection post-partum et des antidotes aux poisons de serpent/scorpion/chien. Il se conclut par une hiérarchie brève des moyens du pañcakarma—trivṛt pour purger, madana pour l’émèse—et par les véhicules optimaux (huile, ghee, miel) selon la prédominance des doṣa.
Verse 1
इत्य् आग्नेये महापुराणे पुरुवंशवर्णनं नाम सप्तसप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः अथाष्टसप्तत्यधिकद्विशततमो ऽध्यायः सिद्धौषधानि अग्निर् उवाच आयुर्वेदं प्रवक्ष्यामि सुश्रुताय यमब्रवीत् देवो धन्वन्तरिः सारं मृतसञ्जीवनीकरं
Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa s’achève le deux-cent-soixante-dix-septième chapitre, intitulé «Description de la lignée de Puru». Commence maintenant le deux-cent-soixante-dix-huitième chapitre : «Remèdes siddha». Agni dit : «J’exposerai l’Āyurveda—l’enseignement que Yama transmit à Suśruta—, à savoir la doctrine essentielle révélée par le divin Dhanvantari, l’essence “mṛtasañjīvanī”, qui rend la vie».
Verse 2
सुश्रुत उवाच आयुर्वेदं मम ब्रूहि नराश्वेभरुगर्दनम् सिद्धयोगान्सिद्धमन्त्रान्मृतसञ्जीवनीकरान्
Suśruta dit : «Enseigne-moi l’Āyurveda—ce savoir qui guérit les afflictions des hommes, des chevaux et des éléphants—; et enseigne-moi les formulations thérapeutiques accomplies et les mantras accomplis qui opèrent la mṛtasañjīvanī, rendant la vie même aux morts.»
Verse 3
धन्वन्तरिर् उवाच रक्षन् बलं हि ज्वरितं लङ्घितं भोजयेद्भिषक् सविश्वं लाजमण्डन्तु तृड्ज्वरान्तं शृतं जलम्
Dhanvantari dit : «En préservant la force du malade, le médecin doit nourrir le fiévreux après le jeûne (allègement thérapeutique). Qu’on lui donne aussi du lāja-maṇḍa, bouillon de riz, préparé avec viśva (gingembre sec) ; et, pour faire cesser la soif et la fièvre, qu’on administre de l’eau bouillie (médicamenteuse).»
Verse 4
मुस्तपर्पटकोशीरचन्दनोदीच्यनागरैः षडहे च व्यतिक्रान्ते तित्तकं पाययेद्ध्रुवं
Avec mustā, parpaṭa, uśīra, candana, udīcya et nāgara—après l’écoulement de six jours—on doit assurément faire boire la décoction amère (tiktaka).
Verse 5
स्नेहयेत्तक्तदोषन्तु ततस्तञ्च विरेचयेत् जीर्णाः षष्टिकनीवाररक्तशालिप्रमोदकाः
On doit d’abord pratiquer l’oléation (snehana) chez le malade atteint de troubles issus du babeurre (takta) ; ensuite, on doit aussi le purger (virecana). Comme régime après la cure, sont recommandées des préparations vieillies de riz ṣaṣṭika, de riz nīvāra, de riz śāli rouge, ainsi que des gâteaux légers (pramodaka).
Verse 6
तद्विधास्ते ज्वरेष्विष्टा यवानां विकृतिस् तथा मुद्गा मसूराश् च णकाः कुलत्थाश् च सकुष्ठकाः
Des préparations de ce genre sont jugées souhaitables dans les fièvres ; de même, l’orge travaillée, ainsi que le haricot mungo (mudga), les lentilles (masūra), le pois chiche (caṇaka) et le horse-gram (kulattha), préparés avec kuṣṭha, sont recommandés.
Verse 7
पक्वदोषन्त्विति ञ आटक्यो नारकाद्याश् च कर्कोटककतोल्वकम् पटोलं सफलं निम्बं पर्पटं दाडिमं ज्वरे
Dans la fièvre où les doṣa sont à l’état « cuit/mûr » (pakva), les connaisseurs prescrivent le groupe commençant par āṭakī et nāraka, ainsi que karkoṭaka et katolva ; de même, paṭola, nimba (avec son fruit), parpaṭa et la grenade sont salutaires dans la fièvre.
Verse 8
अधोगे वमनं शस्तमूर्ध्वगे च विरेचनम् रक्तपित्ते तथा पानं षडङ्गं शुण्ठिवर्जितम्
Lorsque l’affection se dirige vers le bas, l’émèse (vamana) est recommandée ; lorsqu’elle se dirige vers le haut, la purgation (virecana). De même, dans le raktapitta, on doit faire boire la préparation « ṣaḍaṅga », en excluant le gingembre sec (śuṇṭhī).
Verse 9
शक्तुगोधूमलाजाश् च यवशालिमसूरकाः सकुष्ठचणका मुद्गा भक्ष्या गोधूमका हिताः
La farine grillée (saktu), le blé et le riz soufflé (lāja), ainsi que l’orge, le riz, la lentille rouge (masūra) et le pois chiche (caṇaka) préparés avec kuṣṭha, et le haricot mungo (mudga) : tels sont des aliments recommandés. Les mets à base de blé sont salutaires.
Verse 10
साधिता घृतदुग्धाभ्यां क्षौद्रं वृषरसो मधु अतीसारे पुराणानां शालीनां भक्षणं हितं
En cas de diarrhée, il est bénéfique de prendre une préparation cuite avec du ghee et du lait, accompagnée de miel, du suc de vṛṣa (extrait médicinal) et de madhu (miel) ; et il est salutaire de consommer du riz śāli ancien (riz vieilli).
Verse 11
अनभिष्यन्दि यच्चान्नं लोध्रवल्कलसंयुतम् मारुतं वर्जयेद् यत्नः कार्यो गुल्मेषु सर्वथा
On doit prendre une nourriture non obstructive (anabhisyandi), mêlée d’écorce de lodhra ; et l’on doit, avec soin, éviter tout ce qui aggrave vāta (le vent). Dans les cas de gulma, cette vigilance doit être observée de toutes les manières.
Verse 12
वाट्यं क्षीरेण चाश्नीयाद्वास्तूकं घृतसाधितं गोधूमशालयस्तिक्ता हिता जठरिणामथ
On doit manger le vāṭya avec du lait, et le vāstūka cuit au ghee. Le blé, le riz śāli, l’orge, ainsi que les aliments ou plantes au goût amer sont bénéfiques à ceux qui souffrent de jaṭhara-roga (affection abdominale/digestive).
Verse 13
गोधूमशालयो मुद्गा ब्रह्मर्क्षखदिरो ऽभया पञ्चकोलञ्जाङ्गलाश् च निम्बधात्र्यः पटोलकाः
Sont énumérés : le blé et le riz śāli ; le mudga (haricot mungo) ; brahmarkṣa et khadira ; ainsi qu’abhaya (harītakī) ; le groupe pañcakola et le groupe jāṅgala (des régions sèches) ; le neem et dhātrī (āmalakī) ; et paṭolaka (courge pointue).
Verse 14
मातुलङ्गरसाजातिशुष्कमूलकसैन्धवाः कुष्ठिनाञ्च तथा शस्तं पानार्थे खदिरोदकं
Pour ceux qui souffrent de kuṣṭha (affections cutanées), on recommande une boisson composée de jus de mātulaṅga (citron), de jāti (jasmin), de radis séché et de saindhava (sel gemme) ; de même, pour la boisson, l’eau préparée avec khadira (khadira-udaka) est prescrite comme salutaire.
Verse 15
मसूरसुद्गौ पेयार्थे भोज्या जिर्णाश् च शालयः निम्बपर्पटकैः शाकैर् जाङ्गलानां तथा रसः
Pour préparer une bouillie claire (peya), les lentilles et le haricot mungo (mudga) conviennent ; et l’on doit aussi consommer du riz śāli bien vieilli. De même, sont recommandées des préparations de légumes avec le neem et le parpaṭaka, ainsi que le jus/bouillon de viande d’animaux des terres sèches et ouvertes (jāṅgala).
Verse 16
विडङ्गं मरिचं मुस्तं कुष्ठं लोध्रं सुवर्चिका मनःशिला च वालेयः कुष्ठहा मूत्रपेषितः
Vidanga, poivre noir, musta (souchet), kuṣṭha (costus), lodhra, suvarcikā et manaḥśilā (réalgar) : ces substances, avec le vāleya, une fois broyées dans l’urine, forment une préparation qui détruit le kuṣṭha (affection cutanée chronique).
Verse 17
अपूपकुष्ठकुल्माषयवाद्या मेहिनां हिताः यवान्नविकृतिर्मुद्गा कुलत्था जीर्णशालयः
Pour ceux qui souffrent de meha (prameha), sont salutaires l’apūpa (gâteaux), kuṣṭha, kulmāṣa (légumineuses grillées) et les préparations à base d’orge (yava) et autres. Sont également convenables les mets de riz à l’orge, le haricot mungo (mudga), le horse-gram (kulattha) et le riz śāli vieilli.
Verse 18
तिक्तरुक्षाणि शाकानि तिक्तानि हरितानि च तैलानि तिलशिग्रुकविभीतकेङ्गुदानि च
Des légumes amers et desséchants (rukṣa), ainsi que des légumes-feuilles verts amers ; et aussi des huiles — telles que l’huile de sésame, l’huile de śigrū (moringa), l’huile de bibhitaka et l’huile d’ingudī — doivent être employées/prises en compte.
Verse 19
मुद्गाः सयवगोधूमा धान्यं वर्षस्थतञ्च यत् जाङ्गलस्य रसः शस्तो भोजने राजयक्ष्मिणां
Pour ceux qui souffrent de rājayakṣmā (consomption), on recommande le haricot mungo (mudga), des céréales telles que l’orge (yava) et le blé (godhūma), ainsi que tout grain conservé au-delà de la saison des pluies. De même, le jus/bouillon de viande d’animaux du type jāṅgala, des terres sèches, est salutaire comme nourriture.
Verse 20
कौलत्थमौद्गको रास्नाशुष्कमूलकजाङ्गलैः पूपैर् वा विस्करैः सिद्धैर् दधिदाडिमसाधितैः
Une préparation de kulattha (pois cheval) et de mudga (haricot mungo), cuits avec la rāsnā, du radis séché et la chair d’animaux du désert aride; ou bien des gâteaux (pūpa) et de légers oiseaux de chasse (viskara), bien cuits puis apprêtés avec du caillé et de la grenade, est recommandée comme régime thérapeutique.
Verse 21
मातुलङ्गरसक्षौद्रद्राक्षाव्योषादिसंस्कृतैः यवगोधूमशाल्यन्नैर् भोजयेच्छ्वासकासिनं
On nourrira le malade atteint de dyspnée et de toux avec des mets d’orge, de blé et de riz, apprêtés avec du jus de cédrat (mātulaṅga), du miel, des raisins secs et les épices tri-kaṭu (gingembre sec, poivre noir, poivre long), ainsi que d’autres adjuvants similaires.
Verse 22
दषमूलवलारास्नाकुलत्थैर् उपसाधिताः पेयाः पूपरसाः क्वाथाः श्वासहिक्कानिवारणाः
Les bouillies (peya), les soupes/essences tirées de gâteaux (pūpa-rasa) et les décoctions (kvātha) cuites avec daśamūla, valā, rāsnā et kulattha sont des remèdes qui apaisent la dyspnée (śvāsa) et le hoquet (hikkā).
Verse 23
शुष्कमूलककौलत्थमूलजाङ्गलजैरसैः यवगोधूमशाल्यन्नं जीर्णम् सोशीरमाचरेत्
On prendra une nourriture bien digérée—orge, blé et riz—avec des soupes ou sucs préparés de radis séché, de kulattha, de racines et de l’essence de viande d’animaux sauvages, le tout accompagné d’uśīra (vétiver).
Verse 24
सोथवान् सगुडां पथ्यां खादेद्वा गुडनागरम् तक्रञ्च चित्रकञ्चोभौ ग्रहणीरोगनाशनौ
Celui qui souffre d’enflure (œdème) mangera l’harītakī (pathyā) mêlée de jaggery (guda) ; ou bien prendra du jaggery avec du gingembre sec (nāgara). Le babeurre (buttermilk) et le citraka—tous deux—détruisent la maladie de grahaṇī (trouble de la digestion et de l’absorption).
Verse 25
पुराणयवगोधूमशालयो जङ्गलो रसः मुद्गामलकखर्जूरमृद्वीकावदराणि च
Orge ancienne, blé et riz śāli ; l’essence de viande (bouillon) d’animaux du type jaṅgala (des terres sèches) ; ainsi que le haricot mungo (mudga), l’āmalakī, les dattes, les raisins secs et les jujubes — tout cela est recommandé comme aliments sains et salutaires.
Verse 26
मधु सर्पिः पयः शक्रं निम्बपर्पटकौ वृषम् तक्रारिष्टाश् च शस्यन्ते सततं वातरोगिणाम्
Pour les malades atteints de troubles de Vāta, on recommande d’employer régulièrement : le miel, le ghee, le lait, Śakra (préparation/boisson nutritive fortifiante), le neem et le parpaṭaka, vṛṣa (vāsā), ainsi que des ariṣṭa à base de babeurre (préparations médicinales fermentées).
Verse 27
हृद्रोगिणो विरेच्यास्तु पिप्पल्यो हिक्किनां हिताः तक्रावलालसिन्धूनि मुक्तानि शिशिराम्भसा
Les malades du cœur doivent être traités par virecana (purgation). La pippalī (poivre long) est salutaire pour ceux qui souffrent de hoquet. Le babeurre, l’āvalāla (bouillie aigre) et le sel gemme doivent être pris après avoir été dissous ou tempérés dans de l’eau fraîche.
Verse 28
मुक्ताः सौवर्चलाजादि मद्यं शस्तं मदात्यये सक्षौद्रपयसा लाक्षां पिवेच्च क्षतवान्नरः
Pour vaincre l’ivresse excessive (madātyaya), on recommande une liqueur préparée avec muktā (perle), sel noir sauvarcala et autres ingrédients semblables. Et l’homme blessé doit boire de la lākṣā (laque) mêlée de miel et de lait.
Verse 29
भद्राविष्टाश्चेति ख सदामये इति ञ दमात्यये इति ट क्षयं मांसरसाहारो वह्निसंरक्षणाज्जयेत् शालयो भोजने रक्ता नीवारकलमादयः
« (Notes de lecture :) ‘bhadrāviṣṭāś ca’—variante kha ; ‘sadāmaye’—variante ña ; ‘damātyaye’—variante ṭa. » La consomption (kṣaya) est surmontée en prenant comme nourriture le jus/bouillon de viande et en préservant le feu digestif (agni). Dans les repas, on doit employer du riz śāli rouge et des grains tels que nīvāra, kalama, et autres.
Verse 30
यवान्नविकृतिर्मासं शाकं सौवर्चलं शटी पथ्या तथैवार्शसां यन्मण्डं तक्रञ्च वारिणा
Pour les patients souffrant d’hémorroïdes (arśas), sont salutaires les préparations à base d’orge, de māṣa (haricot noir), de légumes-feuilles, de sauvarcala (sel noir), de śaṭī et de pathyā ; de même, le bouillon clair de riz (maṇḍa) et le babeurre (takra), pris avec de l’eau, sont bénéfiques.
Verse 31
मुस्ताभ्यासस् तथा लेपश्चित्रकेण हरिद्रया यवान्नविकृतिः शालिर्वास्तूकं ससुवर्चलम्
L’application régulière de mustā (souchet) et aussi d’un cataplasme préparé avec citraka et curcuma ; une préparation à base d’aliment d’orge ; et l’usage du riz śāli et de vāstūka (verdure), avec suvarcalā—tout cela est prescrit comme mesures et remèdes salutaires.
Verse 32
त्रपुषर्वारुगोधूमाः क्षीरेक्षुघृतसंयुताः मूत्रकृच्छ्रे च शस्ताः स्युः पाने मण्डसुरादयः
Pour la dysurie (mūtrakṛcchra), la courge-bouteille (trapuṣa), le concombre (vāru) et le blé (godhūma), pris avec du lait, du jus de canne à sucre et du ghee, sont tenus pour bénéfiques. Pour la boisson, on prescrit le bouillon clair (maṇḍa), la liqueur fermentée (surā) et des breuvages similaires.
Verse 33
लाजाः शक्तुस् तथा क्षौद्रं शून्यं मांसं परूषकम् वार्ताकुलावशिखिनश्छर्दिघ्नाः पानकानि च
Riz soufflé ou grillé (lājā), farine de grains rôtis (śaktu) et miel (kṣaudra) ; viande maigre (śūnya-māṃsa), fruit parūṣaka ; et préparations d’aubergine, de caille et de paon—tout cela, ainsi que des boissons rafraîchissantes appropriées (pānaka), sont des remèdes qui arrêtent les vomissements.
Verse 34
शाल्यन्नन्तोयपयसी केवलोष्णे शृते ऽपि वा तृष्णाघ्ने मुस्तगुडयोर्गुटिका वा मुखे धृता
Le riz śāli cuit avec de l’eau et du lait—préparé simplement par ébullition (même dans la seule eau chaude)—apaise la soif excessive. Ou bien, une petite pastille faite de mustā et de jaggery, tenue dans la bouche, soulage aussi la soif.
Verse 35
यवान्नविकृतिः पूपं शुष्कमूलकजन्तथा शाकं पटोलवेत्राग्रमुरुस्तम्भविनाशनम्
On dit que les préparations à base de bouillie d’orge, de gâteau d’orge (pūpa) et de radis séché, ainsi que les mets de légumes-feuilles—surtout le patola (courge pointue) et la jeune pointe de la canne (vetrāgra)—détruisent la raideur ou l’obstruction des cuisses (uru-stambha).
Verse 36
मुद्गाढकमसूराणां सतिलैर् जाङ्गलैरसैः ससैन्धवघृतद्राक्षाशुण्ठ्यामलककोलजैः
Des préparations ou bouillons faits de haricot mungo (mudga), de horse-gram (āḍhaka) et de lentilles (masūra), avec du sésame, et avec les sucs de viande d’animaux des terres sèches (jāṅgala-rasa), mêlés à du sel gemme (saindhava), du ghee (ghṛta), des raisins secs (drākṣā), du gingembre sec (śuṇṭhī), de l’āmalakī et du jujube (kola).
Verse 37
यूषैः पुराणगोधूमयवशाल्यन्नमभ्यसेत् विसर्पी ससिताक्षौद्रमृद्वीकादाडिमोदकम्
Le malade atteint de visarpa (affection cutanée diffuse, de type érysipèle) doit prendre régulièrement comme nourriture du blé ancien, de l’orge et du riz śāli, avec des soupes (yūṣa). Il doit aussi prendre une boisson préparée avec sucre et miel, avec raisins secs et grenade.
Verse 38
रक्तयष्टिकगोधूमयवमुद्गादिकं लघु काकमारी च वेत्राग्रं वास्तुकञ्च सुवर्चला
La yaṣṭikā rouge (rakta-yaṣṭikā), le blé, l’orge, le haricot mungo et autres semblables sont légers (faciles à digérer). De même, kākamārī, la jeune pointe de la canne (vetrāgra), vāstuka et suvarcalā sont aussi légers.
Verse 39
वातशोणितनाशाय तोयं शस्तं सितं मधु पथ्या तथैव काशस्य मण्डं तक्रञ्च वारुणमिति ख , ञ , च यूषमिति ख , ज च नाशारोगेशु च हितं घृतं दुर्वाप्रसाधितम्
Pour apaiser le vāta-śoṇita (désordre de vāta avec sang vicié), l’eau est recommandée; de même le sucre, le miel et la harītakī (pathyā). Sont aussi salutaires le maṇḍa (eau de cuisson du riz), le babeurre (takra) et la liqueur fermentée (vāruṇī). (Certaines recensions lisent « yūṣa », c’est-à-dire une soupe de légumineuses.) Pour les maladies comportant des affections nasales, le ghee (ghṛta) préparé avec l’herbe durvā est bénéfique.
Verse 40
भृङ्गराजरसे सिद्धं तैलं धात्रीरसे ऽपि वा नश्यं सर्वामयेष्विष्टं मूर्धजन्तूद्भवेषु च
L’huile cuite dans le suc de bhṛṅgarāja—ou de même dans le suc de dhātrī (āmalakī)—est recommandée pour l’administration nasale (nasya). Elle est salutaire dans toutes les maladies et aussi dans les affections provenant de parasites ou d’infestations touchant la tête et le cuir chevelu.
Verse 41
शीततोयान्नपानञ्च तिलानां विप्र भक्षणम् द्विजदार्ढ्यकरं प्रोक्तं तथा तुष्टिकरम्परम्
Ô brāhmane, boire de l’eau fraîche avec la nourriture et la boisson, et la consommation de sésame par le deux-fois-né, est déclaré conférer force et vigueur au dvija, et procurer une satisfaction suprême, porteuse de mérite.
Verse 42
गण्डूषं तिलतैलेन द्विजदार्ढ्यकरं परं विडङ्गचूर्णं गोमूत्रं सर्वत्र कृमिनाशने
Faire le gandūṣa en gardant de l’huile de sésame dans la bouche comme gargarisme (oil-pulling) est un moyen excellent de fortifier les dents du dvija. La poudre de viḍaṅga et l’urine de vache sont, en toute circonstance, destructrices de vers et de parasites.
Verse 43
धात्रीफलान्यथाज्यञ्च शिरोलेपनमुत्तमम् शिरोरोगविनाशाय स्निग्धमुष्णञ्च भोजनम्
Les fruits de dhātrī (āmalakā) et aussi le ghee constituent une onction excellente pour la tête. Pour détruire les maladies de la tête, il convient de prendre une nourriture onctueuse et chaude.
Verse 44
तैलं वा वस्तमूत्रञ्च कर्णपूरणमुत्तमम् कर्णशूलविनाशाय सर्वशुक्तानि वा द्विज
Soit de l’huile, soit de l’urine de chèvre, est excellent pour remplir l’oreille par instillation (karṇa-pūraṇa). Pour détruire l’otalgie, qu’on emploie toutes ces mesures, ô deux-fois-né.
Verse 45
गिरिमृच्चन्दनं लाक्षा मालती कलिका तथा संयोज्या या कृता वर्तिः क्षतशुक्रहरी तु सा
La terre minérale de montagne (girimṛt), le santal, la laque (lac) et les boutons de jasmin (mālatī)—lorsqu’on les réunit et qu’on en fait une varti (mèche médicamenteuse), cette préparation est dite dissiper les troubles de kṣata (blessure/ulcération) et les défauts de śukra (semen, fluide vital reproducteur).
Verse 46
व्योषं त्रिफलया युक्तं तुच्छकञ्च तथा जलम् सर्वाक्षिरोगशमनं तथा चैव रसाञ्जनं
Le vyoṣa (Trikatu) uni à Triphalā, avec tucchaka et de l’eau—cette préparation, et de même le rasāñjana (extrait de berberis employé en collyre), est dite apaiser toutes les maladies des yeux.
Verse 47
आज्यभृष्टं शिलापिष्टं लोध्रकाञ्जिकसैन्धवैः आश्च्योतनाविनाशाय सर्वनेत्रामये हितम्
Rôti dans le ghee puis broyé sur pierre—avec lodhra, kāñjika (bouillie aigre fermentée) et sel gemme—ce remède est bénéfique pour détruire l’affection nécessitant l’instillation oculaire (āścyotana) et convient à toutes les maladies des yeux.
Verse 48
गिरिमृच्चन्दनैर् लेपो वहिर्नेत्रस्य शस्यते नेत्रामयविघातार्थं त्रिफलां शीलयेत् सदा
Pour prévenir les maladies des yeux, on recommande une application externe (lepa) sur le pourtour de l’œil faite de terre minérale de montagne (girimṛt) et de santal ; et l’on doit toujours recourir à Triphalā afin d’écarter les affections oculaires.
Verse 49
रात्रौ तु मधुसर्पिर्भ्यां दीर्घमायुर्जिजीविषुः शतावरीरसे सिद्धौ वृष्यौ क्षीरघृतौ स्मृतौ
La nuit, celui qui souhaite vivre longtemps doit prendre du miel et du ghee. Le lait et le ghee, préparés dans le suc de śatāvarī, sont tenus par la tradition pour vṛṣya : aphrodisiaques et fortifiants de la vitalité.
Verse 50
कलम्बिकानि माषाश् च वृष्यौ क्षीरघृतौ तथा सर्वशुक्लान्नीति ख आयुष्या त्रिफला ज्ञेया पूर्ववन्मधुकान्विता
Les préparations dites Kalambikā et le haricot noir (māṣa) sont aphrodisiaques ; de même le lait et le ghee (ghṛta). Un régime fait uniquement d’« aliments blancs » est également recommandé. La Triphalā doit être comprise comme favorable à la longévité (āyuṣya), préparée comme précédemment, avec du madhuka (réglisse).
Verse 51
मधुकादिरसोपेता बलीपलितनाशिनी वचासिद्धघृतं विप्र भूतदोषविनाशनम्
Ô brāhmane, le ghee médicinal (ghṛta) cuit avec vacā (acore), pourvu des sucs auxiliaires de madhuka et d’autres ingrédients, détruit rides et cheveux gris, et dissipe les afflictions attribuées aux bhūtas (troubles d’origine spirituelle).
Verse 52
कव्यं बुद्धिप्रदञ्चैव तथा सर्वार्थसाधनम् वलाकल्ककषायेण सिद्धमभ्यञ्जने हितम्
On dit que cette préparation accroît l’intellect et accomplit aussi tous les buts souhaités. Lorsqu’elle est élaborée avec une décoction (kaṣāya) faite de la pâte (kalka) de valā, elle est bénéfique pour l’onction et le massage thérapeutiques (abhyanga).
Verse 53
रास्नासहचरैर् वापि तैलं वातविकारिणाम् अनभिष्यन्दि यच्चान्नं तद्ब्रणेषु प्रशस्यते
Pour les troubles provenant de vāta, on recommande une huile préparée avec rāsnā et sahacara (plantes). Et toute nourriture non abhishyandī (qui n’obstrue pas les canaux et ne provoque pas d’écoulement) est louée comme bénéfique dans les cas de plaies.
Verse 54
शक्तुपिण्डी तथैवाम्ला पाचनाय प्रशस्यते पक्वस्य च तथा भेदे निम्बचूर्णञ्च रोपणे
Śaktupiṇḍī et Āmlā sont louées pour favoriser la digestion ; de même, pour l’ouverture (rupture) d’un abcès mûr, on recommande la poudre de neem afin de faire cicatriser la plaie.
Verse 55
तथा शूच्युपचारश् च बलिकर्म विशेषतः सूतिका च तथा रक्षा प्राणिनान्तु सदा हिता
De même, les observances de pureté et, tout particulièrement, le rite des offrandes bali, ainsi que le régime postnatal (pour la femme en couches) et les mesures de protection—sont toujours salutaires aux êtres vivants.
Verse 56
भक्षणं निम्बपत्राणां सर्पदष्टस्य भेषजम् तालनिम्बदलङ्केश्यं जीर्णन्तैलं यवाघृतम्
Manger des feuilles de neem est un remède pour celui qui a été mordu par un serpent. (On administre aussi) une préparation à base de feuilles de tāla-nimba, d’huile vieillie et d’orge mêlée de ghee.
Verse 57
धूपो वृश्चिकदष्टस्य शिखिपत्रघृतेन वा अर्कक्षीरेण संपिष्टं लोपा वीजं पलाशजं
Pour celui qui a été piqué par un scorpion, on doit administrer une fumigation médicinale (dhūpa) : des graines de lopā issues du palāśa, broyées soit avec du ghee préparé avec des feuilles de śikhī, soit avec le latex laiteux de l’arka.
Verse 58
वृश्चिकार्तस्य कृष्णा वा शिवा च फलसंयुता अर्कक्षीरं तिलं तैलं पललञ्च गुडं समम्
Pour celui qui souffre d’une piqûre de scorpion, prendre kṛṣṇā (poivre noir/poivre long) ou śivā (harītakī) avec son fruit ; puis préparer un mélange à parts égales de « lait » d’arka (latex de Calotropis), de sésame, d’huile de sésame, de palala (pâte de viande/poisson) et de jaggery (sucre brut).
Verse 59
पानाज्जयति दुर्वारं श्वविषं शीघ्रमेव तु पीत्वा मूलं त्रिवृत्तुल्यं तण्डुलीयस्य सर्पिषा
En buvant (cette préparation), on triomphe rapidement même du poison de chien, difficile à neutraliser. Il faut boire, avec du ghee, la racine de taṇḍulīya en quantité égale à celle de trivṛt.
Verse 60
सर्पकीटविषाण्याशु जयत्यतिबलान्यपि चन्दनं पद्मकङ्कुष्ठं लताम्बूशीरपाटलाः
Même les poisons très puissants provenant des serpents et des insectes sont promptement neutralisés par le santal, le padmaka, le kāṅkuṣṭha, la liane (latā), l’ambu, l’uśīra (vétiver) et la pāṭalā.
Verse 61
कन्ठ्यं वृद्धिप्रदञ्चैवेति ख प्रत्युपचारैश्चेति ख कलसंयुतेति क निर्गुण्डी शारिवा सेलुर्लूताविषहरो गदः शिरोविरेचनं शस्तं गुडनागरकं द्विज
«C’est salutaire pour la gorge et cela favorise aussi la croissance (la nutrition)»,—ainsi est-il dit. «Et il convient de l’employer avec les mesures d’accompagnement appropriées (soins post-thérapeutiques)»,—ainsi est-il dit. «(Préparé/utilisé) avec un récipient (kalasa)»,—ainsi est-il dit. La préparation composée de nirguṇḍī, śārivā et selu est un remède qui détruit le venin d’araignée; et pour la purgation de la tête (śirovirecana), on recommande une préparation de jaggery avec du gingembre sec, ô deux-fois-né.
Verse 62
स्नेहपाने तथा वस्तौ तैलं धृतमनुत्तमम् स्वेदनीयः परो वह्निः शीताम्भःस्तम्भनं परम्
Pour l’oléation par ingestion (snehapāna) et pour le lavement médicamenteux (vasti), l’huile et le ghee sont sans égaux. Pour provoquer la sudation (svedana), le feu est l’agent suprême; pour produire le stambhana (retenir/solidifier, arrêter les écoulements), l’eau froide est la meilleure.
Verse 63
त्रिवृद्धि रेचने श्रेष्ठा वमने मदनं तथा वस्तिर्विरेको वमनं तैलं सर्पिस् तथा मधु वातपित्तबलाशानां क्रमेण परमौषधं
Trivṛt est le meilleur remède pour la purgation (recana) ; Madana l’est de même pour l’émèse (vamana). Pour le lavement (vasti), la purgation (vireka) et l’émèse (vamana), les véhicules/adjoints médicinaux suprêmes (anupāna), dans l’ordre convenable pour vāta, pitta et śleṣman (kapha), sont : l’huile, le ghee et le miel.
It emphasizes protecting strength while using langhana (therapeutic fasting/lightening), then staged refeeding with lāja-maṇḍa and medicated water, followed by bitter decoctions and doṣa-appropriate procedures.
By framing medicine as Agneya Vidya—disciplined care aligned with dharma—where maintaining health, purity, and social protection supports steadiness in worship, study, and the pursuit of puruṣārthas.