
Śānti-Śodhana-Kathana (Instruction on the Purification of Śānti) — Agni Purāṇa, Adhyāya 87
Dans la suite de la Nirvāṇa-dīkṣā, le Seigneur Īśvara enseigne comment la Vidyā (discipline mantrique) doit être jointe, selon la règle, à la Śānti (rite d’apaisement), en indiquant la dissolution doctrinale des deux principes (Bhāveśvara et Sadāśiva) dans l’état de Śānti. Le chapitre passe ensuite à une cartographie technique des correspondances phonémiques et cosmiques (notamment les lettres ha et kṣa) et énumère les formes de Rudra établies pour l’opération de Śānti. Une formulation du Puruṣa en douze pāda est donnée comme litanie de l’omniprésence de Śiva, avec des appuis rituels tels que des couplages kavaca/mantra, des notions de bīja, des références aux nāḍī et aux vāyu, et des corrélations entre sens et objets. Le pratiquant est instruit des actions opératoires—tāḍana (impulsion), bheda (clivage), praveśa (insertion) et viyojana (séparation)—puis de l’intériorisation et du dépôt d’une kalā dans le kuṇḍa. Le rite comprend une requête formelle (vijñāpanā), l’installation de la caitanya, l’implantation du « sein » dans la Devī, des applications de type nyāsa pour la génération et la purification du corps, le relâchement et la coupure du pāśa (lien) par japa et homa, des Astra-mantras, des offrandes de redevance (śulka) symbolisées par buddhi et ahaṅkāra, et s’achève par l’octroi de l’amṛta-bindu et l’offrande d’achèvement pūrṇāhuti—soulignant une purification accomplie sans affliction.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये निर्वाणदीक्षायां विद्याविशोधनं नाम षडशीतितमो ऽध्यायः अथ सप्ताशीतितमो ऽध्यायः शान्तिशोधनकथनं ईश्वर उवाच सन्दध्यादधुना विद्यां शान्त्या सार्धं यथाविधि शान्तौ तत्त्वद्वयं लीनं भावेश्वरसदाशिवौ
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, au sein du sujet de la Nirvāṇa-dīkṣā, s’achève le quatre-vingt-sixième chapitre intitulé « Purification de la Vidyā (discipline mantrique) ». Commence maintenant le quatre-vingt-septième chapitre : « Exposé sur la purification de Śānti (rite pacificateur) ». Le Seigneur dit : « À présent, selon la règle, qu’on unisse correctement la Vidyā avec Śānti. Dans Śānti, deux principes se résorbent : Bhāveśvara et Sadāśiva. »
Verse 2
छेदनं भेदनं तेषां बहुलीकरणन्तथा इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः हकारश् च क्षकारश् च द्वौ वर्णौ परिकीर्तितौ रुद्राः समाननामानो भुवनैः सह तद्यथा
« Leurs opérations sont décrites comme la coupe (chedaṇa), la fente/la division (bhedana) et aussi la multiplication ou expansion (bahulīkaraṇa) »—ainsi lit-on dans la variante marquée du livre. Les lettres ‘ha’ et ‘kṣa’ sont déclarées être deux phonèmes distincts. Les Rudra, portant des noms identiques avec les mondes, sont comme suit :
Verse 3
प्रभवः समयः क्षुद्रो विमलः शिव इत्य् अपि घनौ निरञ्जनाकारौ स्वशिवौ दीप्तिकारणौ
On l’appelle Prabhava (la Source), Samaya (l’Ordre régulateur), Kṣudra (le subtil/minuscule), Vimala (l’Immaculé) et aussi Śiva (l’Auspicious). Il est dense et tout-pénétrant, de la forme du Nirañjana (sans souillure) ; établi de lui-même comme Śiva, il est la cause de la radiance (illumination).
Verse 4
त्रिदशेश्वरनामा च त्रिदशः कालसज्ज्ञकः सूक्ष्माम्बुजेश्वरश्चेति रुद्राः शान्तौ प्रतिष्ठिताः
Les Rudra établis pour le rite de Śānti (apaisement/paix) sont : l’un nommé Tridaśeśvara, un autre Tridaśa, l’un connu sous le nom de Kāla, et (un autre) Sūkṣmāmbujeśvara. Ces Rudra sont établis dans la Śānti.
Verse 5
व्योमव्यापिने व्योमव्याप्यरूपाय सर्वव्यापिने शिवाय अनन्ताय अनाथाय अनाश्रिताय ध्रुवाय शाश्वताय योगपीठसंस्थिताय नित्ययोगिने ध्यानाहारायेति द्वादशपादानि पुरुषः कवचौ मन्त्रौ वीजे विन्दूपकारकौ अलम्बुषायसानाड्यौ वायू कृकरकर्मकौ
« Hommage à Śiva qui pénètre le ciel, dont la forme même est omniprésente comme le ciel, qui pénètre tout ; à l’Infini, Protecteur des sans-appui, Indépendant, Immuable, Éternel ; à Celui qui demeure sur le Yogapīṭha, le toujours-attelé (nitya-yogin), dont la “nourriture” est la méditation (dhyāna). » Tels sont les douze “pieds” (pāda) du Puruṣa. Deux servent de kavaca et de mantras ; les deux syllabes-semences (bīja) sont dites “bindu” et “upakāraka”. Il enseigne encore les deux nāḍī : Alambuṣā et Yaśā ; et les deux vāyu : (Prāṇa) et Kṛkara, avec leurs fonctions propres.
Verse 6
इन्द्रिये त्वक्करावस्या स्पर्शस्तु विषयो मतः गुणौ स्पर्शनिनादौ द्वावेकः कारणमीश्वरः
Pour cette faculté sensorielle — la peau (tvak) — l’objet (viṣaya) est tenu pour être le toucher. Ses qualités sont au nombre de deux : le contact tactile et le son ; tandis que la cause ultime, unique, est le Seigneur (Īśvara).
Verse 7
तुर्म्यावस्थेति शान्तिस्थं सम्भाव्य भुवनादिकं विदध्यात्ताडनं भेदं प्रवेशञ्च वियोजनं
Après avoir contemplé l’état (mantrique) nommé « turmyā-avasthā » comme demeurant dans la Śānti (pacification), et après avoir projeté mentalement les mondes et domaines connexes (bhuvana-ādika), on doit ensuite accomplir les rites opératifs : tāḍana (frapper/impulser), bheda (scinder/provoquer la dissension), praveśa (entrée/insertion ou prise) et viyojana (séparation/disjonction).
Verse 8
आकृष्य ग्रहणं कुर्याच्छान्तेर्वदनसूत्रतः आत्मन्यारोप्य सङ्गृह्य कलां कुण्डे निवेशयेत्
L’ayant attiré vers soi, on doit le saisir selon le mantra de la bouche (vadanā-sūtra) du rite de Śānti ; puis, l’ayant posé sur soi et l’ayant recueilli, on déposera cette kalā (portion subtile/énergie) dans la fosse à feu (kuṇḍa).
Verse 9
ईशं तवाधिकारे ऽस्मिन् मुमुक्षुं दीक्षयाम्यहं भव्यं त्वयानुकूलेन कुर्यात् विज्ञापनामिति
«Ô Seigneur (Īśa), dans ta juridiction en cette affaire, j’administre la dīkṣā à ce chercheur de délivrance (mumukṣu). Que le rite auspicious s’accomplisse avec ta faveur ; telle est la requête formelle.»
Verse 10
आवाहनादिकं पित्रोः शिष्यस्य ताडनादिकं अपाठः व्योमव्यापकरूपाय इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः व्योमरूपायेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः ध्यायपरायेति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः व्यानाहारायेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः भाव्यं त्वया च शुद्धेन इति ग, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः विधायादाय चैतन्यं विधिनाअत्मनि योजयेत्
Après avoir accompli les rites prescrits, tels que l’invocation (āvāhana) et le reste, et en observant la discipline correcte entre maître et disciple selon la règle, on doit, dans l’ordre rituel requis, « prendre et installer » le principe de conscience (caitanya) et l’unir en soi (ātman).
Verse 11
पूर्ववत् पितृसंयोगं भावयित्वोद्भवाख्यया हृत्सम्पुटात्मवीजेन देवीगर्भे नियोजयेत्
Comme précédemment, après avoir contemplé l’union avec le principe paternel (pitṛ), on doit—par la (force/mantra) nommée « Udbhavā » et par la semence du Soi (ātma-bīja) placée dans l’enclos du lotus du cœur—implanter (cette puissance) dans le sein de la Déesse (Devī).
Verse 12
देहोत्पत्तौ हृदा पञ्च शिरसा जन्महेतवे शिखया वाधिकाराय भोगाय कवचाणुना
Pour la manifestation du corps, (le mantra) doit être appliqué cinq fois avec le cœur ; avec la tête, pour la cause de la naissance ; avec la śikhā (touffe du sommet), pour l’autorité ; avec le mantra d’armure (kavaca), pour la jouissance légitime ; et avec le mantra d’arme (astra), pour la protection.
Verse 13
लयाय शस्त्रमन्त्रेण श्रोतःशुद्धौ शिवेन च तत्त्वशुद्धौ हृदा ह्य् एवं गर्भाधानादि पूर्ववत्
Pour la dissolution (laya), on doit employer le mantra Śastra ; pour la purification des canaux (śrotaḥ-śuddhi), le mantra de Śiva ; et pour la purification des principes (tattva-śuddhi), le Hṛd(-mantra). Ainsi doivent être accomplis, comme précédemment exposé, les rites commençant par le garbhādhāna (conception).
Verse 14
वर्मणा पाशशैथिल्यं निष्कृत्यैवं शतं जपेत् मलशक्तितिरोधने शस्त्रेणाहुतिपञ्चकं
Par le mantra protecteur Varma, on doit relâcher les liens du nœud (pāśa) ; puis, à titre d’expiation (prāyaścitta), on le récitera cent fois. Pour voiler ou repousser les forces d’impureté (mala-śakti), on offrira cinq oblations (āhuti) en se servant du Śastra comme moyen rituel.
Verse 15
एवं पाशवियोगे ऽपि ततः सप्तास्त्रजप्तया छिन्द्यादस्त्रेण कर्तर्या पाशान्वीजवता यथा
Ainsi, même dans le procédé de délivrance des liens (pāśa-viyoga), après avoir récité sept fois le mantra-arme (astra), on tranchera les nœuds du lasso avec l’arme « ciseaux/coupeuse », comme on coupe avec un instrument prompt et tranchant.
Verse 16
ॐ हौं शान्तिकलापाशाय हः हूं फट् विसृज्य वर्तुलीकृत्य पाशमन्त्रेण पूर्ववत् घृतपूर्णे श्रुवे दत्वा कलास्त्रेणैव होमयेत्
En prononçant : « Oṃ hauṃ—au Śānti-kalā Pāśa—haḥ hūṃ phaṭ », on doit projeter la force du mantra et la disposer en cercle ; puis, comme auparavant, en employant le Pāśa-mantra, après avoir déposé le ghṛta (beurre clarifié) dans la śruva (cuiller) remplie, on accomplira le homa au moyen même du Kalāstra (arme-mantra).
Verse 17
अस्त्रेण जुहुयात् पञ्च पाशाङ्कुशनिवृत्तये प्रायश्चित्तनिषेधाय दद्यादष्टाहुतीरथ
On offrira cinq oblations (āhuti) avec le mantra Astra afin d’écarter le lasso (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa) qui lient ; puis, pour prévenir la nécessité d’autres expiations, on offrira huit oblations.
Verse 18
ॐ हः अस्त्राय हूं फट् हृदेश्वरं समावाह्य कृत्वा पूजनतर्पणे विदधीत विधानेन तस्मै शुल्कसमर्पणं
En récitant le mantra « Oṃ haḥ—à l’Astra (l’Arme)—hūṃ phaṭ », on doit invoquer (āvāhya) Hṛdeśvara ; puis, après avoir accompli l’adoration et l’offrande de libation (tarpaṇa), on lui présentera, selon le rite prescrit, le dû honorarium d’offrande (śulka).
Verse 19
ॐ हां ईश्वर बुद्ध्यहङ्कारौ शुल्कं गृहाण स्वाहा निःशेषदग्धपाशस्य पशोरस्येश्वर त्वया न स्थेयं बन्धकत्वेन शिवाज्ञां श्रावयेदिति
« Oṃ, hāṃ. Ô Īśvara, reçois l’honorarium (śulka) fait de buddhi (intellect) et d’ahaṅkāra (sens du moi) ; svāhā. Ô Seigneur, pour ce “paśu” sacrificiel dont les liens (pāśa) ont été entièrement brûlés, ne demeure pas comme un lieur ; au contraire, proclame l’ordre de Śiva. »
Verse 20
एकं पाशवियोगार्थमिति ग, घ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ ह्य् ऐमिति क, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ ओमिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ यैमिति घ, चिह्नितपुस्तकपाठः विसृजेदीश्वरन्देवं रौद्रात्मानं नियोजयेत् ईषच्चन्द्रमिवात्मानं विधिनाअत्मनि योजयेत्
« Une (syllabe/formule) sert à la séparation du pāśa (lien) »—ainsi lisent certains manuscrits marqués ; d’autres lisent « Oṃ hy aiṃ », certains « Oṃ », et d’autres « Oṃ yaiṃ ». Après cette récitation, on doit relâcher (visṛje) la Divinité souveraine, puis orienter le rite vers la nature de Rudra. Selon la règle, on unira le soi dans le Soi, tel le croissant de lune qui se lève faiblement.
Verse 21
सूत्रे संयोजयेदेनं शुद्धयोद्भवमुद्रया दद्यात् मूलेन शिष्यस्य शिरस्यमृतविन्दुकं
Il doit attacher (l’élément/l’amulette consacrée) au fil rituel (sūtra) au moyen de la mudrā Śuddhayodbhava ; puis, par le mūla-mantra (mantra racine), il doit conférer sur la tête du disciple une goutte de nectar (amṛta-bindu).
Verse 22
विसृज्य पितरौ वह्नेः पूजितौ कुसुमादिभिः दद्यात् पूर्णां विधानज्ञो निःशेषविधिपूरणीं
Après avoir congédié avec respect les deux êtres ancestraux du feu sacré—une fois qu’ils ont été honorés par des fleurs et autres offrandes—celui qui connaît la procédure rituelle doit présenter la pūrṇā (l’« offrande d’achèvement »), qui accomplit sans reste l’ensemble des rites prescrits.
Verse 23
अस्यामपि विधातव्यं पूर्ववत्ताडनादिअकं स्ववीजन्तु विशेषः स्याच्छुद्धिः शान्तेरपीडिता
Dans ce rite aussi, on accomplira comme auparavant les actes tels que la frappe (tāḍana) et les autres; toutefois, la particularité est l’emploi de son propre bīja (syllabe-graine mantrique). Par ce rite d’apaisement, la purification s’accomplit sans infliger d’affliction.
Śānti—the pacificatory rite itself—is purified through a structured sequence of mantra, visualization, operative actions (tāḍana/bheda/praveśa/viyojana), homa, and concluding completion offerings, framed within Nirvāṇa-dīkṣā.
By ritually loosening and cutting pāśa (bondage), installing caitanya, and integrating Śiva-command (śivājñā) into the disciple’s transformation; the rite symbolically burns residual binding factors and culminates in completion (pūrṇā), supporting liberation-oriented initiation.
The chapter specifies tāḍana (impelling/striking), bheda (splitting), praveśa (insertion/entry), and viyojana (separation), followed by kalā collection and deposition into the kuṇḍa, plus japa/homa counts (e.g., 100 japa; five and eight oblations) for pāśa-viyoga.