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Śubha-vrata (Dvādaśī-vrata) vidhiḥ tathā Kubjākāmra-tīrtha-māhātmya
Ritual-Manual and Tīrtha-Māhātmya (Vow Instruction with Sacred Geography)
Dans l’horizon d’enseignement de Varāha et de Pṛthivī, le chapitre expose un vrata vaiṣṇava fondé sur la discipline du calendrier, l’éthique du dāna et le soin rituel des « formes de la terre ». Il prescrit une initiation en Mārgaśīrṣa, un jeûne suivant des tithis déterminants, puis l’accomplissement en Dvādaśī par la pūjā, la récitation des noms de Hari et un dāna structuré aux Brāhmaṇas invités. Le récit se tourne ensuite vers un exemplum : un roi ancien observe le vœu, reçoit l’épiphanie de Viṣṇu, demande un fils savant et vertueux ainsi qu’un séjour final auspicious, et obtient la délivrance. Un repère éco-sacré apparaît lorsqu’un amra (manguier) devient « kubja », fondant le Kubjākāmra tīrtha, où la mort est dite procurer la libération, reliant mérite rituel et sanctification de la terre.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । शृणु राजन् महाभाग व्रतानामुत्तमं व्रतम् । येन सम्प्राप्यते विष्णुः शुभेनैव न संशयः ॥ ५५.१ ॥
Agastya dit : «Écoute, ô roi fortuné, le plus excellent des vœux ; par lui l’on atteint Viṣṇu par une pratique de bon augure, sans aucun doute.»
Verse 2
मार्गशीर्षेऽथ मासे तु प्रथमह्नात् समारभेत् । एकभक्तं सिते पक्षे यावत् स्याद् दशमी तिथिः ॥ ५५.२ ॥
Ensuite, au mois de Mārgaśīrṣa, on doit commencer dès le premier jour ; durant la quinzaine claire, on ne prendra qu’un seul repas par jour, jusqu’à l’arrivée du dixième jour lunaire (Daśamī).
Verse 3
ततो दशम्यां मध्याह्ने स्नात्वा विष्णुं समर्च्य च । भक्त्या संकल्पयेत् प्राग्वद् द्वादशीं पक्षतो नृप ॥ ५५.३ ॥
Puis, le dixième jour lunaire, à midi, après s’être baigné et avoir honoré Viṣṇu comme il convient, qu’il prenne avec dévotion le saṅkalpa pour l’observance du douzième jour lunaire, comme indiqué précédemment, selon la quinzaine, ô roi.
Verse 4
तामप्येवमुषित्वा च यवान् विप्राय दापयेत् । कृष्णायेति हरिर्वाच्यो दाने होमे तथार्च्चने ॥ ५५.४ ॥
L’ayant aussi observé de cette manière, qu’on donne de l’orge (yava) à un brāhmane. Dans le don, dans l’offrande au feu (homa) et de même dans l’adoration, Hari doit être invoqué par la formule «pour Kṛṣṇa».
Verse 5
चातुर्मास्यमथैवं तु क्षपित्वा राजसत्तम । चैत्रादिषु पुनस्तद्वदुपोष्य प्रयतः सुधीः । सक्तुपात्राणि विप्राणां सहिरण्यानि दापयेत् ॥ ५५.५ ॥
Ayant ainsi accompli l’observance du Cāturmāsya, ô meilleur des rois, l’homme sage et discipliné doit de nouveau jeûner de la même manière durant les mois commençant par Caitra ; et il doit faire offrir aux brahmanes des bols de farine grillée (saktu) accompagnés d’or.
Verse 6
श्रावणादिषु मासेषु तद्वच्छालिं प्रदापयेत् । त्रिषु मासेषु यावच्च कार्त्तिकस्यादिरागतः ॥ ५५.६ ॥
Dans les mois commençant par Śrāvaṇa, qu’on donne aussi du riz en aumône de la même manière ; et qu’on poursuive durant trois mois, jusqu’à l’arrivée du début de Kārttika.
Verse 7
तमप्येवं क्षपित्वा तु दशम्यां प्रयतः शुचिः । अर्चयित्वा हरिं भक्त्या मासनाम्ना विचक्षणः ॥ ५५.७ ॥
Ayant ainsi traversé cette période, au dixième jour (Daśamī), l’homme discipliné et purifié doit adorer Hari avec dévotion ; et l’homme clairvoyant doit le faire en récitant la formule portant le nom du mois approprié.
Verse 8
संकल्पं पूर्ववद् भक्त्या द्वादश्यां संयतेन्द्रियः । एकादश्यां यथाशक्त्या कारयेत् पृथिवीं नृप ॥ ५५.८ ॥
Le jour de Dvādaśī, avec dévotion et les sens maîtrisés, on doit prendre le saṅkalpa (l’intention-vœu) comme auparavant ; et le jour d’Ekādaśī, ô roi, on doit faire accomplir le rite pour Pṛthivī selon ses moyens.
Verse 9
काञ्चनाङ्गां च पातालकुलपर्वतसंयुताम् । भूमिन्यासविधानेन स्थापयेत् तां हरेः पुरः ॥ ५५.९ ॥
Et l’on doit installer cette forme—aux membres d’or et associée au clan des montagnes du Pātāla—selon la méthode prescrite de tracé au sol (bhūmi-nyāsa), en la plaçant devant Hari.
Verse 10
सितवस्त्रयुगच्छन्नां सर्वबीजसमन्विताम् । सम्पूज्य प्रियदत्तेति पञ्चरत्नैर्विचक्षणः ॥ ५५.१० ॥
L’homme avisé, après l’avoir honorée par un culte respectueux, doit faire l’offrande dite « donnée avec affection » (priyadattā), en couvrant le don d’une paire de vêtements blancs et en l’assortissant de toutes sortes de semences, avec les cinq gemmes.
Verse 11
जागरं तत्र कुर्वीत प्रभाते तु पुनर्द्विजान् । आमन्त्र्य संख्यया राजंśचतुर्विंशति यावतः ॥ ५५.११ ॥
Qu’il y veille en ce lieu; puis, à l’aube, ô Roi, qu’il invite de nouveau avec honneur les « deux-fois-nés » (dvija), en nombre compté, jusqu’à vingt-quatre.
Verse 12
तेषां एकैकशो गां च अनड्वाहं च दापयेत् । एकैकं वस्त्रयुग्मं च अङ्गुलीयकम् एव च ॥ ५५.१२ ॥
À chacun d’eux, l’un après l’autre, qu’il fasse donner une vache et un bœuf (anadwāha); et de même, à chacun, une paire de vêtements et aussi un anneau.
Verse 13
कटकार्णि च सौवर्णकर्णाभरणकानि च । एकैकं ग्राममेतॆषां राजा राजन् प्रदापयेत् ॥ ५५.१३ ॥
Et (qu’il donne) des bracelets aussi, ainsi que des ornements d’oreilles en or; et, ô Roi, que le souverain fasse attribuer à chacun d’eux un village.
Verse 14
तन्मध्यमं सयुग्मं तु सर्वमाद्यं प्रदापयेत् । स्वशक्त्याभरणं चैव दरिद्रस्य स्वशक्तितः ॥ ५५.१४ ॥
Qu’on donne d’abord tout ce qui est de qualité moyenne, et par paires. Et qu’on procure aussi des ornements à un pauvre, selon sa propre capacité.
Verse 15
यथाशक्त्या महीṃ कृत्वा काञ्चनीं गोयुगं तथा । वस्त्रयुग्मं च दातव्यं यथाविभवशक्तितः ॥ ५५.१५ ॥
Selon sa capacité, après avoir préparé en offrande une représentation de la Terre faite d’or—et de même une paire de vaches—il convient aussi de donner une paire de vêtements, selon ses moyens et sa puissance.
Verse 16
गां युग्माभरणात् सर्वं सहिरण्यं च कारयेत् । एवं कृते तथा कृष्णशुक्लद्वादश्यमेव च ॥ ५५.१६ ॥
Il faut organiser l’offrande d’une vache avec des ornements par paires, et faire préparer toute chose avec de l’or. Cela fait, (le rite) doit être accompli précisément au douzième jour lunaire, Dvādaśī, qu’il soit dans la quinzaine sombre ou dans la quinzaine claire.
Verse 17
रौप्यां वा पृथिवीं कृत्वा यथाविभवशक्तितः । दापयेद् ब्राह्मणानां तु तथा तेषां च भोजनम् । उपानहौ यथाशक्त्या पादुके छत्रिकां तथा ॥ ५५.१७ ॥
Après avoir façonné une image de la « Terre » en argent, selon ses moyens et sa capacité, qu’on fasse donner des dons aux brāhmanes et qu’on leur offre également un repas ; et, autant que possible, (qu’on donne) des chaussures—des sandales—ainsi qu’une ombrelle.
Verse 18
एतान् दत्त्वा वदेदेवं कृष्णो दामोदरॊ मम । प्रीयतां सर्वदा देवो विश्वरूपो हरिर्मम ॥ ५५.१८ ॥
Après avoir donné tout cela, qu’on récite ainsi : « Kṛṣṇa, Dāmodara, est à moi ; que le Dieu—Hari à la forme universelle—soit toujours satisfait de moi ».
Verse 19
दाने च भोजने चैव कृत्वा यत् फलमाप्यते । तन्न शक्यं सहस्रेण वर्षाणामपि कीर्तितुम् ॥ ५५.१९ ॥
Le fruit obtenu par l’acte de donner et par l’offrande de nourriture ne peut être décrit comme il se doit, même au cours de mille années.
Verse 20
तथाप्युद्देशतः किञ्चित् फलं वक्ष्यामि तेऽनघ । व्रतस्यास्य पुरा वृत्तं शुभान्यस्य शृणुष्व तत् ॥ ५५.२० ॥
Néanmoins, ô irréprochable, je t’exposerai brièvement quelques fruits de ce vœu. Écoute aussi le récit auspicious de la manière dont ce vœu fut observé jadis.
Verse 21
आसीदादियुगे राजा ब्रह्मवादी दृढव्रतः । स पुत्रकामः पप्रच्छ ब्रह्माणं परमेष्ठिनम् । तस्येदं व्रतमाचख्यौ ब्रह्मा स कृतवांस्तथा ॥ ५५.२१ ॥
À l’âge primordial, il y eut un roi, voué au discours sur le brahman et ferme dans son vœu. Désirant un fils, il interrogea Brahmā, l’Ordonnateur suprême ; et Brahmā lui exposa ce vœu, que le roi accomplit alors comme il se doit.
Verse 22
तस्य व्रतान्ते विश्वात्मा स्वयं प्रत्यक्षतां ययौ । तुष्टश्चोवाच भो राजन् वरो मे व्रियतां वरः ॥ ५५.२२ ॥
À l’achèvement de son vœu, l’Âme universelle (Viśvātmā) se manifesta d’elle-même, en présence directe. Satisfait, Il dit : « Ô roi, choisis de Moi une grâce — la grâce que tu désires. »
Verse 23
राजोवाच । पुत्रं मे देहि देवेश वेदमन्त्रविशारदम् । याजकं यजनासक्तं कीर्त्या युक्तं चिरायुषम् । असंख्यातगुणं चैव ब्रह्मभूतमकल्मषम् ॥ ५५.२३ ॥
Le roi dit : « Ô Seigneur des dieux, accorde-moi un fils : versé dans les Veda et les mantras sacrés ; officiant (yājaka) attaché aux rites du yajña ; doté de renommée et de longue vie ; pourvu d’innombrables qualités ; établi dans le brahman et sans souillure morale. »
Verse 24
एवमुक्त्वा ततो राजा पुनर्वचनमब्रवीत् । ममाप्यन्ते शुभं स्थानं प्रयच्छ परमेश्वर । यत्तन्मुनिपदं नाम यत्र गत्वा न शोचति ॥ ५५.२४ ॥
Après avoir parlé ainsi, le roi reprit : « Accorde-moi aussi, à la fin (de ma vie), une demeure de bon augure, ô Seigneur suprême : ce lieu nommé “munipada”, la station des sages, où, une fois parvenu, on ne s’afflige plus. »
Verse 25
एवमस्त्विति तं देवः प्रोक्त्वा चादर्शनं गतः । तस्यापि राज्ञः पुत्रोऽभूद्वत्सप्रीर्नाम नामतः ॥ ५५.२५ ॥
«Qu’il en soit ainsi»—ayant prononcé ces mots, la divinité disparut à la vue. Et ce roi, à son tour, eut un fils, connu sous le nom de Vatsaprī.
Verse 26
वेदवेदाङ्गसम्पन्नो यज्ञयाजी बहुश्रुतः । तस्य कीर्त्तिर्महाराज विस्तृता धरणीतले ॥ ५५.२६ ॥
Pourvu de la connaissance du Veda et de ses disciplines auxiliaires (Vedāṅga), accomplissant les rites du yajña et d’une vaste érudition—sa renommée, ô grand roi, s’étendit sur toute la surface de la terre.
Verse 27
राजाऽपि तं सुतं लब्ध्वा विष्णुदत्तं प्रतापिनम् । जगाम तपसे युक्तः सर्वद्वन्द्वान् प्रहाय सः ॥ ५५.२७ ॥
Et le roi aussi, ayant obtenu ce fils—Viṣṇudatta, doté d’éclat—partit pour la pratique de l’ascèse; discipliné dans l’austérité, il abandonna toutes les paires d’opposés (telles que plaisir et douleur).
Verse 28
आराधयामास हरिं निराहारो जितेन्द्रियः । हिमवत्पर्वते रम्ये स्तुतिं कुर्वंस्तदा नृपः ॥ ५५.२८ ॥
Alors le roi—jeûnant et maître de ses sens—adora Hari; sur le charmant mont Himavat, il offrit en ce temps-là des hymnes de louange.
Verse 29
भद्राश्व उवाच । कीदृशी सा स्तुतिर्ब्रह्मन् यां चकार स पार्थिवः । किं च तस्याभवद् देवं स्तुवतः पुरुषोत्तमम् ॥ ५५.२९ ॥
Bhadrāśva dit : «Ô brahmane, quelle était la nature de cet hymne que le roi composa ? Et qu’advint-il de lui tandis qu’il louait la Divinité, Puruṣottama ?»
Verse 30
दुर्वासा उवाच । हिमवन्तं समाश्रित्य राजा तद्गतमानसः । स्तुतिं चकार देवाय विष्णवे प्रभविष्णवे ॥ ५५.३० ॥
Durvāsā dit : Ayant pris refuge en Himavān (l’Himalaya), le roi—l’esprit absorbé dans cette concentration divine—composa un hymne de louange au dieu Viṣṇu, à Viṣṇu, le Tout-Puissant.
Verse 31
राजोवाच । क्षराक्षरं क्षीरसमुद्रशायिनं क्षितीधरं मूर्तिमतां परं पदम् । अतीन्द्रियं विश्वभुजां पुरः कृतं निराकृतं स्तौमि जनार्दनं प्रभुम् ॥ ५५.३१ ॥
Le roi dit : «Je loue Janārdana, le Seigneur : celui qui est à la fois le périssable et l’impérissable ; celui qui repose sur l’Océan de Lait ; celui qui porte la Terre ; la demeure suprême parmi les formes incarnées ; au-delà des sens ; placé au premier rang pour le maintien de l’univers ; et pourtant inconditionné, au-delà de toute forme.»
Verse 32
त्वमादिदेवः परमार्थरूपी विभुः पुराणः पुरुषोत्तमश्च । अतीन्द्रियो वेदविदां प्रधानः प्रपाहि मां शङ्खगदास्त्रपाणे ॥ ५५.३२ ॥
«Tu es l’Ādi-deva, dont la forme est la Réalité ultime—omniprésent, antique, et aussi le Puruṣottama, la Personne suprême. Transcendant les sens, le premier parmi les connaisseurs du Veda—protège-moi, ô porteur de la conque, de la massue et des armes.»
Verse 33
कृतं त्वया देव सुरासुराणां संकीर्त्यतेऽसौ च अनन्तमूर्ते । सृष्ट्यर्थमेतत् तव देव विष्णो न चेष्टितं कूटगतस्य तत्स्यात् ॥ ५५.३३ ॥
«Ô Dieu à la forme sans fin, l’acte accompli par toi à l’égard des dieux et des asura est proclamé. Ô Viṣṇu divin, cela vise le dessein de la création ; ce ne saurait être une action attribuable à celui qui demeure dans l’inmanifesté (kūṭastha).»
Verse 34
तथैव कूर्मत्वमृगत्वमुच्चैस् त्वया कृतं रूपमनेक रूप । सर्वज्ञभावादसकृच्छ जन्म संकीर्त्यते तेऽच्युत नैतदस्ति ॥ ५५.३४ ॥
«De même, les états d’être tortue et d’être bête—ces formes sublimes qui sont les tiennes, ô Toi aux multiples formes—sont dits avoir été assumés par toi. Pourtant, parce que tu es omniscient, on proclame sans cesse que tu nais ; ô Acyuta, en vérité il n’en est rien.»
Verse 35
नृसिंह नमो वामन जमदग्निनाम दशास्यगोत्रान्तक वासुदेव । नमोऽस्तु ते बुद्ध कल्किन् खगेश शम्भो नमस्ते विबुधारिनाशन ॥ ५५.३५ ॥
Hommage à Nṛsiṃha ; hommage à Vāmana ; (hommage) à celui nommé Jamadagni ; à Vāsudeva, qui met fin à la lignée du Décapité (Rāvaṇa). Hommage à Toi, ô Buddha ; ô Kalkin ; ô Seigneur des oiseaux (Garuḍa) ; ô Śambhu — hommage à Toi, destructeur des ennemis des dieux.
Verse 36
नमोऽस्तु नारायण पद्मनाभ नमो नमस्ते पुरुषोत्तमाय । नमः समस्तामरसङ्घपूज्य नमोऽस्तु ते सर्वविदां प्रधान ॥ ५५.३६ ॥
Hommage à Toi, Nārāyaṇa, Padmanābha ; hommage, hommage à Toi, Puruṣottama. Hommage à Toi, vénéré par toute l’assemblée des Immortels ; hommage à Toi, le premier parmi tous les détenteurs du savoir.
Verse 37
नमः करालास्य नृसिंहमूर्त्ते नमो विशालाद्रिसमान कूर्म । नमः समुद्रप्रतिमान मत्स्य नमामि त्वां क्रोडरूपिननन्त ॥ ५५.३७ ॥
Salut à la forme de Nṛsiṃha au visage redoutable ; salut à la forme de Kūrma, comparable à une immense montagne. Salut à la forme de Matsya, semblable à l’océan ; je me prosterne devant Toi, ô Infini, qui as pris la forme du Sanglier (Varāha).
Verse 38
सृष्ट्यर्थमेतत्तव देव चेष्टितं न मुख्यपक्षे तव मूर्तिता विभो । अजानता ध्यानमिदं प्रकाशितं नैभिर्विना लक्ष्यसे त्वं पुराण ॥ ५५.३८ ॥
Cette activité qui est la Tienne, ô Dieu, est accomplie en vue de la création ; Ta forme incarnée, ô Toi qui pénètres tout, n’est pas la position première de Ta nature essentielle. Pour celui qui ne sait pas, cet enseignement sur la contemplation a été exposé ; sans ces moyens, ô Ancien, Tu n’es pas aisément discerné.
Verse 39
आद्यो मखस्त्वं स्वयमेव विष्णो मखाङ्गभूतोऽसि हविस्त्वमेव । पशुर्भवानृत्विगिज्यं त्वमेव त्वां देवसङ्घा मुनयो यजन्ति ॥ ५५.३९ ॥
Tu es toi-même le sacrifice primordial (makha), ô Viṣṇu. Tu es un membre constitutif du sacrifice, et Toi seul es l’oblation (havis). Tu es la victime sacrificielle (paśu) ; Tu es aussi la puissance sacerdotale que les officiants (ṛtvij) doivent vénérer. Les assemblées des dieux et les sages t’adorent par le sacrifice.
Verse 40
यदेतस्मिन् जगद्ध्रुवं चलाचलं सुरादिकालानलसंस्थमुत्तमम् । न त्वं विभक्तोऽसि जनार्दनेश प्रयच्छ सिद्धिं हृदयेप्सितां मे ॥ ५५.४० ॥
Puisque, en Toi, cet univers excellent—l’immobile et le mobile—demeure ferme, établi même au-delà du feu cosmique qui scelle la fin d’un âge, Tu n’en es pas séparé, ô Seigneur Janārdana. Accorde-moi l’accomplissement désiré par mon cœur.
Verse 41
नमः कमलपत्राक्ष मूर्तामूर्त नमो हरे । शरणं त्वां प्रपन्नोऽस्मि संसारान्मां समुद्धर ॥ ५५.४१ ॥
Hommage à Toi, aux yeux semblables aux feuilles de lotus; hommage à Hari, à la fois manifesté et non manifesté. En Toi je prends refuge; relève-moi et délivre-moi du saṃsāra, le cycle de l’existence mondaine.
Verse 42
एवं स्तुतस्तदा देवस्तेन राज्ञा महात्मना । विशालाम्रतलस्थेन तुतोष परमेश्वरः ॥ ५५.४२ ॥
Ainsi, en ce temps-là, loué par ce roi magnanime—assis sur la vaste esplanade des manguiers—le Seigneur suprême (Parameśvara) fut satisfait.
Verse 43
कुब्जरूपी ततो भूत्वा आजगाम हरिः स्वयम् । तस्मिन्नागत मात्रे तु सीप्याम्रः कुब्जकोऽभवत् ॥ ५५.४३ ॥
Alors Hari vint lui-même, ayant pris la forme d’un bossu. Et à l’instant même de son arrivée, le bossu se transforma en un « sīpyāmra ».
Verse 44
तं दृष्ट्वा महदाश्चर्यं स राजा संशितव्रतः । विशालस्य कथं कौब्ज्यमिति चिन्तापरोऽभवत् ॥ ५५.४४ ॥
À la vue de ce grand prodige, le roi—ferme dans ses vœux—fut entièrement absorbé par cette pensée : «Comment Viśāla a-t-il pris une forme bossue ?»
Verse 45
तस्य चिन्तयतो बुद्धिर्बभौ तं ब्राह्मणं प्रति । अनेनागतमात्रेण कृतमेतन्न संशयः ॥ ५५.४५ ॥
Tandis qu’il méditait, son intelligence se tourna vers ce brāhmaṇa : «Par sa seule arrivée, ceci a été accompli — il n’y a nul doute.»
Verse 46
तस्मादेषैव भविता भगवान् पुरुषोत्तमः । एवमुक्त्वा नमश्चक्रे तस्य विप्रस्य स नृपः ॥ ५५.४६ ॥
«Ainsi, celui-ci même deviendra le Bienheureux Puruṣottama.» Ayant parlé ainsi, ce roi rendit hommage à ce brāhmaṇa.
Verse 47
अनुग्रहाय भगवन् नूनं त्वं पुरुषोत्तमः । आगतोऽसि स्वरूपं मे दर्शयस्वाधुना हरे ॥ ५५.४७ ॥
Ô Seigneur Bienheureux, assurément tu es le Puruṣottama, venu par grâce et compassion. Ô Hari, montre-moi maintenant ta forme véritable.
Verse 48
एवमुक्तस्तदा देवः शङ्खचक्रगदाधरः । बभौ तत्पुरतः सौम्यो वाक्यं चेदमुवाच ह ॥ ५५.४८ ॥
Ainsi interpellé, le dieu, portant conque, disque et massue, apparut alors devant lui, d’un aspect doux, et prononça ces paroles.
Verse 49
वरं वृणीष्व राजेन्द्र यत्ते मनसि वर्तते । मयि प्रसन्ने त्रैलोक्य तिलमात्रमिदं नृप ॥ ५५.४९ ॥
«Choisis une grâce, ô meilleur des rois, ce qui demeure dans ton esprit. Quand je suis satisfait, ô roi, même les trois mondes ne sont que la mesure d’un grain de sésame (insignifiants).»
Verse 50
एवमुक्तस्ततो राजा हर्षोत्फुल्लितलोचनः । मोक्षं प्रयच्छ देवेशेत्युक्त्वा नोवाच किञ्चन ॥ ५५.५० ॥
Ainsi interpellé, le roi—les yeux épanouis de joie—dit : «Accorde-moi la délivrance, ô Seigneur des dieux», puis, l’ayant dit, il ne prononça plus rien.
Verse 51
एवमुक्तः स भगवान् पुनर्वाक्यमुवाच ह । मय्यागते विशालोऽयमाम्रः कुब्जत्वमागतः ॥ यस्मात्तस्मात्तीर्थमिदं कुब्जकाम्रं भविष्यति ॥ ५५.५१ ॥
Ainsi interpellé, le Bienheureux reprit la parole : «Quand je suis arrivé, ce vaste manguier s’est courbé. C’est pourquoi ce gué sacré sera connu sous le nom de “Kubjaka-Āmra” (le Manguier Courbé).»
Verse 52
तिर्यग्योन्यादयोऽप्यस्मिन् ब्राह्मणान्ता यदि स्वकम् । कलेवरं त्यजिष्यन्ति तेषां पञ्चशतानि च । विमानानि भविष्यन्ति योगिनां मुक्तिरेव च ॥ ५५.५२ ॥
Même ceux qui vont des naissances animales jusqu’aux brāhmaṇas—s’ils abandonnent ici leur propre corps—verront surgir pour eux cinq cents vimānas; quant aux yogins, ils n’obtiennent que la libération (moksha).
Verse 53
एवमुक्त्वा नृपं देवः शङ्खाग्रेण जनार्दनः । पस्पर्श स्पृष्टमात्रोऽसौ परं निर्वाणमाप्तवान् ॥ ५५.५३ ॥
Après avoir ainsi parlé au roi, le dieu Janārdana le toucha de la pointe de sa conque; et lui—par le seul contact—atteignit le nirvāṇa suprême.
Verse 54
तस्मात्त्वमपि राजेन्द्र तं देवं शरणं व्रज । येन भूयः पुनः शोच्यपदवीं नो प्रयास्यसि ॥ ५५.५४ ॥
C’est pourquoi, ô meilleur des rois, toi aussi prends refuge en cette Divinité; ainsi tu ne retomberas plus dans un état digne de lamentation.
Verse 55
य इदं शृणुयान्नित्यं प्रातरुत्थाय मानवः । पठेद्यश्चरितं ताभ्यां मोक्षधर्मार्थदो भवेत् ॥ ५५.५५ ॥
Celui qui, se levantant tôt le matin, écoute régulièrement ceci et récite ce récit sacré, par ces pratiques obtient et devient dispensateur de la libération (mokṣa), du dharma et de l’artha.
Verse 56
शुभव्रतमिदं पुण्यं यश्च कुर्याज्जनेश्वर । स सर्वसम्पदं चेह भुक्त्वेते तल्लयं व्रजेत् ॥ ५५.५६ ॥
Ô seigneur parmi les hommes, ce vœu auspicious est méritoire ; quiconque l’accomplit, après avoir joui ici de toutes les prospérités, s’acheminera ensuite vers la dissolution en Cela (l’absorption ultime).
In the Varāha–Pṛthivī teaching frame, the discourse opens as a practical dharma-upadeśa on a Vaiṣṇava Dvādaśī-vrata: calendrical discipline (Mārgaśīrṣa commencement; śukla pakṣa tithis), restraint, and the ethics of dāna and Brāhmaṇa-bhojana, with special attention to ritual care for ‘earth-forms’ through bhūmi-nyāsa/pṛthivī-karaṇa.
A stepwise manual of the vow is laid out: initiation in Mārgaśīrṣa, regulated fasting across Daśamī–Ekādaśī–Dvādaśī, Hari-pūjā and japa/stuti (including avatāra-nāma enumeration and yajña-theology), followed by structured hospitality and gifting to invited Brāhmaṇas; the observance is contextualized within longer seasonal cycles (Cāturmāsya-linked continuity and month-to-month reiteration up to Kārttika).
An exemplum crowns the instruction: an ancient king performs the vow with firmness, receives Viṣṇu’s epiphany, petitions for a learned and virtuous son and an auspicious final station, and is granted both—his son (Vatsaprī) becomes Veda–Vedāṅga-competent, and the king attains liberation; the landscape is sacralized when a mango tree becomes ‘kubja,’ founding the Kubjākāmra tīrtha where death yields release.
The chapter’s implied phala emphasizes purification, prosperity through righteous giving, divine vision/approval, progeny endowed with learning and dharma, and mokṣa—especially through association with Kubjākāmra tīrtha, whose māhātmya promises release at death.
Himavat (Himalaya) is named as the ascetic setting; a sacred site is etiologized as Kubjākāmra-tīrtha (a mango-tree-associated tīrtha). No river system is explicitly identified in this adhyāya; the ‘pṛthivī’ motif appears through ritual installation (bhūmi-nyāsa) rather than cartographic description.
The text foregrounds disciplined observance (vrata) as a combined ethical–ritual program: regulated fasting, controlled senses, and socially oriented giving (dāna) and feeding (bhojana) are presented as mechanisms for personal purification and communal order. Philosophically, the narrative links devotion to Viṣṇu with a yajña-theology (Viṣṇu as sacrifice and its components) and culminates in a liberation-oriented model where correct practice and focused stuti lead to mokṣa.
The observance begins in Mārgaśīrṣa (Mārgaśīrṣe… māse) and is structured around the bright fortnight (śukla/sita pakṣa), with emphasis on Daśamī, Ekādaśī, and Dvādaśī tithis. The chapter also references Cāturmāsya and reiterative observances across months (e.g., Caitra and Śrāvaṇa sequences) up to Kārttika, indicating a sustained seasonal cycle of vow-keeping.
Environmental meaning is conveyed through ritualized “earth-forms” and place-making: the bhūmi-nyāsa procedure and the installation of a pṛthivī representation before Hari sacralize terrestrial space as an object of careful handling and gifting ethics. The etiological account of Kubjākāmra tīrtha further binds ecological markers (a mango tree’s transformation) to moral geography, presenting the landscape as a carrier of memory, merit, and regulated human action.
The chapter references Agastya as an authoritative transmitter of vrata knowledge and includes Durvāsas as the narrator of the king’s stuti episode. A paradigmatic ancient king (unnamed in the provided passage) is described as brahmavādī and dṛḍha-vrata; he receives a son named Vatsaprī, characterized by Veda–Vedāṅga learning and ritual competence. The narrative also invokes Viṣṇu’s avatāra names within the stuti (e.g., Nṛsiṃha, Vāmana, Rāma/Jamadagni lineage reference, Buddha, Kalkin), situating the episode within broader Purāṇic cultural memory.
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