
Nārada-proktaṃ Viṣṇu-vrataṃ (Apsarasāṃ Bhartṛ-prāpti-vrata-kathā)
Ritual-Manual (Vrata) embedded in Didactic Narrative
Dans l’horizon didactique de Varāha et Pṛthivī, Bhadrāśva demande à Agastya quelle divinité engendre la vraie connaissance (vijñāna) et comment l’adorer. Agastya répond que Viṣṇu/Nārāyaṇa doit être apaisé par tous et propose un exemple : à Mānasasaras, Nārada rencontre des apsaras qui désirent Nārāyaṇa pour époux. Il blâme leur orgueil de jeunesse et leur manque de révérence, tout en affirmant que la simple récitation du Nom de Viṣṇu porte déjà un fruit. Il enseigne ensuite un vrata de printemps, au jour de śukla-dvādaśī : culte nocturne, image d’argent de Hari avec Lakṣmī, pavillon de fleurs, musique, veille, puis don (dāna) aux brāhmaṇas. Il avertit qu’un manque de respect mène à une malédiction future (liée à Aṣṭāvakra et aux gopālas). Agastya rapporte enfin que les apsaras accomplirent le vœu et que Hari fut satisfait.
Verse 1
भद्राश्व उवाच । विज्ञानोत्पत्तिकामस्य क आराध्यो भवेद् द्विज । कथं चाराध्यतेऽसौ हि एतदाख्याहि मे द्विज ॥ ५४.१ ॥
Bhadrāśva dit : «Ô deux-fois-né (dvija), pour celui qui désire l’éveil de la connaissance discriminante (vijñāna), qui convient-il d’adorer ? Et comment, en vérité, l’adore-t-on ? Dis-le-moi, ô dvija.»
Verse 2
अगस्त्य उवाच । विष्णुरेव सदाराध्यः सर्वदेवैरपि प्रभुः । तस्योपायं प्रवक्ष्यामि येनासौ वरदो भवेत् ॥ ५४.२ ॥
Agastya dit : «Viṣṇu seul doit être adoré sans cesse ; il est le Seigneur même de tous les dieux. Je vais exposer le moyen le concernant, par lequel il devient dispensateur de grâces.»
Verse 3
रहस्यं सर्वदेवानां मुनीनां मनुजांस्तथा । नारायणः परो देवस्तं प्रणम्य न सीदति ॥ ५४.३ ॥
Voici le principe ésotérique pour tous les dieux, pour les sages et pareillement pour les humains : Nārāyaṇa est la Divinité suprême ; celui qui se prosterne devant Lui ne sombre pas dans l’abattement.
Verse 4
श्रूयते च पुरा राजन् नारदेन महात्मना । कथितं तुष्टिदं विष्णोर्व्रतमप्सरसां तथा ॥ ५४.४ ॥
On entend aussi, ô Roi, qu’en des temps anciens le magnanime Nārada exposa un vœu sacré (vrata) de Viṣṇu, dispensateur de contentement (tuṣṭi), ainsi qu’un vœu concernant les Apsarās.
Verse 5
नारदस्तु पुरा कल्पे गतवान् मानसंसारः । स्नानार्थं तत्र चाजापश्यत् सर्वमप्सरसां गणम् ॥ ५४.५ ॥
Nārada, lors d’un cycle cosmique antérieur, se rendit au lac Mānasa ; et là, désirant s’y baigner, il vit toute la troupe des Apsarās.
Verse 6
तास्तं दृष्ट्वा विलासिन्यो जटामुकुटधारिणम् । अस्थिचर्मावशेषं तु छत्रदण्डकपालिनम् ॥ ५४.६ ॥
Le voyant, ces femmes enjouées aperçurent un être portant pour couronne des mèches emmêlées (jaṭā), chargé de restes d’os et de peau, tenant un bâton d’ombrelle et un bol-crâne.
Verse 7
देवासुरमनुष्याणां दिदृक्षुं कलहप्रियम् । ब्रह्मपुत्रं तपोयुक्तं पप्रच्छुस्ता वराङ्गनाः ॥ ५४.७ ॥
Désireuses de voir celui qui aime la querelle parmi dieux, asuras et humains, ces nobles dames interrogèrent le fils de Brahmā, pourvu d’ascèse (tapas).
Verse 8
अप्सरस ऊचुः । भगवन् ब्रह्मतनय भर्तृकामाः वयं द्विज । नारायणश्च भर्ता नो यथा स्यात् तत् प्रचक्ष्व नः ॥ ५४.८ ॥
Les Apsaras dirent : «Ô Vénérable, fils de Brahmā, ô deux-fois-né, nous désirons un époux. Explique-nous comment Nārāyaṇa pourrait devenir notre époux.»
Verse 9
नारद उवाच । प्रणामपूर्वकः प्रश्नः सर्वत्र विहितः शुभः । स च मे न कृतो गर्वाद् युष्माभिर्यौवनस्मयात् ॥ ५४.९ ॥
Nārada dit : «Une question précédée d’une salutation respectueuse est partout tenue pour propice et conforme. Pourtant cela n’a pas été fait : par moi, par orgueil ; et par vous, par la vanité de la jeunesse.»
Verse 10
तथापि देवदेवस्य विष्णोर्यन्नामकीर्तितम् । भवतीभिस्तथा भर्त्ता भवत्विति हरिः कृतः । तन्नामोच्चारणादेव कृतं सर्वं न संशयः ॥ ५४.१० ॥
«Néanmoins, puisque vous avez récité le Nom de Viṣṇu, le Dieu des dieux, Hari est ainsi tenu pour votre Seigneur. En vérité, par la seule profération de ce Nom, tout s’accomplit ; il n’y a nul doute.»
Verse 11
इदानीं कथयाम्याशु व्रतं येन हरिः स्वयम् । वरदत्वमवाप्नोति भर्तृत्वं च नियच्छति ॥ ५४.११ ॥
«À présent, je vais exposer sans tarder l’observance (vrata) par laquelle Hari lui-même obtient l’état de dispensateur de grâces, et par laquelle il accorde aussi la fonction de protecteur et de soutien.»
Verse 12
नारद उवाच । वसन्ते शुक्लपक्षस्य द्वादशी या भवेत्शुभा । तस्यामुपोष्य विधिवन्निशायां हरिमर्च्चयेत् ॥ ५४.१२ ॥
Nārada dit : «Au printemps, durant la quinzaine claire, lorsque survient l’auspicieux douzième jour lunaire, qu’on jeûne ce jour-là selon la règle, et que, la nuit, on adore Hari.»
Verse 13
पर्यङ्कास्तरणं कृत्वा नानाचित्रसमन्वितम् । तत्र लक्ष्म्या युतं रौप्यं हरिं कृत्वा निवेशयेत् ॥ ५४.१३ ॥
Après avoir préparé un lit et sa couverture, ornés de divers motifs décoratifs, on doit y placer une image d’argent de Hari, accompagnée de Lakṣmī.
Verse 14
तस्योपरि ततः पुष्पैर्मण्डपं कारयेद् बुधः । नृत्यवादित्रगेयैश्च जागरं तत्र कारयेत् ॥ ५४.१४ ॥
Au-dessus de cela, le sage doit faire ériger un maṇḍapa de fleurs ; et là, avec danse, instruments de musique et chant, il doit faire accomplir la veille nocturne (jāgara).
Verse 15
मनॊभवायेति शिर अनङ्गायेति वै कटिम् । कामाय बाहुमूले तु सुशास्त्रायेति चोदरम् ॥ ५४.१५ ॥
[On doit attribuer la formule :] « à Manobhava » pour la tête ; « à Anaṅga » certes pour la taille ; « à Kāma » pour la racine des bras ; et « à Suśāstra » pour l’abdomen.
Verse 16
मन्मथायेति पादौ तु हरयेति च सर्वतः । पुष्पैः सम्पूज्य देवेशं मल्लिकाजातिभिस्तथा ॥ ५४.१६ ॥
Ensuite, en vénérant les pieds avec la formule « À Manmatha », et en vénérant de tous côtés avec la formule « À Hari », on doit honorer comme il se doit le Seigneur des dieux avec des fleurs, telles que le jasmin mallikā et les fleurs jātī.
Verse 17
पश्चाच्चतुर आदाय इक्षुदण्डान् सुशोभनान् । चतुर्दिक्षु न्यसेत् तस्य देवस्य प्रणतो नृप ॥ ५४.१७ ॥
Ensuite, ô roi, ayant pris quatre splendides tiges de canne à sucre, on doit les disposer aux quatre directions, en se prosternant devant cette divinité.
Verse 18
एवं कृत्वा प्रभाते तु प्रदद्याद् ब्राह्मणाय वै । वेदवेदाङ्गयुक्ताय सम्पूर्णाङ्गाय धीमते ॥ ५४.१८ ॥
Après avoir agi ainsi, à l’aube il faut véritablement remettre l’offrande/le don à un brāhmaṇa—pourvu du Veda et des Vedāṅga, complet de ses membres et doué d’un discernement éclairé.
Verse 19
ब्राह्मणांश्च तथा पूज्य व्रतमेतत् समापयेत् । एवं कृते तथा विष्णुर्भर्त्ता वो भविता ध्रुवम् ॥ ५४.१९ ॥
Et, après avoir pareillement honoré les brāhmaṇas, on doit achever ce vœu. Agi de la sorte, Viṣṇu deviendra assurément votre protecteur et votre soutien.
Verse 20
अकृत्वा मत्प्रणामं तु पृष्टो गर्वेण शोभनाः । अवमानस्य तस्यायं विपाको वो भविष्यति ॥ ५४.२० ॥
« Mais vous—bien qu’interrogés—sans m’avoir rendu hommage, avez parlé avec orgueil, ô illustres. C’est pourquoi voici le fruit (vipāka) de cet affront qui vous échoira. »
Verse 21
एतस्मिन्नेव सरसि अष्टावक्रो महामुनिः । तस्योपहासं कृत्वा तु शापं लप्स्यथ शोभनाः ॥ ५४.२१ ॥
Dans ce même lac se trouve le grand sage Aṣṭāvakra. Si vous vous moquez de lui, ô belles, vous encourrez une malédiction.
Verse 22
व्रतेनानेन देवेशं पतिं लब्ध्वाभिमानतः । अवमानेऽपहरणं गोपालैर्वो भविष्यति । पुरा हर्त्ता च कन्यानां देवो भर्त्ता भविष्यति ॥ ५४.२२ ॥
« Par cette observance, ayant obtenu le Seigneur des dieux pour époux, par orgueil—lors de votre humiliation—vous subirez un enlèvement par des bouviers. Jadis ravisseur de jeunes filles, ce même dieu deviendra (leur) époux. »
Verse 23
अगस्त्य उवाच । एवमुक्त्वा स देवर्षिः प्रययौ नारदः क्षणात् । ता अप्येतद् व्रतं चक्रुस् तुष्टश्चासां स्वयं हरिः ॥ ५४.२३ ॥
Agastya dit : Ayant ainsi parlé, le sage divin Nārada s’en alla sur-le-champ. Elles aussi accomplirent ce vœu, et Hari lui-même fut satisfait d’elles.
The text frames Viṣṇu/Nārāyaṇa as the central object of worship for those seeking vijñāna (discernment/knowledge) and emphasizes disciplined reverence: proper inquiry begins with praṇāma, while garva (pride) and avamāna (disrespect) generate adverse outcomes. It also advances a Purāṇic principle of nāma-kīrtana, presenting the utterance of Viṣṇu’s name as intrinsically efficacious within the narrative’s logic.
The vrata is specified for vasanta (spring), on a śukla-pakṣa dvādaśī (the 12th lunar day of the bright fortnight). The procedure includes upavāsa (fasting) and a night-time (niśāyām) worship of Hari with jāgaraṇa (vigil) supported by song, instrumental music, and dance.
Environmental stewardship is implicit rather than programmatic: the didactic scene is set at Mānasasaras, presenting a sacred water-body as a locus of ritual discipline and ethical instruction. In a Varāha–Pṛthivī interpretive frame, the chapter can be read as linking terrestrial spaces (lakes, groves, pavilions) to regulated human conduct—fasting, non-disruptive vigil, and offerings—thereby modeling how sacred landscapes are maintained through norms of restraint and respectful engagement.
The narrative references Bhadrāśva (questioner), Agastya (teacher), Nārada (devarṣi and instructor), and Aṣṭāvakra (mahāmuni) as a figure associated with a forthcoming curse tied to disrespect. It also mentions apsarases as a cultural class of celestial women and gopālas (cowherds) as future agents in the foretold consequence.
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