
Vyādhasya Tapasā Durvāsasaḥ Prasādanam
Ethical-Discourse (Tapas, Guru-smṛti, and Ecological Restraint)
Varāha raconte à Pṛthivī l’histoire d’un vyādha (chasseur) qui entreprend un tapas rigoureux en se souvenant sans cesse de son guru. À l’heure de l’aumône, il vit de feuilles tombées, mais une voix incorporelle lui interdit à plusieurs reprises d’en manger certaines, l’exerçant à la maîtrise de soi et au non-accaparement. Après longtemps, le sage Durvāsas arrive et l’éprouve en demandant des grains raffinés. Le chasseur, anxieux mais plein de foi, reçoit miraculeusement un vase d’or et obtient une nourriture abondante, puis revient servir le sage. Quand l’eau manque pour le lavage des pieds, il implore la rivière Devikā, qui vient à l’āśrama et lave les pieds de Durvāsas. Émerveillé, Durvāsas le bénit d’un accès direct au savoir védique et purānique et annonce sa transformation en un rṣi nommé Satyatapas.
Verse 1
श्रीवराह उवाच । स शुभं शोभनं मार्गमास्थाय व्याधसत्तमः । तपस्तेपे निराहारस्तं गुरुं मनसा स्मरन् ॥ ३८.१ ॥
Śrī Varāha dit : Le plus éminent des chasseurs, ayant emprunté cette voie heureuse et excellente, pratiqua l’austérité ; jeûnant, il se souvenait sans cesse de ce maître en son esprit.
Verse 2
भिक्षाकाले तु संप्राप्ते शीर्णपर्णान्यभक्षयत् । स कदाचित् क्षुधाविष्टो वृक्षमूलं समाश्रितः ॥ ३८.२ ॥
Quand vint l’heure de la quête, il ne mangea que des feuilles desséchées tombées. Un jour, tourmenté par la faim, il se réfugia au pied d’un arbre.
Verse 3
बुभुक्षितस्तरोः पर्णमैच्छद् भक्षितुमन्तिकात् । इत्येवं कुर्वतो व्योम्नि वागुवाचाशरीरिणी ॥ ३८.३ ॥
Affamé, il voulut manger de près une feuille de l’arbre. Tandis qu’il agissait ainsi, une voix sans corps parla depuis le ciel.
Verse 4
मा भक्षयस्व सकटमुच्चैरेवं प्रभाषिते । ततोऽसौ तं विहायान्यद् वार्क्षं पतितमग्रहीत् ॥ ३८.४ ॥
« Ne dévore pas le chariot »,—dit-il à haute voix. Alors il l’abandonna et saisit un autre morceau de bois tombé.
Verse 5
तमप्येवं निषिद्धं स्यादन्यं तथैवमेव च । एवं स सकटं मत्वा व्याधः किञ्चिन्न भक्षयत् ॥ ३८.५ ॥
Même cela serait interdit de la même manière, et de même toute autre chose. Ainsi, le prenant pour un chariot, le chasseur ne mangea rien du tout.
Verse 6
निराहारस्तपस्तेपे स्मरन् गुरुमतन्द्रितः । तस्याथ बहुना काले गते ऋषिवरोऽभ्यगात् ॥ ३८.६ ॥
Jeûnant, il accomplit l’ascèse, se souvenant de son maître avec vigilance. Puis, après qu’un long temps se fut écoulé, un sage éminent s’approcha de lui.
Verse 7
दुर्वासाः शंसितात्मा वै किञ्चित्प्राणमपश्यत । व्याधं तपोत्थतेजोभिर्ज्वलमानं हविर्यथा ॥ ३८.७ ॥
Durvāsas, dont l’âme était reconnue d’excellence, perçut alors un léger mouvement du souffle vital ; il vit le chasseur flamboyer de l’éclat né de l’ascèse, tel une oblation en feu.
Verse 8
सोऽपि व्याधस्तं नत्वा शिरसा ।अथ महामुनिम् । उवाच स कृतार्थोऽस्मि भगवन् दर्शनात् तव ॥ ३८.८ ॥
Le chasseur, lui aussi, s’inclina devant lui, la tête baissée. Puis il dit au grand muni : « Ô Bhagavān, je me tiens pour accompli par la seule vision de toi ».
Verse 9
इदानीं श्राद्धकालं मे प्राप्तं त्वमवधारय । शीर्णपर्णानि भक्षयन् वै तैरेवाहं महामुने । भवन्तं प्रीणयामीति व्याधस्तं वाक्यमब्रवीत् ॥ ३८.९ ॥
«À présent, le temps des rites de śrāddha est venu pour moi ; veuillez en prendre note. Ô grand sage, ne mangeant que des feuilles tombées, c’est par elles seules que je vous honorerai et vous satisferai.» Ainsi le chasseur lui adressa ces paroles.
Verse 10
दुर्वासा अपि तं शुद्धं शुद्धभावं जितेन्द्रियम् । जिज्ञासुस्तत्तपो वाक्यमिदमुच्चैरुवाच ह ॥ ३८.१० ॥
Même Durvāsā, désireux de comprendre cette austérité, le voyant purifié, au cœur pur et maître de ses sens, lui adressa à haute voix ces paroles.
Verse 11
यवगोधूमशालीनामन्नं चैव सुसंस्कृतम् । दीयतां मे क्षुधार्ताय त्वामुद्दिश्यागताय च ॥ ३८.११ ॥
«Qu’on me donne une nourriture bien apprêtée—d’orge, de blé et de riz—à moi qui suis tourmenté par la faim et qui suis venu ici en pensant à toi (te cherchant/pour toi).»
Verse 12
इत्युक्तेन त्वसौ व्याधश्चिन्तां परमिकीं गतः । क्व सम्भविष्यते मह्यमिति चिन्तापरोऽभवत् ॥ ३८.१२ ॥
Ainsi interpellé, ce chasseur tomba dans une angoisse extrême ; tout entier à son souci, il se disait : «D’où me viendra de quoi vivre ?»
Verse 13
तस्य चिन्तयतः पात्रमाकाशात् पतितं शुभम् । सौवर्णं सिद्धिसंयुक्तं तज्जग्राह करेण सः ॥ ३८.१३ ॥
Tandis qu’il réfléchissait, un vase de bon augure tomba du ciel : il était d’or et doté d’une puissance merveilleuse. Il le saisit alors de sa main.
Verse 14
तद् गृहीत्वा मुनिं प्राह दुर्वासाख्यं ससाध्वसः । अत्रैव स्थीयतां ब्रह्मन् यावद् भिक्षाटनं त्वहम् । करोमि तत्प्रसादोऽयं क्रियतां ब्रह्मवित्तम ॥ ३८.१४ ॥
Saisissant le muni nommé Durvāsā, il parla avec appréhension : «Ô brahmane, demeure ici même tandis que je vais quêter l’aumône. Que cette faveur de ta part soit accordée ; accomplis-la, ô meilleur des connaisseurs du brahman.»
Verse 15
एवमुक्त्वा ततो भिक्षामटनं व्याधसत्तमः । नातिदूरेण नगरं धनयोषासमन्वितम् ॥ ३८.१५ ॥
Après avoir ainsi parlé, le plus éminent des chasseurs partit quêter l’aumône ; non loin de là se trouvait une cité pourvue de richesses et de femmes.
Verse 16
तस्य तत्र प्रयातस्य अग्रतः सर्वशोभनाः । वृक्षेभ्यो निर्ययुश्चान्या हेमपात्राग्रपाणयः । विविधान्नानि तस्याशु दत्त्वा पात्रं प्रपूरितम् ॥ ३८.१६ ॥
Comme il avançait, des êtres splendides parurent devant lui ; d’autres sortirent des arbres, tenant en main des récipients d’or. Ils lui offrirent promptement des mets variés et remplirent son bol jusqu’au bord.
Verse 17
स च भूतार्थमात्मानं मत्वा पुनरथाश्रमम् । आजगाम ततोऽपश्यत्तं ऋषिं जपतां वरम् ॥ ३८.१७ ॥
Et lui, comprenant qu’il était accordé au véritable dessein des êtres, revint de nouveau à l’ermitage. Là, il vit ce ṛṣi, le plus éminent parmi ceux qui s’adonnent au japa (récitation).
Verse 18
तं दृष्ट्वा स्थाप्य तां भिक्षां शुचौ देशे प्रसन्नधीः । प्रणम्य तमृषिं वाक्यमुवाच व्याधसत्तमः ॥ ३८.१८ ॥
L’ayant vu, il déposa cette nourriture d’aumône en un lieu pur, l’esprit apaisé. Le plus éminent des chasseurs se prosterna devant le ṛṣi et prononça ces paroles.
Verse 19
भगवन् क्षालनं पद्भ्यां क्रियतामृषिपुङ्गव । यदि त्वहमनुग्राह्यस्तदेवं कर्त्तुमर्हसि ॥ ३८.१९ ॥
Ô Bienheureux, ô le plus éminent des sages, daigne laver mes pieds. Si je dois recevoir ta faveur, alors il convient que tu agisses ainsi.
Verse 20
एवमुक्तः स जिज्ञासुस्तपोवीर्यं शुभं मुनिः । नदीं गन्तुं न शक्नोमि जलपात्रं न चास्ति मे ॥ ३८.२० ॥
Ainsi interpellé, le sage avide de connaître, dont la puissance ascétique était propice, dit : « Je ne puis aller à la rivière, et je n’ai pas de vase à eau. »
Verse 21
कथं प्रक्षालयाम्याशु व्याध पादौ महामते । इत्येतन्मुनिना व्याधः श्रुत्वा चिन्तापरोऽभवत् । किं करोमि कथं चास्य भोजनं वै भविष्यति ॥ ३८.२१ ॥
« Comment laverai-je promptement tes pieds, ô chasseur, ô grand d’esprit ? »—ayant entendu ces paroles du sage, le chasseur fut saisi d’inquiétude : « Que faire, et comment son repas sera-t-il assuré ? »
Verse 22
एवं सञ्चिन्त्य मनसा गुरुं स्मृत्वा विचक्षणः । जगाम शरणं तां तु सरितं देविकां सुधीः ॥ ३८.२२ ॥
Ayant ainsi réfléchi en son esprit et se souvenant de son maître, l’homme avisé et sage alla chercher refuge auprès de cette rivière, Devikā.
Verse 23
व्याध उवाच । व्याधोऽस्मि पापकर्मास्मि ब्रह्महास्मि सरिद्वरे । तथापि संस्मृता देवि पाहि मां शरणं गतम् ॥ ३८.२३ ॥
Le chasseur dit : « Je suis chasseur, je suis d’actes pécheurs, je suis meurtrier d’un brāhmane, ici, en ce gué excellent. Pourtant, ô Déesse, toi dont le souvenir protège, garde-moi : je suis venu chercher refuge. »
Verse 24
देवतां नैव जानामि न मन्त्रं न तथार्चनम् । गुरुपादौ परं ध्यात्वा पश्यामि सततं शुभे ॥ ३८.२४ ॥
En vérité, je ne connais ni la divinité, ni le mantra, ni le rite d’adoration. Pourtant, en méditant souverainement sur les pieds du guru, je contemple sans cesse le but, ô bienheureuse.
Verse 25
एवं विधस्य मे देवि दयां कुरु सरिद्वरे । ऋषेः क्षालार्थसलिलं समीपं कुरु माचिरम् ॥ ३८.२५ ॥
Ô Déesse, la plus excellente des rivières, aie compassion d’un être tel que moi. Fais approcher—sans délai—l’eau par laquelle le rishi pourra accomplir sa purification.
Verse 26
एवमुक्त्वा । अथ व्याधेन देविका पापनाशिनी । आजगाम यतस्तस्थौ दुर्वासाः संशितव्रतः ॥ ३८.२६ ॥
Ayant ainsi parlé, Devikā—décrite comme celle qui détruit le péché—vint alors avec le chasseur à l’endroit où Durvāsā, ferme dans ses vœux, se tenait debout.
Verse 27
तस्य पादौ स्वयं देवी क्षालयन्ती सरिद्वरा । जगाम ह्रादिनी भूत्वा व्याधाश्रमसमीपतः ॥ ३८.२७ ॥
Cette première des rivières—la Déesse elle-même—lava ses pieds de ses propres mains. Puis, devenant la rivière Hrādinī, elle se rendit près de l’ermitage du chasseur.
Verse 28
तं दृष्ट्वा महदाश्चर्यं दुर्वासा विस्मयं ययौ । प्रक्षाल्य हस्तौ पादौ च तदन्तं श्रद्धयान्वितम् । बुभुजे परमप्रीतस्तथाचम्य विचक्षणः ॥ ३८.२८ ॥
Voyant ce grand prodige, Durvāsā fut saisi d’étonnement. Après s’être lavé les mains et les pieds, et animé de foi, il mangea ce repas jusqu’au bout; puis, ayant accompli l’ācāmana (gorgée d’eau purificatrice), le sage clairvoyant fut comblé de joie.
Verse 29
तमस्थिशेषं व्याधं तु क्षुधादुर्बलतां गतम् । उवाच वेदाध्ययनं सर्वे वेदाः ससंग्रहाः । ब्रह्मविद्या पुराणानि प्रत्यक्षाणि भवन्तु ते ॥ ३८.२९ ॥
Alors il s’adressa au chasseur—réduit à l’état d’ossements et affaibli par la faim—: «Que l’étude des Veda te soit accordée; que tous les Veda, avec leurs recueils et abrégés, se rendent présents à toi; et que la connaissance de Brahman ainsi que les Purāṇa te deviennent directement évidents».
Verse 30
एवं प्रादाद् वरं तस्य दुर्वासा नाम चाकरॊत् । भवान् सत्यतपा नाम ऋषिराद्यो भविष्यति ॥ ३८.३० ॥
Ainsi lui accorda-t-il une grâce et lui conféra aussi le nom de «Durvāsā». Et il déclara : «Tu deviendras le premier des ṛṣi, connu sous le nom de Satyatapā».
Verse 31
एवं दत्तवरो व्याधस्तमाह मुनिसत्तमम् । व्याधो भूत्वा कथं ब्रह्मन् वेदानध्यापयाम्यहम् ॥ ३८.३१ ॥
Ainsi gratifié, le chasseur s’adressa au meilleur des sages : «Ô brāhmane, étant devenu chasseur, comment pourrais-je enseigner les Veda ?»
Verse 32
ऋषिरुवाच । प्राक्षरीरं गतं तेऽद्य निराहारस्य सत्तम । तपोमयं शरीरं ते पृथग्भूतं न संशयः ॥ ३८.३२ ॥
Le Ṛṣi dit : «Ô le meilleur parmi ceux qui s’abstiennent de nourriture, aujourd’hui tu as atteint un état pré-corporel (subtil). Il n’y a aucun doute que ton corps, fait de la puissance de l’ascèse (tapas), est devenu distinct, séparé de la condition corporelle ordinaire».
Verse 33
प्राग्विज्ञानं गतं नाशमिदानीं शुद्धमक्षरम् । विद्धि तं शुद्धकायोऽसि तथाऽन्यत् ते शरीरकम् । तेन वेदाः समं शास्त्रैः प्रतिभास्यन्ति ते मुने ॥ ३८.३३ ॥
Ta connaissance antérieure s’est éteinte ; désormais, connais comme pur l’Akṣara impérissable. Sache que ton corps est purifié et que tu as obtenu une autre corporéité, plus raffinée. Par cette purification et cette réalisation, les Veda—avec les śāstra—se manifesteront à toi, ô sage».
Varāha addresses Pṛthivī and introduces an exemplum: a vyādha who turns to severe tapas, sustained by guru-smṛti and minimal, non-violent subsistence in a forest-āśrama ecology near a prosperous city.
During bhikṣā-kāla the hunter-ascetic lives on fallen leaves, yet an aśarīriṇī vāk repeatedly forbids particular leaves, schooling him in restraint and non-appropriation; after long tapas, Durvāsas arrives and tests him by demanding refined grains and proper guest-service.
Though anxious, the ascetic maintains atithi-dharma; a miraculous golden vessel appears enabling abundant food, and when water is lacking he petitions Devikā, who comes to the āśrama and washes Durvāsas’ feet; Durvāsas, astonished, grants boons—Vedic/Purāṇic/brahmavidyā becoming pratyakṣa—and foretells the hunter’s transformation into the rṣi Satyatapas.
Devikā river (sarit Devikā); āśrama setting near a city (nagara) described as prosperous (dhanayoṣā-samanvita), without a specific toponym; forest/trees as the subsistence ecology (fallen leaves, vṛkṣa-mūla).
The narrative frames ethical discipline as restraint in consumption, unwavering guru-smṛti, and correct conduct toward guests (atithi). The hunter’s refusal to eat forbidden leaves, his anxiety yet compliance when tested by Durvāsas, and his prioritization of service (foot-washing and feeding) present an internal logic where moral self-control and hospitality enable transformative knowledge (Veda, purāṇa, brahmavidyā) to become ‘pratyakṣa’—immediately accessible.
The text explicitly marks śrāddha-kāla (the time appropriate for śrāddha-related observance) and bhikṣā-kāla (the customary time for seeking alms/food). No specific tithi, pakṣa, or māsa is stated in the provided passage.
Environmental restraint appears through subsistence on fallen leaves (śīrṇa-parṇa) and repeated prohibitions against taking certain leaves, implying limits on extraction even in hunger. The Devikā river is treated as an agent capable of compassionate response, linking ritual water needs to a model where natural systems are approached through humility, petition, and non-coercive reciprocity—an ecological ethic compatible with Pṛthivī-centered stewardship.
The principal cultural figure is the sage Durvāsas, functioning as an authoritative tester of conduct. The hunter is reclassified through a bestowed rṣi-name, Satyatapas, indicating a narrative lineage of transformation from a socially marked occupation (vyādha) into a recognized ascetic identity; no royal or administrative dynasties are named in the excerpt.
Answers come straight from the texts, with the shlokas they draw on. Ask in your own words.
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