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Gokarṇeśvara-Jaleśvara-māhātmya-varṇanam
Sacred-Geography (Tīrtha-māhātmya) and Ritual-Manual (snāna–dāna–arcana prescriptions)
Dans le cadre d’enseignement de Varāha et Pṛthivī, ce chapitre présente le tīrtha-māhātmya de Gokarṇeśvara et de Jaleśvara (Śaileśvara) dans la forêt de Śleṣmātaka. Indra (Śakra) et les dieux cherchent Śaṅkara à travers les mondes sans le trouver, jusqu’à ce qu’ils gagnent Śleṣmātaka ; là, ils rencontrent Umā puis un être merveilleux, semblable à un cerf, porteur d’une corne. Indra, Brahmā et Viṣṇu saisissent la corne et la partagent ; l’être les réprimande et ordonne d’établir la/les corne(s) pour le loka-anugraha, le bien des créatures. Le texte décrit ensuite le paysage sacré autour de la rivière Vāgmatī, de ses confluences et de ses sources, en prescrivant bains rituels, culte (arcana), offrande de lampes, rites aux ancêtres et conditions de bonne conduite. Il est affirmé que ces observances effacent les souillures morales, affermissent l’ordre social et expriment un « soin de la Terre » par un pèlerinage réglé, des eaux pures et la protection des bosquets sacrés.
Verse 1
अथ गोकरणेश्वरजलेश्वरमाहात्म्यवर्णनम्॥ ब्रह्मोवाच॥ ततः शक्रः सुरगणैः सह सर्वैः समेत्य च॥ बुद्धिं चकार गमने मार्गितुं यत्र शङ्करः॥
Voici maintenant l’exposé de la grandeur de Gokarṇeśvara et de Jaleśvara. Brahmā dit : Alors Śakra (Indra), s’étant rassemblé avec toutes les cohortes des dieux, résolut de partir afin de rechercher le lieu où se trouvait Śaṅkara.
Verse 2
तत उत्थाय ते देवाः सर्व एव शिलोच्चयात्॥ विहायसा ययुः शीघ्रं तेनैव सह नन्दिना॥
Alors ces dieux—tous sans exception—se levèrent du sommet de la montagne et, rapidement, s’en allèrent par le ciel, accompagnés de ce même Nandin.
Verse 3
स्वर्लोकं ब्रह्मलोकं च नागलोकं च सर्वशः ॥ बभ्रमुस्त्रिदशाः सर्वे रुद्रान्वेषणतत्पराः ॥
Ils errèrent partout—à travers Svarga-loka, Brahma-loka et Nāga-loka—tous les dieux, entièrement voués à la recherche de Rudra.
Verse 4
खिन्नाः क्लिष्टाश्च सुभृशं न पुनस्तत्पदं विदुः ॥ चतुःसमुद्रपर्यन्तसप्तद्वीपवतीं महीम् ॥
Épuisés et cruellement éprouvés, ils ne connaissaient pourtant pas ce lieu ; (ils parcoururent) la terre bornée par les quatre océans, pourvue des sept continents.
Verse 5
सशैलकाननोपेतां मार्गयद्भिर्हि तं सुरम् ॥ कन्दरेषु महाद्रीणां तुङ्गेषु शिखरेषु च ॥
En vérité, tandis qu’ils cherchaient cette divinité, ils parcoururent la terre ornée de montagnes et de forêts—dans les cavernes des grands massifs et sur les sommets élevés.
Verse 6
विततेषु निकुञ्जेषु विहारेषु च सर्वतः ॥ विचिन्वद्भिः क्षितिमिमां तृणं द्विविदलीकृतम् ॥
Dans des bosquets déployés et des lieux de plaisance en tous sens, en fouillant cette terre, même l’herbe fut fendue en deux, comme si tout avait été minutieusement peigné.
Verse 7
न प्रवृत्तिः क्वचिदपि शम्भोरासाद्यते सुरैः ॥ यदा निर्विण्णमनसो मार्गमाणाः सुरास्तदा ॥
Nulle part les dieux n’obtinrent la moindre trace de Śambhu ; et lorsque, l’esprit accablé, les dieux poursuivaient encore leur recherche alors—
Verse 8
न पश्यन्ति शिवं तत्र तदेषां भयमाविशत् ॥ भीतास्ते संविदं कृत्वा सञ्चिन्त्य गुरुलाघवम् ॥
Ils ne virent pas Śiva en ce lieu, et la crainte les envahit. Épouvantés, ils conclurent entre eux un accord, pesant le lourd et le léger, c’est-à-dire les avantages et les risques.
Verse 9
सम्भूयान्योऽन्यममराः मामेव शरणं ययुः ॥ तमेकाग्रेण मनसा शङ्करं लोकशङ्करम् ॥
S’étant rassemblés, les Immortels vinrent à moi seul pour refuge, recherchant Śaṅkara, le bienfaiteur des mondes, l’esprit fixé en une concentration à point unique.
Verse 10
सर्वं त्रैलोक्यमस्माभिर्विचितं वै निरन्तरम् । श्लेष्मातकवनोद्देशं स्थानं मुक्त्वा महीतले ॥
Nous avons exploré sans relâche l’ensemble des trois mondes; seule demeure, sur la terre, une région laissée de côté : le secteur de la forêt de Śleṣmātaka.
Verse 11
आगच्छध्वं गमिष्यामस्तमुद्देशं सुरोत्तमाः ॥ इत्येवमुक्त्वा तैः सर्वैस्तामाशां प्रस्थिताः वयम् ॥
«Venez ; nous irons vers cette région, ô meilleurs des dieux.» Ayant ainsi parlé, nous partîmes dans cette direction avec eux tous.
Verse 12
तत्क्षणादेव सम्प्राप्ता विमानैः शीघ्रयायिभिः ॥ श्लेष्मातकवनं पुण्यं सिद्धचारणसेवितम् ॥
À l’instant même, nous arrivâmes sur de rapides vimānas à la sainte forêt de Śleṣmātaka, fréquentée par les Siddhas et les Cāraṇas.
Verse 13
तस्मिन्सुरमणीयानि विविधानि शुचीनि च ॥ ध्यानस्थानानि रम्याणि बहूनि गुणवन्ति च
Là se trouvaient de nombreux lieux d’une beauté exquise—divers et purs—ainsi que maints sites délicieux pour la méditation, riches de qualités éminentes.
Verse 14
आश्रमारण्यभागेषु दरीणां विवरेषु च ॥ विभ्राजद्वनराजाकी नद्यश्च विमलोदकाः
Dans les étendues des āśramas et des forêts, et jusque dans les fentes des grottes de montagne, des rivières resplendissaient, portant des eaux limpides et pures.
Verse 15
सिंहशार्दूलमहिषगोलाङ्गूलर्क्षवानरैः ॥ नादितं गजयूथैश्च मृगयूथैश्च तद्वनम्
Cette forêt retentissait de lions, de tigres, de buffles, de singes, d’ours et de grands singes; et aussi de troupeaux d’éléphants et de hardes de cerfs.
Verse 16
प्रमुखे वासवं कृत्वा विविशुस्ते सुरास्तदा ॥ विमुच्य रथयानानि पद्भिः सिद्धादिसङ्कटम्
Alors ces dieux pénétrèrent, plaçant Vāsava (Indra) à leur tête; abandonnant leurs chars, ils avancèrent à pied dans la contrée encombrée de Siddhas et d’autres êtres.
Verse 17
कन्दरोदरकूटेषु तरूणां गहनेषु च ॥ सर्वदेवमयं रुद्रं मार्गमाणाः शनैः शनैः
Dans les creux et les sommets des cavernes, et dans l’épaisseur des arbres, ils cherchaient—lentement, pas à pas—Rudra, qui est l’essence de tous les dieux.
Verse 18
प्रविशन्तश्च ते देवा वनॊद्देशं क्वचिच्छुभे ॥ कदलीवनसञ्च्छन्ने फुल्लपादपशोभिते
Tandis que ces dieux s’avançaient, ils pénétrèrent dans un lieu forestier de bon augure, couvert de bosquets de bananiers et orné d’arbres en fleurs.
Verse 19
मुक्ताचूर्णनिकाशाभिर्वालुकाभिस्ततस्ततः ॥ विक्रीडमानां ददृशुः कन्यां काश्चिन्मनोरमाम्
Çà et là, parmi des sables pareils à de la poudre de perles, ils virent une jeune fille charmante qui s’ébattait.
Verse 20
तत्र ते विबुधा दृष्ट्वा सर्वे मां समचोदयन् ॥ आद्योऽहं सर्वदेवानां कथमेतद्भवेदिति
Là, l’ayant vue, tous ces êtres sages m’exhortèrent à expliquer, disant : «Je suis le premier parmi tous les dieux ; comment cela pourrait-il être ainsi ?»
Verse 21
मुहूर्त्तं ध्यानमास्थाय विज्ञाता सा मया तदा ॥ ध्रुवं शैलेन्द्रपुत्रीयमुमाविश्वेश्वरेश्वरि
Après être entré un instant en méditation, je la reconnus alors : c’était assurément Umā, fille du seigneur des montagnes, souveraine même du Seigneur de l’univers (Viśveśvara).
Verse 22
ततस्तदुच्छशिखरमारुह्य विबुधेश्वराः ॥ अधो विलोक्य ते सर्वे ददृशुस्तं सुरोत्तमम्
Alors les seigneurs parmi les dieux gravirent ce sommet élevé ; regardant en bas, ils virent tous celui qui était le plus excellent des dieux.
Verse 23
मध्ये मृगसमूहस्य गोप्तारमिव संस्थितम् ॥ एकशृङ्गैकचरणं तप्तहाटकवर्चसम् ॥
Se tenant au milieu du troupeau de cerfs, tel un protecteur pour eux, apparut une créature à une seule corne et à un seul pied, dont le corps brillait comme une armure d’or chauffé à blanc.
Verse 24
चारुवक्त्राक्षिदशनं पृष्ठतः शुक्लबिन्दुभिः ॥ शुक्लेनोदरभागेन राजतैरुपशोभितम् ॥
Il avait un visage, des yeux et des dents gracieux ; son dos était marqué de taches blanches, et la région du ventre, blanche et argentée, était magnifiquement ornée.
Verse 25
पीनोन्नतकटीस्कन्धं निमग्नांसशिरोधरम् ॥ बिम्बोष्ठं ताम्रजिह्वास्यं दंष्ट्राङ्कुरविराजितम् ॥
Ses hanches et ses épaules étaient pleines et relevées ; son cou et sa tête semblaient enfoncés entre les épaules. Il avait des lèvres semblables au fruit bimba, une langue cuivrée, et rayonnait de défenses naissantes.
Verse 26
तं दृष्ट्वा विबुधाः सर्वे शिखरात्प्रतिधाविताः ॥ सर्वोद्यामेन तरसा तं मृगेन्द्रजिघृक्षवः ॥
À sa vue, tous les dieux se précipitèrent du sommet ; avec un effort total et une grande vitesse, ils cherchèrent à saisir cette bête souveraine.
Verse 27
शृङ्गाग्रं प्रथमं धृत्वा गृहीत्वा वज्रपाणिना ॥ मध्यं मया तस्य तदा गृहीतं प्रणतात्मना ॥
D’abord, le porteur du foudre (Vajrapāṇi) saisit l’extrémité de la corne ; puis moi, l’âme inclinée en révérence, j’empoignai alors sa partie médiane.
Verse 28
शक्रस्याग्रं स्थितं हस्ते मध्यं हस्ते मम स्थितम् ॥ विष्णोर्मूलं स्थितं हस्ते प्रविभक्तं त्रिधागतम् ॥
La pointe demeura dans la main de Śakra ; le milieu demeura dans ma main ; la base demeura dans la main de Viṣṇu ; ainsi fut-elle partagée et devint en trois parts.
Verse 29
शृङ्गस्यैव गृहीतस्य त्रिधास्माकं मृगाधिपः ॥ विषाणरहितस्तस्य प्रणष्टः पुनरत्र वै ॥
Tandis que seul le corne, saisi par nous, fut partagé en trois, ce seigneur des bêtes—désormais privé de sa corne—disparut de nouveau de ce lieu.
Verse 30
अन्तर्हितोऽन्तरिक्षस्थः प्रोवाचास्मानुपालभन् ॥ भो भो देवा मया यूयं वच्यमानानवाप्स्यथ ॥
Caché et demeurant dans les airs, il nous parla en reproche : «Hé, hé, ô dieux ! Ce que je déclare, vous ne l’obtiendrez pas (tels que vous êtes)».
Verse 31
सशरीरोऽहं युष्माभिर्वशाप्तः प्रगतस्त्वितः ॥ शृङ्गमात्रेण सन्तुष्टा भवन्तस्तेन वञ्चिताः ॥
«Moi, avec mon corps, j’ai échappé à votre emprise et je suis parti d’ici ; vous, satisfaits du seul corne, avez ainsi été trompés».
Verse 32
यद्यहं सशरीरः स्यां गृहीत्वा स्थापितोऽभवम् ॥ तदा चतुष्पात्सकलो धर्मः स्यात्प्रतिपादितः ॥
«Si moi, avec mon corps, j’avais été saisi et mis en place, alors le Dharma tout entier—reposant sur quatre pieds—aurait été établi».
Verse 33
कामं शृङ्गाणि मेऽत्रैव श्लेष्मात्मकवनेऽमराः ॥ न्यायतः स्थापयिष्यध्वं लोकानुग्रहकाम्यया ॥
«Que mes cornes demeurent ici même, dans cette forêt de Śleṣmātman. Ô Immortels, établissez-les selon l’ordre juste, avec l’intention de faire grâce au monde.»
Verse 34
अत्रापि महती व्युष्टिर्भविष्यति न संशयः ॥ पुण्यक्षेत्रे सुमहति मत्प्रभावानुभाविते ॥
«Ici aussi il y aura une grande prospérité—sans aucun doute—dans ce kṣetra très vaste et très saint, rendu illustre par l’expérience de ma puissance.»
Verse 35
यावन्ति भुवि तीर्थानि ह्यासमुद्रसरांसि च ॥ क्षेत्रेऽस्मिंस्तानि तीर्थानि चागमिष्यन्ति मत्कृते ॥
«Autant de tīrthas qu’il en existe sur la terre—avec les lacs et les eaux jusqu’à l’océan—ces tīrthas viendront dans ce kṣetra pour l’amour de moi.»
Verse 36
अहं पुनः शैलपतेः पादे हिमवतः शुभे ॥ नेपालाख्ये समुत्पत्स्ये स्वयमेव महीतलात् ॥
«Et moi, de nouveau, je surgirai de moi-même de la surface de la terre, au pied auspicious du seigneur des montagnes, Himavat, dans le lieu nommé Nepāla.»
Verse 37
तत्र नागह्रदे घोरे स्थास्याम्यन्तर्जले ह्यहम् ॥ त्रिंशद्वर्षसहस्राणि सर्वभूतहिते रतः ॥
«Là, dans l’effrayant lac des Nāgas, je demeurerai certes au sein des eaux pendant trente mille ans, voué au bien de tous les êtres.»
Verse 38
यदा वृष्णिकुलोत्पन्नः कृष्णचक्रेण पर्वतान् ॥ पाटयित्वेन्द्रवचनाद्दानवान्निहनिष्यति ॥
Lorsque celui qui est né dans la lignée des Vṛṣṇi, au moyen du disque de Kṛṣṇa, fendra les montagnes et, sur l’injonction d’Indra, abattra les Dānavas.
Verse 39
तदा स देशो भविता सर्वम्लेच्छैरधिष्ठितः ॥ ततोऽन्ये सूर्यवंशीया क्षत्रियास्तान्निहत्य च ॥
Alors ce pays sera entièrement occupé par les mlecchas ; ensuite, d’autres Kṣatriya du Sūryavaṁśa les mettront à mort.
Verse 40
ततो जनपदस्तत्र भविष्यति महांस्तदा ॥ स्फीतो ब्राह्मणभूयिष्ठसर्ववर्णाश्रमैर्युतः ॥
Ensuite, là s’élèvera un vaste janapada, prospère, riche en brahmanes et pourvu de tous les varṇa et āśrama.
Verse 41
वसिष्यन्ति च तं देशं ब्राह्मणैः संप्रवर्त्तितान् ॥ धर्मान्संस्थापयिष्यन्ति राज्यं प्राप्स्यन्ति शाश्वतम् ॥
Et ils habiteront ce pays, guidés par les observances mises en mouvement par les brahmanes ; ils établiront les dharmas et obtiendront une souveraineté durable.
Verse 42
ततो लिङ्गार्च्चनं तत्र प्रतिष्ठास्यन्ति पार्थिवाः ॥ क्षत्रियाः सूर्यवंशीया शून्ये लप्स्यन्ति मां नृपाः ॥
Ensuite, là, les rois établiront le culte du liṅga. Ces souverains Kṣatriya du Sūryavaṁśa, lorsque le lieu sera désert, m’obtiendront (ma présence et ma grâce).
Verse 43
सम्यक्प्रवृत्ता राजानो भविष्यन्त्यायतौ स्थिताः ॥ एवं सम्यक्स्थिते तस्मिन्देशे पौरजने तथा
Lorsque les rois agissent avec justesse, demeurant fermement établis dans la conduite conforme au dharma, et lorsque ce pays ainsi que les gens de ses cités sont pareillement affermis dans le bon ordre—
Verse 44
तत्र मामर्च्छयिष्यंति सर्वभूतानि सर्वदा ॥ तत्राहं यैः सकृद्दृष्टो विधिवद्वंदितस्तु यैः
Là, tous les êtres m’honoreront sans cesse. Et là, ceux qui ne m’auront vu ne fût-ce qu’une seule fois, et ceux qui m’auront salué selon le rite prescrit—
Verse 45
गत्वा शिवपुरं ते मां द्रक्ष्यंते दग्धकिल्बिषाः ॥ उत्तरेण तु गङ्गाया दक्षिणे चाश्विनीमुखात्
Étant allés à Śivapura, ils me verront, leurs fautes consumées. Ce lieu se trouve au nord de la Gaṅgā et au sud d’Aśvinī-mukha—
Verse 46
भागीरथ्याः शतगुणं पवित्रं तज्जलं स्मृतम् ॥ तत्र स्नात्वा हरेर्लोकानुपस्पृश्य दिवसपतेः
Cette eau est tenue pour cent fois plus purificatrice que la Bhāgīrathī. S’y étant baigné et ayant accompli le rite prescrit du contact avec l’eau, on atteint les mondes de Hari et du Seigneur du Jour (le Soleil)—
Verse 47
मुक्त्वा देहं नरा यांति मम लोकं न संशयः ॥ अपि दुष्कृतकर्माणः क्षेत्रेऽस्मिन्निवसन्ति ये
Délaissant le corps, les hommes vont à mon monde : il n’y a là aucun doute. Même ceux dont les actes furent mauvais, s’ils demeurent en ce lieu sacré—
Verse 48
नियतं पुरुहूतस्य श्रिताः स्थाने वसन्ति ते ॥ देवदानवगन्धर्वाः सिद्धविद्याधरोरगाः
Ils demeurent là, ayant pris refuge dans la demeure établie de Puruhūta (Indra) : Devas, Dānavas, Gandharvas, Siddhas, Vidyādharas et Nāgas—
Verse 49
मुनयोऽप्सरसो यक्षाः मोहिताः मम मायया ॥ तद्वै गुह्यं न जानंति यत्र सन्निहितो ह्यहम्
Les sages, les Apsaras et les Yakṣas—abusés par ma māyā—ne connaissent pas ce secret : le lieu où je suis réellement présent.
Verse 50
तपस्तपोधनानां च सिद्धक्षेत्रं हि तत्कृतम् ॥ प्रभासाच्च प्रयागाच्च नैमिषात्पुष्करादपि
Pour les ascètes et ceux riches en austérités, cela a été fait comme un siddha-kṣetra, un champ sacré accompli. Plus encore que Prabhāsa, Prayāga, Naimiṣa et même Puṣkara—
Verse 51
कुरुक्षेत्रादपि बुधाः क्षेत्रमेतद्विशिष्यते ॥ श्वशुरो मे स्थितो यत्र हिमवान् भूधरेश्वरः
Plus encore que Kurukṣetra, ce lieu sacré est tenu pour éminent, ô sages. Car là se tient Himavān, seigneur des montagnes—mon beau-père—
Verse 52
प्रभवन्ति यतः सर्वा गङ्गाद्याः सरितां वराः ॥ तस्मिन्क्षेत्रवरे पुण्ये पुण्याः सर्वाः सरिद्वराः
De là surgissent toutes les rivières excellentes, à commencer par la Gaṅgā. Dans ce kṣetra suprême et sacré, toutes les rivières éminentes sont saintes.
Verse 53
सर्वे प्रस्रवणाः पुण्याः सर्वे पुण्याः शिलोच्चयाः ॥ आश्रमस्तत्र भविता सिद्धचारणसेवितः
Toutes les sources qui s’y trouvent sont méritoires; toutes les hauteurs rocheuses le sont également. Là se tiendra un āśrama, fréquenté par les Siddhas et les Cāraṇas.
Verse 54
शैलेश्वर इति ख्यातः शरीरं यत्र मे स्थितम् ॥ स्रवन्तीनां वरा पुण्या वाग्मती पर्वतोत्तमात्
On l’appelle Śaileśvara, là où mon corps est établi. Parmi les rivières, la bienheureuse Vāgmatī est la première, s’écoulant d’une montagne excellente.
Verse 55
पानावगाहनात्तस्यास्तारयेत्सप्त वै कुलान् ॥ लोकपालस्तु चरति तीर्थख्यातिं च तत्स्वयम्
En buvant son eau et en s’y immergeant, on dit qu’on délivre sept lignées. Le Lokapāla lui-même y circule, et ce lieu acquiert de lui-même la renommée d’un tīrtha.
Verse 56
तत्र स्नात्वा दिवं यान्ति मृतास्ते त्वपुनर्भवाः ॥ स्नात्वा स्नात्वा तु ये तत्र नित्यमभ्यर्चयन्ति माम्
S’étant baignés là, les défunts, dit-on, vont au ciel et ne reviennent pas à la renaissance. Et ceux qui s’y baignent encore et encore et m’adorent sans cesse—
Verse 57
उद्धराम्यहमेतान्वै प्रीतः संसारसागरात् ॥ यस्तस्य वारिणा पूर्णमेकं च घटमुद्धरेत्
Moi, satisfait, je les retire de l’océan du saṁsāra. Quiconque puise ne fût-ce qu’un seul pot rempli de son eau—
Verse 58
स्नापनार्थे मम शुचिः श्रद्धधानोऽनसूयकः ॥ वेदवेदाङ्गविदुषा श्रोत्रियेण विशेषतः
Pour l’ablution rituelle qui M’est offerte, qu’on soit pur, plein de foi et sans malveillance. Qu’elle soit accomplie surtout par un śrotriya, savant du Veda et de ses auxiliaires (Vedāṅga).
Verse 59
आहृतस्याग्निहोत्रस्य यत्फलं तस्य तद्भवेत् ॥ तस्यास्तीरे जलोद्भेदं मन्मूलादभिनिःसृतम्
Quel que soit le fruit d’un Agnihotra dûment accompli, ce même fruit naît de cet acte. Sur sa rive, il y a une source jaillissante, issue de Ma propre racine.
Verse 60
मृगशृङ्गोदकं नाम नित्यं मुनिजनप्रियम् ॥ तत्राभिषेकं कुर्वीत उपस्पृश्य समाहितः
On l’appelle Mṛgaśṛṅgodaka, toujours cher aux assemblées de munis. Là, après l’upaspṛśya (contact purificatoire avec l’eau), qu’on accomplisse l’abhiṣeka, l’esprit concentré.
Verse 61
यावज्जीवकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति ॥ तीर्थं पञ्चनदं प्राप्य पुण्यं ब्रह्मर्षिसेवितम्
Le péché commis durant toute la vie s’évanouit à l’instant même. Ayant atteint le tīrtha nommé Pañcanada, méritoire et fréquenté par les Brahmarṣis—
Verse 62
अग्निष्टोमफलं तत्र स्नातमात्रः प्रपद्यते ॥ षष्टिं धेनुसहस्राणि यानि रक्षन्ति वाग्मतीम्
Là, par le seul fait de se baigner, on obtient le fruit du rite Agniṣṭoma. Soixante mille vaches—celles qui protègent la Vāgmatī—
Verse 63
न तां पापाः कृतघ्नो वा कदाचित्प्राप्नुयान्नरः॥ शुचयः श्रद्धधानाश्च सत्यसंधाश्च ये नराः॥
Un homme pécheur —ou ingrat— ne doit jamais obtenir ce mérite. Mais ceux qui sont purs, animés de foi et fermes dans la vérité, y sont aptes.
Verse 64
वाग्मत्याः सलिले स्नात्वा ये मां पश्यन्ति संस्कृताः॥ तेषां शान्तिर्भवेन्नित्यं पुरुषाणां न संशयः॥
Ceux qui, après s’être baignés dans les eaux de Vāgmatī, me contemplent dûment préparés, obtiennent une paix constante ; pour de tels hommes, il n’y a aucun doute.
Verse 65
मत्प्रभावात्तु स्नातस्य सर्वं नश्यति किल्बिषम्॥ ईतयः समुदीर्णाश्च प्रशमं यान्ति सर्वशः॥
Mais, par ma puissance, pour celui qui s’est baigné, toute faute est détruite ; et les afflictions survenues s’apaisent entièrement, retournant partout au calme.
Verse 66
तत्र तत्र फलं दद्याद्राजसूयाश्वमेधयोः॥ योजनाभ्यन्तरं क्षेत्रं समन्तात्सर्वतोदिशम्॥
En ce lieu est accordé le fruit des sacrifices du Rājasūya et de l’Aśvamedha. L’enceinte sacrée s’étend d’une yojana tout autour, en toutes directions.
Verse 67
मूलक्षेत्रं तु विज्ञेयं रुद्रेणाधिष्ठितं स्वयम्॥ तत्र पूर्वोत्तरे पार्श्वे वासुकिर्नाम नागराट्॥
Sache que le sanctuaire primordial est présidé par Rudra lui-même. Là, sur le côté nord-est, se trouve le roi des nāgas nommé Vāsuki.
Verse 68
वृतो नागसहस्रैस्तु द्वारि तिष्ठति मे सदा॥ स विघ्नं कुरुते नृणां तत्क्षेत्रं विशतां सदा॥
Entouré de milliers de nāgas, il se tient toujours à ma porte. Sans cesse il suscite des obstacles pour ceux qui cherchent à pénétrer dans ce lieu sacré.
Verse 69
प्रथमं स नमस्कार्यस्ततोऽहं तदनन्तरम्॥ अनेन विधिना पुंसामविघ्नं विशतां भवेत्॥
D’abord, c’est lui qu’il faut saluer, puis moi ensuite. Par cette règle, ceux qui entrent y pénétreront sans obstacle.
Verse 70
वन्दते परया भक्त्या यो मां तत्र नरः सदा॥ पृथिव्यां स भवेद्राजा सर्वलोकनमस्कृतः॥
L’homme qui, en ce lieu, me vénère toujours avec une dévotion suprême devient roi sur la terre, salué par tous les peuples.
Verse 71
गन्धैर्माल्यैश्च मे मूर्त्तिमभ्यर्च्चयति यो नरः॥ उत्पत्स्यते स देवेṣu तुषितेषु न संशयः॥
Celui qui honore mon image par des parfums et des guirlandes renaîtra parmi les dieux comblés, les Tuṣitas ; il n’y a là aucun doute.
Verse 72
गीतवादित्रनृत्यैस्तु स्तुतिभिर्जागरेण वा॥ ये मे कुर्वन्ति सेवां वै मत्संस्थास्ते भवन्ति हि॥
Ceux qui me rendent service par le chant, la musique instrumentale, la danse, les hymnes ou la veille, demeurent assurément établis en ma présence.
Verse 73
दध्ना क्षीरेण मधुना सर्पिषा सलिलेन वा ॥ स्नापनं ये प्रयच्छन्ति ते तरन्ति जरान्तकौ ॥
Ceux qui offrent le bain rituel (snāpana) avec du caillé, du lait, du miel, du ghee, ou même avec de l’eau, sont dits franchir au-delà de la décrépitude et de la mort.
Verse 74
यः श्राद्धे भोजनं दद्याद्विप्रेभ्यः श्रद्धयान्वितः ॥ सोऽमृताशी भवेनूनं त्रिदिवे सुरपूजितः ॥
Quiconque, lors du rite de śrāddha, donne de la nourriture aux brāhmaṇas avec une foi sincère, devient assurément participant de l’immortalité, honoré par les dieux au ciel.
Verse 75
व्रतोपवासैर्होमैर्वा नैवेद्यैश्चारुभिस्तथा ॥ यजन्ते ब्राह्मणा ये मां परया श्रद्धयान्विताः ॥
Ces brāhmaṇas qui m’adorent avec la foi suprême—par des vœux et des jeûnes, par des offrandes au feu (homa), et aussi par des offrandes de nourriture et d’oblations cuites—accomplissent le culte par ces disciplines.
Verse 76
षष्टिवर्षसहस्राणि चोषित्वा दिवि ते ततः ॥ ऐश्वर्यं प्रतिपद्यन्ते मर्त्यलोके पुनः पुनः ॥
Après avoir demeuré au ciel durant soixante mille ans, ils obtiennent ensuite la prospérité, encore et encore, dans le monde des mortels.
Verse 77
ब्राह्मणः क्षत्रियो वैश्यः शूद्रः स्त्री वापि सङ्गताः ॥ शैलेश्वरं तु तत्स्थानं भक्तितः समुपासते ॥
Brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas, śūdras, et aussi des femmes—réunis ensemble—vénèrent avec dévotion Śaileśvara et ce lieu sacré.
Verse 78
मत्पार्षदास्ते जायन्ते सततं सहिताः सुरैः ॥ शैलेश्वरं परं गुह्यं गतिः शैलेश्वरः परा ॥ शैलेश्वरात्परं क्षेत्रं न क्वचिद्भुवि विद्यते ॥
Ils renaissent sans cesse comme mes serviteurs, accompagnés des dieux. Śaileśvara est le secret suprême ; Śaileśvara est la destination la plus haute. Nulle part sur la terre on ne trouve de lieu sacré supérieur à Śaileśvara.
Verse 79
ब्रह्महा गुरुहा गोग्नः स्पृष्टो वै सर्वपातकैः ॥ क्षेत्रमेतदनुप्राप्य निर्मलो जायते नरः ॥
Même celui qui a tué un brāhmaṇa, tué un maître, abattu une vache, ou qui est souillé par toutes les fautes graves, en parvenant à ce lieu sacré devient pur.
Verse 80
विविधान्यत्र तीर्थानि सन्ति पुण्यानि देवताः ॥ येषान्तोयैर्नरः स्पृष्टः सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥
Ici se trouvent divers tīrthas (gués sacrés) et des divinités de bon augure ; par les eaux qui leur appartiennent, l’homme qui en est touché, c’est-à-dire baigné rituellement, est délivré de tous les péchés.
Verse 81
तत्र स्नात्वा शुचिर्दान्तः सत्यसन्धो जितेन्द्रियः ॥ विमुक्तः किल्बिषैः सर्वैः सर्वमेव फलं लभेत् ॥
S’étant baigné là, pur, maîtrisé, voué à la vérité et maître des sens—délivré de toute souillure—il obtient assurément le fruit entier du rite.
Verse 82
अनाशकं व्रजेद्यस्तु दक्षिणेन महात्मनः ॥ शैलेश्वरस्य पुरुषः स गच्छेत्परमां गतिम् ॥
Mais l’homme qui se rend à Anāśaka, au sud du grand Śaileśvara, parvient à la destination suprême.
Verse 83
भृगुप्रपतनं कृत्वा कामक्रोधविवर्जितः॥ विमानॆन दिवं गच्छेद्धृतः सोऽप्सरसाङ्गनैः॥
Ayant accompli le rite appelé « la descente de Bhṛgu (prapatana) », et étant exempt de désir et de colère, on gagne le ciel dans un vimāna céleste, porté par des troupes d’apsaras.
Verse 84
भृगुमूले परं तीर्थं ब्रह्मणा निर्मितं स्वयम्॥ ब्रह्मोद्भेदेति विख्यातं तस्यापि शृणु यत्फलम्॥
À la base de Bhṛgu se trouve un tīrtha suprême, façonné par Brahmā lui-même ; il est renommé « Brahmodbheda ». Écoute aussi le fruit (le mérite) de ce lieu sacré.
Verse 85
संवत्सरं तु यस्तत्र स्नास्यंस्तु नियतेन्द्रियः॥ स ब्रह्मलोके विरजे गच्छेन्नास्त्यत्र संशयः॥
Mais quiconque, les sens maîtrisés, s’y baigne durant une année entière, gagne le monde sans tache de Brahmā (Brahmaloka) ; il n’y a là aucun doute.
Verse 86
तत्र गोरक्षकं नाम गोवृषः पदविक्षतम्॥ दृष्ट्वा च तानि हि पुमान् गोसहस्रफलं लभेत्॥
Là se trouve un taureau nommé Gorakṣaka, dont les traces de sabots sont visibles ; en voyant ces marques, un homme obtient un mérite égal au don de mille vaches.
Verse 87
गौर्यास्तु शिखरं तत्र गच्छेत्सिद्धनिषेवितम्॥ यत्र सन्निहिता नित्यं पार्वती शिखरप्रिया॥
Qu’on se rende là au sommet de Gaurī, fréquenté par les siddhas, où Pārvatī, amie des cimes, demeure à jamais présente.
Verse 88
लोकमाता भगवती लोकरक्षार्थमुद्यता॥ तस्याः सालोक्यमायाति दृष्ट्वा स्पृष्ट्वाभिवाद्य च॥
Elle, la vénérable Mère du monde, résolue à protéger le monde : celui qui la voit, la touche et lui rend une salutation respectueuse obtient le sālokya, le séjour dans son domaine.
Verse 89
त्यजते पतितुं तस्या अधस्ताद्वाग्मतीतटे॥ उमालोकं व्रजेदाशु विमानॆन विहायसा॥
Au-dessous d’elle, sur la rive de la Vāgmatī, on abandonne l’inclination à tomber dans le malheur ; et l’on gagne promptement le monde d’Umā, porté par un vimāna céleste à travers le ciel.
Verse 90
तीर्थं पञ्चनदं प्राप्य पुण्यं ब्रह्मर्षिसेवितम्॥ अग्निहोत्रफलं तत्र स्नानमात्रेण लभ्यते॥
Ayant atteint le tīrtha sacré nommé Pañcanada—saint et fréquenté par les brahmarṣis—, on y obtient le fruit de l’Agnihotra par le seul bain.
Verse 91
नकुलोहेन मतिमान्स्नापयेत्प्रयतात्मवान्॥ जातिस्मरः स तु भवेत्सिध्यते चास्य मानसम्॥
Qu’un homme sage, maître de lui, s’y baigne avec l’eau dite « nakulāha » ; alors il devient celui qui se souvient des naissances antérieures, et l’intention de son esprit s’accomplit.
Verse 92
तस्यैवोत्तरत्तस्तीर्थमपरं सिद्धसेवितम्॥ नाम्ना प्रान्तकपानीयं गुह्यं गुह्यकरक्षितम्॥
Juste au nord de celui-là se trouve un autre tīrtha, fréquenté par les siddhas, nommé Prāntaka-pānīya : secret, et gardé par les Guhyakas.
Verse 93
संवत्सरं यस्तु पूर्णं तत्र स्नायान्नरः सदा ॥ गुह्यकः स भवेदाशु रुद्रस्यानुचरः सुधीः ॥
L’homme qui s’y baigne sans cesse pendant une année entière devient promptement un Guhyaka, sage serviteur de la suite de Rudra.
Verse 94
देव्याः शिखरवासिन्या ज्ञेयं पूर्वोत्तरेण वै ॥ दक्षिणेन तु वाग्मत्याः प्रसृतं कन्दरॊदरात् ॥
Au nord-est se trouve ce qu’il faut reconnaître comme relevant de la Déesse qui demeure au sommet ; et au sud, la Vāgmatī jaillit, s’écoulant du fond d’une caverne.
Verse 95
तीर्थं ब्रह्मोदयम् नाम पुण्यं पापप्रणाशनम् ॥ तत्र गत्वा जलं स्पृष्ट्वा स्नात्वा चाभ्युक्श्य मानवः ॥
Il est un gué sacré nommé Brahmodaya, propice et destructeur des fautes. S’y étant rendu, un homme—après avoir touché l’eau, s’y être baigné et s’en être aspergé—
Verse 96
मृत्युलोकं न पश्येत्स कृच्छ्रेषु च न सीदति ॥ गत्वा सुन्दरिकातीर्थं विधिना तीर्थमादिमम् ॥
—il ne verra pas le monde de la mort et ne succombera pas dans les temps d’épreuve—s’étant rendu selon la règle au Sundarikā-tīrtha, le gué sacré primordial.
Verse 97
तत्र स्नात्वा भवेत् तोये रूपवानुत्तमद्युतिः ॥ त्रिसन्ध्यं तत्र गच्छेत् तु पूर्वेण विधिवन्नरः ॥
S’y étant baigné dans l’eau, on devient beau et d’un éclat excellent. Qu’un homme s’y rende aux trois sandhyā, en empruntant la voie de l’est, selon la règle.
Verse 98
तत्र सन्ध्यामुपास्याथ द्विजो मुच्येत किल्विषात् ॥ वाग्मत्या मणिवत्याश्च सम्भेदे पापनाशने ॥
Alors, après y avoir accompli l’adoration de la sandhyā, le deux-fois-né est délivré de la faute. Cela se produit au confluent purificateur de la Vāgmatī et de la Maṇivatī, qui détruit le péché.
Verse 99
तारितं च कुलं तेन सर्वं भवति साधुना ॥ वर्णावरोऽपि यः कश्चित्स्नात्वा दद्यात्तिलोदकम् ॥
Par cet homme vertueux, dit-on, toute la lignée familiale est conduite au salut. Même quiconque est de rang social inférieur, après s’être baigné, doit offrir de l’eau mêlée de sésame.
Verse 100
तर्पिताः पितरस्तेन भवेयुर्नात्र संशयः ॥ यत्र यत्र च वाग्मत्यां स्नाति वै मानवोत्तमः ॥
Par cet acte, les ancêtres sont comblés—il n’y a là aucun doute. Et partout où l’homme excellent se baigne dans la Vāgmatī,
Verse 101
तिर्यग्योनिं न गच्छेत् तु समृद्धे जायते कुले ॥ वाग्मतीमणिवत्योश्च सम्भेदश्चर्षिसेवितः ॥
Il ne va pas dans un ventre animal (renaissance non humaine), mais naît dans une famille prospère. Et le confluent de la Vāgmatī et de la Maṇivatī est fréquenté par les ṛṣi.
Verse 102
धीमान्गच्छेत् तु विधिना कामक्रोधविवर्जितः ॥ गङ्गाद्वारे तु यत्प्रोक्तं स्नानपुण्यफलम् महत् ॥
Le sage doit s’y rendre selon la règle prescrite, exempt de désir et de colère. Le grand fruit de mérite du bain, tel qu’il est enseigné à Gaṅgādvāra—
Verse 103
स्नानस्य तद्दशगुणं भवेदत्र न संशयः ॥ अत्र विद्याधराः सिद्धा गन्धर्वा मुनयः सुराः
Ici, le fruit du bain devient dix fois plus grand — sans aucun doute. Ici se trouvent les Vidyādharas, les Siddhas, les Gandharvas, les sages et les dieux.
Verse 104
स्नानमेतदुपासन्ते यक्षाश्च भुजगैः सह ॥ स्वल्पमप्यत्र यत्किञ्चिद्द्विजेभ्यो दीयते धनम्
Même les Yakṣas, avec les Nāgas (êtres-serpents), honorent ce bain. Et toute richesse — si minime soit-elle — donnée ici aux dvijas (les « deux fois nés ») est louée.
Verse 105
तदक्षयं भवेद्दातुर्दानपुण्यफलं महत् ॥ तस्मात्सर्वप्रयत्नेन करणीयं च देवताः
Ce don devient impérissable pour celui qui donne ; grand est le fruit méritoire de la donation (dāna). C’est pourquoi, avec tous les efforts, il faut l’accomplir, ô divinités.
Verse 106
वरिष्ठं क्षेत्रमेतस्मान्नान्यदेव हि विद्यते ॥ तस्मिन् श्लेष्मातकवने पुण्ये त्रिदशसेविते
On ne connaît aucun autre kṣetra sacré supérieur à celui-ci. Dans ce saint bosquet de Śleṣmātaka, fréquenté par les trente dieux (devas)…
Verse 107
यत्र यत्र मया देवाश्चरता मृगरूपिणा ॥ आसितं स्वपितं यातं विहृतं वा समन्ततः
Partout où moi, ô dieux, errant sous la forme d’une bête, je me suis assis, j’ai dormi, je suis allé ou je me suis diverti tout alentour—
Verse 108
गोकर्णेश्वर इत्येतत्पृथिव्यां ख्यातिमेष्यति ॥ एवं सन्दिश्य विबुधान्देवदेवः सनातनः
«Ce lieu acquerra sur la terre la renommée de Gokarṇeśvara.» Ayant ainsi instruit les dieux, l’éternel Dieu des dieux…
Verse 109
अदृश्य एव विबुधैः प्रययावुत्तरां दिशम्
Devenu invisible aux dieux, il partit vers la direction du nord.
Verse 110
उपायमात्रं दृष्टं मे ध्यायंस्तद्वेषभूषणैः ॥ यथा यत्र च सोऽस्माभिर्द्रष्टव्यो वृषभध्वजः
Je n’ai discerné qu’un moyen, en méditant sur sa tenue et ses ornements : comment et où nous devons contempler Celui dont l’étendard porte le taureau, Śiva.
Verse 111
स्तनकुण्डे उमायास्तु यः स्नायात्खलु मानवः ॥ स्कन्दलोकमवाप्नोति भूत्वा वैश्वानरद्युतिः
En vérité, l’homme qui se baigne dans le Stanakuṇḍa d’Umā atteint le monde de Skanda, devenant rayonnant comme Vaiśvānara, le feu.
Verse 112
अहोरात्रं वसेद्यस्तु रुद्रजापो द्विजः शुचिः ॥ स भवेद्वेदविद्विद्वान्यज्वा पार्थिवपूजितः
Mais le deux-fois-né, pur, qui y demeure un jour et une nuit, adonné à la récitation de Rudra, devient connaisseur du Veda, savant, sacrifiant, et honoré par les rois.
Verse 113
तत्र तत्राभवत्सर्वं पुण्यक्षेत्रं च सर्वशः ॥ शृङ्गमेतत्त्रिधाभूतं सम्यक्संश्रूयतां सुराः ॥
Ici et là, partout, toute la contrée devint un champ sacré de mérite. Ce sommet se divisa en trois ; écoutez-le correctement, ô dieux.
Verse 114
गिरिनद्यास्तु पुलिने हंसकुन्देन्दुसन्निभे ॥ गन्धामोदेन पुष्पाणां वासितं मधुगन्धिमत् ॥
Sur la grève sablonneuse de la rivière de montagne—semblable au cygne, au jasmin et à la lune—le lieu était embaumé par l’effluve des fleurs, riche d’un parfum de miel.
Verse 115
जग्राह केशवश्चापि मूलं तस्य महात्मनः ॥ त्रिभिरेवं गृहीतं तु त्रिधा भूतमभज्यत ॥
Keśava saisit aussi la racine de ce grand être. Ainsi, saisi en trois (parts), il se trouva partagé en trois.
Verse 116
दीप्ततेजोमयशिराः शरीरं च चतुर्मुखम् ॥ शरीरेश इति ख्यातः सर्वत्र भुवनत्रये ॥
Ayant une tête rayonnante d’une splendeur de feu et un corps à quatre visages, il est renommé comme « Śarīreśa » dans les trois mondes.
Verse 117
क्षेत्रं हि मम तज्ज्ञेयं योजनानि चतुर्दश ॥ हिमाद्रेस्तुङ्गशिखरात्प्रोद्भूता वाग्मती नदी ॥
Qu’on sache que tel est mon kṣetra sacré, s’étendant sur quatorze yojanas. Du haut sommet de l’Himālaya jaillit la rivière Vāgmatī.
Verse 118
भागीरथी वेगवती कलुषं दहते नृणाम् ॥ कीर्तनादेव संशुद्धे दर्शनाद्भूतिमाप्स्यति ॥
Bhāgīrathī, au courant impétueux, consume l’impureté des hommes. Par la seule louange on est purifié ; par sa vision on obtient bien-être et prospérité.
Verse 119
वाग्मत्यां ते नराः स्नान्ति लभन्ते चोत्तमां गतिम् ॥ आर्ता भीताश्च संतप्ता व्याधितोऽव्याधितोऽपि वा ॥
Ceux qui se baignent dans la Vāgmatī atteignent la voie suprême du bien. Qu’ils soient en détresse, craintifs, tourmentés, malades ou même sans maladie, tous sont inclus.
Verse 120
यस्तु दद्याद्प्रदीपं मे पर्वते श्रद्धयान्वितः ॥ सूर्यप्रभेषु देवेषु तस्योत्पत्तिर्विधीयते ॥
Quiconque, animé d’une foi sincère, m’offre une lampe sur la montagne, verra sa renaissance ordonnée parmi les dieux rayonnants comme le soleil.
Verse 121
क्रोशं क्रोशं सुरै रूपं तच्च संहृत्य निर्मितम् ॥ तीर्थं क्रोशोदकं नाम पुण्यं मुनिजनप्रियम् ॥
À chaque krośa, les dieux façonnèrent une forme, la rassemblant et la constituant. Ainsi fut établi un gué sacré nommé « Krośodaka », méritoire et cher aux sages.
Verse 122
वाग्मत्याः सलिले स्नात्वा ये मां पश्यन्ति संस्कृताः ॥ वाग्मती सरितां श्रेष्ठा यत्र यत्रावगाह्यते ॥
Après s’être baignés dans les eaux de la Vāgmatī, ceux qui ensuite me contemplent deviennent raffinés et purifiés. Vāgmatī est la meilleure des rivières, partout où l’on y entre pour s’y baigner.
Varāha continues instructing Pṛthivī through a tīrtha-māhātmya mode, shifting from abstract dharma to place-anchored sanctification: the gods’ inability to locate Śaṅkara becomes the narrative device that reveals a hidden kṣetra in the Śleṣmātaka forest on the Vāgmatī system.
Indra (Śakra) and the devas search across worlds for Śiva, fail, and enter Śleṣmātaka-vana where they meet Umā and then a wondrous mṛga-rūpa (deer-like, Rudra implied). Indra, Brahmā, and Viṣṇu seize and divide its horn; the being rebukes them and commands that the horn(s) be established for loka-anugraha, thereby generating named liṅga/tīrtha presences (Gokarṇeśvara, Jaleśvara/Śaileśvara) and a mapped sacred landscape.
The rebuke turns into instruction: what was grasped in haste must be ritually ‘installed’ and protected; the deity’s movement/rest/play sacralizes the grove and hydrology. The chapter then resolves into a systematic kṣetra-map—rivers, confluences, springs, doors/guardians (Vāsuki-dvāra), and micro-tīrthas—each tied to specific acts (snāna, arcana, dīpa-dāna, pitṛ-kriyā) and conduct prerequisites (śauca, satya, jitendriyatā).
A cumulative phala is asserted: bathing and worship at the enumerated tīrthas remove pāpa and social disorder, confer merit comparable to famed rivers (Bhāgīrathī/Gaṅgā by comparison), and stabilize dharma in the region; specific acts like lamp-offering, rudra-japa with overnight stay, and ancestor rites are said to yield enduring punya and protection. (No single fixed calendrical phala-verse is indicated in the provided summary.)
Śleṣmātaka-vana (sacred forest/grove); Vāgmatī nadī (river); Bhāgīrathī (comparative sanctity reference); Gaṅgā (directional reference: ‘uttareṇa tu gaṅgāyāḥ’); Himālaya/Himavat (mountain context; ‘śailapateḥ pāde himavataḥ’); Nepāla (region named); Nāga-hrada (serpent lake); Pañcanada (tīrtha); Maṇivatī (river; confluence with Vāgmatī); confluence (saṃbheda) points; Śaileśvara (site-name where ‘śarīra’ abides); Gokarṇeśvara (promised to become a known toponym); Krośodaka (tīrtha); Brahmodbheda/Brahmodaya (tīrtha); Sundarikā-tīrtha; Stanakuṇḍa of Umā; Gaurī-śikhara; Bhṛgu-prapatana; Prāntaka-pānīya (tīrtha); Vāsuki-dvāra (guardian nāga at the entrance).
The text frames ethical efficacy through disciplined interaction with place: purity (śauca), truthfulness (satya), restraint (jitendriyatā), and respectful sequencing of rites (e.g., honoring the guardian Vāsuki before entering) are presented as conditions under which pilgrimage, bathing, and offerings become socially stabilizing and morally reparative (pāpa-kṣaya).
No explicit lunar tithi, nakṣatra, or seasonal calendrics are specified. The text instead uses duration markers (e.g., ahorātra-vāsa for a dvija performing rudra-japa; multi-thousand-year divine durations in the prophecy section) and repeated practice formulas (“snātvā snātvā”) rather than festival dating.
Environmental stewardship appears indirectly through sacralized hydrology and grove-protection logic: the Vāgmatī and associated springs/confluences are treated as purifying systems requiring orderly access, clean bathing, and regulated offerings; the Śleṣmātaka-vana is depicted as a protected sacred habitat whose sanctity expands wherever the deity ‘moved, rested, or played,’ effectively turning landscape care into a dharma practice.
The chapter references major deities as narrative agents (Indra, Brahmā, Viṣṇu, Umā) and invokes Bhṛgu (via Bhṛgu-prapatana). It also contains a polity-and-lineage motif: Sūryavaṃśī kṣatriyas are said to later restore order after a period of mleccha control, establish dharma, and institute liṅga worship in the region.
Answers come straight from the texts, with the shlokas they draw on. Ask in your own words.
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