
Śubhāśubha-phalānukīrtana-varṇana
Ethical-Discourse (Afterlife Jurisprudence and Merit Economy)
Dans le cadre de l’enseignement entre Varāha et Pṛthivī, cet adhyāya rapporte, par la voix du fils d’un ṛṣi, ce qui fut entendu au sujet de l’examen des actes humains par Yama et Citragupta. Il dresse un tableau des issues posthumes : damnation en naraka pour des fautes précises et récompenses célestes graduées en Svarga/Amarāvatī pour la conduite conforme au dharma. Par des exemples concrets, il décrit l’affectation punitive pour l’adharma — manquements sociaux et familiaux — et l’entrée célébrée au ciel pour ceux qui maintiennent le dharma en temps de crise, pratiquent la générosité, protègent les biens communs (bien-être des brāhmaṇas, du bétail et de la cité/pouvoir) ou meurent dans une bataille juste. Le texte insiste sur l’enregistrement (lekhya) et la proclamation publique du mérite, reliant l’éthique à l’ordre cosmique et, par extension, à la stabilité de Pṛthivī par un dharma régulateur de la société.
Verse 1
अथ शुभाशुभफलानुकीर्तनवर्णनम् ॥ ऋषिपुत्र उवाच ॥ इदमन्यत्पुरा विप्राः श्रूयतां तस्य भाषितम् ॥ यमस्य चित्रगुप्तस्य यच्च तत्र मया श्रुतम् ॥
Vient ensuite l’exposé décrivant la récitation des fruits favorables et défavorables. Le fils d’un Ṛṣi dit : « Ô brāhmaṇas, écoutez encore une ancienne affaire : ce qu’il déclara, et ce que j’entendis là au sujet de Yama et de Citragupta ».
Verse 2
अयं तु भवतां यातु यातु स्वर्गं महीक्षिताम् ॥ अयं वृक्षस्त्वयं तिर्यगयं मोक्षं व्रजेन्नरः ॥
«Que celui-ci s’en aille — selon la voie qui lui est assignée ; qu’il aille au ciel parmi les souverains de la terre. Celui-ci devient un arbre ; celui-ci va comme un animal ; cet homme s’avance vers la délivrance (mokṣa).»
Verse 3
अयं नागो भवेत्शीघ्रमयं तु परमां गतिम् ॥ स्वपूर्वकान्पश्यतेऽयमात्मनस्तु पितामहान् ॥
«Celui-ci devient vite un nāga (être-serpent) ; mais celui-là atteint la destination suprême. Celui-ci voit ses prédécesseurs, oui, les grands-pères de sa lignée.»
Verse 4
क्लिश्यतो रुदतश्चैव वदतश्च पुनःपुनः ॥ स्वेन दोषेण सर्वे वा अक्षयं नरकंगताः ॥
«Souffrant, pleurant et parlant sans cesse : par leur propre faute, tous sont allés vers un enfer durable.»
Verse 5
दारत्यागी त्वधर्मिष्ठः पुत्रपौत्रविवर्जितः ॥ क्षिप्तं वै रौरवे ह्येनं क्षपयन्तु महौजसः ॥
Celui qui abandonne son épouse—le plus injuste—privé de fils et de petits-fils : jeté dans le Raurava, que les puissants le fassent y subir l’épuisement du châtiment.
Verse 6
मुच्यतां त इमे सर्वे ह्यतीतानागतास्तथा ॥ मुच्यन्तामाशु मुच्यन्तां त एते पापवर्जिताः ॥
Que tous ceux-ci soient délivrés—ceux du passé et ceux à venir également. Qu’ils soient délivrés sans délai ; que ceux-ci, exempts de faute, soient délivrés.
Verse 7
आगमे च विपत्तौ च सर्वधर्मानुपालकाः ॥ ते तु कल्पान्बहून्स्वर्ग उषित्वा ह्यनसूयकाः ॥
Ceux qui observent tous les devoirs dans la prospérité comme dans l’adversité—sans malveillance—demeurent au ciel durant de nombreux kalpas.
Verse 8
बहुसुन्दरनार्यङ्के ह्याद्ये परमधार्मिकम् ॥ कलौ मानुषतां यातु धर्मस्येह निदर्शनम् ॥
Au commencement, sur les genoux d’une femme d’une grande beauté, il est parfaitement juste. Dans l’âge de Kali, que cela devienne un modèle humain—ici, une illustration du dharma.
Verse 9
त्रिविष्टपे परिक्लेशो वासो ह्यस्याक्षयो भवेत् ॥ अयमायोधने शत्रुं हत्वा तु निधनंगतः ॥
Dans Triviṣṭapa (le ciel) il y a peine, mais sa demeure serait impérissable. Cet homme, ayant tué un ennemi au combat, a véritablement rencontré la mort.
Verse 10
तत्र वैमानिको भूत्वा कल्पमेकं निवत्स्यति ॥ तथैवायं महाभागो धर्मात्मा धर्मवत्सलः ॥
Là, devenu un être céleste se mouvant dans un vimāna divin, il demeurera pendant un kalpa. De même, cet homme fortuné—juste d’âme et dévoué au dharma—doit être honoré.
Verse 11
बहुदानरतो नित्यं सर्वभूतानुकम्पकः ॥ एनं गन्धैश्च माल्यैश्च शीघ्रमेव प्रपूजय ॥
Toujours porté aux dons abondants et compatissant envers tous les êtres, rends-lui promptement un culte avec des parfums et des guirlandes.
Verse 12
अस्मै पूजा भवेद्देया मयादिष्टा महात्मने ॥ वीज्यतां चामरैरेष रथमस्मै प्रदीयताम् ॥
À ce grand être, le culte doit être offert comme je l’ai prescrit. Qu’on l’évente avec des cāmara (chasse-mouches en queue de yak) et qu’on lui donne un char.
Verse 13
प्रेतवासं समुत्सृज्य हीतो यातु त्रिविष्टपम् ॥ इन्द्रस्यार्द्धं भवेच्चैव देवदेवस्य धीमतः ॥
Rejetant la condition de preta, qu’il—honoré—aille à Triviṣṭapa (le ciel). Il obtiendra aussi une part égale à la moitié de celle d’Indra, sous le sage Seigneur des dieux.
Verse 14
शङ्खतूर्यनिनादेन तत्र वै विजयेन च ॥ तत्र वै पूजयित्वा च प्रायशो लभतां सुखम् ॥
Là, au retentissement des conques et des trompettes, avec la victoire aussi; et après y avoir rendu un culte, il obtient le plus souvent le bonheur.
Verse 15
अयं गच्छतु भद्रं चापीन्द्रदेशं दुरासदम् ॥ अनेन वै कीर्तिमता लोकः सर्वो ह्यलङ्कृतः ॥
Que cet homme s’en aille — que tout soit propice — vers le domaine d’Indra, difficile à atteindre. Par lui, illustre de renommée, le monde entier est véritablement paré et ennobli.
Verse 16
गुणैश्च शतसङ्ख्याकैः शक्र एनं प्रतीक्षते ॥ तावत्स्थास्यति धर्मात्मा यावच्छक्रस्त्रिविष्टपे ॥
Pourvu de vertus se comptant par centaines, Śakra (Indra) l’attend. L’âme droite demeurera là aussi longtemps que Śakra demeurera à Triviṣṭapa.
Verse 17
तावत्स मोदते स्वर्गे यावद्धर्मोऽनुमीयते ॥ ततश्च्युतश्च कालेन मानुष्ये सुखमश्नुते ॥
Il se réjouit au ciel tant que son mérite (dharma) s’épuise et se mesure. Puis, déchu en son temps de cet état, il goûte au bonheur dans le monde des hommes.
Verse 18
रत्नवेणुप्रदश्चैव सर्वधर्मैरलङ्कृतः ॥ अश्विनोर्नय लोकं तु सर्वसौख्यसमन्वितम् ॥
Et, donateur de flûtes ornées de joyaux (ou d’instruments de bambou), paré de toutes formes de mérite, conduis-le au monde des Aśvins, comblé de toute félicité.
Verse 19
सर्वशक्त्या समेतॆन द्विजेभ्य उपपादिताः ॥ शुचीनां ब्राह्मणानाम् बह्वन्नदानं विशेषतः ॥
Accordées aux dvijas (les « deux fois nés ») selon toute sa capacité; en particulier, le don d’une nourriture abondante aux brāhmaṇas purs et disciplinés est spécialement loué.
Verse 20
तेन कल्पं वसिष्यन्ति रुद्रकल्पा मनोरमाः ॥ तत्र कल्पं वसेद्गत्वा रुद्रलोकं न संशयः ॥
Par cet acte méritoire, ils demeureront durant un kalpa dans de charmants domaines semblables à Rudra ; et, s’y étant rendus et y résidant un kalpa, ils atteignent le monde de Rudra — sans aucun doute.
Verse 21
तेन दत्तं द्विजातिभ्यो मधुखण्डपुरःसरम् ॥ रसैश्च विविधैर्युक्तं सर्वगन्धमनोहरम् ॥
Par lui fut offert aux deux-fois-nés (dvija) du miel, du sucre candi et autres, pourvus de saveurs variées et charmants par toutes les fragrances.
Verse 22
तरुणी क्षीरसम्पन्ना गौः सुवर्णयुता शुभा ॥ सवत्सा हेमवासाश्च दत्ताऽनेन महात्मना ॥
Une jeune vache, riche de lait, de bon augure et accompagnée d’or, avec son veau et des vêtements d’or, fut donnée par cet homme à la grande âme.
Verse 23
अस्य लेख्यं मया दृष्टं तिस्रः कोट्यस्त्रिविष्टपे ॥ स्वर्गात्परिच्युतश्चापि ऋषीणां जायते कुले ॥
J’ai vu l’inscription le concernant : trois crores (de mérite) à Triviṣṭapa, le ciel. Et même s’il déchoit du ciel, il naît dans la lignée des ṛṣi.
Verse 24
सुवर्णस्य प्रदाता च त्रिदशेभ्यो निवेद्यताम् ॥ त्रिदशानभ्यनुज्ञाप्य यातु देवमुमापतिम् ॥
Et le donateur d’or doit être annoncé aux Trente (dieux). Ayant obtenu l’assentiment des dieux, qu’il aille vers le Seigneur divin, Umāpati.
Verse 25
तत्रैष वै महातेजा यथेष्टं काममाप्नुयात् ॥ तत्रैवायमपि प्रेतगणभक्तो महातपाः ॥
Là, cet être d’un grand éclat obtient véritablement les désirs selon son gré. Là se tient aussi le grand ascète, dévot à la troupe des esprits des défunts.
Verse 26
प्रयातु पितृभिः सार्द्धं तर्पिता येन पूर्वजाः ॥ दानव्रता दिवं यान्तु नानालोकनमस्कृताः ॥
Qu’il s’en aille avec les ancêtres, dont les aïeux furent apaisés par lui grâce aux offrandes. Que ceux voués au don montent au ciel, honorés par les salutations de nombreux mondes.
Verse 27
अयं भद्रो महाकामं सर्वभूतहिते रतः ॥ सर्वकामैरयं पूज्यः सर्वकामप्रदो नरः ॥
Cet homme de bien, voué au bien de tous les êtres, est digne des grands désirs. Il doit être honoré par tous les objets désirés ; cet homme est le dispensateur de tous les désirs.
Verse 28
विविधैः कामभोगैस्तु सेव्यमानो नरोत्तमः ॥ अक्षयं चाजरं स्थानं पूज्यमानो महर्षिभिः ॥
Servi par de multiples jouissances du désir, ce meilleur des hommes—honoré par les grands rishis—atteint un séjour impérissable et sans vieillesse.
Verse 29
ब्राह्मणार्थे गवार्थे वा राष्ट्रार्थे निधनङ्गतः ॥ शक्रस्य ह्यमरावत्यां निवेदयत मा चिरम् ॥
Si quelqu’un rencontre la mort pour la cause des brahmanes, ou pour celle des vaches, ou pour celle du royaume, alors, en vérité, qu’on le rapporte à Śakra dans Amarāvatī sans tarder.
Verse 30
अयं यातु महाभागो देवदेवं सनातनम् ॥ अतिसृष्टः पुरा येन यथोक्ताः सुखदोहनाḥ ॥
Que cet homme fortuné s’avance vers le Dieu des dieux, l’Éternel, celui qui jadis énonça, comme il fut dit, les prescriptions bien proclamées et dispensatrices de bonheur.
Verse 31
क्षितिप्रदो द्विजातिभ्यो ह्ययं यातु त्रिविष्टपम् ॥ तत्रैव तिष्ठताद्वीरो ब्रह्मलोके सहानुगः ॥
Puisqu’il a donné des terres aux deux-fois-nés, qu’il aille à Triviṣṭapa (le ciel). Que ce héros demeure là même, en Brahmaloka, avec ses compagnons et ses suivants.
Within the Varāha–Pṛthivī upadeśa frame, the discourse turns to karmic accountability after death. A report is introduced as heard/relayed by an ṛṣi’s son, establishing the authority of śruti-like testimony about the otherworldly court.
A didactic catalog of Yama–Citragupta’s adjudication unfolds: deeds are ‘read’ from the lekhya (ledger), publicly proclaimed, and matched to differentiated destinations—naraka for adharma (especially social/familial derelictions and harms) and Svarga/Amarāvatī/Triviṣṭapa (and higher lokas in graded fashion) for dharmic conduct such as dāna, protection of brāhmaṇas/cattle/polity, steadfastness in crisis, and heroic death in righteous battle.
The narrative peaks in the vivid polarity of outcomes: punitive assignment to named hells versus celebratory admission to Indra’s city and other divine realms, with merit announced and honored. The resolution reinforces cosmic order: ethical action is not private but audited, proclaimed, and world-stabilizing through dharma’s social-regulatory function.
Triviṣṭapa (Svarga), Amarāvatī (Indra’s city), Rudraloka, Brahmaloka; no terrestrial toponyms or river systems are explicitly named in the provided passage.
The text models an ethical economy in which actions are audited by Yama and Citragupta and yield differentiated outcomes: adharma leads to specific punitive realms, while dharma—especially generosity, protection of communal welfare, and steadfast conduct during adversity—produces graded heavenly residence and eventual auspicious rebirth.
No explicit tithi, nakṣatra, month, or seasonal timing is stated in the provided adhyāya segment; the emphasis is on categories of deeds (dāna, duty in crisis, righteous battle) rather than calendrical ritual scheduling.
Although it does not directly discuss landscapes or conservation, it frames Pṛthivī’s stability indirectly through dharma as social ecology: protecting cattle (go), supporting brāhmaṇas (knowledge/ritual economy), and safeguarding the polity (rāṣṭra) are presented as meritorious acts that sustain orderly human life on Earth.
The narrative references cosmological-administrative figures (Yama, Citragupta, Indra/Śakra, the Aśvins, Rudra, Umāpati/Śiva) and a generic ṛṣi lineage context (ṛṣiputra; rebirth in ṛṣi-kula), but no specific royal dynasty or named human genealogy is given in the provided text.
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