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Guhyakarma-māhātmya (Rajasvalā-śuddhi, Citta-samatā, Ṛtu-dharma)
Ethical-Discourse / Ritual-Manual (with Yogic-Philosophical Instruction)
L’Adhyāya 142 est structuré comme un dialogue d’enseignement entre Pṛthivī (Vasundharā) et Varāha. Après avoir reçu l’instruction divine, Pṛthivī interroge Varāha sur le poids concret des règles touchant les femmes de force limitée, surtout en période de rajas (menstruations), et sur la manière d’accomplir les actes quotidiens — manger, devoirs rituels — sans encourir de faute. Varāha redéfinit la pureté par le bhāva (intention) et la citta-samatā (équanimité) : lorsque l’esprit demeure en Lui, l’action ne souille pas, « comme la feuille de lotus dans l’eau ». Il donne des mantras pour la pratique de la rajasvalā, puis élargit l’éthique vers la maîtrise de soi, le contrôle des sens et le yoga du renoncement. Le chapitre prescrit aussi la conduite en ṛtu-kāla pour l’union sexuelle orientée vers les devoirs de lignée (pitṛ-artha), avertit contre les rapports hors du temps prescrit et souligne qu’une vie domestique disciplinée et attentive peut s’accorder avec la libération.
Verse 1
अथ गुह्यकर्ममाहात्म्यं ॥ सूत उवाच ॥ ततो देववचः श्रुत्वा धर्मकामाऽ वसुन्धरा ॥ कृताञ्जलिपुटा भूत्वा प्रसादयति माधवम् ॥
Sūta dit : Ayant entendu les paroles de la Divinité, Vasundharā (la Terre), animée du désir de dharma, joignit les paumes en signe de révérence et chercha à apaiser Mādhava (Viṣṇu).
Verse 2
धरण्युवाच ॥ दास्यां मे प्रणयं कृत्वा विज्ञाप्यं शृणु माधव ॥ मृदुना च स्वभावेन वक्ष्यामि त्वां जनार्दन ॥
La Terre dit : Ayant accueilli mon dévouement fidèle, écoute, Mādhava, ce que je viens te soumettre. D’un naturel doux, je te parlerai, ô Janārdana.
Verse 3
अल्पप्राणबलाः नार्यः यत्त्वया परिभाषितम् ॥ अशक्ताः सहितुं ह्येताः क्षुधात्वनशनेऽबलाः ॥
Les femmes, d’une force corporelle limitée, ne peuvent supporter ce que tu as énoncé ; affaiblies par la faim et le manque de nourriture, elles ne peuvent l’endurer.
Verse 4
भुञ्जमानाः नराः ह्यत्र रजसा यान्ति शं परम् ॥ अन्नं ह्यनुग्रहं देव येन ते कर्म संश्रिताः ॥
Car ici, ceux qui mangent peuvent, même sous l’influence du rajas, atteindre le bien suprême. La nourriture, ô Seigneur, est véritablement une grâce : par elle ils sont soutenus dans leurs devoirs et leurs actes.
Verse 5
तस्यास्तद्वचनं श्रुत्वा माधव्याः स तु माधवः ॥ प्रहस्य भावशुद्धात्मा तत एवमभाषत ॥
Ayant entendu ces paroles de Mādhavī (c’est-à-dire la Terre s’adressant à Mādhava), Mādhava, dont l’âme était pure, sourit puis parla ainsi.
Verse 6
श्रीवराह उवाच ॥ साधु देवि वरारोहे मम कर्मव्यवस्थिते ॥ पृष्टोऽहं परमं गुह्यं मम भक्तसुखावहम् ॥
Śrī Varāha dit : Bien parlé, ô déesse à la belle forme, établie dans la règle de conduite que j’ai prescrite. Tu m’as interrogé sur un sujet très secret, porteur de bien-être pour mes dévots.
Verse 7
स्पृष्टा या रजसा देवि मम कर्मपरायणा ॥ मां संस्पृशन्तु तत्रस्थं यत्र तिष्ठामि सुन्दरि ॥
Ô déesse : celle qui est touchée par le rajas et pourtant vouée à la conduite que j’ai prescrite, qu’elle me touche là même où je demeure, ô belle.
Verse 8
यदि भावस्तदा कश्चिद्भोजने कायसाधने ॥ चित्तं न्यस्य मयि क्षोणि भोक्तव्यं च न संशयः ॥
Si, au moment de manger pour l’entretien du corps, il y a une intention juste, alors—plaçant l’esprit en moi, ô Terre—il faut manger ; il n’y a aucun doute à ce sujet.
Verse 9
न सा लिप्यति दोषेण भुञ्जमाना रजस्वला ॥ अञ्जलिं शिरसा कृत्वा मयोक्तं मन्त्र उत्तमम् ॥
Celle qui est rajasvalā n’est pas souillée par une faute lorsqu’elle mange, si, les mains jointes au-dessus de la tête, elle s’incline et récite l’excellent mantra que j’ai énoncé.
Verse 10
स्नात्वा सा तु महाभागे पञ्चमात्तु दिनात्पुनः ॥
Mais elle, ô très fortunée, s’étant baignée de nouveau après le cinquième jour…
Verse 11
यथार्हं कुरुते कर्म मच्चित्ता मत्परायणा ॥ प्राप्नुयात्पुरुषत्वं च न्यस्तसंसारचिन्तनात् ॥
Celui qui accomplit les actes comme il convient—l’esprit fixé sur Moi et voué à Moi—atteint la véritable condition de personne, en déposant toute préoccupation pour l’existence samsarique (saṃsāra).
Verse 12
धरण्युवाच ॥ पुरुषा वा स्त्रियो वापि न पुमांसो न वा स्त्रियः ॥ कथं दोषेण मुच्यन्ते जन्मसंसारबन्धनात् ॥
Dharaṇī dit : «Qu’ils soient hommes ou femmes—ou ni hommes ni femmes—comment sont-ils délivrés du lien de la naissance et du saṃsāra, quant à la “faute” (doṣa) ?»
Verse 13
श्रीवराह उवाच ॥ इन्द्रियाणि निगृह्याथ चित्तमप्यनुवेश्य च ॥ मयि संन्यासयोगेन मम कर्मपरायणः ॥
Śrī Varāha dit : «Après avoir maîtrisé les sens et tourné aussi l’esprit vers l’intérieur, par le yoga du renoncement (saṃnyāsa), que l’on soit voué aux actes offerts en relation avec Moi.»
Verse 14
मम योगेषु संन्यासमेकचित्तो दृढव्रतः ॥ एवं कुर्वन्महाभागे स्त्रियो वा पुन्नपुंसकम् ॥
«Dans mes disciplines yogiques, qu’il pratique le renoncement—l’esprit unifié et le vœu ferme ; agissant ainsi, ô bienheureuse, qu’il s’agisse de femmes ou de personnes aux caractéristiques sexuelles non pleinement masculines (punnapuṃsaka)…»
Verse 15
ज्ञानसंन्यासयोगं वा यदीच्छेत्परमां गतिम् ॥ अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि तच्छृणुष्व वसुन्धरे ॥
«Ou bien, si l’on désire le but suprême, (qu’on suive) le yoga du renoncement par la connaissance. Et je t’exposerai aussi autre chose : écoute, ô Vasundharā.»
Verse 16
मनो बुद्धिश्च चित्तं च ते ह्यनीशाः शरीरणाम् ॥ एकचित्तं मनः कृत्वा ज्ञानेन पृथुलोचने ॥
Le mental, l’intellect et la conscience ordinaire : en vérité, ils ne sont pas souverains chez les êtres incarnés. Rendant le mental unifié en un seul point par la connaissance, ô toi aux larges yeux (Pṛthivī)…
Verse 17
समचित्तं प्रपद्यन्ते न ते लिप्यन्ति मानवाः ॥ सर्वभक्ष्याणि भक्षन्तः पेयापेयांस्तथैव च ॥
Ils parviennent à l’égalité du mental ; de telles personnes ne sont pas souillées—même si elles mangent toutes sortes d’aliments et boivent de même ce qui se boit et ce qui (d’ordinaire) ne se boit pas.
Verse 18
समं चित्तं मयि यदि तदा तस्य न च क्रिया ॥ चित्तं मनश्च बुद्धिश्च मत्संस्थं च समं यदि ॥
Si le mental est égal et établi en Moi, alors pour cette personne il n’y a pas d’action (qui lie). Si la conscience (citta), le manas et l’intellect (buddhi) sont pareillement établis en Moi…
Verse 19
रात्रिन्दिवं मुहूर्तं वा क्षणं वा यदि वा कला ॥ निमेषं वा त्रुटिं वाथ देवि चित्तं समं कुरु ॥
Que ce soit pour un jour et une nuit, pour un muhūrta, pour un instant, ou même pour une brève mesure de temps—pour un clignement ou un moment—ô Devī, rends le mental égal.
Verse 20
सदा दिवानिशोश्चैव कुर्वन्तः कर्मसङ्करम् ॥ तेऽपि यान्ति परां सिद्धिं यदि चित्तं व्यवस्थितम् ॥
Même ceux qui, jour et nuit, accomplissent sans cesse un mélange d’actions—eux aussi atteignent la siddhi suprême, si le mental est bien établi.
Verse 21
जाग्रतः स्वपतो वापि शृण्वतः पश्यतोऽपि वा ॥ यो मां चित्ते चिन्तयति मच्चिन्तस्य च किं भयम् ॥
Éveillé ou endormi, écoutant ou même regardant : quiconque me contemple dans son esprit ; pour celui dont la pensée demeure fixée en moi, quelle crainte pourrait-il y avoir ?
Verse 22
दुर्वृत्तमपि चाण्डालं ब्राह्मणं चापथि स्थितम् ॥ तं तु देवि प्रशंसामि नान्यचित्तं कदाचन ॥
Même un Caṇḍāla de conduite mauvaise, et même un Brāhmaṇa engagé sur une voie erronée—pourtant, ô Déesse, je loue celui dont l’esprit ne se détourne jamais ailleurs (de moi).
Verse 23
यजन्तः सर्वधर्मज्ञा ज्ञानसंस्कारसंस्कृताः ॥ मयि चित्तं समाधाय मम कर्मपरायणाः ॥
Ceux qui adorent—connaisseurs de tous les dharmas, affinés par les disciplines et les empreintes de la connaissance—plaçant l’esprit en moi, voués aux actes accomplis pour moi.
Verse 24
ये मत्कर्माणि कुर्वन्ति मया हृदि समाश्रिताः ॥ सुखं निद्रां समाधाय स्वपन्तः कर्मसंस्थिताः ॥
Ceux qui accomplissent mes œuvres, prenant refuge en moi dans le cœur—s’abandonnant au sommeil avec aisance, ils dorment tout en demeurant établis dans leur devoir.
Verse 25
येषां प्रशान्तं चित्तं वै तेऽपि देवि मम प्रियाः ॥ सर्वमात्मनि कर्म स्वं शुभं वा यदि वाऽशुभम् ॥
Ceux dont l’esprit est véritablement apaisé—eux aussi, ô Déesse, me sont chers. Toute leur action propre repose dans le Soi, qu’elle soit propice ou néfaste.
Verse 26
प्राप्नुवन्ति च दुःखानि भ्रमच्चित्ता नराधमाः ॥ चित्तं नाशो हि लोकस्य चित्तं मोक्षस्य कारणम् ॥
Et les plus vils parmi les hommes, dont l’esprit vagabonde, parviennent aux souffrances. Car l’esprit est vraiment la ruine de l’état mondain, et l’esprit est la cause de la délivrance.
Verse 27
तस्माच्चित्तं समाधाय मां प्रपद्यस्व मेदिनी ॥ न्यस्य ज्ञानं च योगं च एकचित्ता भजस्व माम् ॥
Ainsi donc, rassemblant ton esprit, abandonne-toi à moi, ô Medinī (Terre). Déposant la connaissance et le yoga comme disciplines, d’un esprit unifié, rends-moi un culte.
Verse 28
मया चैव पुरा सृष्टं प्रजार्थेन वसुन्धरे ॥ मासे मासे तु गन्तव्यमृतुकाले व्यवस्थितम् ॥
Et cela fut jadis établi par moi pour le bien de la progéniture, ô Vasundharā : de mois en mois, il convient d’agir selon ce qui est fixé pour la saison appropriée (ṛtu).
Verse 29
एकचित्तं समाधाय यदीच्छेत् तु मम प्रियम् ॥ न गच्छेद्यदि मासे तु ऋतुकालव्यवस्थितम् ॥
L’esprit rassemblé en un seul point—si l’on désire ce qui m’est agréable—alors on ne doit pas agir durant un mois qui n’est pas fixé comme le temps saisonnier approprié (ṛtu).
Verse 30
पितरस्तस्य हन्यन्ते दश पूर्वा दशापराः ॥ न तत्र कामलोभेन मोहेन च वसुन्धरे ॥
On dit que les ancêtres de cette personne sont lésés—dix avant et dix après ; en cette affaire, ô Vasundharā, il ne faut pas agir par désir et avidité, ni par illusion.
Verse 31
शयने न स्त्रियं पश्येद्यदीच्छेच्छुद्धिमुत्तमाम् ॥ कौतुके कृतकृत्ये तु मम कर्मपरायणः ॥
Si l’on désire la pureté suprême, qu’on ne regarde pas une femme lorsqu’on est au lit. Mais lorsque le rite prescrit (kautuka) a été accompli comme il se doit, qu’on demeure voué à l’exécution des devoirs que j’ai enseignés.
Verse 32
त्यक्त्वानङ्गं च मोहं च पित्रर्थाय स्त्रियं व्रजेत् ॥ द्वितीयां न स्पृशेन्नारीं लोभमोहात्कथंचन ॥
Ayant renoncé au désir charnel et à l’illusion, qu’on s’approche de son épouse pour le bien des ancêtres (descendance et rites ancestraux). Le deuxième jour, qu’on ne touche jamais une femme, d’aucune manière, par avidité ou égarement.
Verse 33
न संस्पृशेत्तृतीयां तु चतुर्थी न कदाचन ॥ कृते संभोगधर्मे तु कृतकौतुकसंस्थितः ॥
Qu’on ne la touche pas le troisième jour, et jamais le quatrième. Lorsque la règle concernant l’union charnelle a été observée comme il se doit, on demeure établi comme ayant achevé l’observance du kautuka.
Verse 34
जलस्नानं ततः कुर्याद् अन्यवस्त्रपरिग्रहम् ॥ अपूर्णे ऋतुकाले तु योऽभिगच्छेद्रजस्वलाम् ॥
Ensuite, qu’on prenne un bain d’eau et qu’on revête d’autres vêtements. Mais si, avant que la période de r̥tu ne soit achevée, quelqu’un s’approche d’une femme en menstruation,
Verse 35
रेतःपाः पितरस्तस्य एवमेतन्न संशयः ॥ एकां तु पुरुषो याति द्वितीयां काममोहितः ॥
Pour lui, les ancêtres deviennent «buveurs de semence» : il en est ainsi, sans aucun doute. Au premier (jour) l’homme se rend ; au second il se rend, poussé par le désir et l’illusion.
Verse 36
तृतीयां वा चतुर्थीं वा तदा स पुरुषोऽधमः ॥ सर्वस्यैव तु लोकस्य समयोऽयं हि मत्कृतः ॥
S’il (s’y rend) le troisième ou le quatrième jour, alors cet homme est tenu pour vil. Car cette règle établie (samaya) pour le monde entier a été instituée en vérité par Moi.
Verse 37
न गच्छति च यः क्रोधान्मोहाद्वा पुरुषाधमः ॥ ऋतौ ऋतौ भ्रूणहत्यां प्राप्नोति पुरुषश्चरन् ॥
Et l’homme vil qui ne s’y rend pas (au moment prescrit), par colère ou par égarement—agissant ainsi, à chaque saison de ṛtu il encourt le péché de meurtre d’embryon.
Verse 38
अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि तच्छृणुष्व वसुन्धरे ॥ ज्ञानं तु चित्तयोगस्य कर्मयोगस्य यत्क्रिया ॥
Et je te déclarerai encore autre chose—écoute, ô Vasundharā : la connaissance qui relève du citta‑yoga, et la pratique qui relève du karma‑yoga.
Verse 39
कर्मणा यान्ति मत्स्थानं यान्ति मद्गाननिष्ठिताः ॥ यान्ति योगविदः स्थानं नास्ति चान्या परा गतिः ॥
Par l’action ils atteignent ma demeure; ceux qui demeurent fermes dans le chant de ma louange l’atteignent aussi. Les connaisseurs du yoga atteignent leur propre séjour—il n’est pas d’autre voie plus haute au-delà de cela.
Verse 40
ज्ञानं योगं च सांख्यं च नास्ति चित्तव्यपाश्रितम् ॥ लभन्ते पुष्कलां सिद्धिं मम मार्गानुसारिणः ॥
La connaissance, le yoga et le Sāṃkhya n’existent pas sans s’appuyer sur le mental (citta). Ceux qui suivent ma voie obtiennent une siddhi abondante (accomplissement).
Verse 41
अथ तत्र चतुर्थे तु दिने प्राप्ते वसुन्धरे ॥ कृत्वा वै सिद्धिकर्माणि न गच्छत्यपराणि च ॥
Alors, ô Vasundharā, lorsque le quatrième jour y est arrivé, après avoir accompli les rites qui procurent la purification et l’accomplissement, on ne doit pas passer à d’autres actes.
Verse 42
ततः स्नानेन कुर्वीत शिरसो मलशोधनम् ॥ शुक्लाम्बरधरो भूत्वा चित्तं कृत्वा समाहितम् ॥
Ensuite, par le bain, on doit purifier les souillures de la tête ; et, revêtu de vêtements blancs, on doit rassembler l’esprit dans le recueillement.
Verse 43
ततो बुद्धिं मनश्चैव समं कृत्वा वसुन्धरे ॥ पश्चात्कुर्वन्ति कर्माणि सदा ते मे हृदि स्थिताः ॥
Puis, ô Vasundharā, ayant mis en équilibre l’intellect et le mental, ils accomplissent ensuite leurs actes ; de telles personnes demeurent toujours établies dans mon cœur.
Verse 44
यस्तु भागवतो भूत्वा ऋतुकाले व्यवस्थितः ॥ वायुभक्षस्ततस्तिष्ठेद्भूमे त्रीणि दिनानि च ॥
Mais celui qui, devenu bhāgavata et dûment établi au temps rituel prescrit, devient un ascète se nourrissant d’air, alors, ô Terre, doit demeurer ainsi durant trois jours.
Verse 45
मम प्रापणकं कृत्वा ततः कुर्वन्ति भोजनम् ॥ अञ्जलिं शिरसा कृत्वा मयोक्तं कर्म सस्मितम् ॥
Après avoir accompli l’acte de « m’atteindre » — une offrande ou consécration à moi — ils prennent ensuite la nourriture ; et, faisant un añjali en inclinant la tête avec révérence, ils accomplissent le rite que j’ai énoncé, avec un doux sourire.
Verse 46
तत एतेन मन्त्रेण शुद्धा भूमे रजस्वलाः ॥ ये तु कुर्वन्ति कर्माणि स्नातास्नातानि भागशः ॥
Alors, par ce mantra, ô Terre, celles qui ont leurs menstrues sont purifiées : celles qui accomplissent les actes prescrits, après le bain ou même sans bain, selon la part qui convient.
Verse 47
एवं दुष्यति नो देवि नारी वा पुरुषोऽपि वा ॥ कुर्वन्ति मम कर्माणि ते यथावन्मम प्रियाः ॥
Ainsi, ô Déesse, ni la femme ni même l’homme n’est souillé, s’ils accomplissent correctement mes rites ; ceux qui agissent ainsi me sont chers.
Verse 48
सर्वाण्यनुदिनं भद्रे मम चित्तानुसारिणः ॥ प्राप्नुयात्पुरुषः स्त्री वा रजसा दूषिता अपि ॥
Toutes ces observances, jour après jour, ô Bienheureuse, sont pour ceux qui suivent mon intention ; une personne—homme ou femme—même touchée par le rajas, peut atteindre le fruit visé.
Verse 49
एकचित्तस्ततो भूत्वा भूमे चेन्द्रियनिग्रहात् ॥ मम योगेष्टसंन्यासं यदीच्छेत्परमां गतिम् ॥
Ensuite, devenant d’un seul esprit—et, ô Terre, par la maîtrise des sens—si l’on désire la voie suprême, qu’on adopte le renoncement chéri dans mon yoga.
Verse 50
एवं कुर्वन्ति ये नित्यं स्त्रियः पुंसो नपुंसकम् ॥ ज्ञाने सत्यप्ययोगानां मम कर्मसु कर्मणाम् ॥
Ainsi agissent-ils sans cesse—femmes, hommes et ceux d’une troisième catégorie ; même lorsque la connaissance est présente, pour ceux qui ne sont pas disciplinés dans le yoga, l’accomplissement juste des actes dans mes rites demeure déterminant.
Verse 51
अद्यापि मां न जानन्ति नराः संसारसंश्रिताः ॥ ते वै भूमे विजानन्ति ये तद्भक्त्या व्यवस्थिताः ॥
Même aujourd’hui, les hommes attachés à l’existence mondaine ne me reconnaissent pas. Mais, ô Terre, ceux qui demeurent fermement établis dans la bhakti envers Lui me connaissent véritablement.
Verse 52
मातापितृसहस्राणि पुत्रदारशतानि च ॥ चक्रवत्परिवर्तन्ते यन्मोहान्मां न जानते ॥
Des milliers de mères et de pères, et des centaines de fils et d’épouses, tournent encore et encore comme une roue, car, par égarement, ils ne me reconnaissent pas.
Verse 53
अज्ञाननेनावृतो लोको मोहेन च वशीकृतः ॥ सङ्गैश्च बहुभिर्बद्धस्तेन चित्तं न संन्यसेत् ॥
Le monde est voilé par l’ignorance et asservi par l’illusion ; lié par de nombreux attachements, c’est pourquoi il ne renonce pas au mental.
Verse 54
गच्छत्यन्यत्र माता वै पिता चान्यत्र गच्छति ॥ पुत्राश्चान्यत्र गच्छन्ति दासश्चान्यत्र गच्छति ॥
La mère, en vérité, s’en va ailleurs, et le père s’en va ailleurs ; les fils s’en vont ailleurs, et le serviteur s’en va ailleurs.
Verse 55
अल्पकालपरं चैव माससंवत्सरेति च ॥ भविष्यन्ति पुनः कृत्वा न मे मूर्त्या सहासते ॥
Ils ne se tournent que vers de courts délais — « un mois », « une année » — et, après avoir agi, ils reviennent encore. Ils ne demeurent pas en compagnie de ma forme manifestée.
Verse 56
यस्यैतद्विदितं सर्वं न्यासयोगं वसुन्धरे ॥ योगे न्यस्य सदात्मानं मुच्यते न च संशयः ॥
Celui pour qui tout ceci est compris—cette discipline du nyāsa, ô Vasundharā—en déposant sans cesse le Soi dans ce yoga, est délivré ; il n’y a là aucun doute.
Verse 57
य एतच्छृणुयान्नित्यं कल्यमुत्थाय मानवः ॥ पुष्कलां लभते सिद्धिं मम लोकं च गच्छति ॥
Quiconque, se levantant à l’aube, écoute ceci régulièrement, ô humain, obtient une siddhi abondante et parvient aussi à mon séjour.
Verse 58
एतत्ते कथितं भद्रे रहस्यं परमं महत् ॥ त्वया पृष्टं च यद्देवि मम भक्तसुखावहम् ॥
Ceci t’a été exposé, ô bienheureuse : un secret grand et suprême. Et ce que tu as demandé, ô Devī, a été expliqué, apportant le bien aux miens dévots.
Verse 59
( अनादिमध्यान्तमजं पुराणं रजस्वला देववरं नमामि ॥ ) तत एतेन मन्त्रेण भुक्त्वा देवि रजस्वला ॥ करोति यानि कर्माणि न तैर्दुष्येत कर्हिचित् ॥
(«Je me prosterne devant l’Être divin suprême—ancien, non né, sans commencement, milieu ni fin—ô rajasvalā.») Alors, ô Devī, une femme en état de rajasvalā, après avoir mangé et en usant de ce mantra, quelles que soient les actions qu’elle accomplit, n’en est jamais souillée.
Verse 60
यत्किञ्चित्कुर्वतः कर्म पद्मपत्रमिवाम्भसि ॥ संयोगान्न च लिप्येत समत्वादेव नान्यथा ॥
Quelle que soit l’action accomplie, tel une feuille de lotus sur l’eau, on n’est pas souillé par le contact ; c’est précisément par l’équanimité, et non autrement.
Verse 61
मच्चित्तः सततं यो मां भजेत नियतव्रतः ॥ मत्पार्श्वं प्राप्य परमं मद्भावायोपपद्यते
Celui qui, l’esprit constamment fixé sur moi, me vénère sans cesse en observant un vœu de discipline—ayant atteint ma proximité suprême, devient apte à participer à mon état d’être.
Verse 62
ऋतुकाले तु सर्वासां पित्रर्थं भोग इष्यते ॥ ऋतुकालाभिगामी यो ब्रह्मचार्येव संमतः
Au temps de fécondité (ṛtukāla), l’union conjugale est tenue pour permise à tous, en vue des ancêtres (c’est-à-dire la continuité de la lignée et du rite). Celui qui ne s’y approche qu’en la saison convenable est jugé comparable, par la discipline, à un brahmacārin.
Verse 63
तत्र मन्त्रः – आदिर्भवान्गुप्तमनन्तमध्यो रजस्वला देव वयं नमामः ॥ उपोषितास्त्रीणि दिनानि चैवं मुक्तौ रतं वासुदेवं नमामः
Là, le mantra est : «Tu es le commencement ; tu es caché ; sans fin tu es, et tu es le milieu—ô Seigneur, nous nous prosternons devant toi dans l’état de rajasvalā (condition menstruelle).» Ayant jeûné ainsi trois jours, nous nous prosternons devant Vāsudeva, voué à la délivrance (mokṣa).
Verse 64
जायन्ते चात्मनः स्थाने स्वस्वकर्मसमुद्भवे ॥ ज्ञानमूढा वरारोहे नराः संसारमोहिताः
Ils renaissent dans leur propre condition, issue de leurs actes respectifs. Ô toi aux belles hanches, les hommes, égarés dans la connaissance, sont abusés par l’illusion du saṃsāra.
Pṛthivī (Vasundharā) resumes a didactic dialogue with Varāha, voicing a compassionate, practical concern: women of limited strength, especially during rajas (menstruation), face heavy rule-burdens in daily life (eating, household work, and ritual obligations). She asks how ordinary acts can be performed without accruing doṣa (fault) when strict purity codes seem unavoidable.
Varāha reframes purity as primarily internal—bhāva (intent) and citta-samatā (equanimity) anchored in continuous remembrance/placement of mind in the Lord. He teaches that actions performed with steady God-centered awareness do not ‘stain’ the agent, illustrating this with the padma-patra-nyāya (lotus leaf untouched by water). He then supplies rajasvalā-oriented mantric supports and broadens the instruction into a disciplined ethic of indriya-nigraha (sense-restraint) and a renunciatory-yogic orientation compatible with household life.
The teaching culminates in a synthesis: regulated conduct (especially around rajas and ṛtu-kāla) is upheld, yet liberation is made accessible through inner steadiness—nyāsa/saṃnyāsa-yoga as ‘placing’ the mind in Varāha while continuing necessary duties. Conjugal ethics are specified as dharmic when timed and intentioned for pitṛ-artha (lineage/ancestral obligation), while mistimed or undisciplined relations are warned against as spiritually and socially destabilizing.
No explicit historical toponyms or ecological regions are named in this adhyāya; the setting is a doctrinal dialogue between Varāha and Pṛthivī (Earth) with a generalized terrestrial scope.
The text prioritizes citta-samatā (equanimity) and intention (bhāva) over purely external markers of purity. It argues that when the mind is consistently placed in Varāha, actions—whether eating, ritual work, or daily duties—do not ‘stain’ the agent, using the lotus-leaf-in-water analogy to express non-attachment in action.
The chapter references the rajasvalā period with a return to bathing after a stated interval (noted as after the fifth day), and introduces ṛtu-kāla as the regulated window for conjugal relations. It also mentions observances such as fasting/regulated living for three days and a fourth-day transition into prescribed duties, framing timing as an ethical and ritual determinant.
By placing Pṛthivī as the questioning interlocutor, the narrative frames terrestrial well-being as linked to human conduct: disciplined habits, regulated sexuality, and mental steadiness reduce social disorder that burdens ‘Earth.’ While not an ecological manual, it presents an early ethics-of-the-Earth model where dharma and self-restraint are depicted as stabilizing forces for the terrestrial order Pṛthivī embodies.
No specific royal dynasties, named sages, or administrative lineages appear in this chapter. The only collective lineage reference is to pitṛs (ancestors), invoked in the discussion of pitṛ-artha and the consequences of violating ṛtu-kāla discipline.
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