Upanishads - Jaabaal
Vedic (General)Yajur Veda6 Verses

Jaabaal

Vedic (General)Yajur Veda

Le Jābāla Upaniṣad (rattaché à la tradition du Śukla-Yajurveda) est un texte bref mais déterminant pour la pensée vedāntique sur le saṃnyāsa (renoncement), la signification du tirtha (pèlerinage) et la connaissance du Soi. Tout en conservant une légitimation védique, il réinterprète les rites extérieurs—tels que le yajña—comme des symboles d’une discipline intérieure dont la fin ultime est la Brahmavidyā. Un thème majeur est la doctrine de Kāśī/Avimukta. ‘Avimukta’ désigne à la fois le lieu sacré de Vārāṇasī et un centre intérieur où la présence de Brahman « ne fait jamais défaut ». Le pèlerinage est ainsi reconnu, mais orienté vers le pèlerinage le plus profond : la réalisation de l’Ātman. L’enseignement principal affirme le saṃnyāsa comme voie légitime fondée sur viveka et vairāgya, et souligne que le moyen décisif de la mokṣa est la connaissance de soi. Les pratiques extérieures ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles conduisent à l’intuition de l’unité Ātman–Brahman.

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Key Teachings

Saṃnyāsa as a legitimate Vedic path grounded in discernment (viveka) and dispassion (vairāgya)

Interiorization of sacrifice: true “fire” and “altar” are knowledge and contemplative discipline

Avimukta/Kāśī as both sacred geography and an inner locus of ever-present Brahman

Primacy of jñāna (Self-knowledge) over mere ritual formalism for mokṣa

Non-dual orientation: Ātman-realization as the decisive means to liberation

Renunciation as re-identification with the witnessing Self rather than social status alone

Pilgrimage and holy places as pedagogical symbols pointing to the omnipresent Self

Verses of the Jaabaal

6 verses with Sanskrit text, transliteration, and translation.

Verse 1

ॐ बृहस्पतिरुवाच—याज्ञवल्क्यं यदनु कुरुक्षेत्रं देवानां देवयजनं सर्वेषां भूतानां ब्रह्मसदनम्। अविमुक्तं वै कुरुक्षेत्रं देवानां देवयजनं सर्वेषां भूतानां ब्रह्मसदनम्। तस्माद्यत्र क्वचन गच्छति तदेव मन्ये...

Bṛhaspati dit : «Ô Yājñavalkya, ce qui est appelé Kurukṣetra est le lieu du sacrifice des dieux et la demeure de Brahman pour tous les êtres. En vérité, Avimukta est Kurukṣetra—le lieu du sacrifice des dieux et la demeure de Brahman pour tous les êtres. Ainsi, où que l’on aille, qu’on tienne ce lieu même pour Avimukta ; c’est bien Avimukta. Ceci, assurément, est Kurukṣetra—le lieu du sacrifice des dieux et la demeure de Brahman pour tous les êtres. Car ici, lorsque les souffles vitaux d’un être se retirent, Rudra expose le Brahman “tāraka” (qui fait traverser), par lequel celui-là devient immortel et obtient la délivrance. C’est pourquoi qu’on ne fréquente qu’Avimukta ; qu’on n’abandonne pas Avimukta—ainsi parla Yājñavalkya.»

Mokṣa through tāraka-brahma-upadeśa; Avimukta as Brahman-abode (kṣetra as inner locus)

Verse 2

अथ हैनमत्रिः पप्रच्छ याज्ञवल्क्यं—य एषोऽनन्तोऽव्यक्त आत्मा तं कथमहं विजानीयामिति॥ स होवाच याज्ञवल्क्यः—सोऽविमुक्त उपास्यो य एषोऽनन्तोऽव्यक्त आत्मा सोऽविमुक्ते प्रतिष्ठित इति॥ सोऽविमुक्तः कस्मिन्प्रतिष...

Alors Atri interrogea Yājñavalkya : «Ce Soi infini et non manifesté, comment puis-je le connaître ?» Yājñavalkya répondit : «Avimukta est ce qu’il faut contempler ; ce Soi infini et non manifesté est établi en Avimukta.» (Atri demanda :) «Sur quoi Avimukta est-il établi ?» (Il répondit :) «Il est établi entre Varaṇā et Nāśī.» (Atri demanda :) «Qu’est-ce que Varaṇā et qu’est-ce que Nāśī ?» (Il répondit :) «Parce qu’elle écarte toutes les fautes produites par les sens, on l’appelle Varaṇā ; parce qu’elle détruit tous les péchés produits par les sens, on l’appelle Nāśī.» (Atri demanda :) «Et quel en est le lieu ?» (Il répondit :) «La jonction entre les sourcils et le nez : c’est la jonction du monde céleste et du monde au-delà.» Ceci, en vérité, est la “jonction” (sandhi), la “sandhyā” (méditation du passage) que contemplent les connaisseurs de Brahman. Avimukta est ce qu’il faut contempler. Ainsi il enseigne la connaissance d’Avimukta : quiconque le sait ainsi (sait).

Ātman as ananta/avyakta; inner Avimukta as sandhi (liminal point) and upāsanā leading to jñāna

Verse 3

अथ हैनं ब्रह्मचारिण ऊचुः—किं जप्येनामृतत्वं ब्रूहीति॥ स होवाच याज्ञवल्क्यः—शतरुद्रियेण इति; एतान्येव ह वा अमृतस्य नामानि। एतैर्ह वा अमृतो भवतीति—एवमेवैतद्याज्ञवल्क्यः॥३॥

Alors les brahmacārins lui dirent : «Dis-nous : par la répétition (japa) de quoi obtient-on l’immortalité ?» Yājñavalkya répondit : «Par le Śatarudriya.» Ceux-ci, en vérité, sont les noms de l’Immortel ; par eux, en vérité, on devient immortel—ainsi parla Yājñavalkya.

Amṛtatva through nāma-upāsanā/japa of Rudra as the Immortal (Brahman)

Verse 4

अथ हैनं जनको वैदेहो याज्ञवल्क्यमुपसमेत्योवाच—भगवन्, संन्यासं ब्रूहीति । स होवाच याज्ञवल्क्यः—ब्रह्मचर्यं परिसमाप्य गृही भवेत् । गृही भूत्वा वनी भवेत् । वनी भूत्वा प्रव्रजेत् । यदि वेतरथा ब्रह्मचर्यादे...

Alors Janaka de Videha s’approcha de Yājñavalkya et dit : « Vénérable, enseigne-moi le saṃnyāsa, la renonciation. » Yājñavalkya répondit : « Après avoir achevé le brahmacarya, on peut devenir maître de maison ; devenu maître de maison, on peut devenir habitant de la forêt ; devenu habitant de la forêt, on peut partir comme renonçant errant. Ou bien l’on peut partir directement depuis l’état d’étudiant, ou depuis la maison, ou depuis la forêt. De plus, qu’on soit sans vœux ou avec vœux, qu’on ait accompli ou non le bain de fin d’étude, même si les feux sacrés se sont éteints : le jour même où naît le détachement, ce jour-là même il faut partir. Certains n’accomplissent que l’offrande à Prajāpati ; mais il ne faut pas faire ainsi : il faut accomplir l’offrande à Agni. Car Agni est véritablement le prāṇa ; ainsi l’on établit le prāṇa lui-même. Il faut accomplir l’offrande Traidhātavīya ; par elle sont visés symboliquement les trois constituants : sattva, rajas et tamas. Avec le mantra : “Voici votre matrice, ô prêtres, d’où vous êtes nés ; du prāṇa vous avez resplendi. Connaissant ce prāṇa, ô Agni, élève-toi et accrois pour nous la richesse”, on doit humer le feu. Le prāṇa est en vérité la matrice d’Agni ; en disant : “Va vers le prāṇa, svāhā”, c’est cela même qui est signifié. Ayant apporté le feu du village, on doit le faire “sentir” au feu antérieur. Si l’on ne trouve pas de feu, qu’on offre dans l’eau ; car les eaux sont toutes les divinités. Après avoir offert : “À toutes les divinités j’offre, svāhā”, qu’on prenne cette eau et qu’on la boive. Cette oblation de beurre clarifié est appelée le mantra de la délivrance, le triple Veda : ainsi faut-il dire. Ceci est Brahman ; ceci est ce qu’il faut méditer. « Il en est bien ainsi, Vénérable », dit Yājñavalkya.

Saṃnyāsa as a direct means to mokṣa; internalization of yajña into prāṇa and guṇa-transcendence

Verse 5

अथ हैनमत्रिः पप्रच्छ याज्ञवल्क्यं—पृच्छामि त्वा याज्ञवल्क्य, अयज्ञोपवीती कथं ब्राह्मण इति । स होवाच याज्ञवल्क्यः—इदमेवास्य तद्यज्ञोपवीतं य आत्मा । अपः प्राश्याचम्य—अयं विधिः परिव्राजकानाम् । वीराध्वान...

Alors Atri interrogea Yājñavalkya : « Je te questionne, Yājñavalkya : comment un brāhmaṇa peut-il être sans le cordon sacré (yajñopavīta) ? » Yājñavalkya répondit : « Ceci même est son cordon sacré : le Soi (Ātman). Après avoir bu de l’eau et accompli l’ācamana, telle est la règle des renonçants errants, que ce soit lors d’une marche héroïque, ou d’un jeûne jusqu’à la mort, ou en entrant dans l’eau, ou en entrant dans le feu, ou dans le grand départ. Alors le mendiant itinérant, vêtu d’habits passés, la tête rasée, sans possessions, pur, non-violent, vivant d’aumônes, devient apte à l’état de Brahman. Si l’on est malade, qu’on renonce par la pensée et par la parole. Ce chemin fut connu selon la tradition reçue de Brahmā ; par lui le saṃnyāsin s’avance comme connaisseur de Brahman : ainsi parla le vénérable Yājñavalkya.

Ātman as the true yajñopavīta; saṃnyāsa-dharma; inner renunciation beyond external symbols

Verse 6

तत्र परमहंसानामसंवर्तक-कारुणि-श्वेतकेतु-दुर्वास-ऋभु-निदाघ-जड-भरत-दत्तात्रेय-रैवतक-प्रभृतयोऽव्यक्तलिङ्गा अव्यक्ताचारा अनुन्मत्ता उन्मत्तवदाचरन्तः त्रिदण्डं कमण्डलुं शिक्यं पात्रं जलपवित्रं शिखां यज्ञोप...

Là, parmi les paramahaṃsas—tels Asaṃvartaka, Kāruṇi, Śvetaketu, Durvāsas, Ṛbhu, Nidāgha, Jaḍa, Bharata, Dattātreya, Raivataka et d’autres—ils portent des signes non manifestes et une conduite non manifeste ; ils ne sont pas fous, et pourtant se comportent comme des fous. Ayant jeté dans l’eau, en prononçant « bhūḥ svāhā », le triple bâton, la gourde d’eau, le sac en bandoulière, le bol, le filtre à eau, la touffe de cheveux et le cordon sacré—ayant tout abandonné—qu’on recherche le Soi. Tel quelqu’un qui porte l’or et pourtant demeure sans nœuds, sans possessions : ainsi, pleinement accompli sur la voie de Brahman, l’esprit purifié, relâché au moment opportun pour le maintien du souffle vital, pratiquant la mendicité, prenant le ventre pour récipient, égal dans le gain et le non-gain, sans demeure, vivant dans des maisons vides, des temples, des meules de foin, des termitières, au pied des arbres, des ateliers de potiers, des maisons sacrificielles, sur les rives des rivières, dans les grottes de montagne, les cavernes, les anfractuosités, près des cascades et sur la terre nue ; s’efforçant, sans sentiment de « mien », voué à la méditation pure, établi dans le Soi intérieur, appliqué à déraciner les actes inauspicieux—il quitte le corps par la renonciation : celui-là est appelé paramahaṃsa, il est appelé paramahaṃsa.

Paramahaṃsa-saṃnyāsa; nirahaṅkāra/nirmamatva; ātma-anveṣaṇa (seeking the Self) as the sole mark

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