
Īśvara s’adresse à Devī et oriente le pèlerin vers un sanctuaire suprême nommé Narāyaṇa-gṛha, situé sur le rivage marin de bon augure, au sud du lieu appelé Goṣpada, près de Nyankumatī, louée comme effaçant les péchés. L’enseignement affirme la présence durable de Keśava (Hari) en ce lieu à travers les cycles cosmiques (kalpāntara-sthāyī), rendant cette « demeure » célèbre dans le monde. Après avoir accompli la destruction des forces hostiles au dharma et pour l’élévation des ancêtres dans l’âpre âge de Kali, Hari demeure dans cette « maison » pour y prendre repos. Une nomenclature selon les yuga est donnée : Janārdana au Kṛta, Madhusūdana au Tretā, Puṇḍarīkākṣa au Dvāpara, et Nārāyaṇa au Kali, montrant le site comme un point stable d’organisation du dharma à travers les quatre âges. Viennent ensuite des prescriptions : à Ekādaśī, celui qui jeûne totalement (nirāhāra) et contemple la divinité obtient, dit-on, la vision de la station suprême « sans fin » de Hari. Le chapitre ordonne aussi des rites de pèlerinage—bain sacré et śrāddha—et recommande d’offrir des vêtements jaunes en dāna à un brāhmaṇa exemplaire. La phalāśruti conclut que l’écoute ou la récitation de ce récit procure sadgati et un accomplissement spirituel de bon augure.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि नारायणगृहं परम् । गोष्पदाद्दक्षिणे भागे सागरस्य तटे शुभे
Īśvara dit : Ensuite, ô Grande Déesse, il faut se rendre au sanctuaire suprême nommé « la Maison de Nārāyaṇa », situé au sud de Goṣpada, sur le rivage béni de l’océan.
Verse 2
न्यंकुमत्याः समीपे तु सर्वपातकनाशने । तत्रकल्पांतरस्थायी स्वयं तिष्ठति केशवः
Près de la Nyaṅkumatī — destructrice de toutes les fautes — Keśava Lui-même demeure en ce lieu, subsistant à travers les kalpas successifs.
Verse 3
पितॄणामुद्धरणार्थाय ह्यस्मिन्रौद्रे कलौ युगे । यदा दैत्यविनाशं स कुरुते भगवान्हरिः
En vérité, en ce farouche âge de Kali, afin de délivrer les Pitṛ (ancêtres), chaque fois que le Bienheureux Seigneur Hari entreprend l’anéantissement des démons,
Verse 4
विश्रामार्थं तदा तत्र गृहे तिष्ठति नित्यशः । नारायणगृहं तेन विख्यातं जगतीतले
Alors, pour y prendre repos, Il demeure sans cesse dans cette demeure. C’est pourquoi, sur la terre, elle est renommée comme la « Maison de Nārāyaṇa ».
Verse 5
कृते जनार्दनोनाम त्रेतायां मधुसूदनः । द्वापरे पुण्डरीकाक्षः कलौ नारायणः स्मृतः
Dans l’âge de Kṛta, on Le connaît sous le nom de Janārdana ; dans Tretā, sous celui de Madhusūdana ; dans Dvāpara, sous celui de Puṇḍarīkākṣa ; et dans Kali, on se souvient de Lui comme de Nārāyaṇa.
Verse 6
एवं चतुर्युगे प्राप्ते पुनःपुनररिन्दम । कृत्वा धर्मव्यवस्थानं तत्स्थानं प्रतिपद्यते
Ainsi, chaque fois que le cycle des quatre yuga revient encore et encore, ô dompteur d’ennemis, Il rétablit l’ordre du dharma, puis retourne à Sa propre demeure.
Verse 7
एकादश्यां निराहारो यस्तं देवं प्रपश्यति । स पश्यति ध्रुवं स्थाने प्रत्यानन्तं हरेः पदम्
Celui qui, jeûnant en Ekādaśī, contemple cette Divinité, celui-là voit assurément, en ce lieu même sanctifié, la demeure de Hari, sans bornes et impérissable.
Verse 8
तेन पीतानि वस्त्राणि देयानि द्विजपुंगवे । स्नानं श्राद्धं च कर्तव्यं सम्यग्यात्राफलेप्सुभिः
Ainsi, ô le meilleur des deux-fois-nés, qu’on offre en aumône des vêtements jaunes; et ceux qui désirent le plein fruit du pèlerinage doivent accomplir comme il se doit le bain rituel et les rites de śrāddha également.
Verse 9
इति ते कथितं महाप्रभावं हरिसंकेतनिकेतनोद्भवम् । शृणुते वा प्रयतस्तु यः सुधीः पठते वा लभते स सद्गतिम्
Ainsi t’a été exposée sa grande puissance, issue du saint séjour qui est le signe même et la demeure de Hari. Le sage qui écoute avec discipline, ou qui le récite, obtient une destinée bénie.
Verse 337
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये न्यंकुमतीमाहात्म्ये नारायणगृहमाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तत्रिंशदुत्तरत्रिशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—le chapitre trois cent trente-sept, intitulé « Description de la Gloire de la Maison de Nārāyaṇa », dans le Nyaṅkumatī Māhātmya, au sein du Prabhāsakṣetra Māhātmya, du septième Prabhāsa Khaṇḍa.