
Īśvara raconte un épisode centré sur Sukanyā, fille de Śaryāti et épouse du sage Cyavana. Les Aśvinīkumāras (les jumeaux Nāsatya), médecins divins, la rencontrent dans la forêt et tentent de la convaincre d’abandonner son mari âgé, en louant sa beauté et en soulignant l’impuissance de Cyavana. Sukanyā affirme avec fermeté sa fidélité conjugale et refuse. Les Aśvins proposent alors un remède : ils rendront Cyavana jeune et beau, puis Sukanyā pourra choisir son époux parmi eux. Elle rapporte l’offre à Cyavana, qui y consent. Cyavana et les Aśvins entrent dans les eaux d’un étang rituel et en ressortent bientôt sous des formes juvéniles et rayonnantes, si semblables qu’on ne peut les distinguer. Par discernement, Sukanyā reconnaît et choisit Cyavana comme son époux légitime. Comblé, Cyavana promet d’exaucer la demande des Aśvins. Ceux-ci sollicitent le droit de boire le Soma et de recevoir une part dans les rites du yajña, statut que, dit-on, Indra leur avait refusé. Cyavana accepte de leur conférer cette part; les Aśvins s’en vont satisfaits, tandis que Cyavana et Sukanyā retrouvent une vie domestique restaurée, modèle de fidélité et de dharma.
Verse 1
ईश्वर उवाच । कस्यचित्त्वथ कालस्य त्रिदशावश्विनौ प्रिये । कृताभिषेकां विवृतां सुकन्यां तामपश्यताम्
Īśvara dit : « Ô bien-aimée, en un certain temps, les deux frères divins Aśvin aperçurent Sukanyā, tout juste sortie du bain, sa forme dévoilée ».
Verse 2
तां दृष्ट्वा दर्शनीयांगीं देवराजसुतामिव । ऊचतुः समभिद्रुत्य नासत्यावश्विनावथ
La voyant—aux membres ravissants, telle la fille du roi des dieux—les deux Aśvin (les Nāsatya) accoururent vers elle et lui adressèrent la parole.
Verse 3
कस्य त्वमसि वामोरु किं वनेऽस्मिंश्चिकीर्षसि । इच्छावस्त्वां च विज्ञातुं तत्त्वमाख्याहि शोभने
«À qui appartiens-tu, ô femme aux cuisses gracieuses, et que veux-tu accomplir dans cette forêt? Nous désirons te connaître : dis-nous la vérité, ô belle.»
Verse 4
ततः सुकन्या संवीता तावुवाच सुरोत्तमौ । शर्यातितनयां वित्तं भार्यां च च्यवनस्य माम्
Alors Sukanyā, dûment voilée et décente, dit à ces deux dieux excellents : «Sachez que je suis la fille de Śaryāti et l’épouse de Cyavana.»
Verse 5
ततोऽश्विनौ प्रहस्यैनामब्रूतां पुनरेव तु । कथं त्वं च विदित्वा तु पित्रा दत्ताऽगता वने
Alors les Aśvin, souriants, lui dirent encore : «Comment se fait-il que toi—qui savais pourtant—tu aies été donnée par ton père et que tu sois venue demeurer en forêt?»
Verse 6
भ्राजसे गगनोद्देशे विद्युत्सौदामनी यथा । न देवेष्वपि तुल्यां हि तव पश्याव भामिनि
«Tu resplendis dans ce bois comme l’éclair dans le ciel; même parmi les dieux nous ne voyons nulle égale à toi, ô dame rayonnante.»
Verse 7
सर्वाभरणसंपन्ना परमांबरधारिणी । मामैवमनवद्यांगि त्यजैनमविवेकिनम्
Toi, parée de tous les ornements et revêtue des plus nobles étoffes—ô toi dont les membres sont sans défaut—choisis-moi, moi seul; délaisse cet homme sans discernement.
Verse 8
कस्मादेवंविधा भूत्वा जराजर्जरितं भुवि । त्वमुपास्ये हि कल्याणि कामभावबहिष्कृतम्
Pourquoi, toi qui es telle que tu es, sers-tu sur cette terre un homme brisé par la vieillesse—ô femme de bon augure—rejeté hors de la vie du désir ?
Verse 9
असमर्थं परित्राणे पोषणे वा शुचिस्मिते । सा त्वं च्यवनमुत्सृज्य वरयस्वैकमावयोः
Ô toi au sourire pur, il est incapable de te protéger ou de te nourrir. Aussi, délaisse Cyavana et choisis l’un de nous deux pour époux.
Verse 10
पत्यर्थं देवगर्भाभे मा वृथा यौवनं कृथाः । एवमुक्ता सुकन्या सा सुरौ ताविदमब्रवीत्
Ô jeune fille au rayonnement de beauté divine, ne laisse pas ta jeunesse se perdre en vain pour un époux. Ainsi interpellée, Sukanyā adressa ces paroles aux deux dieux.
Verse 11
रताऽहं च्यवने पत्यौ न चैवं परिशंकतम् । तावब्रूतां पुनश्चैतामावां देवभिषग्वरौ
Elle dit : «Je suis vouée à Cyavana, mon époux ; ne soupçonnez rien d’autre.» Alors, les deux plus éminents médecins divins lui parlèrent de nouveau.
Verse 12
युवानं रूपसंपन्नं करिष्यावः पतिं तव । ततस्तस्यावयोश्चैव पतिमेकतमं वृणु
«Nous rendrons ton époux jeune et paré de beauté. Ensuite, parmi nous, choisis-en un pour époux.»
Verse 13
एतेन समयेनावां शमं नय सुमध्यमे । सा तयोर्वचनाद्देवि उपसंगम्य भार्गवम् । उवाच वाक्यं यत्ताभ्यामुक्तं भृगुसुतं प्रति
«Pendant ce temps, ô toi à la taille fine, garde l’esprit apaisé.» À leurs paroles, la dame s’approcha de Bhārgava (Cyavana) et rapporta au fils de Bhṛgu ce que les deux lui avaient dit.
Verse 14
तद्वाक्यं च्यवनो भार्यामुवाचाद्रियतामिति । इत्युक्ता च्यवनेनाथ सुकन्या तावुवाच वै
Entendant cela, Cyavana dit à son épouse : «Qu’il en soit ainsi, accepte.» Ainsi instruite par Cyavana, Sukanyā s’adressa alors aux deux Aśvin.
Verse 15
एवं देवौ भवद्भ्यां यत्प्रोक्तं तत्कियतां लघु । इत्युक्तौ भिषजौ तत्र तया चैव सुकन्यया । ऊचतू राजपुत्रीं तां पतिस्तव विशत्वपः
Sukanyā dit : «Qu’il en soit ainsi, ô dieux ; que ce que vous avez dit s’accomplisse sans délai.» Ainsi sollicités, les deux médecins dirent à la princesse : «Que ton époux entre dans les eaux.»
Verse 16
ततोऽपश्च्यवनः शीघ्रं रूपार्थी प्रविवेश ह । अश्विनावपि तद्देवि ततः प्राविशतां जलम्
Alors Cyavana entra promptement dans les eaux, en quête de beauté (de jeunesse). Puis, ô dame, les deux Aśvin pénétrèrent eux aussi dans l’eau.
Verse 17
ततो मुहूर्त्तादुत्तीर्णाः सर्वे ते सरसस्ततः । दिव्यरूपधराः सर्वे युवानो मृष्टकुण्डलाः
Au bout d’un court instant, tous sortirent de ce lac. Tous revêtaient une forme divine—jeunes, et parés de boucles d’oreilles éclatantes.
Verse 18
दिव्यवेषधराश्चैव मनसः प्रीतिवर्द्धनाः । तेऽब्रुवन्सहिताः सर्वे वृणीष्वान्यतमं शुभे
Revêtus d’habits divins, réjouissant l’esprit, ils dirent tous ensemble : «Ô toi l’auspicieuse, choisis celui que tu veux».
Verse 19
अस्माकमीप्सितं भद्रे यतस्त्वं वरवर्णिनी । यत्र वाप्यभि कामासि तं वृणीष्व सुशोभने
Ô dame de bon augure, au teint parfait : puisque c’est toi que nous désirons voir choisir, choisis—là où ton cœur s’incline—celui que tu veux, ô belle.
Verse 20
सा समीक्ष्य तु तान्सर्वांस्तुल्यरूपधरान्स्थितान् । निश्चित्य मनसा बुद्ध्या देवि वव्रे पतिं स्वकम्
Après les avoir tous considérés, debout et d’apparence égale, la noble dame—résolue par l’esprit et l’intelligence claire—choisit son propre époux.
Verse 21
लब्ध्वा तु च्यवनो भार्यां वयोरूपमवस्थितः । हृष्टोऽब्रवीन्महातेजास्तौ नासत्याविदं वचः
Ayant obtenu une épouse, Cyavana—désormais établi dans une forme de jeunesse—se réjouit. Alors le grand ṛṣi, au rayonnement puissant, adressa ces paroles aux deux Nāsatya (Aśvins).
Verse 22
यदहं रूपसंपन्नो वयसा च समन्वितः । कृतो भवद्भ्यां वृद्धः सन्भार्यां च प्राप्तवान्निजाम् । तद्ब्रूतं वै विधास्यामि भवतोर्यदभीप्सितम्
Par votre grâce à tous deux, je suis pourvu de beauté et de jeunesse; et, bien qu’autrefois j’eusse été vieux, j’ai retrouvé mon épouse légitime. Dites donc ce que vous désirez : je l’accomplirai assurément pour vous deux.
Verse 23
अश्विनावूचतुः । आवां तु देवभिषजौ न च शक्रः करोति नौ । सोमपानार्हतां तस्मात्कुरु नौ सोमपायिनौ
Les Aśvin dirent : «Nous sommes certes les médecins des dieux, et pourtant Śakra (Indra) ne nous accorde pas le droit de boire le Soma. Fais donc que nous en soyons dignes : fais de nous des buveurs de Soma.»
Verse 24
च्यवन उवाच । अहं वां यज्ञभागार्हौ करिष्ये सोमपायिनौ
Cyavana dit : «Je vous rendrai tous deux dignes d’une part dans le sacrifice, et ainsi vous serez buveurs de Soma.»
Verse 25
ईश्वर उवाच । ततस्तौ हृष्टमनसौ नासत्यौ दिवि जग्मतुः । च्यवनोऽपि सुकन्या च सुराविव विजह्रतुः
Īśvara dit : Alors les deux Nāsatya, l’esprit ravi, gagnèrent le ciel. Et Cyavana aussi, avec Sukanyā, se divertit dans la joie tel un couple divin.
Verse 281
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये च्यवनेश्वर माहात्म्यवर्णनंनामैकाशीत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le deux-cent-quatre-vingt-unième chapitre, intitulé «Description de la grandeur de Cyavaneśvara», dans le premier Prabhāsa-kṣetra Māhātmya du septième grand livre, le Prabhāsa-khaṇḍa, au sein du Śrī Skanda Mahāpurāṇa composé de quatre-vingt-un mille vers.