Adhyaya 16
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 16

Adhyaya 16

Īśvara enseigne à Devī le māhātmya d’un grand pātāla-vivara, fissure menant aux régions souterraines, située près d’Arkasthala à Prabhāsa. Le chapitre s’ouvre sur un récit d’origine : dans un temps d’obscurité surgissent d’innombrables rākṣasas puissants, hostiles à Sūrya. Ils affrontent Divākara au moment de son lever par des paroles de dérision ; le Soleil répond alors par une colère juste, conforme au dharma. Sous l’intensité de son regard, les rākṣasas chutent du ciel comme des planètes affaiblies, comparés à des fruits qui tombent ou à des pierres projetées, signifiant que l’adharma se désagrège et s’effondre. Emportés par le vent et la violence de l’impact, ils brisent la terre et descendent vers rasātala, jusqu’à atteindre Prabhāsa ; leur chute est liée à la manifestation visible de la fissure. Arkasthala est décrite comme un lieu divin accordant « toutes les siddhis », et le pātāla-vivara comme un grand signe adjacent ; d’autres ouvertures semblables se seraient cachées avec le temps, tandis que celle-ci demeure apparente. Le texte énumère ses qualités sacrées : portion médiane du tejas de Sūrya, de nature dorée, gardée par Siddheśa, particulièrement efficace lors des fêtes solaires ; il mentionne aussi un tri-saṅgama—confluence de Brāhmī, Hiraṇyā et de l’océan—dont le fruit égale celui d’un koṭi-tīrtha. Enfin, un rite réglé est prescrit à la porte nommée Śrīmukha-dvāra : pendant un an, au jour de caturdaśī, vénérer les Mātṛgaṇas (à commencer par Sunandā) avec des offrandes selon l’idiome rituel ancien (animaux/nourriture), fleurs, encens et lampes, et nourrir les brāhmaṇas, promettant l’obtention de siddhi. Entendre ce māhātmya est dit délivrer l’homme excellent des épreuves et des malheurs.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । पातालविवरस्यापि माहात्म्यं शृणु सांप्रतम् । पूर्वपृष्टं महादेवि ब्रह्मणा विश्वकर्मणा

Īśvara dit : Écoute maintenant aussi la grandeur de la caverne de Pātāla. Ô Mahādevī, jadis Brahmā et Viśvakarman s’en enquérirent.

Verse 2

तमोभावे समुत्पन्ने जातास्तत्रैव राक्षसाः । सूर्यस्य द्वेषिणः सर्वे ह्यसंख्याता महाबलाः

Quand l’obscurité s’éleva, des rākṣasas naquirent là même : innombrables, d’une grande force, et tous haïssant le Soleil.

Verse 3

ते तु दृष्ट्वा महात्मानं समुद्यंतं दिवाकरम् । ते धूम्रप्रमुखाः सर्वे जहसुः सूर्यमंजसा

Mais lorsqu’ils virent le Soleil au grand esprit se lever, tous, conduits par Dhūmra, se ruèrent d’un seul élan pour attaquer le Soleil de face.

Verse 4

अस्माकमंतकः कोऽयं विद्यते पापकर्मकृत् । इत्यूचुर्विविधा वाचः सूर्यस्याग्रे स्थितास्तदा

«Qui est donc celui-ci—notre destructeur—l’auteur d’actes pécheurs ?» Ainsi, se tenant devant le Soleil, ils parlèrent de maintes façons.

Verse 5

इति श्रुत्वा तदा देवः क्रोधस्फुरिताधरः । राक्षसानां वचश्चैव भक्ष्यमाणो दिवाकरः

Entendant ces paroles, le dieu Divākara (le Soleil), les lèvres frémissantes de colère, était assailli tandis que les rākṣasas le pressaient par leurs mots et leur attaque.

Verse 6

ततः क्रोधाभिभूतेन चक्षुषा चावलोकयत् । स क्रूररक्षःक्षयकृत्तिमिरद्विपकेसरी

Alors, submergé par la colère, il les fixa du regard. Ce Soleil—tel un lion face à l’éléphant des ténèbres—devint le destructeur des rākṣasas cruels.

Verse 7

महांशुमान्खगः सूर्यस्तद्विनाशमचिंतयत् । अजानन्नंततश्छिद्रं राक्षसानां दिवस्पतिः

Le Soleil aux grands rayons, oiseau du ciel, seigneur du jour, songea à leur destruction; mais il ne connaissait pas l’ouverture secrète par laquelle les rākṣasas pouvaient s’échapper.

Verse 8

स धर्मविच्युतान्दृष्ट्वा पापोपहतचेतसः । एवं संचिंत्य भगवान्दध्यौ ध्यानं प्रभाकरः

Les voyant déchus du dharma, l’esprit frappé par le péché, le Bienheureux Prabhākara (le Soleil) réfléchit ainsi et entra en une profonde méditation.

Verse 9

अजानंस्तेजसा ग्रस्तं त्रैलोक्यं रजनीचरैः । ततस्ते भानुना दृष्टाः क्रोधाध्मातेन चक्षुषा

Sans comprendre que les trois mondes avaient été submergés par les rôdeurs de la nuit, par leur puissance maléfique, le Soleil les aperçut, les yeux enflés de courroux.

Verse 10

निपेतुरंबरभ्रष्टाः क्षीणपुण्या इव ग्रहाः । राक्षसैर्वेष्टितो धूम्रो निपतञ्छुशुभेंऽबरात्

Ils tombèrent, précipités du ciel tels des astres dont le mérite est épuisé. Une masse couleur de fumée, entourée de rākṣasas, plongea des cieux en resplendissant dans sa chute.

Verse 11

अर्द्धपक्वं यथा तालफलं कपिभिरावृतम् । यदृच्छया निपेतुस्ते यंत्रमुक्ता यथोपलाः

Tels un fruit de palmier à demi mûr entouré de singes, ils dégringolèrent au hasard, comme des pierres lâchées par une machine.

Verse 12

ततो वायु वशाद्भ्रष्टा भित्त्वा भूमिं रसातलम् । जग्मुस्ते क्षेत्रमासाद्य प्रभासं वरवर्णिनि

Puis, déviés par la force du vent, ils percèrent la terre jusqu’à Rasātala ; et parvenus au lieu sacré, ils atteignirent Prabhāsa, ô belle dame.

Verse 13

यत्र चार्कस्थलो देवः सर्वसिद्धिप्रदायकः । तत्सान्निध्यस्थितं देवि पातालविवरं महत्

Car là se trouve l’Arkasthala divin, dispensateur de toute réussite. Près de cette présence sacrée, ô Devī, s’ouvre une vaste brèche vers le Pātāla.

Verse 14

अन्यानि कोटिशः संति तानि लुप्तानि भामिनि । कृतस्मरात्समारभ्य यावदर्कस्थलो रविः

Ô toi la radieuse, il existe des millions d’autres ouvertures, mais elles se sont évanouies ; celle-ci demeure depuis le temps de Kṛtasmara, tant que Ravi, le Soleil, reste établi à Arkasthala.

Verse 15

देवमातुर्वरं प्राप्य सिद्धयोऽष्टौ व्यवस्थिताः । एतस्मिन्नंतरे देवि सूर्यक्षेत्रमुदाहृतम्

Ayant reçu une grâce de la Mère des Dieux, les huit Siddhi prirent leur demeure. En cet intervalle même, ô Devī, ce lieu fut proclamé Sūrya-kṣetra, la région sacrée du Soleil.

Verse 16

सूर्यस्य तेजसो देवि मध्यभागं हि तत्स्मृतम् । सर्वं हेममयं देवि नापुण्यस्तत्र वीक्षते

Ô Déesse, ce lieu est tenu pour le centre même de la splendeur du Soleil. Là, tout semble d’or ; là, ô Devī, nul mauvais présage n’apparaît.

Verse 17

विवराणां शतं चैकं स्पर्शाश्चैव तु कोटिशः । तत्र संति महादेवि सिद्धेशस्तु प्ररक्षति

Ô Grande Déesse, il y a cent une ouvertures, et des points de contact par millions. Ils s’y trouvent, et Siddheśa protège assurément ce lieu sacré.

Verse 18

इदं क्षेत्रं महादेवि प्रियं सूर्यस्य सर्वदा । सूर्यपर्वणिसंप्राप्ते कुरुक्षेत्राधिकं प्रिये

Ô Grande Déesse, ce champ sacré est toujours cher au Soleil. Quand survient l’occasion sainte du Soleil, bien-aimée, il devient encore plus méritoire que Kurukṣetra.

Verse 19

ब्राह्मी चैव हिरण्या च संगमश्च महोदधेः । एतत्त्रिसंगमं देवि कोटितीर्थ फलप्रदम्

Brāhmī et Hiraṇyā, et leur confluence avec le grand océan : ce triple confluent, ô Déesse, confère le fruit de crores de tīrtha.

Verse 20

देवमाता च तत्रैव मंकीशस्तत्र तिष्ठति । नागस्थानं नगस्थानं तत्रैव समुदाहृतम् ।१

Là même se trouve Devamātā, et Maṃkīśa y demeure. Le lieu nommé Nāgasthāna, et aussi Nagasthāna, est pareillement déclaré s’y trouver.

Verse 21

इति संक्षेपतः प्रोक्तमर्कस्थलमहोदयम् । राक्षसानां च संपातादभूच्च विवरं यथा

Ainsi, en bref, a été dite la grande gloire d’Arkasthala ; et comment, sous l’assaut des Rākṣasas, une fissure—une ouverture—vint à se former.

Verse 22

अन्यानि तत्र देवेशि लुप्तानि विवराणि वै । एवं तु प्रकटं तत्र दृश्यतेऽद्यापि भामिनि

Les autres ouvertures en ce lieu, ô Souveraine des dieux, ont certes disparu. Mais celle-ci demeure manifeste et se voit encore aujourd’hui, ô Radieuse.

Verse 23

श्रीमुखं नाम तद्द्वारं रक्ष्यते मातृभिः प्रिये । वर्षमेकं चतुर्द्दश्यां नियमाद्यस्तु पूजयेत्

Cette porte se nomme Śrīmukha, bien-aimée, et elle est gardée par les Mères (Mātṛkā). Quiconque, avec une observance réglée, y rend un culte le quatorzième jour lunaire durant une année entière—

Verse 24

तत्र मातृगणान्देवि सुनंदाद्यान्विधानतः । पशुपुष्पोपहारैश्च धूपदीपैस्तथोत्तमैः । विप्राणां भोजनैर्देवि तस्य सिद्धिर्भविष्यति

Là, ô Déesse, il convient de vénérer selon la règle les cohortes des Mères—à commencer par Sunandā—par des offrandes d’animaux (telles qu’ordonnées), de fleurs et de présents, ainsi que par l’encens et des lampes d’excellence. En nourrissant les brāhmanes, ô Devi, son accomplissement sera mené à terme.

Verse 25

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्रार्कस्थलसंनिधौ । पूजयेन्मातरः सर्वा यदीच्छेत्सिद्धिमात्मनः

Ainsi donc, avec tous ses efforts, près d’Arkasthala, qu’on vénère toutes les Mères, si l’on souhaite pour soi la siddhi, l’accomplissement spirituel.

Verse 26

एतास्तु मातरो देवि सुनंदागणनामतः । ख्यातिं यांति प्रभासे तु क्षेत्रेस्मिन्वरवर्णिनि

Ô Déesse, ces Mères—connues collectivement sous le nom de Sunandā-gaṇa—acquièrent renommée et déploient leur gloire dans ce saint champ de Prabhāsa, ô toi au teint gracieux.

Verse 27

एतत्संक्षेपतः प्रोक्तं पातालोत्तरमध्यतः । तच्छ्रुत्वा मुच्यते देवि सर्वापद्भ्यो नरोत्तमः

Ceci a été énoncé brièvement, tiré de la partie médiane du Pātālottara. En l’entendant, ô Devi, le meilleur des hommes est délivré de toutes les calamités.