
Ce chapitre est un dialogue sacré entre Śiva et Devī, ouvrant le fil du Sāmbāditya-māhātmya dans le cadre du pèlerinage de Prabhāsa. Īśvara dirige Devī vers les secteurs du nord et du vāyavya (nord-ouest) et présente Sāmbāditya comme une manifestation de Sūrya établie par Sāmba. Il évoque trois grands lieux solaires de la région/île, dont Mitravana et Muṇḍīra, et place Prabhāsakṣetra comme le troisième foyer. Le récit quitte ensuite la géographie pour la causalité morale. Devī demande qui est Sāmba et pourquoi une cité porte son nom. Īśvara répond que Sāmba est le puissant fils de Vāsudeva (ici rattaché à la typologie des Āditya), né de Jāmbavatī, et qu’une malédiction paternelle le frappa de kuṣṭha (lèpre). L’origine en est précisée : le sage Durvāsas arrive à Dvāravatī ; Sāmba, fier de sa jeunesse et de sa beauté, se moque de l’austérité du rishi par des gestes et une attitude irrespectueuse. Durvāsas, courroucé, prononce la malédiction : bientôt la lèpre saisira Sāmba. Le chapitre enseigne ainsi l’humilité devant les ascètes et prépare la future démarche de Sāmba vers le culte solaire et l’institution de la présence de Sūrya dans sa cité pour le bien de tous.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि तयोरुत्तरसंस्थितम् । तथा वायव्यदिग्भागे ब्रह्मणो बालरूपिणः
Īśvara dit : « Ensuite, ô grande Déesse, il faut se rendre au lieu situé au nord de ces (sanctuaires). De même, dans le quartier nord-ouest se trouve une manifestation de Brahmā sous la forme d’un enfant. »
Verse 2
सांबादित्यं सुरश्रेष्ठे यः सांबेन प्रतिष्ठितः । स्थानानि त्रीणि देवस्य द्वीपेऽस्मिन्भास्करस्य तु
Ô le meilleur des dieux, il y a Sāmbāditya, établi par Sāmba. En cette terre se trouvent trois lieux sacrés de cette divinité, Bhāskara (le Soleil).
Verse 3
पूर्वं मित्रवनं नाम तथा मुण्डीरमुच्यते । प्रभासक्षेत्रमास्थाय सांबादित्यस्तृतीयकः
D’abord se trouve le lieu nommé Mitravana ; de même, un autre est connu sous le nom de Muṇḍīra. Et, demeurant à Prabhāsakṣetra, Sāmbāditya est le troisième.
Verse 4
तस्मिन्क्षेत्रे महादेवि पुरं यत्सांबसंज्ञकम् । द्वितीयं शाश्वतं स्थानं तत्र सूर्यस्य नित्यशः
Dans ce domaine sacré, ô grande Déesse, se trouve la cité appelée Sāṃba. Là, continuellement, est le second séjour éternel du Soleil.
Verse 5
प्रीत्या सांब स्य तत्रार्को जनस्यानुग्रहाय च । तत्र द्वादशभागेन मित्रो मैत्रेण चक्षुषा
Par amour pour Sāmba — et aussi pour la grâce de tous les êtres — Arka, le Soleil, demeure en ce lieu. Là, il resplendit comme Mitra, la douzième part du Soleil, et regarde le monde d’un œil bienveillant.
Verse 6
अवलोकयञ्जगत्सर्वं श्रेयोर्थं तिष्ठते सदा । प्रयुक्तां विधिवत्पूजां गृह्णाति भगवान्स्वयम्
Veillant sans cesse sur l’univers entier pour son bien suprême, le Seigneur demeure là toujours ; et lui-même reçoit le culte accompli selon le rite prescrit.
Verse 7
देव्युवाच । कोऽयं सांबः सुतः कस्य यस्य नाम्ना रवेः पुरम् । यस्य वाऽयं सहस्रांशुर्वरदः पुण्यकर्मणः
La Déesse dit : «Qui est ce Sāmba, fils de qui, dont le nom a donné son nom à la cité du Soleil ? Et pour qui ce Soleil aux mille rayons devient-il dispensateur de grâces, en réponse aux actes méritoires ?»
Verse 8
ईश्वर उवाच । य एते द्वादशादित्या विराजन्ते महाबलाः । तेषां यो विष्णुसंज्ञस्तु सर्वलोकेषु विश्रुतः
Īśvara dit : « Parmi ces douze puissants Āditya qui resplendissent, celui qui, dans tous les mondes, est renommé sous le nom de “Viṣṇu” est célébré au-dessus de tous. »
Verse 9
इहासौ वासुदेवत्वमवाप भगवान्विभुः
Ici même, le Seigneur Bienheureux, qui pénètre tout, atteignit l’état et la renommée de Vāsudeva.
Verse 10
तस्य सांबः सुतो जज्ञे जांबवत्यां महाबलः । स तु पित्रा भृशं शप्तः कुष्ठरोगमवाप्तवान् । तेन संस्थापितः सूर्यो निजनाम्ना पुरं कृतम्
De Lui naquit le puissant Sāmba, de Jāmbavatī. Mais, cruellement maudit par son père, il fut atteint de la lèpre. Alors il établit le dieu Soleil, Sūrya, et une cité fut fondée portant son propre nom.
Verse 11
देव्युवाच । शप्तः कस्मिन्निमित्तेऽसौ पित्रा पुत्रः स्वयं पुनः । नाल्पं स्यात्कारणं देव येनासौ शप्तवान्सुतम्
La Déesse dit : « Pour quelle raison ce fils fut-il maudit par son père lui-même ? Ô Dieu, la cause ne saurait être légère, puisqu’il a maudit son propre enfant. »
Verse 12
ईश्वर उवाच । शृणुष्वावहिता भूत्वा तस्य यच्छापकारणम् । दुर्वासानाम भगवान्ममैवांशसमुद्भवः
Īśvara dit : « Écoute avec attention, et je te dirai la cause de cette malédiction. Il est un sage vénérable nommé Durvāsā, né d’une parcelle de ma propre essence. »
Verse 13
अटमानः स भगवांस्त्रींल्लोकान्प्रचचार ह । अथ प्राप्तो द्वारवतीं लोकाः संजज्ञिरे पुरः
Ce Vénérable erra, parcourant les trois mondes. Puis, lorsqu’il parvint à Dvāravatī, des signes et des présages merveilleux se manifestèrent devant le peuple.
Verse 14
तमागतमृषिं दृष्ट्वा सांबो रूपेण गर्वितः । पिंगाक्षं जटिलं रूक्षं विस्वरूपं कृशं तथा
Voyant arriver ce rishi, Sāmba—fier de sa propre beauté—le considéra comme aux yeux fauves, aux cheveux emmêlés en jata, rude, difforme et maigre.
Verse 15
अवमानं चकारासौ दर्शनात्स्पर्शनात्तथा । दृष्ट्वा तस्य मुखं मंदो वक्त्रं चक्रे तथात्मनः । चक्रे यदुकुलश्रेष्ठो गर्वितो यौवनेन तु
Il manifesta son mépris—par le regard, et même par sa manière d’approcher et de toucher. Voyant le visage du sage, l’insensé façonna le sien de la même façon, l’imitant par dérision. Ainsi se conduisit le plus éminent des Yadu, enivré de jeunesse et gonflé d’orgueil.
Verse 16
अथ क्रुद्धो महातेजा दुर्वासा ऋषिसत्तमः । सांबं प्रोवाच भगवान्विधुन्वन्मुखमात्म नः
Alors Durvāsā, au grand éclat, le meilleur des rishis, s’emporta. Le Vénérable s’adressa à Sāmba, secouant son propre visage de déplaisir.
Verse 17
यस्माद्विरूपं मां दृष्ट्वा आत्मरूपेण गर्वितः । गमने दर्शने मह्यमहंकारः कृतो यतः । तस्मात्त्वं कुष्ठरोगेण न चिरेण ग्रसिष्यसे
«Parce qu’en me voyant d’aspect peu gracieux, tu t’es enorgueilli de ta propre apparence; et parce que, dans ta venue et dans ton regard même posé sur moi, tu as montré l’arrogance—pour cela, bientôt, la lèpre te saisira.»
Verse 100
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये मध्ययात्रायां सांबादित्यमाहात्म्योपक्रमे सांबाय दुर्वाससा शापप्रदानवर्णनंनाम शततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le centième chapitre, intitulé «Description de la malédiction accordée par le ṛṣi Durvāsā à Sāmba», dans la septième section, le Prabhāsa Khaṇḍa, au sein du Prabhāsa-kṣetra Māhātmya—dans le récit du «Pèlerinage du Milieu» et ouvrant le Sāmbāditya Māhātmya—du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers.