
Ce chapitre, encadré par le récit de Sūta, présente un dialogue entre Yājñavalkya et Brahmā. Tourmenté intérieurement, Yājñavalkya cherche un moyen de purification du cœur (citta-śuddhi) et demande un prāyaścitta approprié afin d’obtenir une clarté spirituelle. Brahmā lui indique une solution rituelle et théologique précise : établir un liṅga de Śiva (Śūlin) dans le très méritoire Hāṭakeśvara-kṣetra, décrit comme un lieu purificateur qui détruit les fautes accumulées. Le discours expose une logique d’expiation : que la faute provienne de l’ignorance ou d’un acte commis en connaissance, la construction dévotionnelle d’un temple de Śiva et le culte centré sur le liṅga dissipent l’obscurité morale, comme le lever du soleil chasse la nuit. Le chapitre évoque aussi l’angoisse du Kali-yuga, où de nombreux tīrthas deviennent « inefficaces », tout en présentant ce kṣetra comme une exception. Après le départ de Brahmā, Yājñavalkya installe le liṅga et proclame une observance : accomplir l’abhiṣeka (snāpana) du liṅga aux jours d’Aṣṭamī et de Caturdaśī avec une dévotion sincère, ce qui purifie les défauts et restaure la pureté. Le liṅga devient alors célèbre sous le nom de « Yājñavalkyeśvara » dans le champ sacré de Hāṭakeśvara.
Verse 1
सूत उवाच । एवं संशोचते यावदात्मानं परिगर्हयन् । ततस्तु ब्रह्मणा प्रोक्तः स्वयमभ्येत्य भो द्विजाः
Sūta dit : «Tandis qu’il se lamentait ainsi, se blâmant lui-même, alors Brahmā en personne s’approcha et lui adressa la parole, ô brāhmaṇas.»
Verse 2
त्वया शंका न कर्तव्या सुतस्यास्य कृते द्विज । अज्ञानादेव ते जातो दैवयोगेन बालकः
«Ô brāhmaṇa, ne nourris aucun doute au sujet de cet enfant comme étant ton fils. C’est bien par ignorance, et par la conjonction du destin, que ce garçon t’est né.»
Verse 3
याज्ञवल्क्य उवाच । तथापि देव मे शुद्धिर्हृदयस्य न जायते । तस्माद्वद सुरश्रेष्ठ प्रायश्चित्तं विशुद्धये
Yājñavalkya dit : «Même ainsi, ô Deva, la pureté de mon cœur ne s’éveille pas. C’est pourquoi, ô le meilleur des dieux, enseigne-moi la prāyaścitta, l’expiation pour une purification parfaite.»
Verse 4
ब्रह्मोवाच । यदि ते चित्तशुद्धिस्तु न कथंचित्प्रवर्तते । तत्स्थापय महाभाग लिंगं देवस्य शूलिनः
Brahmā dit : «Si, pour toi, la pureté de l’esprit ne se met en marche d’aucune manière, alors, ô bienheureux, établis le liṅga du Seigneur Śūlin (Śiva, le porteur du trident).»
Verse 5
अज्ञानाज्ज्ञानतोवापि यत्पापं कुरुते नरः । ब्रह्महत्यादिकं चापि स्त्रीवधाद्वापि यद्भवेत्
Qu’un homme commette un péché par ignorance ou même en pleine connaissance—qu’il s’agisse du meurtre d’un brāhmaṇa et autres fautes semblables, ou même du meurtre d’une femme—quelle que soit la culpabilité qui en naisse ;
Verse 6
पंचेष्टिकामयं वापि यः कुर्याद्धरमन्दिरम् । तस्य तन्नाशमायाति तमः सूर्योदये यथा
Même si l’on bâtit un temple de Hara (Śiva) mû par les cinq élans du désir, cette souillure même est détruite pour lui, comme l’obscurité s’évanouit au lever du soleil.
Verse 7
विशेषेण महाभाग हाटकेश्वरसंभवे । क्षेत्रे तत्र सुमेध्ये तु सर्वपातकनाशने
Et surtout, ô très fortuné, dans ce kṣetra sacré lié à la manifestation de Hāṭakeśvara—un lieu d’une pureté éminente, qui détruit tous les péchés—
Verse 8
कलिकाले च संप्राप्ते यत्र पापं न विद्यते । अहमप्यत्र वांछामि यज्ञं कर्तुं द्विजोत्तम
Lorsque l’âge de Kali est advenu, en ce lieu où le péché n’existe pas, moi aussi je désire y accomplir un yajña, ô le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 9
आनयिष्यामि तत्तीर्थं पुष्करं चात्मनः प्रियम् । कलिकालभयाच्चैतद्यावन्नो व्यर्थतां व्रजेत्
J’apporterai ce tīrtha sacré—Puṣkara, qui m’est cher—afin que, par crainte du Kali-yuga, ce mérite ne devienne pas vain.
Verse 10
कलिकाले तु संप्राप्ते तीर्थानि सकलानि च । यास्यंति व्यर्थतां विप्र मुक्त्वेदं क्षेत्रमुत्तमम्
Lorsque le Kali-yuga sera venu, tous les tīrthas deviendront sans effet, ô brāhmaṇa—à l’exception de ce kṣetra suprême.
Verse 11
सूत उवाच । एवमुक्त्वा चतुर्वक्त्रस्ततश्चादर्शनं गतः । याज्ञवल्क्योऽपि तच्छ्रुत्वा पितामहवचोऽ खिलम्
Sūta dit : Après avoir ainsi parlé, le Quatre-Visages (Brahmā) disparut de la vue. Et Yājñavalkya aussi, ayant entendu en entier les paroles du Grand Aïeul (Pitāmaha),
Verse 12
लिंगं संस्थापयामास ज्ञात्वा क्षेत्रमनुत्तमम् । अब्रवीच्च ततो वाक्यं मेघगंभीरया गिरा
Reconnaissant ce lieu comme un kṣetra sans égal, il y établit le liṅga. Puis il prononça des paroles d’une voix grave, profonde comme les nuées du tonnerre.
Verse 13
अष्टम्यां च चतुर्दश्यां यो लिंगं मामकं त्विदम् । स्नापयिष्यति सद्भक्त्या तस्य पापं प्रयास्यति
Quiconque, au huitième ou au quatorzième jour lunaire, baigne ce liṅga qui est le Mien avec une dévotion sincère, verra son péché chassé au loin.
Verse 14
परदारकृतं यच्च मात्रापि च समं कृतम् । क्षालयिष्यति तत्पापं स्नापितं पूजितं परैः
Même le péché né de l’adultère, et même celui aussi lourd qu’une faute envers sa mère : lorsque ce (liṅga) est baigné et honoré selon le rite, ce péché est lavé.
Verse 15
अस्मिन्नहनि संप्राप्ते तस्य पक्षसमुद्भवम् । प्रयास्यति कृतं पापं यदज्ञानाद्विनिर्मितम्
Quand advient ce jour sacré, les péchés amassés durant cette quinzaine s’en vont ; les fautes commises par ignorance se dissolvent.
Verse 16
ततःप्रभृति विख्यातो याज्ञव ल्क्येश्वरः शुभः । तस्मिन्क्षेत्रे द्विजश्रेष्ठा हाटकेश्वरसंज्ञके
Dès lors, ô le meilleur des deux-fois-nés, dans ce kṣetra sacré nommé Hāṭakeśvara, le Seigneur de bon augure, connu sous le nom de Yājñavalkyeśvara, devint renommé.
Verse 175
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये याज्ञवल्क्येश्वरोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनंनाम पंचसप्तत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, dans le sixième Nāgara Khaṇḍa—dans le Māhātmya du kṣetra sacré de Hāṭakeśvara, le cent soixante-quinzième chapitre intitulé «Récit de la grandeur de l’origine de Yājñavalkyeśvara».