
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue : Yudhiṣṭhira demande à Mārkaṇḍeya de nommer un siddha très puissant lié à un tīrtha qui détruit les péchés, appelé Patreśvara. Mārkaṇḍeya raconte qu’un être rayonnant—fils de Citr(a)/Citr(a)—connu sous le nom de Patreśvara (aussi Jaya), s’éprit dans l’assemblée des dieux lors de la danse de Menakā et perdit la maîtrise de soi. Indra, témoin de cette défaillance, prononce une malédiction l’astreignant à une longue existence mortelle, avertissement moral contre l’ajitendriyatā, les sens non vaincus. Pour obtenir remède, il lui est prescrit douze années de pratique disciplinée sur la rive de la Narmadā (Revā). Il se baigne, récite, adore Śaṅkara (Śiva) et accomplit des austérités, dont le pañcāgni tapas. Śiva apparaît et offre une grâce ; le vœu demandé est lié au lieu : que Śiva demeure en ce tīrtha sous le nom du dévot, fondant ainsi le sanctuaire de Patreśvara, célèbre dans les trois mondes. La phalaśruti conclut : un seul bain y dissout les fautes ; le culte y confère un mérite immense, comparable au fruit de l’aśvamedha, la jouissance céleste, une renaissance favorable, la longévité, l’absence de maladie et de chagrin, tout en gardant la mémoire des eaux sacrées.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । पत्त्रेश्वरं ततो गच्छेत्सर्वपापप्रणाशनम् । यत्र सिद्धो महाभागश्चित्रसेनसुतो बली
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, qu’on se rende à Pattreśvara, l’anéantisseur de tous les péchés, où le fils de Citrasena, illustre et puissant, obtint la siddhi.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । कोऽसौ सिद्धस्तदा ब्रह्मंस्तस्मिंस्तीर्थे महातपाः । पुत्रः कस्य तु को हेतुरेतदिच्छामि वेदितुम्
Yudhiṣṭhira dit : Ô vénérable brāhmane, qui était ce siddha accompli en ce tīrtha sacré, riche de grandes austérités ? De qui était-il le fils, et quelle fut la cause de son accomplissement ? Je désire le savoir.
Verse 3
श्रीमार्कण्डेय उवाच । चित्रोनाम महातेजा इन्द्रस्य दयितः पुरा । तस्य पुत्रो नृपश्रेष्ठ पत्त्रेश्वर इति श्रुतः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Jadis, il y eut un être nommé Citra, d’un grand éclat, cher à Indra. Ô meilleur des rois, son fils est renommé sous le nom de Pattreśvara.
Verse 4
रूपवान् सुभगश्चैव सर्वशत्रुभयंकरः । इन्द्रस्य दयितोऽत्यर्थं जय इत्येव चापरः
Il était beau et fortuné, redoutable à tous les ennemis ; infiniment cher à Indra, et connu aussi sous un autre nom : Jaya.
Verse 5
स कदाचित्सभामध्ये सर्वदेवसमागमे । मेनकानृत्यगीतेन मोहितः सुचिरं किल
Un jour, au milieu d’une assemblée, lors de la réunion de tous les dieux, il demeura longtemps envoûté par la danse et le chant de Menakā.
Verse 6
तिष्ठते गतमर्यादो गतप्राण इव क्षणात् । तावत्सुरपतिर्देवः शशापाथाजितेन्द्रियम्
En un instant, il demeura comme sans vie, ayant perdu toute retenue ; alors le Seigneur des dieux, Indra, le maudit, car ses sens étaient devenus indomptés.
Verse 7
यस्मात्त्वं स्वर्गसंस्थोऽपि मर्त्यधर्ममुपेयिवान् । तस्मान्मर्त्ये चिरं कालं क्षपयिष्यस्यसंशयम्
Car toi, bien qu’établi au ciel, tu as suivi les voies des mortels ; ainsi, sans nul doute, tu demeureras longtemps dans le monde des hommes.
Verse 8
एवमुक्तः सुरेन्द्रेण चित्रसेनसुतो युवा । वेपमानः सुरश्रेष्ठः कृताञ्जलिरुवाच ह
Ainsi apostrophé par le roi des dieux, le jeune fils de Citrasena—tremblant, mais le plus éminent des célestes—parla, les mains jointes en signe de vénération.
Verse 9
पत्त्रेश्वर उवाच । मया पापेन मूढेन अजितेन्द्रियचेतसा । प्राप्तं वै यत्फलं तस्य प्रसादं कर्तुमर्हसि
Pattreśvara dit : «Moi, pécheur et égaré, l’esprit et les sens indomptés, j’ai certes reçu le fruit de mes propres actes. Pourtant, daigne être gracieux et m’accorder ta faveur».
Verse 10
शक्र उवाच । नर्मदातटमाश्रित्य द्वादशाब्दं जितेन्द्रियः । आराधय शिवं शान्तं पुनः प्राप्स्यसि सद्गतिम्
Śakra dit : «Prends refuge sur la rive de la Narmadā ; durant douze années, maîtrise tes sens et adore le paisible Seigneur Śiva. Ainsi tu retrouveras la voie vraie et bénie».
Verse 11
सत्यशौचरतानां च धर्मिष्ठानां जितात्मनाम् । लोकोऽयं पापिनां नैव इति शास्त्रस्य निश्चयः
Ce monde appartient à ceux qui s’attachent à la vérité et à la pureté, aux justes et maîtres d’eux-mêmes. Pour les pécheurs, il n’en est pas ainsi : telle est la conclusion arrêtée de l’enseignement sacré.
Verse 12
एवमुक्ते महाराज सहस्राक्षेण धीमता । गन्धर्वतनयो धीमान्प्रणम्यागात्तु भूतलम्
Ô grand roi, lorsque le Sage aux Mille Yeux (Indra) eut ainsi parlé, l’intelligent fils d’un Gandharva se prosterna, puis s’en alla vers la terre.
Verse 13
रेवाया विमले तोये ब्रह्मावर्तसमीपतः । स्नात्वा जप्त्वा विधानेन अर्चयित्वा च शङ्करम्
Près de Brahmāvarta, dans les eaux immaculées de la Revā, il se baigna, accomplit le japa selon la règle et rendit un culte à Śaṅkara.
Verse 14
वाय्वम्बुपिण्याकफलैश्च पुष्पैः पर्णैश्च मूलाशनयावकेन । तताप पञ्चाग्नितपोभिरुग्रैस्ततश्च तोषं समगात्स देवः
Se nourrissant d’air, d’eau, de tourteau, de fruits, de fleurs, de feuilles, de racines et de bouillie d’orge, il pratiqua de rudes austérités des cinq feux; alors ce Dieu (Śiva) fut satisfait.
Verse 15
पिनाकपाणिं वरदं त्रिशूलिनमुमापतिं ह्यन्धकनाशनं च । चन्द्रार्धमौलिं गजकृत्तिवाससं दृष्ट्वा पपाताग्रगतं समीक्ष्य
Voyant le Seigneur, l’arc Pināka en main—dispensateur de grâces, porteur du trident, époux d’Umā, destructeur d’Andhaka—couronné du demi-lune et vêtu d’une peau d’éléphant, le regardant debout devant lui, il tomba en vénération.
Verse 16
ईश्वर उवाच । वरं वृणीष्व भद्रं ते वरदोऽहं तवानघ । यमिच्छसि ददाम्यद्य नात्र कार्या विचारणा
Īśvara dit : «Choisis une grâce ; que l’auspice soit tien. Ô irréprochable, je suis celui qui t’accorde les dons. Ce que tu désires, je te l’accorde aujourd’hui ; ici, point besoin de délibération».
Verse 17
पत्त्रेश्वर उवाच । यदि तुष्टोऽसि देवेश यदि देयो वरो मम । अत्र त्वं सततं तीर्थे मम नाम्ना भव प्रभो
Pattreśvara dit : «Si Tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si une grâce doit m’être accordée, alors ici, en ce tīrtha sacré, demeure à jamais, ô Maître, portant mon nom.»
Verse 18
एतच्छ्रुत्वा महादेवो हर्षगद्गदया गिरा । तथेत्युक्त्वा ययौ हृष्ट उमया सह शङ्करः
À ces mots, Mahādeva, la voix étranglée de joie, dit : «Qu’il en soit ainsi» ; et Śaṅkara s’en alla, ravi, avec Umā.
Verse 19
सोऽपि तत्तीर्थमाप्लुत्य गते देवे दिवं प्रति । स्नात्वा जाप्यविधानेन तर्पयित्वा पितॄन् पुनः
Lui aussi se plongea dans ce tīrtha sacré ; et lorsque le dieu fut parti vers le ciel, il se baigna selon la règle du japa, puis offrit de nouveau les libations aux Pitṛs, les ancêtres.
Verse 20
स्थापयामास देवेशं तस्मिंस्तीर्थे विधानतः । पत्त्रेश्वरं तु विख्यातं त्रिषु लोकेषु भारत
Ô Bhārata, il installa alors, selon le rite, le Seigneur des dieux dans ce même tīrtha ; et cette (divinité/linga) devint célèbre sous le nom de Pattreśvara dans les trois mondes.
Verse 21
इन्द्रलोकं गतः शापान्मुक्तः सोऽपि नरेश्वर । हृष्टः प्रमुदितो रम्यं जयशब्दादिमङ्गलैः
Ô seigneur des hommes, lui aussi gagna le monde d’Indra, délivré de la malédiction ; joyeux et ravi, il goûta des fêtes de bon augure, ouvertes par des cris de «Victoire !».
Verse 22
एष ते कथितः प्रश्नः पृष्टो यो वै युधिष्ठिर । तत्र स्नानेन चैकेन सर्वपापैः प्रमुच्यते
Ô Yudhiṣṭhira, ta question est ainsi éclaircie : par un seul bain sacré en ce lieu, on est délivré de tous les péchés.
Verse 23
यस्त्वर्चयेन्महादेवं तस्मिंस्तीर्थे युधिष्ठिर । स्नात्वाभ्यर्च्य पित्ःन् देवान् सोऽश्वमेधफलं लभेत्
Mais quiconque vénère Mahādeva en ce tīrtha, ô Yudhiṣṭhira—après s’être baigné puis avoir honoré les Pitṛs et les dieux—reçoit un mérite égal à celui de l’Aśvamedha.
Verse 24
मृतो वर्षशतं साग्रं क्रीडित्वा च शिवे पुरे । राजा वा राजतुल्यो वा पश्चान्मर्त्येषु जायते
Après la mort, ayant joui durant cent années pleines dans la cité de Śiva, on renaît ensuite parmi les mortels en roi—ou l’égal d’un roi.
Verse 25
वेदवेदाङ्गतत्त्वज्ञो जीवेच्च शरदः शतम् । व्याधिशोकविनिर्मुक्तः पुनः स्मरति तज्जलम्
Il devient connaisseur de la vérité des Veda et de leurs Vedāṅga ; il vit cent automnes, affranchi de maladie et de chagrin, et se souvient de nouveau de cette eau sacrée.
Verse 32
। अध्याय
Chapitre—marque de colophon indiquant la fin ou la transition de l’adhyāya.