Adhyaya 11
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 1136 Verses

मन्वन्तर-कल्प-प्रश्नोत्तरम् / Discourse on Manvantaras, Kalpas, and Re-creation

L’Adhyāya 11 s’ouvre sur la demande des sages d’un exposé ordonné de tous les manvantaras et des diverses sortes de kalpas, en particulier sur la création intérieure (āntara-sarga) et la re-création (pratisarga). Vāyu répond en situant l’enseignement dans la mesure du temps cosmique : il rappelle le parārdha comme une grande unité dans la durée de vie de Brahmā, et affirme que la re-création survient à la fin du cycle concerné. Il déclare que chaque jour de Brahmā comporte quatorze grandes divisions correspondant aux révolutions des Manus. Toutefois, Vāyu avertit que, les kalpas et manvantaras étant sans commencement ni fin et non entièrement connaissables, on ne peut les énumérer exhaustivement par la parole ; et même si tout était dit, le fruit pratique pour les auditeurs resterait limité. Il adopte donc une méthode pragmatique : décrire le kalpa actuellement en vigueur, en présentant de façon abrégée les créations et re-créations. Ce kalpa présent est identifié comme le Varāha Kalpa, où se trouvent quatorze Manus ; la succession est résumée en sept commençant avec Svāyambhuva et sept commençant avec Sāvarṇika, Vaivasvata étant le septième Manu régnant à présent. Le chapitre propose ensuite l’idée générale que les schémas de création et de dissolution se répètent de manière semblable à travers les manvantaras, puis passe à l’image de la cessation du kalpa précédent et de l’avènement d’un nouveau cycle sous les forces du temps et du vent, préparant la narration cosmologique détaillée des vers suivants.

Shlokas

Verse 1

मुनय ऊचुः । मन्वंतराणि सर्वाणि कल्पभेदांश्च सर्वशः । तेष्वेवांतरसर्गं च प्रतिसर्गं च नो वद

Les sages dirent : «Expose-nous pleinement tous les Manvantaras et toutes les variétés de Kalpa. Et, en leur sein, explique-nous aussi la création intermédiaire et la recréation.»

Verse 2

वायुरुवाच । कालसंख्याविवृत्तस्य परार्धो ब्रह्मणस्स्मृतः । तावांश्चैवास्य कालोन्यस्तस्यांते प्रतिसृज्यते

Vāyu dit : «Dans le calcul du temps, le “parārdha” est tenu pour la mesure de Brahmā. Et l’on évoque aussi une autre durée égale ; à son terme, la création est de nouveau projetée au dehors.»

Verse 3

दिवसे दिवसे तस्य ब्रह्मणः पूर्वजन्मनः । चतुर्दशमहाभागा मनूनां परिवृत्तयः

Jour après jour, dans ce cycle antérieur de manifestation de Brahmā, les grandes successions des Manus—au nombre de quatorze—se déroulèrent en ordre.

Verse 4

अनादित्वादनंतत्वादज्ञेयत्वाच्च कृत्स्नशः । मन्वंतराणि कल्पाश्च न शक्या वचनात्पृथक्

Parce qu’il est sans commencement, sans fin, et entièrement au-delà d’une connaissance totale, les Manvantaras et les Kalpas ne peuvent être dénombrés ni distingués nettement par la parole.

Verse 5

उक्तेष्वपि च सर्वेषु शृण्वतां वो वचो मम । किमिहास्ति फलं तस्मान्न पृथक्वक्तुमुत्सहे

Même après que tout a été dit, vous qui écoutez, entendez mes paroles : quel fruit distinct y a-t-il ici ? Aussi n’osé-je énoncer un résultat séparé, car cet enseignement même est le moyen d’obtenir la grâce de Śiva et la délivrance.

Verse 6

य एव खलु कल्पेषु कल्पः संप्रति वर्तते । तत्र संक्षिप्य वर्तंते सृष्टयः प्रतिसृष्टयः

En vérité, parmi les cycles de la création, c’est le Kalpa actuellement en cours qui est ici évoqué. Dans ce Kalpa, les processus de création et de recréation se déploient de façon condensée, comme en abrégé.

Verse 7

यस्त्वयं वर्तते कल्पो वाराहो नाम नामतः । अस्मिन्नपि द्विजश्रेष्ठा मनवस्तु चतुर्दश

Ce même éon (kalpa) qui se déroule à présent est nommé, de nom, le Vārāha Kalpa. Et en lui aussi, ô le meilleur des deux-fois-nés, il y a en vérité quatorze Manus.

Verse 8

स्वायंभुवादयस्सप्त सप्त सावर्णिकादयः । तेषु वैवस्वतो नाम सप्तमो वर्तते मनुः

Il y a sept Manus à commencer par Svāyambhuva, et (de nouveau) sept à commencer par Sāvarṇi. Parmi eux, le Manu nommé Vaivasvata est le septième qui préside à présent.

Verse 9

मन्वंतरेषु सर्वेषु सर्गसंहारवृत्तयः । प्रायः समाभवंतीति तर्कः कार्यो विजानता

Dans tous les Manvantaras, les processus de création et de dissolution reviennent le plus souvent de manière semblable ; ainsi, le connaissant doué de discernement doit user d’un raisonnement juste pour les comprendre.

Verse 10

पूर्वकल्पे परावृत्ते प्रवृत्ते कालमारुते । समुन्मूलितमूलेषु वृक्षेषु च वनेषु च

Lorsque l’éon précédent se fut retiré et que le vent du Temps se mit à souffler, arbres et forêts furent déracinés : leurs racines arrachées et dispersées.

Verse 11

जगंति तृणवक्त्रीणि देवे दहति पावके । वृष्ट्या भुवि निषिक्तायां विवेलेष्वर्णवेषु च

Quand le Feu divin flamboie, les êtres semblent avoir la bouche emplie d’herbe sèche—consumés et tourmentés ; et lorsque la pluie se déverse sur la terre, lorsque s’ouvrent de vastes béances, jusque dans les océans, (tous sont entraînés par la puissance de ces états).

Verse 12

दिक्षु सर्वासु मग्नासु वारिपूरे महीयसि । तदद्भिश्चटुलाक्षेपैस्तरंगभुजमण्डलैः

Quand toutes les directions furent submergées et que la grande Terre fut partout emplie d’eau, ces eaux, par leurs remous incessants et leurs cercles de vagues tels des bras qui enlacent, se soulevèrent et se répandirent de toutes parts.

Verse 13

प्रारब्धचण्डनृत्येषु ततः प्रलयवारिषु । ब्रह्मा नारायणो भूत्वा सुष्वाप सलिले सुखम्

Quand la farouche danse cosmique eut commencé et que, ensuite, les eaux de la dissolution se répandirent partout, Brahmā—devenu Nārāyaṇa—s’endormit paisiblement sur ces eaux.

Verse 14

इमं चोदाहरन्मंत्रं श्लोकं नारायणं प्रति । तं शृणुध्वं मुनिश्रेष्ठास्तदर्थं चाक्षराश्रयम्

Ayant ainsi énoncé ce verset-mantra adressé à Nārāyaṇa, écoutez-le, ô les plus excellents des sages—avec son sens, fondé sur les syllabes impérissables (du mantra).

Verse 15

आपो नारा इति प्रोक्ता आपो वै नरसूनवः । अयनं तस्य ता यस्मात्तेन नारायणः स्मृतः

«Les eaux» sont appelées “nārā” ; en vérité, l’on dit que les eaux sont la descendance de Nara. Et parce que ces eaux sont son “ayana”—sa demeure et son repos—il est donc rappelé sous le nom de Nārāyaṇa.

Verse 16

शिवयोगमयीं निद्रां कुर्वन्तं त्रिदशेश्वरम् । बद्धांजलि पुटास्सिद्धा जनलोकनिवासिनः

Les Siddhas qui demeurent en Jana-loka, les paumes jointes en salut révérencieux, virent le Seigneur des dieux demeurer dans un sommeil fait de Śiva-yoga—une absorption yogique intérieure, et non un sommeil ordinaire.

Verse 17

स्तोत्रैः प्रबोधयामासुः प्रभातसमये सुराः । यथा सृष्ट्यादिसमये ईश्वरं श्रुतयः पुरा

À l’aube, les dieux éveillèrent le Seigneur par des hymnes—comme jadis, au tout commencement de la création, les Veda (les Śruti) éveillèrent Īśvara par leurs louanges.

Verse 18

ततः प्रबुद्ध उत्थाय शयनात्तोयमध्यगात् । उदैक्षत दिशः सर्वा योगनिद्रालसेक्षणः

Alors, réveillé, il se leva de sa couche et s’avança au milieu des eaux. Les yeux encore alanguis par le sommeil yogique, il porta son regard vers toutes les directions.

Verse 19

नापश्यत्स तदा किंचित्स्वात्मनो व्यतिरेकि यत् । सविस्मय इवासीनः परां चिंतामुपागमत्

Alors il ne perçut absolument rien qui fût distinct de son propre Soi. Assis comme saisi d’émerveillement, il entra ensuite dans une contemplation profonde.

Verse 20

क्व सा भगवती या तु मनोज्ञा महती मही । नानाविधमहाशैलनदीनगरकानना

Où donc est cette Terre bénie, charmante et immense, parée de tant de grandes montagnes, de rivières, de cités et de forêts ?

Verse 21

एवं संचिंतयन्ब्रह्मा बुबुधे नैव भूस्थितिम् । तदा सस्मार पितरं भगवंतं त्रिलोचनम्

Ainsi, réfléchissant sans cesse, Brahmā ne put saisir l’état véritable ni le fondement de l’existence. Alors il se souvint de son Père : le Seigneur Bienheureux, le Trois-Yeux (Śiva).

Verse 22

स्मरणाद्देवदेवस्य भवस्यामिततेजसः । ज्ञातवान्सलिले मग्नां धरणीं धरणीपतिः

Par le souvenir de Bhava—Dieu des dieux, à l’éclat sans mesure—le Seigneur de la terre sut que la Terre avait sombré sous les eaux.

Verse 23

ततो भूमेस्समुद्धारं कर्तुकामः प्रजापतिः । जलक्रीडोचितं दिव्यं वाराहं रूपमस्मरत्

Alors Prajāpati, désirant relever la Terre, se remémora la forme divine de Varāha, le Sanglier sacré, parfaitement apte aux jeux dans les eaux.

Verse 24

महापर्वतवर्ष्माणं महाजलदनिःस्वनम् । नीलमेघप्रतीकाशं दीप्तशब्दं भयानकम्

Son corps était vaste comme une grande montagne, grondant tel un nuage de tonnerre puissant—sombre comme un nuage de pluie bleu, avec un son flamboyant et terrible qui inspirait la crainte.

Verse 25

पीनवृत्तघनस्कंधपीनोन्नतकटीतटम् । ह्रस्ववृत्तोरुजंघाग्रं सुतीक्ष्णपुरमण्डलम्

Ses épaules étaient pleines, arrondies et puissamment compactes ; sa taille et ses hanches, larges, fermes et bien relevées. Ses cuisses et ses jambes, courtes et bien arrondies ; et l’avant de son corps portait un contour sphérique, net et acéré—ainsi était décrite cette forme majestueuse.

Verse 26

पद्मरागमणिप्रख्यं वृत्तभीषणलोचनम् । वृत्तदीर्घमहागात्रं स्तब्धकर्णस्थलोज्ज्वलम्

Il resplendissait tel un rubis ; ses yeux étaient ronds et saisissants. Son grand corps était arrondi et long, et la région de ses oreilles brillait, ferme et dressée.

Verse 27

उदीर्णोच्छ्वासनिश्वासघूर्णितप्रलयार्णवम् । विस्फुरत्सुसटाच्छन्नकपोलस्कंधबंधुरम्

Par ses puissantes expirations et inspirations, l’océan du pralaya se mit à tourbillonner. Et ses joues et ses épaules, d’une belle harmonie, étaient couvertes par ses jata—ses splendides mèches emmêlées—frémissantes.

Verse 28

मणिभिर्भूषणैश्चित्रैर्महारत्नैःपरिष्कृतम् । विराजमानं विद्युद्भिर्मेघसंघमिवोन्नतम्

Orné de nombreuses gemmes et de parures merveilleuses, magnifiquement embelli de grands joyaux, il se dressait haut—resplendissant d’éclairs comme dans une masse de nuages.

Verse 29

आस्थाय विपुलं रूपं वाराहममितं विधिः । पृथिव्युद्धरणार्थाय प्रविवेश रसातलम्

Revêtant l’immense et incommensurable forme de Varāha, le Créateur (Brahmā) pénétra dans Rasātala afin de relever la Terre.

Verse 30

स तदा शुशुभे ऽतीव सूकरो गिरिसंनिभः । लिंगाकृतेर्महेशस्य पादमूलं गतो यथा

Alors ce Varāha—semblable à une montagne—resplendit intensément, tandis qu’il descendait jusqu’à la racine des pieds de Mahādeva, établi en la forme du Liṅga.

Verse 31

ततस्स सलिले मग्नां पृथिवीं पृथिवींधरः । उद्धृत्यालिंग्य दंष्ट्राभ्यामुन्ममज्ज रसातलात्

Puis le Soutien de la Terre souleva la Terre engloutie dans les eaux, l’enlaça de ses deux défenses et remonta depuis Rasātala, les profondeurs d’en bas.

Verse 32

तं दृष्ट्वा मुनयस्सिद्धा जनलोकनिवासिनः । मुमुदुर्ननृतुर्मूर्ध्नि तस्य पुष्पैरवाकिरन्

Le voyant, les munis accomplis (siddhas) qui demeurent en Jana-loka furent saisis de joie; ils dansèrent et, en célébration révérencieuse, répandirent des fleurs sur sa tête.

Verse 33

वपुर्महावराहस्य शुशुभे पुष्पसंवृतम् । पतद्भिरिव खद्योतैः प्राशुरंजनपर्वतः

Le corps du Grand Varāha resplendissait, couvert de fleurs, tel le mont Prāśurañjana scintillant de lucioles en plein vol.

Verse 34

ततः संस्थानमानीय वराहो महतीं महीम् । स्वमेव रूपमास्थाय स्थापयामास वै विभुः

Ensuite, le puissant Varāha ramena la grande Terre à sa juste place ; revêtant sa propre forme divine, le Seigneur qui pénètre tout la rétablit solidement.

Verse 35

पृथिवीं च समीकृत्य पृथिव्यां स्थापयन्गिरीन् । भूराद्यांश्चतुरो लोकान् कल्पयामास पूर्ववत्

Puis il aplanit la terre et y établit les montagnes ; et, comme auparavant, il ordonna les quatre mondes en commençant par Bhūḥ.

Verse 36

इति सह महतीं महीं महीध्रैः प्रलयमहाजलधेरधःस्थमध्यात् । उपरि च विनिवेश्य विश्वकर्मा चरमचरं च जगत्ससर्ज भूयः

Ainsi, après avoir soulevé la vaste Terre avec ses montagnes depuis la région médiane inférieure du grand océan du déluge, Viśvakarmā la replaça au-dessus et façonna de nouveau le monde entier, le mobile comme l’immobile.

Frequently Asked Questions

The structure of kalpas and manvantaras, including āntara-sarga and pratisarga, with a focused identification of the currently operative Varāha Kalpa and the present Vaivasvata Manu.

It asserts the Purāṇic stance that cosmic cycles are effectively inexhaustible and not fully capturable by discourse; therefore knowledge is transmitted through a selective, present-kalpa-centered model that remains meaningful for practice and understanding.

Fourteen manvantara divisions within a day of Brahmā; the naming of the Varāha Kalpa; and the positioning of Vaivasvata as the seventh Manu in the current sequence.