Adhyaya 46
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 4642 Verses

गिलासुर-आक्रमणम् तथा शिवसैन्य-समाह्वानम् — The Assault of Gila and Śiva’s Mobilization

Dans l’Adhyāya 46, Sanatkumāra raconte une escalade décisive : le roi daitya nommé « Gila » avance rapidement avec son armée, brandissant une massue, et ouvre une brèche violente dans la forteresse sacrée de Maheśvara, à l’entrée de la grotte (guhā-mukha). Les daityas manient des armes éclatantes comme l’éclair, endommagent les portails et les allées des jardins, et ravagent la flore, les eaux et l’harmonie esthétique de l’enceinte divine—signe d’une agression sans retenue ni respect des limites (maryādā-hīna). En réponse, Hara (Śūlapāṇi/Kapardin/Pinākin) se souvient et convoque ses propres forces ; aussitôt se rassemble une immense armée aux espèces multiples : les devas (avec Viṣṇu parmi les premiers), les bhūtas, les gaṇas et des êtres liminaires tels que les pretas et les piśācas, avec chars, éléphants, chevaux, taureaux et formations. Ils arrivent avec révérence, désignent Vīraka comme senāpati, puis, sur l’ordre de Maheśvara, sont envoyés au combat. La bataille est décrite comme semblable à la fin d’un yuga, sans frontières, soulignant l’ampleur cosmique et l’opposition morale entre profanation et restauration du sacré.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । तस्येंगितज्ञश्च स दैत्यराजो गदां गृहीत्वा त्वरितस्ससैन्यः । कृत्वाथ साऽग्रे गिलनामधेयं सुदारुणं देववरैरभेद्यम्

Sanatkumāra dit : Devant son intention connue, ce roi des Daityas saisit promptement sa massue et, avec son armée, établit devant lui une formation/arme des plus terribles, nommée « Gila », que même les plus éminents des dieux ne pouvaient briser.

Verse 2

गुहामुखं प्राप्य महेश्वरस्य बिभेद शस्त्रैरशनिप्रकाशैः । अन्ये ततो वीरकमेव शस्त्रैरवाकिरञ्छैल सुतां तथान्ये

Parvenus à l’entrée de la caverne de Maheśvara, ils la frappèrent et la brisèrent avec des armes éclatantes comme l’éclair. Puis certains guerriers firent pleuvoir leurs armes sur cette troupe héroïque, tandis que d’autres, de même, déversèrent une pluie d’armes sur la Fille de la Montagne, Pārvatī.

Verse 3

द्वारं हि केचिद्रुचिरं बभंजुः पुष्पाणि पत्राणि विनाशयेयुः । फलानि मूलानि जलं च हृद्यमुद्यानमार्गानपि खंडयेयुः

Les uns brisèrent la belle porte; les autres saccagèrent fleurs et feuillages. Ils détruisirent les fruits, les racines, et même l’eau si agréable, et ils mirent aussi en pièces les allées du jardin.

Verse 4

विलोडयेयुर्मुदिताश्च केचिच्छृंगाणि शैलस्य च भानुमंति । ततो हरस्सस्मृतवान्स्वसैन्यं समाह्वयन्कुपितः शूलपाणिः

Certains, transportés de joie, se mirent à secouer et à brasser les cimes étincelantes de la montagne. Alors Hara—se souvenant de ses propres troupes—appela avec colère son armée, Lui qui tient le trident en sa main.

Verse 5

भूतानि चान्यानि सुदारुणानि देवान्ससैन्यान्सह विष्णुमुख्यान् । आहूतमात्रानुगणास्ससैन्या रथैर्गजैर्वाजिवृषैश्च गोभिः

Et d’autres êtres encore, terribles et farouches—avec les dieux et leurs armées, Viṣṇu et les plus éminents d’entre eux—accoururent dès qu’ils furent appelés. Ces troupes d’auxiliaires arrivèrent avec leurs forces, munies de chars, d’éléphants, de chevaux, de taureaux et même de bétail.

Verse 6

उष्ट्रैः खरैः पक्षिवरैश्च सिंहैस्ते सर्वदेवाः सहभूतसंघैः । व्याघ्रैमृगैस्सूकरसारसैश्च समीनमत्स्यैश्शिशुमारमुख्यैः

Tous les dieux, avec leurs compagnies d’êtres, vinrent accompagnés de chameaux, d’ânes, d’oiseaux nobles et de lions; ainsi que de tigres, de cerfs, de sangliers, de grues, et de multitudes de créatures aquatiques telles que des poissons, avec les śiśumāra et autres semblables au premier rang.

Verse 7

अन्यैश्च नाना विधजीवसंघैर्विशीर्णदंशाः स्फुटितैस्स्मशानैः । भुजंगमैः प्रेतशतैः पिशाचैर्दिव्यैर्विमानैः कमलाकरैश्च

Et avec bien d’autres multitudes d’êtres variés—au milieu de lieux de crémation brisés et disloqués, aux crocs usés et ruinés—se trouvaient des serpents, des centaines de preta et de piśāca; et l’on voyait aussi de merveilleux vimāna divins et des lacs emplis de lotus.

Verse 8

नदीनदैः पर्वतवाहनैश्च समागताः प्रांजलयः प्रणम्य । कपर्दिनं तस्थुरदीनसत्त्वास्सेनापतिं वीरकमेव कृत्वा

Rassemblés avec les fleuves et leurs seigneurs, avec les montagnes et leurs porteurs, ils s’avancèrent les mains jointes et se prosternèrent. Puis, d’un courage inébranlable, ils se tinrent devant Kapardin (le Seigneur Śiva), établissant Vīraka, lui seul, comme commandant en chef.

Verse 9

विसर्जयामास रणाय देवान्विश्रांतवाहानथ तत्पिनाकी । युद्धे स्थिरं लब्धजयं प्रधानं संप्रेषितास्ते तु महेश्वरेण

Alors le Seigneur porteur de Pināka (Śiva) envoya les dieux au combat, après avoir fait reposer leurs montures. Fermes dans la bataille et la victoire déjà comme acquise, ces êtres d’élite furent ainsi dépêchés par Maheśvara.

Verse 10

चक्रुर्युगांतप्रतिमं च युद्धं मर्य्यादहीनं सगिलेन सर्वे । दैत्येन्द्रसैन्येन सदैव घोरं क्रोधान्निगीर्णास्त्रिदशास्तु संख्ये

Alors tous ensemble livrèrent une bataille pareille au cataclysme de la fin d’un yuga—sans retenue ni limite. Dans ce choc, les armées du seigneur des Daityas étaient sans cesse terrifiantes, et les Tridaśas, au cœur de la mêlée, semblaient comme engloutis par la colère.

Verse 11

तस्मिन्क्षणे युध्यमानाश्च सर्वे ब्रह्मेन्द्रविष्ण्वर्कशशांकमुख्याः । आसन्निगीर्णा विधसेन तेन सैन्ये निगीर्णेऽस्ति तु वीरको हि

À cet instant même, tandis que tous combattaient—Brahmā, Indra, Viṣṇu, le Soleil, la Lune et les autres dieux éminents—ils étaient sur le point d’être engloutis par cette armée puissante. Quand l’armée fut ainsi dévorée, seul le héros Vīraka demeura.

Verse 12

विहाय संग्रामशिरोगुहां तां प्रविश्य शर्वं प्रणिपत्य मूर्ध्ना । प्रोवाच दुःखाभिहतः स्मरारिं सुवीरको वाग्ग्मिवरोऽथ वृत्तम्

Quittant la caverne nommée Saṅgrāmaśira, Suvīraka—l’éloquent—entra et, la tête inclinée, se prosterna devant Śarva (le Seigneur Śiva). Frappé de chagrin, il parla à l’ennemi de Smara (Kāma) et rapporta les faits tels qu’ils s’étaient produits.

Verse 13

निगीर्णैते सैन्यं विधसदितिजेनाद्य भगवन्निगीर्णोऽसौ विष्णुस्त्रिभुवनगुरुर्दैत्यदलनः । निगीर्णौ चन्द्रार्कौद्रुहिणमघवानौ च वरदौ निगीर्णास्ते सर्वे यमवरुणवाताश्च धनदः

«Ô Seigneur ! Aujourd’hui, un Asura qui ruine l’ordre des Devas a englouti ton armée. Même Viṣṇu—guru des trois mondes et pourfendeur des Daityas—a été dévoré. La Lune et le Soleil ont été engloutis ; Brahmā et Indra, ces bienfaisants dispensateurs de grâces, l’ont été aussi. Oui, tous ont été engloutis : Yama, Varuṇa, Vāyu, et Kubera (Dhanada) également.»

Verse 14

स्थितोस्म्येकः प्रह्वः किमिह करणीयं भवतु मे अजेयो दैत्येन्द्रः प्रमुदितमना दैत्यसहितः

«Me voici seul, la tête inclinée en humilité. Que dois-je donc faire à présent ? Le seigneur des Daitya est invincible, et, l’esprit en liesse, il est accompagné des cohortes d’asura.»

Verse 15

अजेयं त्वां प्राप्तः प्रतिभयमना मारुतगतिस्स्वयं विष्णुर्देवः कनककशिपुं कश्यपसुतम् । नखैस्तीक्ष्णैर्भक्त्या तदपिभगवञ्छिष्टवशगः प्रवृत्तस्त्रैलोक्य विधमतु मलं व्यात्तवदनः

Ô Seigneur Invincible ! Viṣṇu lui-même—rapide comme le vent et l’esprit tendu à dissiper la peur—s’avança vers Hiraṇyakaśipu, fils de Kaśyapa. Avec des ongles tranchants comme des lames, mû par la bhakti, il se soumit lui aussi à Ton ordonnance, ô Bhagavān, et partit, la gueule béante, pour broyer l’impureté qui souillait les trois mondes.

Verse 16

वसिष्ठाद्यैश्शप्तो भुवनपतिभिस्सप्तमुनिभिस्तथाभूते भूयस्त्वमिति सुचिरं दैत्यसहितः

Maudit par Vasiṣṭha et les autres sages, et de même par les seigneurs protecteurs du monde ainsi que par les Sept Ṛṣi, il demeura longtemps en cet état, accompagné des Daitya, songeant : «De nouveau je me relèverai (et je reviendrai).»

Verse 17

ततस्तेनोक्तास्ते प्रणयवचनैरात्मनि हितैः कदास्माद्वै घोराद्भवति मम मोक्षो मुनिवराः । यतः क्रुद्धैरुक्तो विधसहरणाद्युद्धसमये ततो घोरैर्बाणैर्विदलितमुखे मुष्टिभिरलम्

Alors, interpellés par lui avec des paroles d’affection et de bon augure, ils dirent : «Ô le meilleur des sages, quand la mokṣa, la délivrance, viendra-t-elle à moi, me tirant de cet état effroyable ? Car, au temps du combat, lorsque l’irrité parla d’arracher la part du Créateur (Brahmā), mon visage fut déchiré par d’horribles flèches — assez de ces coups de poing !»

Verse 18

बदर्याख्यारण्ये ननु हरिगृहापुण्यवसतौ निसंस्तभ्यात्मानं विगतकलुषो यास्यसि परम् । ततस्तेषां वाक्यात्प्रतिदिनमसौ दैत्यगिलनः क्षुधार्तस्संग्रामाद्भ्रमति पुनरामोदमुदितः

«Oui, dans la forêt nommée Badarī — demeure sainte et de bon augure, comme la “maison” de Hari (Viṣṇu) —, affermissant ton être intérieur et purifié de toute souillure, tu atteindras le Suprême.» Après ces paroles, le dévoreur de démons, tourmenté par la faim, erra de nouveau à cause de la guerre ; pourtant il se réjouissait, se complaisant dans sa propre férocité.

Verse 19

तमस्वेदं घोरं जगदुदितयोस्सूर्यशशिनोर्यथाशुक्रस्तुभ्यं परमरिपुरत्यंतविकरः । हतान्देवैर्देत्यान्पुनरमृतविद्यास्तुतिपदैस्सवीर्यान्संदृष्टान्व्रणशतवियुक्तान्प्रकुरुते

Cette effroyable obscurité est comme l’éclat du soleil et de la lune levés sur le monde; pourtant, pour toi, elle est un adversaire suprême, d’une férocité extrême. Les Daityas que les Devas avaient abattus sont de nouveau rétablis par les formules de louange de la connaissance porteuse d’amṛta; on les revoit pleins de vigueur, délivrés de centaines de blessures.

Verse 20

वरं प्राणास्त्याज्यास्तव मम तु संग्रामसमये भवान्साक्षीभूतः क्षणमपि वृतः कार्यकरणे

Mieux vaut abandonner la vie elle-même; mais au temps du combat, tu ne dois pas te retirer ne fût-ce qu’un instant. Demeure comme mon témoin et applique-toi à accomplir l’œuvre.

Verse 21

सनत्कुमार उवाच । इतीदं सत्पुत्रात्प्रमथपतिराकर्ण्य कुपितश्चिरं ध्यात्वा चक्रे त्रिभुवनपतिः प्रागनुपमम् । प्रगायत्सामाख्यं दिनकरकराकारवपुषा प्रहासात्तन्नाम्ना तदनु निहतं तेन च तमः

Sanatkumāra dit : Entendant ces paroles de ce noble fils, Pramathapati (Śiva, Seigneur des Gaṇas) s’emporta; puis, après une longue méditation, le Maître des trois mondes fit surgir une chose sans précédent. Chantant un hymne sāman, il manifesta une forme pareille aux rayons du soleil; et par son propre rire—porteur de ce nom nouvellement proféré—il frappa ensuite l’obscurité et l’abattit.

Verse 22

प्रकाशेस्मिंल्लोके पुनरपि महायुद्धमकरोद्रणे दैत्यैस्सार्द्धं विकृतवदनैर्वीरकमुनिः । शिलाचूर्णं भुक्त्वा प्रवरमुनिना यस्तु जनितस्स कृत्वा संग्रामं पुरमपि पुरा यश्च जितवान्

Dans ce monde manifesté, le sage héroïque Vīraka livra de nouveau une grande bataille sur le champ de guerre contre les Dānavas aux visages hideusement déformés. Celui qui fut engendré par le plus éminent des munis—après avoir consommé de la poudre de pierre—entra dans le combat et, jadis, conquit même leur citadelle.

Verse 23

महारुद्रस्सद्यः स खलु दितिजेनातिगिलितस्ततश्चासौ नन्दी निशितशरशूलासिसहितः । प्रधानो योधानां मुनिवरशतानामपि महान्निवासो विद्यानां शमदममहाधैर्यसहितः

Alors Mahārudra fut, en vérité, aussitôt englouti par le Dānava. Sur quoi Nandī, muni de flèches acérées, du trident et de l’épée, s’avança—le premier des guerriers, grand même parmi des centaines de munis excellents, demeure des sciences sacrées, pourvu de paix intérieure, de maîtrise de soi et d’un courage immense et inébranlable.

Verse 24

निरीक्ष्यैवं पश्चाद्वृषभवरमारुह्य भगवान्कपर्द्दी युद्धार्थी विधसदितिजं सम्मुखमुखः । जपन्दिव्यं मन्त्रं निगलनविधानोद्गिलनकं स्थितस्सज्जं कृत्वा धनुरशनिकल्पानपि शरान्

Après avoir ainsi observé, le Bienheureux Seigneur Kapardī monta le taureau d’excellence et, avide de bataille, fit face au Daitya qui se tenait en vis-à-vis. Récitant sans cesse un mantra divin—capable d’engloutir puis de rejeter l’ennemi—il demeura prêt, ses flèches, telles des foudres, posées sur la corde de l’arc.

Verse 25

ततौ निष्कांतोऽसौ विधसवदनाद्वीरकमुनिर्गृहीत्वा तत्सर्वे स्वबलमतुलं विष्णुसहितः । समुद्गीर्णास्सर्वे कमलजबलारीन्दुदिनपाः प्रहृष्टं तसैन्यं पुनरपि महायुद्धमकरोत्

Alors le sage héroïque Vīraka surgit de la bouche de Brahmā. S’emparant de toute cette force incomparable—avec Viṣṇu—il les rassembla tous et les ranima. Brahmā, Indra, la Lune et le Soleil élevèrent aussi leurs cris de guerre; et cette armée réjouie livra de nouveau une grande bataille.

Verse 26

जिते तस्मिञ्छुक्रस्तदनु दितिजान्युद्धविहतान् यदा विद्यावीर्यात्पुनरपि सजीवान्प्रकुरुते । तदा बद्ध्वानीतः पशुरिव गणैभूतपतये निगीर्णस्तेनासौ त्रिपुररिपुणा दानवगुरुः

Après leur défaite, Śukra, par la puissance de sa science des mantras, se mit à rendre la vie aux Daityas tombés au combat. Alors les gaṇas le lièrent et le traînèrent comme une bête jusqu’à Bhūtapati (le Seigneur Śiva) ; et là, l’Ennemi de Tripura, Śiva, engloutit le guru des Dānavas.

Verse 27

विनष्टे शुक्राख्यो सुररिपुनिवासस्तदखिलो जितो ध्वस्तो भग्नो भृशमपि सुरैश्चापि दलितम् । प्रभूतैर्भूतौघैर्दितिजकुणपग्रासरसिकैस्सरुंडैर्नृत्यद्भिर्निशितशरशक्त्युद्धृतकरैः

Lorsque Śukra—dit le refuge même des ennemis des dieux—fut anéanti, toute la forteresse des Daityas fut conquise, brisée et réduite en ruines, durement écrasée par les Devas. Alors déferlèrent de vastes cohortes de Bhūtas, se délectant à dévorer les cadavres des démons, hurlant et dansant, les mains levées, brandissant flèches et lances acérées.

Verse 28

प्रमत्तैर्वेतालैस्सुदृढकरतुंडैरपि खगैवृकैर्नानाभेदैश्शवकुणपपूर्णास्यकवलैः । विकीर्णे संग्रामे कनककशिपोर्वंशजनकश्चिरं युद्धं कृत्वा हरिहरमहेन्द्रैश्च विजितः

Quand la bataille fut jetée dans la confusion—au milieu de vetālas frénétiques, d’oiseaux farouches au bec dur et puissant, et de loups de toutes sortes, la gueule bourrée de morceaux de cadavres—le géniteur de la lignée d’Hiraṇyakaśipu combattit longtemps, mais fut finalement vaincu par Hari (Viṣṇu), Hara (Śiva) et Mahendra (Indra).

Verse 29

प्रविष्टे पाताले गिरिजलधिरंध्राण्यपि तथा ततस्सैन्ये क्षीणे दितिजवृषभश्चांधकवरः । प्रकोपे देवानां कदनदवरो विश्वदलनो गदाघातैर्घोरैर्विदलितमदश्चापि हरिणा

Lorsqu’il fut entré dans Pātāla—jusqu’aux cavernes des montagnes et aux profondeurs de l’océan—et que cette armée s’épuisait, Andhaka, le plus éminent des daityas, taureau parmi les démons, se dressa. Les Devas enflammés de colère, ce maître du carnage, ce déchireur du monde, vit son orgueil brisé : Hari le fendit par d’effroyables coups de massue.

Verse 30

न वै यस्सग्रामं त्यजति वरलब्धः किलः यत स्तदा ताडैर्घोरैस्त्रिदशपतिना पीडिततनुः । ततश्शस्त्रास्त्रौघैस्तरुगिरिजलैश्चाशु विबुधाञ्जिगायोच्चैर्गर्जन्प्रमथपतिमाहूय शनकैः

Car lui—raffermi par la grâce du vœu obtenu—n’abandonna point le champ de bataille. Bien que son corps fût meurtri par les coups terribles du seigneur des dieux, il dompta bientôt les célestes par des torrents d’armes et d’astras, lançant arbres, montagnes et eaux; rugissant à pleine voix, il appela peu à peu le Seigneur des Pramathas (Śiva).

Verse 31

स्थितो युद्धं कुर्वन्रणपतितशस्त्रैर्बहुविधैः परिक्षीणैस्सर्वैस्तदनु गिरिजा रुद्रमतुदत् । तथा वृक्षैस्सर्पैरशनिनिवहैः शस्त्रप टलैर्विरूपैर्मायाभिः कपटरचनाशम्बरशतैः

Debout, poursuivant le combat, Rudra constata que toutes les armes de maintes sortes tombées sur le champ étaient épuisées et sans effet. Alors Girijā assaillit de nouveau Rudra, lançant arbres, serpents, volées d’éclairs, pluies d’armes, et même des prestiges difformes, tissés par des centaines de ruses trompeuses.

Verse 32

विजेतुं शैलेशं कुहकमपरं तत्र कृतवान्महासत्त्वो वीरस्त्रिपुररिपुतुल्यश्च मतिमान् । न वध्यो देवानां वरशतमनोन्मादविवशः प्रभूतैश्शस्त्रास्त्रैस्सपदि दितिजो जर्जरतनुः

Afin de vaincre Śaileśa, ce héros au grand courage imagina sur place une autre ruse—vaillant, magnanime, avisé, comparable au Destructeur de Tripura. Mais le Dānava, rendu furieux par cent grâces, ne pouvait être tué par les dieux; frappé d’un coup par maintes armes et astras, son corps ne fit que se meurtrir et se disloquer.

Verse 33

तदीयाद्विष्यन्दात्क्षिति तलगतैरन्धकगणैरतिव्याप्तघोरं विकृतवदनं स्वात्मसदृशम् । दधत्कल्पांताग्निप्रतिमवपुषा भूतपतिना त्रिशूले नोद्भिन्नस्त्रिपुररिपुणा दारुणतरम्

De son corps se répandirent sur la surface de la terre des cohortes d’Andhakas, se propageant partout en un flot effroyable. Chacun portait un visage difforme et terrifiant, semblable à son propre être. Pourtant le Seigneur des Bhūtas, dont la forme flamboyait tel le feu de la fin des âges, ne fut pas percé même par le trident de l’Ennemi de Tripura (Śiva) ; au contraire, il devint plus terrible encore.

Verse 34

यदा सैन्यासैन्यं पशुपतिहतादन्यदभवद्व्रणोत्थैरत्युष्णैः पिशितनिसृतैर्बिन्दुभिरलम् । तदा विष्णुर्योगा त्प्रमथपतिमाहूय मतिमान् चकारोग्रं रूपं विकृतवदनं स्त्रैणमजितम्

Lorsque les armées adverses, frappées par Paśupati, devinrent tout autres—éclaboussées partout de gouttes brûlantes s’écoulant de la chair et des plaies—alors le sage Viṣṇu, par la puissance du yoga, appela le seigneur des Pramathas et façonna une forme farouche : invincible, au visage difforme, prenant une apparence féminine.

Verse 35

करालं संशुष्कं बहुभुजलताक्रांतकुपितो विनिष्क्रांतः कर्णाद्रणशिरसि शंभोश्च भगवान्

Alors le Seigneur Bienheureux—terrible à voir et desséché par la fureur, saisi et enlacé par de nombreuses spires semblables à des bras—jaillit de l’oreille sur le champ de bataille, même avant Śambhu (Śiva).

Verse 36

रणस्था सा देवी चरणयुगलालंकृतमही स्तुता देवैस्सर्वैस्मदनु भगवान् प्रेरितमतिः । क्षुधार्ता तत्सैन्यं दितिजनिसृतं तच्च रुधिरं पपौ सात्युष्णं तद्रणशिरसि सृक्कर्दममलम्

Au cœur de la bataille, cette Déesse—dont les deux pieds ornaient la terre—fut louée par tous les dieux. Alors sa résolution, poussée par le Seigneur, devint inébranlable. Tourmentée par la faim, elle but l’armée issue des Daityas et but aussi leur sang—brûlant—si bien que, sur le champ de bataille, sa bouche fut souillée d’une trace de sang épais, semblable à de la boue.

Verse 37

ततस्त्वेको दैत्यस्तदपि युयुधे शुष्करुधिरस्तलाघातैर्घोरैशनिसदृशैर्जानुचरणैः । नखैर्वज्राकारैर्मुखभुजशिरोभिश्च गिरिशं स्मरन् क्षात्रं धर्मं स्वकुल विहितं शाश्वतमजम्

Alors un certain Daitya—le sang déjà desséché—continuait pourtant de combattre, portant de terribles coups de paume, pareils au tonnerre, et se servant de ses genoux et de ses pieds comme d’armes. Avec des ongles semblables au vajra, et aussi avec son visage, ses bras et sa tête, il assaillit Girīśa, se souvenant du dharma du guerrier—ordonnance éternelle, sans naissance—imposée à sa propre lignée.

Verse 38

रणे शांतः पश्चात्प्रमथपतिना भिन्नहृदयस्त्रिशूले सप्रोतो नभसि विधृतस्स्थाणुसदृशः । अधःकायश्शुष्कस्नपनकिरणैर्जीर्णतनुमाञ्जलासारेर्मेघैः पवनसहितैः क्लेदितवपुः

Dans la bataille, il demeura immobile; puis, frappé par derrière par le Seigneur des Pramathas, son cœur fut transpercé par le triśūla. Empalé sur ce trident et maintenu haut dans le ciel, il se tint sans mouvement, tel un pilier. La partie inférieure de son corps, desséchée par des rayons brûlants et purificateurs, paraissait usée et flétrie; pourtant sa chair fut détrempée par des nuées porteuses de pluie, poussées par le vent.

Verse 39

विशीर्णस्तिग्मांशोस्तुहिनशकलाकारशकलस्तथाभूतः प्राणांस्तदपि न जहौ दैत्य वृषभः । तदा तुष्टश्शंभुः परमकरुणावारिधिरसौ ददौ तस्मै प्रीत्या गणपतिपदं तेन विनुतः

Bien que brisé—tel des fragments du soleil brûlant et tel des éclats semblables à des morceaux de glace—le daitya Vṛṣabha n’abandonna pas son souffle vital. Alors Śambhu, océan de compassion suprême, satisfait, lui accorda avec amour le rang de Gaṇapati; et dès lors il le loua.

Verse 40

ततो युद्धस्यांते भुवनपतयस्सार्थ रमणैस्तवैर्नानाभेदैः प्रमथपतिमभ्यर्च्य विधिवत् । हरिब्रह्माद्यास्ते परमनुतिभिस्स्तुष्टुवुरलं नतस्कंधाः प्रीता जयजय गिरं प्रोच्य सुखिताः

Puis, lorsque la bataille prit fin, les seigneurs des mondes—avec leurs épouses—adorèrent selon le rite le Seigneur des Pramathas (Śiva) et le louèrent par des hymnes de maintes sortes. Hari, Brahmā et les autres dieux, les épaules courbées en révérence, l’exaltèrent abondamment par des hommages suprêmes ; ravis, ils clamèrent : « Victoire, victoire ! » et furent comblés de joie.

Verse 41

हरस्तैस्तैस्सार्द्धं गिरिवरगुहायां प्रमुदितो विसृज्यैकानंशान् विविधबलिना पूज्यसुनगान् । चकाराज्ञां क्रीडां गिरिवर सुतां प्राप्य मुदितां तथा पुत्रं घोराद्विधसवदनान्मुक्तमनघम्

Là, dans la grotte du plus noble des monts, Hara se réjouit avec ces serviteurs. Ayant dépêché certaines parts (de sa puissance) et des êtres divins vénérables, dotés de forces diverses, il donna son ordre. Puis, dans l’allégresse, il obtint pour son jeu sacré la Déesse née de la montagne (Pārvatī) ; et il reçut aussi un fils sans tache, délivré du terrible péril à double face.

Verse 46

इति श्रीशिवमहा पुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पंचमे युद्धखण्डे अंधकवधोपाख्याने अन्धकयुद्धवर्णनं नाम षट्चत्वारिंशोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—dans la Deuxième section, la Rudra Saṃhitā, dans la Cinquième, le Yuddha Khaṇḍa—au sein de l’épisode du meurtre d’Andhaka, s’achève le quarante-sixième chapitre, intitulé « Description de la bataille contre Andhaka ».

Frequently Asked Questions

The daitya-king’s (Gila-associated) assault on Maheśvara’s sacred precinct and Śiva’s immediate counter-mobilization of devas, gaṇas, and bhūtas culminating in a yuga-end-like battle.

The episode encodes boundary-violation as adharma and depicts Śiva’s sovereignty as the power to integrate even liminal forces (pretas/piśācas/bhūtas) into a single ordered agency restoring cosmic stability.

Śiva is signaled through epithets—Kapardin, Śūlapāṇi, Pinākin—emphasizing his martial authority and command-function; the collective manifestation of his śakti appears as the assembled gaṇa-bhūta host under Vīraka.