Adhyaya 30
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 3031 Verses

सतीदेव्याः योगमार्गेण देहत्यागः — Satī’s Yogic Abandonment of the Body

L’Adhyāya 30 se déploie sous forme de questions-réponses entre Nārada et Brahmā au sujet de la conduite de Satī après l’affront lié à Dakṣa. Satī devient silencieuse, tourne son esprit vers l’intérieur, accomplit la purification rituelle (ācamanam) et prend une posture yogique. Le chapitre décrit ensuite une séquence technique : réguler et équilibrer prāṇa et apāna, activer udāna, puis faire monter la conscience à travers les centres intérieurs depuis la région du nombril vers le haut, jusqu’au souvenir concentré de Śiva. Par la dhāraṇā et le feu intérieur, Satī abandonne son corps ; par sa volonté, celui-ci est consumé et réduit en cendres. L’événement suscite une réaction cosmique : devas et autres êtres poussent des cris d’étonnement et de crainte, comme devant un scandale théologique—comment la bien-aimée suprême de Śaṃbhu a-t-elle pu être conduite à quitter la vie, et sous la provocation de qui ? Ce chapitre est à la fois un pivot narratif déclenchant les conséquences divines à venir et un enseignement : le yoga comme puissance souveraine, et la critique de l’insulte adharmique et de l’orgueil rituel.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । मौनीभूता यदा सासीत्सती शंकरवल्लभा । चरित्रं किमभूत्तत्र विधे तद्वद चादरात्

Nārada dit : «Lorsque Satī, la bien-aimée de Śaṅkara, devint silencieuse, que se passa-t-il là ? Ô Ordonnateur (Brahmā), raconte-moi cet épisode avec soin et révérence.»

Verse 2

ब्रह्मोवाच । मौनीभूता सती देवी स्मृत्वा स्वपतिमादरात । क्षितावुदीच्यां सहसा निषसाद प्रशांतधीः

Brahmā dit : «Se souvenant avec révérence de son propre époux, le Seigneur Śiva, la déesse Satī devint silencieuse ; l’esprit apaisé, elle s’assit soudain sur le sol, tournée vers le nord.»

Verse 3

जलमाचम्य विधिवत् संवृता वाससा शुचिः । दृङ्निमील्य पतिं स्मृत्वा योगमार्गं समाविशत्

Après avoir pris l’eau rituelle selon la règle et, pure, modestement couverte de son vêtement, elle ferma les yeux ; se souvenant de son Seigneur, Śiva, comme de son époux, Satī entra dans la voie du Yoga.

Verse 4

कृत्वासमानावनिलौ प्राणापानौ सितानना । उत्थाप्योदानमथ च यत्नात्सा नाभिचक्रतः

Alors Satī, au visage éclatant, mit en équilibre les deux souffles vitaux —prāṇa et apāna— les unissant en samāna ; puis, avec un effort attentif, elle éleva l’udāna-vāyu depuis le centre du nombril, poursuivant son acte yogique intérieur.

Verse 5

हृदि स्थाप्योरसि धिया स्थितं कंठाद्भ्रुवोस्सती । अनिंदितानयन्मध्यं शंकरप्राणवल्लभा

Satī —sans reproche, aimée de Śaṅkara comme la vie même— fixa son esprit dans le cœur ; puis elle éleva cette conscience intérieure à la poitrine, de là à la gorge, et enfin à l’espace entre les sourcils.

Verse 6

एवं स्वदेहं सहसा दक्षकोपाज्जिहासती । दग्धे गात्रे वायुशुचिर्धारणं योगमार्गतः

Ainsi, Satī, voulant aussitôt abandonner son propre corps par colère contre Dakṣa, s’étant purifiée par le souffle réglé, entra en la concentration yogique par la voie du Yoga, de sorte que ses membres furent consumés dans le feu intérieur.

Verse 7

ततस्स्वभर्तुश्चरणं चिंतयंती न चापरम् । अपश्यत्सा सती तत्र योगमार्गनिविष्टधीः

Alors Satī, ne contemplant que les pieds de son propre Seigneur et rien d’autre, Le vit là, l’esprit fermement absorbé dans la voie du Yoga.

Verse 8

हतकल्मषतद्देहः प्रापतच्च तदग्निना । भस्मसादभवत्सद्यो मुनिश्रेष्ठ तदिच्छया

Ce corps, dont les impuretés furent détruites, tomba dans ce feu ; et aussitôt il fut réduit en cendres, ô le meilleur des sages, par sa seule volonté.

Verse 9

तत्पश्यतां च खे भूमौ वादोऽभूत्सुमहांस्तदा । हाहेति सोद्भुतश्चित्रस्सुरादीनां भयावहः

Tandis qu’ils regardaient, à cet instant s’éleva un tumulte d’une puissance immense, dans le ciel comme sur la terre. C’était une clameur merveilleuse et inquiétante de « Hā ! Hā ! », semant l’effroi parmi les dieux et les autres êtres.

Verse 10

हं प्रिया परा शंभोर्देवी दैवतमस्य हि । अहादसून् सती केन सुदुष्टेन प्रकोपिता

« Je suis l’Aimée suprême de Śambhu, la Déesse — oui, la divinité même des dieux. Quel être foncièrement mauvais a provoqué Satī, au point qu’elle abandonna la vie ? »

Verse 11

अहो त्वनात्म्यं सुमहदस्य दक्षस्य पश्यत । चराचरं प्रजा यस्य यत्पुत्रस्य प्रजापतेः

Hélas ! Voyez la grande indignité et le manque de vrai discernement de Dakṣa. De lui est issue la lignée des êtres mobiles et immobiles, car il est fils de Prajāpati ; et pourtant il est tombé dans une telle illusion.

Verse 12

अहोद्य द्विमनाऽभूत्सा सती देवी मनस्विनी । वृषध्वजप्रियाऽभीक्ष्णं मानयोग्या सतां सदा

Hélas ! Ce jour-là, la déesse Satī, au cœur résolu, eut l’esprit partagé. Bien qu’elle fût toujours chère à Vṛṣadhvaja (Śiva), elle demeurait sans cesse digne d’honneur et de vénération parmi les vertueux.

Verse 13

सोयं दुर्मर्षहृदयो ब्रह्मधृक् स प्रजापतिः । महतीमपकीर्तिं हि प्राप्स्यति त्वखिले भवे

Ce Prajāpati Dakṣa, au cœur intolérant et nourrissant l’hostilité envers Brahmā, encourra assurément une grande infamie à travers le monde entier.

Verse 14

यत्स्वांगजां सुतां शंभुद्विट् न्यषे धत्समुद्यताम् । महानरकभोगी स मृतये नोऽपराधतः

Parce que tu as rejeté ta propre fille—née de ton propre corps—qui, avec dévotion, était tout entière tournée vers Śiva, celui qui hait Śambhu subira les tourments d’un grand enfer ; sa mort n’est due qu’à sa faute envers le Seigneur.

Verse 15

वदत्येवं जने सत्या दृष्ट्वाऽसुत्यागमद्भुतम् । द्रुतं तत्पार्षदाः क्रोधादुदतिष्ठन्नुदायुधाः

Tandis que Satī parlait ainsi devant l’assemblée, voyant cet acte merveilleux d’abandon de la vie, les gaṇas, serviteurs de Śiva, se levèrent aussitôt, saisis de colère, les armes à la main.

Verse 16

द्वारि स्थिता गणास्सर्वे रसायुतमिता रुषा । शंकरस्य प्रभोस्ते वाऽकुध्यन्नतिमहाबलाः

Debout au seuil, tous ces puissants Gaṇas—soulevés et embrasés de colère—s’emportèrent, car ils étaient les serviteurs d’une force extrême du Seigneur Śaṅkara, leur Maître.

Verse 17

हाहाकारमकुर्वंस्ते धिक्धिक् न इति वादिनः । उच्चैस्सर्वेऽसकृद्वीरःश्शंकरस्य गणाधिपाः

Les chefs héroïques des gaṇas de Śaṅkara poussèrent maintes fois un grand cri, clamant « hā hā ! », et répétant : « Hélas ! Hélas ! Honte, honte—non, cela ne doit pas être ! »

Verse 18

हाहाकारेण महता व्याप्त मासीद्दिगन्तरम् । सर्वे प्रापन् भयं देवा मुनयोन्येपि ते स्थिताः

Par le grand cri de lamentation « hā hā », tout l’espace des directions fut envahi. Tous les dieux furent saisis de peur, et les sages ainsi que les autres présents demeurèrent là, tremblants.

Verse 19

गणास्संमंत्र्य ते सर्वेऽभूवन् क्रुद्धा उदायुधाः । कुर्वन्तः प्रलयं वाद्यशस्त्रैर्व्याप्तं दिगंतरम्

Après s’être concertés, tous ces Gaṇas s’irritèrent, armes levées. Comme s’ils suscitaient un pralaya, ils emplirent les horizons de toutes parts du fracas des tambours de guerre et de l’éclat des armes.

Verse 20

शस्त्रैरघ्नन्निजांगानि केचित्तत्र शुचाकुलाः । शिरोमुखानि देवर्षे सुतीक्ष्णैः प्राणनाशिभिः

Ô sage divin, là, accablés par le chagrin, certains frappèrent leurs propres membres avec des armes ; et avec des lames extrêmement tranchantes et destructrices de vie, ils blessèrent même leurs têtes et leurs visages.

Verse 21

इत्थं ते विलयं प्राप्ता दाक्षायण्या समं तदा । गणायुते द्वे च तदा तदद्भुतमिवाभवत्

Ainsi, en cet instant même, ils trouvèrent leur fin avec la fille de Dakṣa (Satī). Alors périrent aussi deux myriades des gaṇas de Śiva, et cet événement parut vraiment merveilleux —et terrible— à voir.

Verse 22

गणा नाशाऽवशिष्टा ये शंकरस्य महात्मनः । दक्षं तं क्रोधितं हन्तुं मुदा तिष्ठन्नुदायुधाः

Les gaṇas du magnanime Śaṅkara, ceux qui restaient après le carnage, se tinrent là, joyeux, les armes levées, résolus à tuer Dakṣa en proie à la colère.

Verse 23

तेषामापततां वेगं निशम्य भगवान् भृगुः । यज्ञघ्नघ्नेन यजुषा दक्षिणाग्नौ जुहोन्मुने

Entendant l’élan rapide de ces assaillants, le vénérable sage Bhṛgu, ô sage, versa des oblations dans le feu sacrificiel du sud, en récitant une formule du Yajus qui détruit les destructeurs du sacrifice.

Verse 24

हूयमाने च भृगुणा समुत्पेतुर्महासुराः । ऋभवो नाम प्रबलवीरास्तत्र सहस्रशः

Tandis que Bhṛgu poursuivait l’invocation dans le rite, de puissants asuras jaillirent—par milliers—vaillants héros nommés Ṛbhavas.

Verse 25

तैरलातायुधैस्तत्र प्रमथानां मुनीश्वर । अभूद्युद्धं सुविकटं शृण्वतां रोमहर्षणम्

Ô le meilleur des sages, il s’éleva là un combat des plus terribles contre les Pramathas, qui brandissaient des brandons enflammés pour armes; si effroyable que le seul récit en fait se hérisser les cheveux.

Verse 26

ऋभुभिस्तैर्महावीरैर्हन्यमानास्समन्ततः । अयत्नयानाः प्रमथा उशद्भिर्ब्रह्मतेजसा

Frappés de toutes parts par ces héros très puissants, les Pramathas—dépouillés de leur aisance d’autrefois—furent jetés dans la détresse, brûlés par une splendeur flamboyante, pareille à l’éclat de Brahmā (chez leurs adversaires).

Verse 27

एवं शिवगणास्ते वै हता विद्राविता द्रुतम् । शिवेच्छया महाशक्त्या तदद्भुतमिवाऽभवत्

Ainsi, ces troupes de Śiva furent promptement abattues et dispersées. Par la volonté même de Śiva, grâce à Sa grande Puissance divine, cet événement apparut comme un prodige merveilleux.

Verse 28

तद्दृष्ट्वा ऋषयो देवाश्शक्राद्यास्समरुद्गणाः । विश्वेश्विनौ लोकपालास्तूष्णीं भूतास्तदाऽभवन्

À cette vue, les sages et les dieux—Indra et les autres—avec les troupes des Maruts, les Viśvedevas et les gardiens des mondes, demeurèrent tous silencieux à cet instant.

Verse 29

केचिद्विष्णुं प्रभुं तत्र प्रार्थयन्तस्समन्ततः । उद्विग्ना मन्त्रयंतश्च विप्राभावं मुहुर्मुहुः

Là, certains d’entre eux, de toutes parts, se mirent à implorer le Seigneur Viṣṇu, protecteur souverain. Inquiets et bouleversés, ils se consultaient sans cesse au sujet de l’absence des brāhmaṇas.

Verse 30

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां द्वितीये सतीखण्डे सत्युपाख्याने सतीदेहत्यागोपद्रववर्णनं नाम त्रिंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le trentième chapitre, intitulé « Description du bouleversement survenu après l’abandon du corps par Satī », dans le Satī-khaṇḍa (deuxième section) de la Rudra-saṃhitā (deuxième compilation) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein du récit de Satī.

Verse 31

एवंभूतस्तदा यज्ञो विघ्नो जातो दुरात्मनः । ब्रह्मबंधोश्च दक्षस्य शंकरद्रोहिणो मुने

Ô sage, alors ce sacrifice fut jeté dans le désordre : un obstacle surgit, à cause de Dakṣa au cœur mauvais, simple « parent de Brahmā », devenu traître et offenseur de Śaṅkara.

Frequently Asked Questions

Satī’s yogic withdrawal from the body (dehatyāga), culminating in the body being consumed and reduced to ash, followed by a widespread cosmic outcry among devas and other beings.

They present Satī’s death not as ordinary demise but as deliberate yogic mastery: regulated vital currents and focused dhāraṇā enable a sovereign exit from embodiment, reinforcing yoga as a mode of spiritual authority.

The chapter highlights Satī as Śiva’s prāṇavallabhā (life-beloved) and emphasizes the supremacy of Śiva-bhakti; it also foregrounds the moral gravity of insulting Śiva, shown by the devas’ fear and astonishment.