Adhyaya 55
Rudra SamhitaParvati KhandaAdhyaya 5539 Verses

प्रस्थान-विरह-विलापः (Departure and Lament in Separation)

L’Adhyaya 55 dépeint une transition intensément émotive, faite d’instruction, de départ et de lamentation collective dans la séparation. Brahmā raconte qu’une brāhmaṇī enseigne d’abord à la Devī un vrata particulier, puis, après s’être adressée à Menā, organise et initie la yātrā (voyage/départ) de la Devī. Tous donnent leur assentiment avec une affection débordante; la séparation suscite pleurs, sanglots, embrassades répétées. La plainte de Pārvatī est mise en relief, avec des paroles de compassion au milieu des larmes. La tristesse se propage: Śailapriyā/Śivā et d’autres devapatnīs s’évanouissent de chagrin; toutes les femmes pleurent, et même le Yogīśa (Śiva) est décrit pleurant en s’éloignant, signe du poids cosmique de l’instant. Himālaya arrive promptement avec ses enfants, ses ministres et d’éminents dvijas; lui aussi s’effondre dans une douleur troublée, serre Pārvatī contre sa poitrine et demande sans cesse où elle va, éprouvant le vide. Un purohita, savant et compatissant, réveille alors les esprits et console l’assemblée par l’adhyātma-vidyā (enseignement spirituel), rendant le calme. Pārvatī se prosterne avec bhakti devant sa mère, son père et son guru, tout en étant présentée comme Mahāmāyā: sa conduite selon les usages du monde (bhavācāra) inclut des pleurs répétés, montrant une incarnation divine à la fois transcendante et intelligible socialement.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । अथ सा ब्राह्मणी देव्यै शिक्षयित्वा व्रतञ्च तत् । प्रोवाच मेनामामन्त्र्य यात्रामस्याश्च कारय

Brahmā dit : Alors cette femme brāhmane, après avoir instruit la Déesse de ce vœu, s’adressa à Menā ; puis, ayant pris congé, elle organisa le départ et le voyage de la Déesse.

Verse 2

तथास्त्विति च सम्प्रोच्य प्रेमवश्या बभूव सा । धृतिन्धृत्वाहूय कालीं विश्लेषविरहा कुला

En disant : « Qu’il en soit ainsi », elle fut entièrement saisie par l’amour. Se raffermissant par la constance, elle invoqua Kālī ; et, de nature noble, elle fut tourmentée par la douleur de la séparation.

Verse 3

समाप्तोऽयं तृतीयः पार्वतीखण्डः

Ainsi s’achève cette troisième section—le Pārvatī-khaṇḍa—au sein de la Rudra Saṃhitā, scellant la narration sacrée.

Verse 4

शैलप्रिया शिवा चापि मूर्च्छामाप शुचार्दिता । मूर्च्छाम्प्रापुर्देवपत्न्यः पार्वत्या रोदनेन च

Accablée de chagrin, Śailapriyā (Pārvatī), l’Auspicious, tomba en pâmoison. Et sous les sanglots de Pārvatī, les épouses des dieux aussi défaillirent et s’effondrèrent.

Verse 5

सर्वाश्च रुरुदुर्नार्य्यस्सर्वमासीदचेतनम् । स्वयं रुरोद योगीशो गच्छन्कोन्य परः प्रभुः

Toutes les femmes se mirent à pleurer, et tout sembla comme privé de conscience. Le Seigneur des yogins Lui-même pleura en s’en allant—qui donc est le Maître suprême comparable à Lui ?

Verse 6

एतस्मिन्नन्तरे शीघ्रमाजगाम हिमालयः । ससर्वतनयस्तत्र सचिवैश्च द्विजैः परैः

Cependant, Himālaya arriva promptement en ce lieu, accompagné de tous ses fils, ainsi que de ses ministres et d’éminents sages brāhmanes.

Verse 7

स्वयं रुरोद मोहेन वत्सां कृत्वा स्ववक्षसि । क्व यासीत्येवमुच्चार्य शून्यं कृत्वा मुहुर्मुहुः

Égarée par la confusion, elle se mit elle-même à pleurer, serrant le veau contre sa poitrine. Sans cesse elle criait : « Où es-tu allé ? », et, encore et encore, elle rendait le lieu comme vide, privé de joie et de sens.

Verse 8

ततः पुरोहितो विप्रैरध्यात्मविद्यया सुखम् । सर्वान्प्रबोधयामास कृपया ज्ञानवत्तरः

Alors le prêtre—plus richement pourvu de connaissance spirituelle—par compassion, avec les sages brahmanes, éveilla et instruisit doucement chacun par la science intérieure du Soi, leur apportant apaisement et clarté.

Verse 9

ननाम पार्वती भक्त्या मातरम्पितरं गुरुम् । महामाया भवाचाराद्रुरोदोच्चैर्मुहुर्मुहुः

Avec dévotion, Pārvatī se prosterna devant sa mère, son père et ses vénérables aînés. Puis Mahāmāyā, submergée par l’attachement au monde et les élans de l’usage, éclata en sanglots, encore et encore.

Verse 10

पार्वत्या रोदनेनैव रुरुदुस्सर्वयोषितः । नितरां जननी मेना यामयो भ्रातरस्तथा

Au seul sanglot de Pārvatī, toutes les femmes se mirent à pleurer. Sa mère Menā se lamenta plus encore, et de même ses frères, les Yamaja (nés jumeaux), versèrent eux aussi des larmes.

Verse 11

पुनः पुनः शिवामाता यामयोऽन्याश्च योषितः । भ्रातरो जनकः प्रेम्णा रुरुदुर्बद्धसौहृदाः

Encore et encore, la mère de Śivā, ses compagnes et d’autres femmes pleurèrent ; et ses frères ainsi que son père aussi, liés par une profonde affection, sanglotèrent et s’écrièrent par amour.

Verse 12

तदा विप्राः समागत्य बोधयामासुरादरात् । लग्नन्निवेदयामासुर्यात्रायास्सुखदम्परम्

Alors les brāhmanes se rassemblèrent et, avec révérence, vinrent informer et éveiller. Ils annoncèrent que l’instant propice était arrivé — un temps excellent, porteur de joie, pour se mettre en route.

Verse 13

ततो हिमालयो मेनां धृत्वा धैर्य्यम्विवेकतः । शिबिकामानयामास शिवारोहणहेतवे

Puis Himālaya, affermissant Menā par une patience sereine et le discernement, fit apporter une litière, afin que Śivā (Pārvatī) y prît place pour le cortège nuptial.

Verse 14

शिवामारोहयामासुस्तत्र विप्राङ्गनाश्च ताम् । आशिषम्प्रददुस्सर्वाः पिता माता द्विजास्तथा

Là, les épouses des brāhmanes aidèrent Śivā (Pārvatī) à prendre place sur le siège cérémoniel. Puis tous lui donnèrent leurs bénédictions — son père, sa mère, et les brāhmanes également.

Verse 15

महाराज्ञ्युपचारांश्च ददौ मेना गिरिस्तथा । नानाद्रव्यसमूहं च परेषान्दुर्लभं शुभम्

Menā, et de même Himālaya (Giri), offrit tout l’ensemble des services et des honneurs dignes d’une grande reine. Ils présentèrent aussi d’auspicieuses collections de biens précieux de toutes sortes, rares et difficiles à obtenir pour autrui.

Verse 16

शिवा नत्वा गुरून्सर्वाञ् जनकं जननीन्तथा । द्विजान्पुरोहितं यामीस्त्रीस्तथान्या ययौ मुने

Ô sage, Śivā (Pārvatī), après s’être inclinée devant tous ses aînés et ses maîtres, ainsi que devant son père et sa mère, rendit hommage aux brāhmaṇas, au prêtre de la lignée et aux femmes vénérables de la maison; puis elle s’en alla.

Verse 17

हिमाचलोऽपि ससुतोऽगच्छत्स्नेहवशी बुधः । प्राप्तस्तत्र प्रभुर्यत्र सामरः प्रीतिमावहन्

Même Himācala (l’Himalaya), sage et dominé par l’affection, se mit en route avec sa fille. Il parvint en ce lieu même où le Seigneur, entouré des Immortels, demeurait, dispensant joie et douce grâce.

Verse 18

प्रीत्याभिरेभिरे सर्वे महोत्सवपुर स्सरम् । प्रभुम्प्रणेमुस्ते भक्त्या प्रशंसन्तोऽविशन्पुरीम्

Remplis de joie, tous s’avancèrent vers la cité éminente du grand festival. Avec dévotion, ils se prosternèrent devant le Seigneur en Le louant, puis ils entrèrent dans la ville.

Verse 19

जातिस्मरां स्मारयामि नित्यं स्मरसि चेद्वद । लीलया त्वाञ्च देवेशि सदा प्राणप्रिया मम

Sans cesse je te rappelle tes naissances passées ; si tu t’en souviens, parle. Ô Devēśī, même dans le jeu je te garde en mémoire : à jamais tu es l’aimée de mon souffle de vie.

Verse 20

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य महेशस्य स्वनाथस्याथ पार्वती । शङ्करस्य प्रिया नित्यं सस्मितोवाच सा सती

Brahmā dit : Ayant ainsi entendu les paroles de Maheśa, son véritable Seigneur, Pārvatī, toujours chère à Śaṅkara, cette Satī de bon augure, sourit doucement et répondit.

Verse 21

पार्वत्युवाच । सर्वं स्मरामि प्राणेश मौनी भूतो भवेति च । प्रस्तावोचितमद्याशु कार्यं कुरु नमोऽस्तु ते

Pārvatī dit : «Ô Seigneur de mon propre souffle, je me souviens de tout : de ton silence, et de ces mots : “Qu’il en soit ainsi.” Maintenant, sans tarder, accomplis ce qui sied à l’instant présent. Hommage à Toi.»

Verse 22

ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य प्रियावाक्यं सुधाधाराशतोपमम् । मुमुदेऽतीव विश्वेशो लौकिकाचारतत्परः

Brahmā dit : Entendant ces paroles chéries—pareilles à cent ruisseaux de nectar—le Seigneur Viśveśa (Śiva), bien qu’attaché à préserver la bienséance du monde, se réjouit immensément.

Verse 23

शिवः सम्भृतसम्भारो नानावस्तुमनोहरम् । भोजयामास देवश्च नारायणपुरोगमान्

Le Seigneur Śiva, ayant rassemblé toutes les provisions, servit une délicieuse variété de mets et nourrit les dieux, avec Nārāyaṇa (Viṣṇu) à leur tête.

Verse 24

तथान्यान्निखिलान्प्रीत्या स्वविवाहसमागतान् । भोजयामास सुरसमन्नम्बहुविधम्प्रभुः

De même, le Seigneur, dans une bienveillance pleine d’affection, fit festoyer tous les autres hôtes rassemblés pour Son propre mariage, leur offrant maintes sortes de mets délicieux et exquis.

Verse 25

ततो भुक्त्वा च ते देवा नानारत्न विभूषिताः । सस्त्रीकास्सगणास्सर्वे प्रणेमुश्चंद्रशेखरम्

Ensuite, ces dieux, parés de maints ornements de joyaux, après avoir mangé, tous ensemble—avec leurs épouses et leurs suites—se prosternèrent avec révérence devant Chandrashekhara (Śiva, porteur de la lune).

Verse 26

संस्तुत्य वाग्भिरिष्टाभिः परिक्रम्य मुदान्विताः । प्रशंसन्तो विवाहञ्च स्वधामानि ययुस्ततः

Les ayant loués (le Couple divin) par des paroles chéries et convenables, et les ayant contournés en circumambulation dans la joie, ils exaltèrent aussi le mariage; puis ils regagnèrent leurs propres demeures.

Verse 27

नारायणं मुने मां च प्रणनाम शिवस्स्वयम् । लौकिकाचारमाश्रित्य यथा विष्णुश्च कश्यपम्

Ô sage, Śiva Lui-même s’inclina avec révérence devant Nārāyaṇa et devant moi aussi, suivant les convenances de la conduite mondaine — de même que Viṣṇu, lui aussi, s’incline devant Kaśyapa.

Verse 28

मयाश्लिष्याशिषन्दत्त्वा शिवस्य पुनरग्रतः । मत्वा वै तं परं ब्रह्म चक्रे च स्तुतिरुत्तमा

L’ayant enlacé et lui ayant donné ses bénédictions, elle revint de nouveau devant Śiva ; le reconnaissant véritablement comme le Brahman Suprême — le Pati transcendant, au-delà de tout lien — elle lui offrit alors un hymne de louange उत्कृष्ट.

Verse 29

तमामन्त्र्य मया विष्णुस्साञ्जलिश्शिवयोर्मुदा । प्रशंसंस्तद्विवाहञ्च जगाम स्वालयम्परम्

Ainsi, après avoir été congédié par moi avec respect, Viṣṇu, les mains jointes et le cœur en joie devant Śiva et Pārvatī, loua leur mariage divin, puis s’en alla vers sa propre demeure suprême.

Verse 30

शिवोऽपि स्वगिरौ तस्थौ पार्वत्या विहरन्मुदा । सर्वे गणास्सुखं प्रापुरतीव स्वभजञ्छिवौ

Śiva demeura lui aussi sur sa propre montagne, se réjouissant en jeux heureux avec Pārvatī. Tous les Gaṇas obtinrent une grande félicité, servant avec dévotion le couple divin, Śiva et Pārvatī.

Verse 31

इत्येवङ्क थितस्तात शिवोद्वाहस्सुमंगलः । शोकघ्नो हर्षजनक आयुष्यो धनवर्द्धनः

«Ainsi, cher enfant, a été décrit le mariage très auspicious du Seigneur Śiva. Il détruit le chagrin, fait naître la joie, favorise la longue vie et accroît la prospérité.»

Verse 32

य इमं शृणुयान्नित्यं शुचिस्तद्गतमानसः । श्रावयेद्वाथ नियमाच्छिवलोकमवाप्नुयात्

Quiconque, pur et l’esprit absorbé en cet enseignement, l’écoute chaque jour—ou, observant la juste discipline, le fait réciter—atteint assurément le monde de Śiva.

Verse 33

इदमाख्यानमाख्यातमद्भुतं मंगलायनम् । सर्वविघ्नप्रशमनं सर्वव्याधिविनाशनम्

Ce récit sacré, merveilleux, a été exposé : source de bénédictions et de bon augure. Il apaise tous les obstacles et détruit toutes les maladies.

Verse 34

यशस्यं स्वर्ग्यमायुष्यं पुत्रपौत्रकरम्परम् । सर्वकामप्रदं चेह भुक्तिदं मुक्तिदं सदा

Il confère la renommée, accorde le ciel et prolonge la vie; il assure une noble lignée de fils et de petits-fils. Ici même, il accomplit tous les désirs, donnant sans cesse la jouissance du monde et la délivrance ultime (mukti).

Verse 35

अपमृत्युप्रशमनं महाशान्तिकरं शुभम् । सर्वदुस्स्वप्नप्रशमनं बुद्धिप्रज्ञादिसाधनम्

Il apaise la mort prématurée, procure une grande paix et porte l’auspice. Il dissipe tous les mauvais rêves et devient un moyen d’obtenir l’intelligence, la sagesse et autres qualités semblables.

Verse 36

शिवोत्सवेषु सर्वेषु पठितव्यम्प्रयत्नतः । शुभेप्सुभिर्जनैः प्रीत्या शिवसन्तोषकारणम्

Lors de toutes les fêtes de Śiva, il convient de le réciter avec ardeur. Que ceux qui aspirent à l’auspice le récitent avec amour et dévotion, car c’est une cause de la satisfaction du Seigneur Śiva.

Verse 37

पठेत्प्रतिष्ठाकाले तु देवादीनां विशेषतः । शिवस्य सर्वकार्यस्य प्रारम्भे च सुप्रीतितः

Qu’on récite ceci, surtout au moment de la pratiṣṭhā, la consécration des Deva et des êtres semblables; et aussi au commencement de toute œuvre liée au Seigneur Śiva—ainsi Śiva est pleinement satisfait.

Verse 38

शृणुयाद्वा शुचिर्भूत्वा चरितं शिवयोश्शिवम् । सिध्यन्ति सर्वकार्याणि सत्यं सत्यं न संशयः

Ou bien, après s’être purifié, qu’on écoute le récit sacré et auspicious de Śiva et de Pārvatī. Par cela, toutes les entreprises s’accomplissent—vérité, vérité en vérité; nul doute.

Verse 55

इति श्रीशिवमहापुराणे ब्रह्मनारदसंवादे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां तृतीये पार्वतीखण्डे शिवकैलासगमनवर्णनं नाम पञ्चपञ्चाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cinquante-cinquième chapitre, intitulé « Description du voyage de Śiva vers Kailāsa », dans la troisième section, le Pārvatī-khaṇḍa, de la seconde compilation (Rudra-saṃhitā) du vénérable Śrī Śiva Mahāpurāṇa, au sein du dialogue entre Brahmā et Nārada.

Frequently Asked Questions

A pivotal departure/journey (yātrā) following the Devī’s vrata instruction, triggering separation-lament: Pārvatī, her family (Menā, Himālaya), devapatnīs, and even Śiva (as Yogīśa) display intense grief, after which a purohita consoles them through adhyātma-vidyā.

The episode dramatizes viraha as a spiritual catalyst: affect becomes a theological signal of Śakti’s movement in the world, while adhyātma-vidyā re-centers the community from emotional collapse to spiritual understanding—showing how māyā and grace operate together.

Pārvatī is explicitly framed as Mahāmāyā; Śiva appears as Yogīśa; Kālī is invoked/mentioned in the separation context; and the devapatnīs function as a collective devotional body responding to Śakti’s departure.