Ramayana Yuddha Kanda Sarga 48
Yuddha KandaSarga 4837 Verses

Sarga 48

सीताविलापः—त्रिजटासान्त्वनं च (Sita’s Lament and Trijata’s Consolation)

युद्धकाण्ड

Dans le Sarga 48, Sītā est conduite à voir la chute apparente de Rāma et de Lakṣmaṇa, provoquée par la māyā d’Indrajit ; elle s’effondre et se livre à une lamentation mêlée d’examen intérieur. Elle comprend la scène comme un veuvage et déclare mensongers les anciens pronostics des brāhmaṇa, des astrologues et des officiants rituels, qui avaient annoncé prospérité, maternité et consécration royale auprès de son époux. Dans un inventaire singulier des marques féminines de bon augure (strī-lakṣaṇa), elle énumère les signes de lotus aux pieds, l’éclat d’une peau semblable à une gemme, la juste proportion des membres et d’autres indices, s’étonnant que de tels présages puissent coïncider avec le désastre, et mettant en relief la tension entre la science des signes et la souffrance vécue. Son chagrin se tourne ensuite vers Kauśalyā, sa belle-mère, dont la vie ascétique et l’attente du retour rendent plus aiguë l’angoisse morale de Sītā. Trijaṭā, rākṣasī compatissante, combat le désespoir par un raisonnement fondé sur l’observation : l’éclat du visage et du corps des deux frères ne ressemble pas à celui des morts, l’armée ne manifeste pas l’effondrement qui suit la chute d’un chef, et l’auspicieux Puṣpaka-vimāna ne porterait pas Sītā si les frères étaient réellement décédés. Trijaṭā affirme dire vrai et exhorte Sītā à abandonner moha et śoka. Le chapitre s’achève lorsque Sītā revient à Laṅkā sur le Puṣpaka et rentre dans le bosquet d’Aśoka. Là, la contemplation renouvelée des « fils du roi » (Rāma et Lakṣmaṇa) réveille une douleur profonde, malgré la consolation reçue.

Shlokas

Verse 1

भर्तारंनिहतंदृष्टवालक्ष्मणंचमहाबलम् ।विललापभृशंसीताकरुणंशोककर्शिता ।।।।

Voyant son époux tué, ainsi que le puissant Lakshmana, Sita, consumée par le chagrin, se lamenta intensément et avec pitié.

Verse 2

ऊचुर्लक्षणिकायेमांपुत्रिण्यविधवेतिच ।तेऽद्यसर्वेहतेरामेज्ञानिनोऽनृतवादिनः ।।।।

Les devins disaient de moi : «Elle enfantera des fils; elle ne deviendra pas veuve». Mais si Rāma a été tué aujourd’hui, alors tous ces “sages” se révèlent n’être que des diseurs de mensonge.

Verse 3

यज्वनोमहिषींयेमामूचुःपत्नींचसत्त्रिणः ।तेऽद्यसर्वेहतेरामेज्ञानिनोऽनृतवादिनः ।।।।

Ces sacrifiants et ces savants qui jadis me dirent que je serais reine consacrée et épouse—aujourd’hui, si Rāma est tué, tous ces ‘sages’ deviennent des diseurs de mensonge.

Verse 4

ऊचुस्संश्रवणेयेमांद्विजाःकार्तान्तिकाश्शुभाम् ।तेऽद्यसर्वेहतेरामेज्ञानिनोऽनृतवादिनः ।।।।

«Si Rāma a été tué aujourd’hui, alors ces brahmanes et astrologues qui m’avaient promis une destinée favorable—réputés sages—ont tous parlé mensongèrement.»

Verse 5

वीरपार्थिवपत्नीत्वांयेविदुर्भर्तृपूजिताम् ।तेऽद्यसर्वेहतेरामेज्ञानिनोऽनृतवादिनः ।।।।

«Si Rāma a été tué aujourd’hui, alors tous ceux qui ont déclaré que je serais l’épouse d’un roi vaillant et honorée par mon seigneur—ceux qu’on appelle sages—ont proféré l’invérité.»

Verse 6

इमानिखलुपद्मानिपादयोर्यैःकुलस्त्रियः ।अधिराज्येऽभिषिच्यन्तेनरेन्द्रैःपतिभिःसह ।।।।

«Voici, en vérité, ces marques de lotus sur mes pieds : signes par lesquels les femmes de noble lignée sont ointes pour la royauté, avec leurs époux, les rois souverains.»

Verse 7

वैधव्यंयान्तियैर्नार्योऽलक्षणैर्भाग्यदुर्लभाः ।नात्मनन्तानिपश्यामिपश्यन्तीहतलक्षणा ।।।।

Ces signes funestes par lesquels des femmes infortunées tombent dans le veuvage—je ne les vois pas en moi; et je ne me tiens pas pour celle dont les marques auspicielles se sont éteintes.

Verse 8

सत्यनामानिपद्मानिस्त्रीणामुक्तानिलक्षणैः ।तान्यद्यनिहतेरामेवितथानिभवन्तिमे ।।।।

Ces signes de lotus, dits dans les enseignements être des marques « porteuses de vérité » pour les femmes—si Rāma est tué aujourd’hui—deviendraient mensongers en ce qui me concerne.

Verse 9

केशास्सूक्ष्मास्समानीलाभ्रुवौचासंहतेमम ।वृत्तेचारोमकेजङ्घेदन्ताश्चाविरळामम ।।।।

Mes cheveux sont fins et d’un noir égal; mes sourcils sont bien dessinés et ne se rejoignent pas; mes jambes sont rondes et sans poil; et mes dents sont serrées, sans interstice.

Verse 10

शङ्खेनेत्रेकरौपादौगुल्फावूरूचमेचितौ ।अनुवृत्तनखास्स्निग्धास्समाश्चाङ्गुलयोमम ।।।।

Mes tempes, mes yeux, mes mains et mes pieds, ainsi que mes chevilles et mes cuisses, sont bien formés ; et mes doigts sont lisses et réguliers, avec des ongles arrondis.

Verse 11

स्तनौचाविरळौमामकौमग्नचूचुकौ ।मग्नाचोत्सङ्गिनीनाभःपार्श्वोरस्कंचमेचितम् ।।।।

Ma poitrine est bien formée ; mon nombril est profond et bien placé, et mes flancs ainsi que mon buste sont pleins et bien modelés.

Verse 12

ममवर्णोमणिनिभोमृदून्यङ्गरुहाणिच ।प्रतिष्ठितांद्वादशभिर्मामूचुश्शुभलक्षणाम् ।।।।

Mon teint brille comme un joyau et les poils de ma peau sont doux. Ils ont dit que je porte des signes de bon augure.

Verse 13

समग्रयवमच्छ्रिद्रपाणिपादंचवर्णवत् ।मन्दस्मितेत्येवचमांकन्यालाक्षणिनोद्विजाः ।।।।

Ils ont décrit mes paumes et mes pieds comme compacts et sans espaces, signes de bon augure ; et ils ont dit que mon doux sourire est aussi un signe favorable.

Verse 14

आधिराज्येऽभिषेकोमेब्राह्मणैःपतिनासह ।कृतान्तकुशलैरुक्तंतत्सर्वंवितथीकृतम् ।।।।

Les brahmanes, experts à lire le destin, avaient dit que je serais consacrée à la souveraineté royale avec mon époux ; et pourtant tout cela a été rendu mensonge.

Verse 15

शोधयित्वाजनस्थानंप्रवृततिमुपलभ्यच ।तीर्त्वासागरमक्षोभ्यंभ्रातरौगोष्पदेहतौ ।।।।

Après avoir fouillé Janasthāna et appris de mes nouvelles, après avoir franchi l’océan inébranlable et infranchissable, ces deux frères ont été tués, comme par une simple empreinte de sabot de vache.

Verse 16

ननुवारुणमाग्नेयमैन्द्रंवायव्यमेवच ।अस्त्रंब्रह्मशिरश्चैवप्रत्यपद्यताम् ।।।।

Assurément les deux Rāghava savaient manier l’arme de Varuṇa, celle d’Agni, celle d’Indra et aussi celle de Vāyu ; oui, même l’arme Brahmaśiras. Pourquoi donc ne l’ont-ils pas parée ?

Verse 17

अदृश्यमानेनरणेमाययावासवोपमौ ।ममनाथावनाथायानिहतौरामलक्ष्मणौ ।।।।

Invisible au combat, par un artifice de magie, il a tué Rāma et Lakṣmaṇa, ces deux-là pareils à Vāsava en vaillance. Ainsi moi, qui avais des protecteurs, me voilà sans protection.

Verse 18

नहिदृष्टिपथंप्राप्यराघवस्यरणेरिपुः ।जीवन्प्रन्तिवर्तेतयद्यपिस्यान्मनोजवः ।।।।

Car nul ennemi qui, dans la bataille, entre dans le champ du regard de Rāghava ne revient vivant, fût-il rapide comme la pensée.

Verse 19

नकलस्यातिभारोऽस्तिकृतान्तश्चसुदुर्जयः ।यत्ररामःसहभ्रात्राशेतेयुधिनिपातितः ।।।।

Il n’est point de fardeau plus lourd que le Temps; et l’arrêt de Kṛtānta, la Mort, est bien difficile à surmonter—puisque même Rāma, avec son frère, gît renversé sur le champ de bataille.

Verse 20

नशोचामितथारामंलक्ष्मणंचमहारथम् ।वात्मानंजननींचापियथाश्वश्रूंतपस्विनीम् ।।।।

Je ne pleure pas autant Rāma, ni Lakṣmaṇa, le grand guerrier au char, ni même moi-même ou ma mère—autant que je pleure ma belle-mère, l’ascète.

Verse 21

सातुचिन्तयतेनित्यंसमाप्तव्रतमागतम् ।कदाद्रक्ष्यामिसीतांचलक्ष्मणंचसराघवम् ।।।।

Elle (Kauśalyā) songe sans cesse : «Quand verrai-je Rāghava revenir, son vœu accompli—avec Sītā et Lakṣmaṇa ?»

Verse 22

परिदेवयमानांतांराक्षसीत्रिजटाब्रवीत् ।माविषादंकृथादेवी भर्ताऽयंतवजीवति ।।।।

Comme elle se lamentait, la rākṣasī Trijaṭā lui dit : «Ne te laisse pas aller au désespoir, ô noble dame : ton époux est vivant.»

Verse 23

कारणानिचवक्ष्यामिमहान्तिसदृशानिच ।यथेमौजीवतोदेवीभ्रातरौरामलक्ष्मणौ ।।।।

Et je te dirai, ô noble Dame, les raisons—grandes et convaincantes—pour lesquelles il en est ainsi : ces deux frères, Rāma et Lakṣmaṇa, sont vivants.

Verse 24

नहिकोपपरीतानिहर्षपर्युत्सुकानिच ।भवन्तियुधियोधानांमुखानिनिहतेपतौ ।।।।

Car lorsque l’époux a été abattu au combat, les visages des guerriers ne paraissent ni envahis de colère, ni d’une joie impatiente.

Verse 25

इदंविमानंवैदेही पुष्पकंनामनामतः ।दिव्यंत्वांदारयन्नैवंयद्येतौगतजीवितौ ।।।।

Ô Vaidehī, ce char céleste et divin—nommé Puṣpaka—ne t’aurait pas portée de la sorte, si ces deux-là avaient vraiment perdu la vie.

Verse 26

हतवीरप्रधानाहिगतोत्साहानिरुद्यमा ।सेनाभ्रमतिसङ् ख्येषुहतकर्णेवनौर्जले ।।।।

Quand ses héros principaux sont abattus, une armée perd son élan et devient inerte ; elle erre dans la mêlée comme un navire sur l’eau qui a perdu son pilote.

Verse 27

इयंपुनरसम्भ्रान्तानिरुद्विग्नातरस्विनी ।सेनारक्षतिकाकुत्स्थौमयाप्रीत्यानिवेदितौ ।।।।

Mais cette armée n’est ni troublée ni accablée, ô Dame résolue ; elle veille sur les deux Kakutsthas : je te l’annonce avec affection.

Verse 28

सात्वंभवसुविस्रब्धाअनुमानैस्सुखोदयैः ।अहतौपश्यकाकुत्स्थौस्नेहादेतद्ब्र्रवीमिते ।।।।

Sois donc pleinement rassurée par ces signes favorables ; vois que les deux Kakutsthas sont indemnes. C’est par affection pour toi que je te le dis.

Verse 29

अनृतंनोक्तपूर्वंमेनचवक्ष्येकदाचन ।चारित्रसुखशीलत्वात् प्रविष्टाअसिमनःमम ।।।।

Jamais je n’ai proféré de mensonge, et jamais je n’en proférerai ; par ta douceur et ta vertu, tu es entrée au plus profond de mon cœur.

Verse 30

नेमौशक्यारणेजेतुंसेन्द्रैरपिसुरासुरैः ।तादृशंदर्शनंदृष्टवामयाचावेदितंतव ।।।।

Ces deux-là ne peuvent être vaincus au combat, même par les dieux et les démons, fût-ce avec Indra ; ayant vu de tels signes, je t’en ai fait part.

Verse 31

इदंचसुमहचचित्रंशरैःपश्यस्वमैथिलि ।निस्संज्ञावप्युभावेतौनैवलक्ष्मीर्विमुञ्चति ।।।।

Et vois encore ce grand prodige, ô Maithilī : bien que tous deux gisent sans connaissance sous une pluie de flèches, leur splendeur ne les quitte nullement.

Verse 32

प्रायेणगतसत्त्वानांपुरुषाणांगतायुषाम् ।दृश्यमानेषुवक्त्रेषुपरंभवतिवैकृतम् ।।।।

D’ordinaire, chez les hommes dont la vie s’est retirée et dont le souffle vital s’est éteint, le visage—lorsqu’on le regarde—révèle une déformation et une laideur prononcées.

Verse 33

त्यजशोकंचमोहंचदुःखंचजनकात्मजे ।रामलक्ष्मणयोरर्थेनाद्यशक्यमजीवितुम् ।।।।

Rejette le chagrin, l’illusion et la douleur, ô fille de Janaka ; car, pour Rāma et Lakṣmaṇa, il n’est pas possible aujourd’hui qu’ils ne soient plus en vie.

Verse 34

शुत्वातुवचनंतस्याःसीतासुरसुतोपमा ।कृताञ्जलिरुवाचेमामेवमस्त्वितिमैथिलि ।।।।

Sītā, rayonnante telle une fille des dieux, ayant entendu les paroles de réconfort de Trijatā, joignit les mains en hommage et répondit, la Maithilī : «Qu’il en soit ainsi.»

Verse 35

विमानंपुष्पकंतत्तुसन्निवर्त्यमनोजवम् ।दीनात्रिजटयासीतालङ्कामेवप्रवेशिता ।।।।

Alors, ayant fait rebrousser chemin au Pushpaka, le char aérien rapide comme la pensée, Sītā, accablée, conduite par Trijatā, fut ramenée dans Lankā.

Verse 36

ततस्त्रिजटयासार्थंपुष्पकादवरुह्यसा ।अशोकवनिकामेवराक्षसीभिःप्रवेशिता ।।।।

Ensuite, elle descendit du Pushpaka avec Trijata et fut emmenée par les femmes rākṣasī dans le bosquet d'Ashoka.

Verse 37

प्रविश्यसीताबहुवृक्षषण्डांतांराक्षसेन्द्रस्यविहारभूमिम् ।सम्प्रेक्ष्यसञ्चिन्त्यचराजपुत्रौपरंविषादंसमुपाजगाम ।।।।

Entrant dans ce jardin d'agrément du seigneur des rākṣasas, dense de nombreux groupes d'arbres, Sita — après avoir regardé autour d'elle et songé aux deux princes — sombra dans une profonde tristesse.

Frequently Asked Questions

Sītā faces a dharma-crisis of perception: whether to accept apparent evidence of Rāma’s death (leading to despair and the collapse of hope) or to hold to disciplined endurance until truth is verified. The action centers on grief-management and interpretive responsibility under deceptive conditions (Indrajit’s māyā).

The chapter contrasts two epistemic modes—omen-based prediction and inference from present signs. Trijaṭā models pratyakṣa/anumāna-style reasoning (faces, splendor, army behavior, Puṣpaka’s auspiciousness) to restrain moha and śoka, teaching that ethical steadiness requires verification and truthful counsel during crisis.

Laṅkā and the Aśoka-vāṭikā frame Sītā’s captivity space; Puṣpaka-vimāna functions as a significant object linking battlefield spectacle to interior lament; Janasthāna and the ocean-crossing are recalled as narrative milestones underscoring the improbability of defeat and the scale of Rāma’s quest.

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