
पादुकाप्रदानं भरतस्य निवृत्तिश्च (The Sandals Bestowed; Bharata’s Return Toward Ayodhya)
अयोध्याकाण्ड
Ce sarga achève le passage de la négociation à une souveraineté symbolique. Bharata, accompagné de Śatrughna et de la suite des ministres, repart en emportant les pādukā de Rāma comme substitut cérémoniel de l’autorité légitime. Le chapitre présente ces sandales comme un emblème juridico-rituel : Vasiṣṭha presse Rāma d’offrir les pādukā ornées d’or pour le « yogakṣema » d’Ayodhyā—sa sécurité et sa prospérité—et Rāma, tourné vers l’est dans une posture solennelle, les accorde explicitement « en vue de gouverner ». Bharata proclame sa fidélité au vœu de quatorze ans de Daśaratha, réaffirmant les conditions de l’exil comme une parole constitutionnelle contraignante. Bharadvāja loue la noblesse innée de Bharata, voyant la vertu se fixer naturellement en lui, et affirme que Daśaratha demeure vivant à travers un fils si dharmique. Le récit passe ensuite à l’itinéraire et à l’émotion : l’armée fait demi-tour avec chars, chevaux et éléphants ; les traversées de la Yamunā et du Gaṅgā sont mentionnées ; Śṛṅgiberapura est atteinte. Enfin, Ayodhyā apparaît comme délaissée—silencieuse, sans joie, diminuée—et Bharata, accablé de chagrin, s’adresse à son cocher.
Verse 1
तत श्शिरसि कृत्वा तु पादुके भरतस्तदा ।आरुरोह रथं हृष्टः शत्रुघ्नेन समन्वितः ॥१॥
Alors Bharata, posant les sandales sur sa tête, monta joyeusement sur le char, accompagné de Śatrughna.
Verse 2
वसिष्ठो वामदेवश्च जाबालिश्च दृढव्रतः ।अग्रतः प्रययु स्सर्वे मन्त्रिणो मन्त्रपूजिताः ॥२॥
Vasiṣṭha, Vāmadeva et Jābāli, fermes dans leurs vœux, ainsi que tous les ministres honorés pour leurs avis, s’avancèrent en tête.
Verse 3
मन्दाकिनीं नदीं रम्यां प्राङ्मुखास्ते ययुस्तदा ।प्रदक्षिणं च कुर्वाणाश्चित्रकूटं महागिरिम् ॥३॥
Alors, tournés vers l’orient, ils allèrent vers la charmante rivière Mandākinī, accomplissant la pradakṣiṇā autour du grand mont Citrakūṭa.
Verse 4
पश्यन्धातुसहस्राणि रम्याणि विविधानि च ।प्रययौ तस्य पार्श्वेन ससैन्यो भरतस्तदा ॥४॥
Voyant d’innombrables minerais, beaux et divers, Bharata, accompagné de son armée, s’avança alors le long du flanc de la montagne.
Verse 5
अदूराच्चित्रकूटस्य ददर्श भरतस्तदा ।आश्रमं यत्र स मुनिर्भरद्वाजः कृतालयः ॥५॥
Non loin de Citrakūṭa, Bharata aperçut alors l’āśrama où le sage Bharadvāja avait établi sa demeure.
Verse 6
स तमाश्रममागम्य भरद्वाजस्य बुद्धिमान् ।अवतीर्य रथात्पादौ ववन्दे भरतस्तदा ॥६॥
Parvenu à cet āśrama de Bharadvāja, le sage Bharata descendit de son char et se prosterna aux pieds de Bharadvāja.
Verse 7
ततो हृष्टो भरद्वाजो भरतं वाक्यमब्रवीत् ।अपि कृत्यं कृतं तात रामेण च समागतम् ॥७॥
Alors Bharadvāja, tout réjoui, s’adressa à Bharata : «Mon enfant, l’œuvre pour laquelle tu es venu est-elle accomplie ? Et as-tu rencontré Rāma ?»
Verse 8
एवमुक्त स्स तु ततो भरद्वाजेन धीमता ।प्रत्युवाच भरद्वाजं भरतो धर्मवत्सलः ॥८॥
Ainsi interpellé par le sage Bharadvāja, Bharata, épris de dharma, répondit alors à Bharadvāja.
Verse 9
स याच्यमानो गुरुणा मया च दृढविक्रमः ।राघवः परमप्रीतो वसिष्ठं वाक्यमब्रवीत् ॥९॥
Bien qu’imploré par son précepteur et par moi, Rāghava, ferme dans sa résolution, et pourtant comblé de joie, adressa ces paroles à Vasiṣṭha.
Verse 10
पितुः प्रतिज्ञां तामेव पालयिष्यामि तत्त्वतः ।चतुर्दश हि वर्षाणि या प्रतिज्ञा पितुर्मम ॥१०॥
En vérité, j’observerai pleinement ce vœu même de mon père : la promesse de quatorze années.
Verse 11
एवमुक्तो महाप्राज्ञो वसिष्ठः प्रत्युवाच ह ।वाक्यज्ञो वाक्यकुशलं राघवं वचनं महत् ॥११॥
Ainsi interpellé, le grand sage Vasiṣṭha, expert et habile en la parole, répondit à Rāghava (Rāma) par des mots d’un grand poids.
Verse 12
एते प्रयच्छ संहृष्टः पादुके हेमभूषिते ।अयोध्यायां महाप्राज्ञ योगक्षेमकरे तव ॥१२॥
Ô très sage, accorde avec joie ces deux sandales ornées d’or, afin qu’en ton nom elles assurent à Ayodhyā bien-être et sécurité.
Verse 13
एवमुक्तो वसिष्ठेन राघवः प्राङ्मुखः स्थितः ।पादुके ह्यधिरुह्यैते मम राज्याय वै ददौ ॥१३॥
Ainsi exhorté par Vasiṣṭha, Rāghava se tint debout, tourné vers l’orient ; ayant chaussé ces sandales, il me les remit pour la conduite du royaume.
Verse 14
निवृत्तोऽहमनुज्ञातो रामेण सुमहात्मना ।अयोध्यामेव गच्छामि गृहीत्वा पादुके शुभे ॥१४॥
Ayant reçu la permission du magnanime Rāma, je fais maintenant demi-tour ; prenant ces sandales de bon augure, je me rends à Ayodhyā.
Verse 15
एतच्छ्रुत्वा शुभं वाक्यं भरतस्य महात्मनः ।भरद्वाजश्शुभतरं मुनिर्वाक्यमुवाच तम् ॥१५॥
Entendant ces paroles de bon augure du magnanime Bharata, le sage Bharadvāja lui adressa des paroles plus auspiciouses encore.
Verse 16
नैतच्चित्रं नरव्याघ्र शीलवृत्तवतां वर ।यदार्यं त्वयि तिष्ठेत्तु निम्ने सृष्टमिवोदकम् ॥१६॥
Rien d’étonnant, ô tigre parmi les hommes, le meilleur des êtres de noble conduite : que la noblesse demeure en toi, comme l’eau versée qui, de nature, s’écoule vers le bas.
Verse 17
अमृत स्समहाबाहुः पिता दशरथस्तव ।यस्य त्वमीदृशः पुत्रो धर्मज्ञो धर्मवत्सलः ॥१७॥
Ton père Daśaratha, aux bras puissants, n’est pas vraiment mort, puisqu’il a un fils tel que toi, connaisseur du dharma et dévoué au dharma.
Verse 18
तमृषिं तु महात्मानमुक्तवाक्यं कृताञ्जलिः ।आमन्त्रयितुमारेभे चरणावुपगृह्य च ॥१८॥
Alors, les paumes jointes, il s’approcha de ce grand sage qui venait de parler ainsi ; et, saisissant ses pieds, il commença à prendre congé.
Verse 19
ततः प्रदक्षिणं कृत्वा भरद्वाजं पुनः पुनः ।भरतस्तु ययौ श्रीमानयोध्यां सह मन्त्रिभिः ॥१९॥
Puis, après avoir fait la circumambulation de Bharadvāja, encore et encore, en signe de révérence, l’illustre Bharata se mit en route vers Ayodhyā avec ses ministres.
Verse 20
यानैश्च शकटैश्चैव हयैर्नागैश्च सा चमूः ।पुनर्निवृत्ता विस्तीर्णा भरतस्यानुयायिनी ॥२०॥
Cette vaste armée, suivant Bharata avec chars, chariots, chevaux et éléphants, fit de nouveau demi-tour vers Ayodhyā.
Verse 21
ततस्ते यमुनां दिव्यां नदीं तीर्त्वोर्मिमालिनीम् ।ददृशुस्तां पुन स्सर्वे गङ्गां शुभजलां नदीम् ॥२१॥
Puis, ayant franchi la divine Yamunā, couronnée de vagues, ils virent tous de nouveau la rivière Gaṅgā, aux eaux de bon augure.
Verse 22
तां रम्यजलसंपूर्णां सन्तीर्य सहबान्धवः ।शृङ्गिबेरपुरं रम्यं प्रविवेश ससैनिकः ।शृङ्गिबेरपुराद्भूय स्त्वयोध्यां सन्ददर्श ह ॥२२॥
Ayant traversé la Gaṅgā, pleine d’eaux charmantes, Bharata, avec ses proches et son armée, entra dans la belle cité de Śṛṅgiberapura ; et de Śṛṅgiberapura, il revit Ayodhyā.
Verse 23
अयोध्यां च ततो दृष्ट्वा पित्रा भ्रात्रा विवर्जिताम् ।भरतो दुःख सन्तप्त स्सारथिं चेदमब्रवीत् ॥२३॥
Alors, voyant Ayodhyā privée de son père et de ses frères, Bharata, consumé de chagrin, adressa ces paroles au cocher.
Verse 24
सारथे पश्य विध्वस्ता साऽयोध्या न प्रकाशते ।निराकारा निरानन्दा दीना प्रतिहतस्वरा ॥२४॥
Cocher, regarde : Ayodhyā est brisée et ne rayonne plus ; elle paraît sans visage, sans joie, accablée, et ses voix sont étouffées.
The pivotal action is the transfer of regnal authority without personal appropriation: Bharata accepts Rāma’s pādukā as the emblem of rule while reaffirming that the kingdom’s legitimacy remains with the exiled heir, thereby resolving a succession dilemma through renunciation and symbolic governance.
Speech as binding moral law is central: Bharata insists on honoring Daśaratha’s promise “in truth,” and the sages frame virtue as self-evident conduct rather than rhetoric—dharma resides naturally in a disciplined character, sustaining both family continuity and public order.
The return route marks a cultural geography of north Indian sacred space—Chitrakūṭa and the Mandākinī, crossings of Yamunā and Gaṅgā, entry into Śṛṅgiberapura—culminating in Ayodhyā, whose altered soundscape and mood function as a civic index of royal absence.
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