Adhyaya 4
Purva BhagaFirst QuarterAdhyaya 4100 Verses

Bhakti-Śraddhā-Ācāra-Māhātmya and the Commencement of the Mārkaṇḍeya Narrative

Sanaka enseigne à Nārada que la śraddhā (foi) est la racine de tout dharma et que la bhakti (dévotion) est la force vitale de tous les siddhi : sans dévotion, dāna, tapas et même des yajña du rang de l’Aśvamedha sont vains ; avec la foi, de petits actes procurent un puṇya durable et la renommée. Il unit la bhakti à l’ācāra du varṇāśrama, affirmant que l’abandon de la conduite prescrite fait de l’homme un « patita », et que ni l’étude du Vedānta, ni le pèlerinage, ni le sacrifice ne peuvent sauver celui qui a renoncé à l’ācāra. La bhakti naît du sat-saṅga, acquis par des mérites antérieurs ; les vertueux dissipent l’obscurité intérieure par un enseignement bien formulé. Nārada demande les signes et la destinée des dévots de Bhagavān ; Sanaka introduit alors l’enseignement secret de Mārkaṇḍeya. Le chapitre s’ouvre ensuite sur un cadre cosmologique et théiste : Viṣṇu comme Lumière suprême au pralaya, l’hymne des dieux au Kṣīra-sāgara, et l’assurance pleine de grâce de Viṣṇu. Les austérités et le stotra de Mṛkaṇḍu aboutissent à une grâce : Viṣṇu promet de naître comme fils du sage, illustrant en récit la puissance salvatrice de la bhakti.

Shlokas

Verse 1

सनक उवाच । श्रद्धापूर्वाः सर्वधर्मा मनोरथफलप्रदाः । श्रद्धयासाध्यते सर्वं श्रद्धया तुष्यते हरिः ॥ १ ॥

Sanaka dit : Toutes les formes de dharma ont pour racine la śraddhā (la foi) et accordent les fruits que l’on désire. Par la foi tout s’accomplit, et par la foi Hari est satisfait.

Verse 2

भक्तिर्भक्त्यैव कर्त्तव्यातथा कर्माणि भक्तितः । कर्मश्चद्धाविहीनानि न सिध्यन्तिं द्विजोत्तमाः ॥ २ ॥

La bhakti doit être accomplie par la bhakti elle-même ; de même, les actes rituels (karma) doivent être entrepris à partir de la dévotion. Et les actions dépourvues de śraddhā ne réussissent pas, ô dvijottama, le meilleur des deux-fois-nés.

Verse 3

यथाऽलोको हि जन्तूनां चेष्टाकारणतां गतः । तथैव सर्वसिद्धीनां भक्तिः परमकारणम् ॥ ३ ॥

De même que la lumière devient la cause même qui permet aux êtres d’agir, de même la bhakti est la cause suprême de toutes les réussites et perfections (siddhi).

Verse 4

यथा समस्त लोकानां जीवनं सलिलं स्मृतम् । तथा समस्तसिद्धीनां जीवनं भक्तिरिष्यते ॥ ४ ॥

De même que l’eau est tenue pour la vie même de tous les mondes, de même la bhakti (dévotion) est regardée comme la vie même de toutes les siddhis (accomplissements spirituels).

Verse 5

यथा भूमिं समाश्रित्य सर्वे जीवन्ति जन्तवः । तथा भक्तिं समाश्रित्य सर्वकार्य्याणि साधयेत् ॥ ५ ॥

De même que tous les êtres vivent en s’appuyant sur la terre, de même, en s’appuyant sur la bhakti (dévotion), on accomplit toutes les œuvres et tous les buts.

Verse 6

श्रद्धाबँल्लभते धर्म्मं श्रद्धावानर्थमाप्नुयात् । श्रद्धया साध्यते कामः श्रद्धावान्मोक्षमान्पुयात् ॥ ६ ॥

Par la śraddhā (foi) on obtient le dharma ; l’homme de foi acquiert la prospérité. Par la foi le désir s’accomplit ; et l’homme de foi atteint la moksha (libération).

Verse 7

न दानैर्न तपोभिर्वा यज्ञैर्वा बहुदक्षिणैः । भक्तिहीनेर्मुनिश्चेष्ठ तुष्यते भगवान्हरिः ॥ ७ ॥

Ni par les dons, ni par les austérités, ni même par des sacrifices chargés d’abondantes dakṣiṇā—ô le meilleur des sages—le Seigneur bienheureux Hari ne se réjouit de celui qui est dépourvu de bhakti.

Verse 8

मेरुमात्रसुवर्णानां कोटिकोटिसहस्रशः । दत्ता चाप्यर्थनाशाय यतोभक्तिविवर्जिता ॥ ८ ॥

Même si l’on donne de l’or aussi vaste que le mont Meru, par dizaines de milliers de crores, cela ne mène qu’à la ruine lorsqu’il est dépourvu de bhakti.

Verse 9

अभक्त्या यत्तपस्तप्तैः केवलं कायशोषणम् । अभक्त्या यद्धुतं हव्यं भस्मनि न्यस्तहव्यवत् ॥ ९ ॥

Les austérités accomplies sans bhakti ne sont qu’un dessèchement du corps; et les oblations offertes sans bhakti sont comme des offrandes déposées sur la cendre.

Verse 10

यत्किञ्चित्कुरुते कर्म्मश्रद्धयाऽप्यणुमात्रकम् । तन्नाम जायते पुंसां शाश्वतं प्रतीदायकम् ॥ १० ॥

Même l’acte le plus infime qu’un homme accomplit avec śraddhā (foi) devient pour lui une source durable de mérite reconnu et de renommée.

Verse 11

अश्वमेघसहस्त्रं वा कर्म्म वेदोदितं कृतम् । तत्सर्वं निष्फलं ब्रह्मन्यदि भक्तिविवर्जितम् ॥ ११ ॥

Quand bien même on accomplirait mille sacrifices Aśvamedha, ou toute action prescrite par les Veda, tout cela devient sans fruit, ô Brahmane, si la bhakti en est absente.

Verse 12

हरिभक्तिः परा नॄणां कामधेनूपमा स्मृता । तस्यां सत्यां पिबन्त्यज्ञाः संसारगरलं ह्यहो ॥ १२ ॥

La dévotion suprême à Hari est tenue pour semblable à Kāmadhenu, la vache qui exauce les vœux, pour les hommes. Et pourtant, même lorsque cette bhakti véritable est là, les ignorants—hélas—boivent encore le poison du saṃsāra.

Verse 13

असारभूते संसारे सारमेतदजात्मज । भगवद्भक्तसङ्गश्च हरिभक्तिस्तितिक्षुता ॥ १३ ॥

Ô fils d’Aja (Brahmā), dans ce saṃsāra sans véritable substance, voici l’unique essence: la fréquentation des dévots du Seigneur, la bhakti envers Hari, et une patience ferme et endurante.

Verse 14

असूयोपेतमनसां भक्तिदानादिकर्म्म यत् । अवेहि निष्फलं ब्रहंस्तेषां दूरतरो हरिः ॥ १४ ॥

Ô brāhmane, sache que toutes les œuvres de tels hommes—bhakti, don (dāna) et autres—lorsque leur esprit est rempli d’envie qui cherche la faute, deviennent sans fruit ; pour eux, Hari demeure très lointain.

Verse 15

परिश्रियाभितत्पानां दम्भाचाररतात्मनाम् । मृषा तु कुर्वतां कर्म तेषां दूरतरो हरिः ॥ १५ ॥

Pour ceux qui, brûlés par les peines du monde, demeurent attachés à une conduite d’hypocrisie et accomplissent leurs actes avec tromperie, Hari (Viṣṇu) reste très loin d’eux.

Verse 16

पृच्छतां च महाधर्म्मान्वदतां वै मृषा च तान् । धर्मेष्वभक्तिमनसां तेषां दूरतरो हरिः ॥ १६ ॥

Même ceux qui interrogent sur les dharmas les plus élevés, et même ceux qui en parlent mais mentent, et ceux qui, engagés dans des rites, ont l’esprit sans dévotion—pour eux, Hari demeure très lointain.

Verse 17

वेदप्रणिहितो धर्म्मो धर्म्मो वेदो नारायणः परः । तत्राश्रद्धापरा ये तु तेषां दूरतरो हरिः ॥ १७ ॥

Le dharma est établi par le Veda ; et le Veda lui-même est dharma—suprême est Nārāyaṇa. Mais ceux qui s’attachent à l’incrédulité, sans śraddhā en cela, pour eux Hari demeure très lointain.

Verse 18

यस्य धर्म्मविहीनानि दिनान्यायान्ति यान्ति च । स लोहकारभस्त्रेव श्वसन्नपि न जीवति ॥ १८ ॥

Celui dont les jours vont et viennent sans dharma est tel le soufflet du forgeron : bien qu’il inspire et expire, il ne vit pas véritablement.

Verse 19

धर्मार्थकाममोक्षाख्याः पुरुषार्थाः सनातनाः । श्रद्धावतां हि सिध्यन्ति नान्यथा ब्रह्मनन्दन ॥ १९ ॥

Dharma, Artha, Kāma et Moksha : tels sont les buts éternels de la vie humaine. Ils ne s’accomplissent vraiment que chez ceux qui possèdent la śraddhā, la foi ; autrement non, ô fils de Brahmā.

Verse 20

स्वाचारमनतिक्रम्य हरिभक्तिपरो हि यः । स याति विष्णुभवनं यद्वै पश्यन्ति सूरयः ॥ २० ॥

Celui qui ne transgresse pas sa juste conduite (svācāra) et demeure voué à la bhakti envers Hari, celui-là atteint la demeure de Viṣṇu — ce royaume que contemplent les sages voyants.

Verse 21

कुर्वन्वेदोदितान्धर्म्मान्मुनीन्द्र स्वाश्रमोचितान् । हरिध्यानपरोयस्तु स याति परमं पदम् ॥ २१ ॥

Ô prince des sages, celui qui accomplit les dharmas énoncés par les Védas, conformes à son propre āśrama, et demeure voué à la méditation sur Hari, atteint l’État suprême.

Verse 22

आचारप्रभवो धर्मः धर्म्मस्य प्रभुरच्युतः । आश्रमाचारयुक्तेन पूजितः सर्वदा हरिः ॥ २२ ॥

Le dharma naît de la juste conduite (ācāra), et le Seigneur Acyuta est l’autorité suprême du dharma. Ainsi, celui qui est établi dans les disciplines des āśramas doit adorer Hari en tout temps.

Verse 23

यः स्वाचारपरिभ्रष्टः साङ्गवेदान्तगोऽपि वा । स एव पतितो ज्ञेयो यतः कर्मबहिष्कृतः ॥ २३ ॥

Celui qui s’est écarté de sa juste conduite (svācāra), fût-il maître du Vedānta avec toutes ses disciplines auxiliaires, doit être tenu pour « déchu » ; car il est exclu des actes et rites védiques.

Verse 24

हरिभक्तिपरि वाऽपि हरिध्यानपरोऽपि वा । भ्रष्टो यः स्वाश्रमाचारात्पतितः सोऽभिधीयते ॥ २४ ॥

Même si l’on est voué à Hari, ou même si l’on s’applique à méditer Hari, si l’on s’est écarté de la conduite prescrite à son propre āśrama, on est appelé « patita », l’être déchu.

Verse 25

वेदो वा हरिभक्तिर्वा भक्तिर्वापि महेश्वरे । आचारात्पतितं मूढं न पुनाति द्विजोत्तम ॥ २५ ॥

Qu’il s’agisse du Véda, de la dévotion à Hari, ou même de la dévotion à Maheśvara, rien de cela ne purifie l’insensé tombé hors de la juste conduite, ô meilleur des dvija.

Verse 26

पुण्यक्षेत्राभिगमनं पुण्यतीर्थनिषेवणम् । यज्ञो वा विविधो ब्रह्मंस्त्यक्ताचारंन रक्षति ॥ २६ ॥

Aller en des lieux de mérite, fréquenter les tīrtha sacrés, ou même accomplir divers sacrifices—ô Brāhmane—ne protège pas celui qui a abandonné la juste conduite (ācāra).

Verse 27

आचारात्प्राप्यते स्वर्ग आचारात्प्राप्यते सुखम् । आचारात्प्राप्यते मोक्ष आचारात्किं न लभ्यते ॥ २७ ॥

Par la juste conduite (ācāra) on atteint le ciel; par la juste conduite on obtient le bonheur. Par la juste conduite on obtient la délivrance (mokṣa) — qu’est-ce donc qui ne s’obtient pas par la juste conduite ?

Verse 28

आचाराणांतु सर्वेषां योगानां चैव सत्तम् । हरिभक्तेपरि तथा निदानं भक्तिरिष्यते ॥ २८ ॥

Parmi toutes les règles de conduite et toutes les disciplines du yoga, ô le meilleur des vertueux, la dévotion (bhakti) est proclamée comme la cause décisive — surtout lorsqu’elle est dévotion à Hari.

Verse 29

भक्त्यैव पूज्यते विष्णुर्वाञ्छितार्थफलप्रदः । तस्मात्समस्तलोकानां भक्तिर्मातेति गीयते ॥ २९ ॥

Vishnu, dispensateur des fruits des buts désirés, n’est adoré que par la bhakti (dévotion). C’est pourquoi, dans tous les mondes, la dévotion est célébrée comme une Mère.

Verse 30

जीवन्ति जन्तवः सर्वे यथा मातराश्रिताः । तथा भक्तिं समाश्रित्य सर्वे जीवन्ति धार्म्मिकाः ॥ ३० ॥

De même que tous les êtres vivent en s’appuyant sur leur mère, ainsi tous les justes vivent en prenant refuge dans la bhakti (dévotion).

Verse 31

स्वाश्रमाचारयुक्तस्य हरिभक्तिर्यदा भवेत् । न तस्य त्रिषु लोकेषु सदृशोऽस्त्यजनन्दन ॥ ३१ ॥

Ô descendant d’Aja (Brahmā), lorsque la dévotion à Hari naît en celui qui demeure établi dans la conduite de son propre āśrama, nul ne lui est égal dans les trois mondes.

Verse 32

भक्त्या सिध्यन्ति कर्म्माणि कर्म्माणि कर्म्माभिस्तुष्यते हरिः । तस्मिंस्तुष्टे भवेज्ज्ञानं ज्ञानान्मोक्षमवाप्यते ॥ ३२ ॥

Par la bhakti s’accomplissent parfaitement les karmas (devoirs rituels) ; par ces mêmes devoirs Hari est satisfait. Lorsqu’Il est satisfait, la vraie connaissance naît, et de cette connaissance on obtient la mokṣa (libération).

Verse 33

भक्तिस्तु भगवद्भक्तसङ्गेन खलु जायते । सत्सङ्गं प्राप्यते पुम्भिः सुकृतैः पूर्वसञ्चितैः ॥ ३३ ॥

La bhakti naît véritablement au contact des dévots du Seigneur. Et cette sainte compagnie (satsaṅga), l’homme l’obtient grâce aux mérites accumulés dans le passé.

Verse 34

वर्णाश्रमाचाररता भगवद्भक्तिलालसाः । कामादिदोष्नि र्मुक्तास्ते सन्तो लोकशिक्षकाः ॥ ३४ ॥

Ceux qui demeurent fidèles aux devoirs du varṇa et de l’āśrama, et brûlent de bhakti pour le Bhagavān, affranchis des fautes telles que le désir—ce sont les véritables saints, les maîtres du monde.

Verse 35

सत्ङ्गः परमो ब्रह्मन्न लभ्येताकृतात्मनाम् । यदि लभ्येत विज्ञेयं पुण्यं जन्मान्तरार्जितम् ॥ ३५ ॥

Ô brahmane, le bien suprême est le sat-saṅga, la sainte compagnie; mais ceux qui n’ont pas discipliné leur for intérieur ne l’obtiennent pas. Si quelqu’un l’obtient, sache que c’est le fruit du mérite acquis dans des naissances passées.

Verse 36

पूर्वार्जितानि पापानि नाशमायान्ति यस्य वै । सत्सङ्गतिर्भवेत्तस्य नान्यथा घटते हि सा ॥ ३६ ॥

Pour celui qui obtient le sat-saṅga, la compagnie des vertueux, les péchés amassés jadis viennent assurément à périr. Une telle association sainte lui advient—elle ne se produit pas autrement.

Verse 37

रविर्हि रशिमजालेन दिवा हन्तिबहिस्तमः । सन्तः सूक्तिमरीच्योश्चान्तर्ध्वान्तं हि सर्वदा ॥ ३७ ॥

De même que le soleil, par son réseau de rayons, détruit le jour les ténèbres du dehors, ainsi les vertueux—par les rayons de leurs paroles bien dites—dissipent sans cesse les ténèbres du dedans (l’ignorance).

Verse 38

दुर्लभाः पुरुषा लोके भगवद्भक्तिलालसाः । तेषां सङ्गो भवेद्यस्य तस्य शान्तिर्हि शाश्वती ॥ ३८ ॥

Rares en ce monde sont ceux qui aspirent à la bhakti envers le Bhagavān. Celui qui obtient la compagnie de tels dévots atteint une paix véritablement éternelle.

Verse 39

नारद उपाच । किंलक्षणा भागवतास्ते च किं कर्म्म कुर्वते । तेषां लोको भवेत्कीदृक्तत्सर्वं ब्रूहि तत्त्वतः ॥ ३९ ॥

Nārada dit : «Quels sont les signes distinctifs des Bhāgavatas, les dévots de Bhagavān, et quelles actions accomplissent-ils ? Quel monde (destin) atteignent-ils ? Dis-moi tout cela selon la vérité».

Verse 40

त्वं हि भक्तो रमेशस्य देवदेवस्य चक्रिणः । एतान्निगदितुं शक्तस्त्वतो नास्त्यधिकोऽपरः ॥ ४० ॥

Car tu es le dévot de Rameśa, le Dieu des dieux, le Porteur du disque. Tu as le pouvoir d’énoncer ces choses ; en cela, nul n’est au-dessus de toi, ni même ton égal.

Verse 41

सनक उवाच । श्रृणु ब्रह्मन्परं गुह्यं मार्कण्डेयस्य धीमनः । यमुवाच जगन्नाथो योगनिद्राविमोचितः ॥ ४१ ॥

Sanaka dit : «Ô brahmane, écoute l’enseignement suprême et très secret du sage Mārkaṇḍeya : ce que Jagannātha, le Seigneur de l’univers, lui déclara après avoir été délivré du sommeil yogique».

Verse 42

योऽसौ विष्णुः परं ज्योतिर्देवदेवः सनातनः । जगदूपी जगत्कर्त्ता शिवब्रह्म स्वरुपवान् ॥ ४२ ॥

Ce même Viṣṇu est la Lumière suprême — le Dieu des dieux, éternel. Il est la forme même de l’univers et le créateur de l’univers, portant aussi la nature de Śiva et de Brahmā.

Verse 43

युगान्ते रौद्ररुपेण ब्रह्माण्डलसबृंहितः । जगत्येकार्णवीभूते नष्टे स्थावरजङ्गमे ॥ ४३ ॥

À la fin de l’âge, prenant une forme farouche, semblable à Rudra, et emplissant toute la sphère cosmique, lorsque le monde devient un seul océan et que tous les êtres, immobiles et mobiles, sont anéantis—

Verse 44

भगवानेव शेषात्मा शेते वटदले हरिः । असंख्याताब्जजन्माद्यैराभूषिततनूरूहः ॥ ४४ ॥

Hari Lui-même—dont la nature intérieure est Śeṣa—repose sur une feuille de banian. Son corps est paré d’innombrables signes merveilleux, tels des naissances de lotus et d’autres marques sacrées.

Verse 45

पादाङ्गुष्टाग्रनिर्यातगङ्गाशीताम्बुपावनः । सूक्ष्मात्सूक्ष्मतरो देवो ब्रह्माण्डग्रासंबृंहितः ॥ ४५ ॥

De la pointe de son grand orteil jaillit la Gaṅgā—dont les eaux fraîches purifient tout. Lui, le Divin, est plus subtil que le plus subtil, et pourtant assez vaste pour engloutir l’œuf cosmique tout entier, le brahmāṇḍa.

Verse 46

वटच्छदे शयानोऽभूत्सर्वशक्तिसमन्वितः । तस्मिन्स्थाने महाभागो नारायणपरायणः । मार्कंडेयः स्थिनस्तस्य लीलाः पश्यन्महेशितुः ॥ ४६ ॥

Étendu sous la voûte du banian, Il fut doté de toutes les puissances. En ce même lieu, le très fortuné sage Mārkaṇḍeya—entièrement voué à Nārāyaṇa—demeura, contemplant la līlā, le jeu divin du Seigneur Suprême.

Verse 47

ऋषय ऊचुः । तस्मिन्काले महाघोरे नष्टे स्थावरजङ्गमे । हरिरेकः स्थित इति मुने पूर्वं हि शुश्रुम ॥ ४७ ॥

Les sages dirent : «Ô muni, nous avons bien entendu depuis longtemps qu’en ce temps des plus terribles—lorsque périssent l’immobile et le mobile—Hari seul demeure.»

Verse 48

जगत्येकार्णवीभूते नष्टे स्थावरंजगमे । सर्वग्रस्तेन हरिणा किमर्थं सोऽवशेषितः ॥ ४८ ॥

Quand le monde devint un seul océan et que tous les êtres, mobiles et immobiles, furent détruits, pourquoi celui-là fut-il laissé en reste par Hari, qui avait tout englouti ?

Verse 49

परं कौतूहलं ह्यत्रं वर्त्ततेऽतीव सूत नः । हरिकीर्तिसुधापाने कस्यालस्यं प्रजायते ॥ ४९ ॥

Ô Sūta, nous sommes ici remplis du plus haut élan. Qui donc pourrait être paresseux en buvant le nectar de la glorification de Hari ?

Verse 50

सूत उवाच । आसीन्मुनिर्महाभागो मृकण्डुरिति विश्रुतः । शालग्रामे महातीर्थे सोऽतप्यत महातपाः ॥ ५० ॥

Sūta dit : Jadis vécut un sage très fortuné, renommé sous le nom de Mṛkaṇḍu. Ce grand ascète accomplit de rudes austérités au grand tīrtha de Śālagrāma.

Verse 51

युगानाम युतं ब्रह्मन्गृणन्ब्रह्म सनातनम् ॥ट । निराहारः क्षमायुक्तः सत्यसन्धो जितेन्द्रियः ॥ ५१ ॥

Ô brahmane, durant dix mille yuga il chanta la louange du Brahman éternel ; vivant sans nourriture, doué de patience, ferme dans la vérité et maître de ses sens.

Verse 52

आत्मवत्सर्वभूतानि पश्यन्विषयनिःस्पृहः । सर्वभूतहितो दान्त स्तताप सुमहत्तपः ॥ ५२ ॥

Voyant tous les êtres comme son propre soi, sans désir pour les objets des sens, bienveillant envers toutes les créatures et maître de lui, il accomplit une austérité immensément grande.

Verse 53

तत्तापःशङ्किताः सर्वे देवा इन्द्रादयस्तदा । परेशं शरणं जग्मुर्नारायणमनामयम् ॥ ५३ ॥

Alors tous les dieux — Indra et les autres —, alarmés par l’ardeur de cette austérité, allèrent chercher refuge auprès du Seigneur suprême, Nārāyaṇa, exempt de toute maladie et détresse.

Verse 54

क्षीराब्धेरुत्तरं तीरं संप्राप्यत्रिदिवौकसः । तुष्टुवुर्देवदेवेशं पह्मनाभं जगद्गुरुम् ॥ ५४ ॥

Parvenus à la rive septentrionale de l’Océan de Lait, les habitants du ciel célébrèrent le Seigneur des seigneurs, Padmanābha (Viṣṇu), le Guru de l’univers.

Verse 55

देवा ऊचुः । नारायणाक्षरानन्त शरणागतपालक । मृकण्डुतपसा त्रस्तान्पाहि नः शरणागतान् ॥ ५५ ॥

Les dieux dirent : «Ô Nārāyaṇa, Akṣara impérissable et sans fin, protecteur de ceux qui se réfugient en Toi ! Terrifiés par l’austérité de Mṛkaṇḍu, protège-nous, nous qui sommes venus chercher asile auprès de Toi.»

Verse 56

जय देवाधिदेवेश जय शङ्खगदाधर । जयो लोकस्वरुपाय जयो ब्रह्माण्डहेतवे ॥ ५६ ॥

Victoire à Toi, Seigneur des dieux, Divinité suprême ! Victoire à Toi, porteur de la conque et de la massue ! Victoire à Toi, forme même des mondes ; victoire à Toi, cause du brahmāṇḍa, l’œuf cosmique de l’univers !

Verse 57

नमस्ते देवदेवेश नमस्ते लोकपावन । नमस्ते लोकनाथाय नमस्ते लोकसाक्षिणे ॥ ५७ ॥

Salutations à Toi, Seigneur des dieux ; salutations à Toi, purificateur des mondes. Salutations à Toi, Maître des mondes ; salutations à Toi, Témoin des mondes.

Verse 58

नमस्ते ध्यानगम्याय नमस्ते ध्यानहेतवे । नमस्ते ध्यानरुपाय नमस्ते ध्यानपाक्षिणे ॥ ५८ ॥

Salutations à Toi, que l’on atteint par la méditation ; salutations à Toi, cause de la méditation. Salutations à Toi, dont la forme est la méditation elle-même ; salutations à Toi, qui es l’aile soutenant la méditation.

Verse 59

केशिहन्त्रे नमस्तुभ्यं मधुहन्त्रे परात्मने । नमो भूम्यादिरूपाय नमश्चैतन्यरुपिणे ॥ ५९ ॥

Hommage à Toi, vainqueur de Keśī; hommage à Toi, vainqueur de Madhu, le Soi suprême. Hommage à Toi dont la forme est la terre et les autres éléments; hommage à Toi dont la nature même est la conscience pure.

Verse 60

नमो ज्येष्टाय शुद्धाय निर्गुणाय गुणात्मने । अरुपाय स्वरुपाय बहुरुपाय ते नमः ॥ ६० ॥

Hommage à Toi — le Plus ancien, le Pur; au-delà de toute qualité, et pourtant l’essence au cœur des qualités. Sans forme, et cependant de forme véritable; un, et pourtant apparaissant en de multiples formes : hommage à Toi.

Verse 61

नमो ब्रह्मण्यदेवाय गोब्राह्मणहिताय च । जगद्धिताय कृष्णाय गोविन्दाय नम्नोमः ॥ ६१ ॥

Hommage, encore et encore, à Kṛṣṇa—Govinda, protecteur divin des vertueux—qui recherche le bien des vaches et des brāhmaṇas, et œuvre pour le salut du monde entier.

Verse 62

नमो हिरण्यगर्भाय नमो ब्रह्मादिरुपिणे । नमः सूर्य्यादिरुपाय हव्यकव्यभुजे नमः ॥ ६२ ॥

Hommage à Hiraṇyagarbha; hommage à Celui qui prend la forme de Brahmā et des autres dieux. Hommage à Celui dont la forme est le Soleil et tout le reste; hommage à Celui qui reçoit les offrandes destinées aux devas et aux ancêtres.

Verse 63

नमो नित्याय वन्द्याय सदानन्दैकरुपिणे । नमः स्मृतार्तिनाशाय भूयो भूयो नमो नमः ॥ ६३ ॥

Hommage à l’Éternel, digne d’adoration, dont la forme est la béatitude sans fin. Hommage à Celui qui dissipe la détresse de ceux qui se souviennent de Lui; encore et encore, mes hommages—hommage, hommage.

Verse 64

एवं देवस्तुतिं श्रुत्वा भगवान्कमलापतिः । प्रत्यक्षतामगात्तेषां शङ्कचत्रगदाधरः ॥ ६४ ॥

Ainsi, ayant entendu leur hymne de louange aux devas, le Seigneur Bienheureux—Kamalāpati, l’époux de Lakṣmī—se rendit manifeste devant eux, portant la conque, le disque et la massue.

Verse 65

विकचाम्बुजपत्राक्षं सूर्य्यकोटिसमप्रभम् । सर्वालङ्कारसंयुक्तं श्रीवत्साङ्कितवक्षसम् ॥ ६५ ॥

Ses yeux étaient tels des pétales de lotus pleinement épanouis ; son éclat égalait celui de dizaines de millions de soleils. Paré de tous les ornements, sa poitrine portait le signe sacré de Śrīvatsa.

Verse 66

पीताम्बरधरं सौम्यं स्वर्णयज्ञोपवीतिनम् । स्तृयमानं मुनिवरैः पार्षदप्रवरावृत्तम् ॥ ६६ ॥

Il portait des vêtements jaunes, d’allure douce et de bon augure, et arborait le cordon sacré (yajñopavīta) d’or. Les plus grands sages le glorifiaient, tandis que les meilleurs de ses serviteurs l’entouraient de toutes parts.

Verse 67

तं दृष्य्वा देवसंघास्ते तत्तेजोहततेजसः । नमश्चक्रुर्मुदा युक्ता अष्टांगौरवनिं गताः ॥ ६७ ॥

En le voyant, ces assemblées de devas—dont l’éclat était éclipsé par sa splendeur—offrirent avec joie leurs salutations et, avec révérence, se prosternèrent selon l’hommage à huit membres (aṣṭāṅga).

Verse 68

ततः प्रसन्नो भगवान्मेघगंभीरनिस्वनः । उवाच प्रीणयन्देवान्नतानिन्द्रपुरोगमान् ॥ ६८ ॥

Alors le Seigneur Bienheureux—dont la voix était profonde comme le grondement des nuages—se montra favorable et parla, réjouissant les devas prosternés, conduits par Indra.

Verse 69

श्रीभगवानुवाच । जाने वो मानसं दुःखं मृकण्डुतपसोद्गम् । युष्मान्न बाधते देवाः स ऋषिः सज्जनाग्राणीः ॥ ६९ ॥

Le Seigneur Bienheureux dit : « Je connais la peine dans vos esprits, née des austérités de Mṛkaṇḍu. Les devas ne vous tourmentent pas ; ce ṛṣi est le premier parmi les hommes de bien. »

Verse 70

संपद्भिः संयुता वापि विपद्भिश्चापि सज्जनाः । सर्वथान्यं न बाधन्ते स्वप्नेऽपि सुरसत्तमाः ॥ ७० ॥

Qu’ils soient comblés de prospérité ou frappés d’adversité, les nobles ne nuisent à autrui d’aucune manière — pas même en rêve, ô meilleur des devas.

Verse 71

सततं बाध्यमानोऽपि विषयाख्यैररातिभिः । अविधायात्मनो रक्षामन्यान्द्वेष्टि कथं सुधीः ॥ ७१ ॥

Même sans cesse assailli par des ennemis appelés « objets des sens », comment le sage, sans avoir d’abord assuré sa propre garde, pourrait-il en venir à haïr autrui ?

Verse 72

तापत्रयाभिधानेन बाध्यमानो हि मानवः । अन्यं क्रीडयितुं शक्तः कथं भवति सत्तमः ॥ ७२ ॥

Car l’homme, lorsqu’il est accablé par ce qu’on nomme la triple misère, comment pourrait-il — ô le meilleur des bons — avoir la force de jouer avec autrui ou de le traiter à la légère ?

Verse 73

कर्मणा मनसा वाचा बाधते यः सदा परान् । नित्यं कामादिभिर्युक्तो मूढधीः प्रोच्यते तु सः ॥ ७३ ॥

Celui qui, par l’acte, par la pensée et par la parole, blesse sans cesse autrui, et demeure toujours lié au désir et à ce qui lui ressemble, celui-là est vraiment nommé « l’esprit égaré ».

Verse 74

यो लोकहितकृन्मर्त्यो गतासुर्यो विमत्सरः । निःशङ्गः प्रोच्यते सद्भिरिहामात्र च सत्तमाः ॥ ७४ ॥

Le mortel qui œuvre pour le bien du monde, exempt d’envie et sans attachement, est proclamé par les hommes de bien comme un véritable « sattama » (le meilleur des vertueux), ici même, en cette vie.

Verse 75

सशङ्कः सर्वदा दुःखी निःशङ्कः सुखमाप्नुयात् । गच्छध्वं स्वालयं स्वस्थाः क्रीडयिष्यति वो न सः ॥ ७५ ॥

Celui qui nourrit le soupçon est toujours malheureux ; celui qui en est libre atteint la joie. Allez maintenant en paix dans vos demeures : il ne vous importunera ni ne vous jouera plus de tours.

Verse 76

भवतां रक्षकश्चाहं विहरध्वं यथासुखम् । इति दत्वा वरं तेषामतसीकुसुमप्रभः ॥ ७६ ॥

«Moi aussi, je serai votre protecteur ; demeurez et allez à votre gré, dans le bien-être.» Ayant ainsi accordé cette grâce, Lui—rayonnant comme la fleur d’atasī—poursuivit sa marche.

Verse 77

पश्यतामेव देवानां तत्रैवान्तरधीयत । तुष्टात्मानः सुरगणां ययुर्नाकं यथागतम् ॥ ७७ ॥

Sous les yeux mêmes des devas, il disparut sur-le-champ. Le cœur comblé, les cohortes divines retournèrent au ciel, comme elles étaient venues.

Verse 78

मृकण्डोरपि तुष्टात्मा हरिः प्रत्यक्षतामगात् । अरुपं परमं ब्रह्मस्वप्रकाशं निरञ्जनम् ॥ ७८ ॥

Satisfait même de Mṛkaṇḍu, Hari se rendit manifestement présent : Lui, le Brahman suprême sans forme, auto-lumineux et sans souillure.

Verse 79

अतसीपुष्पसंकाशं पीतवाससमच्युतम् । दिव्यायुधधरं दृष्ट्वा मृकण्डुर्विस्मितोऽभवत् ॥ ७९ ॥

Voyant le Seigneur Acyuta, impérissable, resplendissant tel la fleur d’atasi, vêtu de jaune et portant des armes divines, Mṛkaṇḍu fut saisi d’émerveillement.

Verse 80

ध्यानादुन्मील्य नयनं अपश्यद्धरिमग्रतः । प्रसन्नवदनं शान्तं धातारं विश्वतेजसम् ॥ ८० ॥

Ouvrant les yeux après la méditation, il vit Hari devant lui—au visage gracieux, paisible et tranquille, le Soutien de tout, rayonnant de l’éclat de l’univers entier.

Verse 81

रोमाञ्चितशरीरोऽसावानन्दाश्रुविलोचनः । ननाम दण्डवद्भूमौ देवदेव सनातनम् ॥ ८१ ॥

Son corps frissonna de ravissement et ses yeux se remplirent de larmes de joie; il se prosterna sur la terre, raide comme un bâton, devant l’éternel Dieu des dieux.

Verse 82

अश्रुभिः क्षालयंस्तस्य चरणौ हर्षसंभवैः । शिरस्यञ्चलिमाधाय स्तोतुं समुपचक्रमे ॥ ८२ ॥

Avec des larmes nées de la joie, il lava les pieds du Seigneur; puis, les mains jointes posées sur sa tête, il commença à chanter des louanges.

Verse 83

मृकण्डुरुवाच । नमः परेशाय परात्मरुपिणे परात्परस्प्रात्परतः पराय । अपारपाराय परानुकर्त्रे नमः परेभ्यः परपारणाय ॥ ८३ ॥

Mṛkaṇḍu dit : Hommage au Seigneur Suprême, dont la forme est le Paramātman—plus haut que le plus haut, au-delà de tout au-delà; le Transcendant ultime. Hommage à Celui dont l’autre rive est inatteignable, qui conduit les êtres vers le Suprême; hommage à Celui qui dépasse toute transcendance, Celui qui fait traverser jusqu’à la rive dernière.

Verse 84

यो नामजात्यादिविकल्पहीनः शब्दादिदोषव्यतिरेकरुपः । बहुस्वरुपोऽपि निरञ्जनो यस्तमीशमीढ्यं परमं भजामि ॥ ८४ ॥

J’adore le Seigneur Suprême, digne de louange : affranchi de toute distinction conceptuelle telle que nom et caste; dont la nature même est la négation des défauts liés au mot et à la parole; et qui, bien qu’apparaissant en maintes formes, demeure sans tache, intact.

Verse 85

वेदान्तवेद्यं पुरुषं पुराणं हिरण्यगर्भादिजगत्स्वरुपम् । अनूपमं भक्ति जनानुकम्पिनं भजामि सर्वेश्वरमादिमीड्यम् ॥ ८५ ॥

J’adore le Seigneur de tout, l’Originaire digne de louange—connu par le Vedānta—l’éternel Purusha ancien, dont la nature est l’univers à commencer par Hiraṇyagarbha; sans égal, et plein de compassion pour les dévots de bhakti.

Verse 86

पश्यन्ति यं वीतसमस्तदोषा ध्यानैकनिष्ठा विगतस्पृहाश्च । निवृत्तमोहाः परमं पवित्रं नतोऽस्मि संसारनिर्वर्त्तकं तम् ॥ ८६ ॥

Je me prosterne devant Lui—le Purificateur suprême, celui qui met en mouvement le cycle du saṃsāra—que voient en vérité ceux qui sont sans défaut, fermes dans la méditation, sans convoitise et délivrés de l’illusion.

Verse 87

स्मृतार्तिनाशनं विष्णुं शरणागतपालकम् । जगत्सेव्यं जगाद्धाम परेशं करुणाकरम् ॥ ८७ ॥

Je prends refuge en Viṣṇu : celui qui dissipe la détresse lorsqu’on se souvient de Lui au temps de la peur; protecteur de ceux qui se livrent; digne d’être servi par le monde entier; demeure de l’univers; Seigneur suprême; océan de compassion.

Verse 88

एवं स्तुतः स भगवान्विष्णुस्तेन महर्षिणा । अवाप परमां तुष्टिं शङ्खचक्रगदाधरः ॥ ८८ ॥

Ainsi, loué par ce grand sage, le Bienheureux Viṣṇu—porteur de la conque, du disque et de la massue—atteignit la satisfaction suprême.

Verse 89

अयालिङ्ग्य मुनिं देवश्चतुर्भिर्दीर्घबाहुभिः । उवाच परमं प्रीत्या वरं वरय सुव्रत ॥ ८९ ॥

Enserrant le sage de Ses quatre longs bras, le Seigneur parla avec la plus haute tendresse : «Ô toi aux vœux parfaits, choisis une grâce — demande le don que tu désires».

Verse 90

प्रीतोऽस्मि तपसा तेन स्तोत्रेण च तवानघ । मनसा यदभिप्रेतं वरं वरय सुव्रत ॥ ९० ॥

«Ô irréprochable, Je suis comblé par ton ascèse et par ton hymne de louange. Ô ferme dans les vœux sacrés, choisis une grâce — celle que ton esprit désire vraiment.»

Verse 91

मृकण्डुरूवाच । देवदेव जगन्नाथ कृतार्थोऽस्मि न संशयः । त्वद्दर्शनमपुण्यानां दुर्लभं च यतः स्मृतम् ॥ ९१ ॥

Mṛkaṇḍu dit : «Ô Dieu des dieux, ô Seigneur de l’univers, je suis comblé, sans aucun doute. Car il est rappelé que la vision de Toi est difficile à obtenir pour ceux qui manquent de mérite.»

Verse 92

ब्रह्माद्या यं न पश्यन्ति योगिनः संशितव्रताः । धर्मिष्टा दीक्षिताश्वापि वीतरागा विमत्सराः ॥ ९२ ॥

Même Brahmā et les autres dieux ne Le contemplent pas ; pas davantage les yogins aux vœux inébranlables, les plus vertueux, les initiés, les détachés et ceux sans jalousie.

Verse 93

तं पश्यामि परं धाम किमतोऽन्यं वरं वृणे । एतेनैव कृतार्थोऽस्मि जनार्दन जगद्गुरो ॥ ९३ ॥

Je contemple cette Demeure suprême : quelle autre grâce pourrais-je choisir au-delà de cela ? Par cela seul je suis comblé, ô Janārdana, ô Maître du monde.

Verse 94

यत्रामस्मृतिमात्रेण महापातकिनोऽपि ये । तत्पदे परमं यान्नि ते दृष्ट्वा किमुनाच्युत ॥ ९४ ॥

Dans ce domaine, même ceux qui ont commis les fautes les plus lourdes, par le seul souvenir de Toi, atteignent l’état suprême à Tes pieds. Ô Acyuta, après T’avoir contemplé, que ne pourraient-ils obtenir ?

Verse 95

श्रीभगवानुवाच । सत्यत्प्रुक्तं त्वया ब्रह्मान्प्रीतीऽस्मि तव पण्डित । मद्दर्शनं हि विफलं न कदाचिद्भविष्यति ॥ ९५ ॥

Le Seigneur Bienheureux dit : « Ô brahmane, tu as dit la vérité. Ô savant, je suis satisfait de toi. En vérité, Me voir n’est jamais sans fruit — jamais, en aucun temps, cela ne sera vain. »

Verse 96

विष्णिर्भक्तकुटुम्बीति वदन्ति विवुधाः सदा । तदेव पालयिष्यामि मज्जनो नानृतं वदेत् ॥ ९६ ॥

Les sages disent sans cesse : « Vishnu est le parent de Ses dévots. » Cette vérité même, Je la maintiendrai : que nul des Miens ne profère le mensonge.

Verse 97

तस्मात्त्वत्तपसातुष्टो यास्यामि तव पुत्रताम् । समस्तगुणसंयुक्तो दीर्घजीवी स्वरुपवान् ॥ ९७ ॥

Ainsi, satisfait par tes austérités, Je naîtrai comme ton fils, pourvu de toutes les vertus, longévif, et revêtu d’une forme éclatante et parfaite.

Verse 98

मम जन्म कुले यस्य तत्कुलं मोक्षगामि वै । मयि तुष्टे मुनिश्रेष्ट किमसाध्यं जगत्रये ॥ ९८ ॥

Dans toute famille où Je prends naissance, toute cette lignée est assurément destinée à la délivrance. Ô le meilleur des sages, lorsque Je suis satisfait, qu’y a-t-il d’impossible dans les trois mondes ?

Verse 99

इत्युक्त्वा देवदेवशो मुनेरतस्य समीक्षतः । अंतर्दधे मृकण्डुश्च तपसः समवर्तत ॥ ९९ ॥

Ayant ainsi parlé, le Seigneur des seigneurs, sous le regard du sage, disparut de la vue; et Mṛkaṇḍu, lui aussi, se consacra alors entièrement à l’ascèse (tapas).

Verse 100

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे भक्तिवर्णनप्रसङ्गेन मार्कण्डेयचरितारम्भो नाम चतुर्थोऽध्यायः ॥ ४ ॥

Ainsi, dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, dans le Pūrva-bhāga (Section antérieure), au Premier Pāda, s’achève le quatrième chapitre, intitulé « Commencement du récit de Mārkaṇḍeya », survenu au fil de l’exposé de la bhakti (dévotion).

Frequently Asked Questions

Because the chapter frames bhakti/śraddhā as the enabling cause (kāraṇa) that makes karma spiritually efficacious: without it, actions remain external and fail to please Hari, who is presented as the ultimate adhikārin (authority) and phala-dātā (giver of results).

It presents them as mutually necessary supports: bhakti is the decisive inner cause, while ācāra and āśrama-dharma are the stabilizing outer disciplines; abandoning prescribed conduct makes one ‘patita,’ and even learning, pilgrimage, or worship cannot purify one who rejects ācāra.

The chapter states a clear chain: bhakti perfects Veda-enjoined duties; those duties please Hari; from Hari’s pleasure arises true knowledge (jñāna); from jñāna comes mokṣa.

It concretizes the teaching by showing tapas and stotra culminating in Viṣṇu’s direct grace, and it opens the Mārkaṇḍeya narrative stream, linking encyclopedic instruction (dharma/bhakti/ācāra) with purāṇic theology and exemplary lives.