
Sanaka expose à Nārada la conduite orthodoxe du varṇāśrama : condamnation du paradharma, accomplissement des saṁskāras depuis le garbhādhāna ; rites de grossesse et de naissance (sīmantakarma, jātakarma, nāndī/vṛddhi-śrāddha) ; règles de nomination ; et moment du cūḍākaraṇa avec expiations en cas d’omission. Il fixe les âges de l’upanayana selon la varṇa, les pénalités si l’on manque la fenêtre principale, et les insignes corrects (ceinture, peaux, bâton—matières et mesures—, vêtements). Le chapitre codifie ensuite le brahmacarya : demeurer auprès du guru, vivre d’aumônes, réciter quotidiennement le Veda, accomplir Brahma-yajña et tarpaṇa, observer des restrictions alimentaires, et suivre une étiquette stricte des salutations—qui honorer et qui éviter. Il se conclut par les temps fastes et néfastes, les tithis qui donnent grand fruit aux dons (Manvādī/Yugādī/Akṣaya) et les règles d’anadhyāya, avertissant que l’étude durant les périodes interdites détruit le bien-être et est tenue pour un grave péché ; enfin, l’étude védique est affirmée comme voie essentielle du brāhmaṇa, le Veda étant identifié à Viṣṇu en tant que Śabda-Brahman.
Verse 1
सनक उवाच । वर्णाश्रमाचारविधिं प्रवक्ष्यामि विशेषतः । श्रृणुष्व तन्मुनिश्रेष्ट सावधानेन चेतसा ॥ १ ॥
Sanaka dit : «J’exposerai en détail les règles de conduite prescrites pour les varṇa et les āśrama. Écoute donc, ô le meilleur des sages, l’esprit pleinement attentif.»
Verse 2
यः स्वधर्मं परित्यज्य परधर्मं समाचरेत् । पाषंडः स हि विज्ञेयः सर्वधर्मबहिष्कृतः ॥ २ ॥
Celui qui délaisse son propre svadharma pour pratiquer le paradharma d’autrui doit être reconnu comme un pāṣaṇḍa (hérétique) ; il est retranché de tout dharma.
Verse 3
गर्भाधानादिसंस्काराः कार्या मंत्रविधानतः । स्त्रीणाममंत्रतः कार्या यथाकालं यथाविधि ॥ ३ ॥
Les saṃskāras, à commencer par le garbhādhāna, doivent être accomplis selon le rite prescrit avec les mantras. Pour les femmes, ils doivent être accomplis sans mantras, au moment opportun et selon la juste manière.
Verse 4
सीमंतकर्म प्रथमं चतुर्थे मासि शस्यते । षष्टे वा सत्पमे वापि अष्टमे वापि कारयेत् ॥ ४ ॥
Le rite nommé Sīmantakarma est d’abord recommandé au quatrième mois de la grossesse; il peut aussi être accompli au sixième, au septième ou au huitième mois.
Verse 5
जाते पुत्रे पिता स्नात्वा सचैलं जातकर्म च । कुर्य्याच्च नांदीश्राद्धं च स्वस्तिवाचनपूर्वकम् ॥ ५ ॥
Quand naît un fils, le père—après s’être baigné et avoir revêtu des vêtements purs—doit accomplir le jātakarma (rite de naissance) et célébrer aussi le nāndī-śrāddha, précédé de récitations de bon augure (svasti-vācana).
Verse 6
हेम्ना वा रजतेनापि वृद्धिश्राद्धं प्रकल्पयेत् । अन्नेन कारयेद्यस्तु स चंडाल समो भवेत् ॥ ६ ॥
On doit préparer le vṛddhi-śrāddha avec de l’or, ou même de l’argent; mais celui qui le fait accomplir seulement avec de la nourriture devient l’égal d’un caṇḍāla (un paria).
Verse 7
कृत्वाभ्युदयिकं श्राद्धं पिता पुत्रस्य वाग्यतः । कुर्वीत नामनिर्द्देशं सूतकांते यथाविधि ॥ ७ ॥
Après avoir accompli le śrāddha de bon augure (abhyudayika), le père—au moment approprié pour l’enfant—doit, à la fin du sūtaka (période d’impureté liée à la naissance), proclamer solennellement le nom de l’enfant selon le rite prescrit.
Verse 8
अस्पष्टमर्थहीनं च ह्यतिगुर्वक्षरान्वितम् । न दद्यान्नाम विप्रेन्द तथा च विषमाक्षरम् ॥ ८ ॥
Ô le meilleur des brāhmaṇas, qu’on ne donne pas un nom obscur, dépourvu de sens, alourdi de syllabes trop pesantes, ni composé de syllabes irrégulières et inégales.
Verse 9
तृतीयवर्षे चौलं च पंचमे षष्टसम्मिते । सत्पमे चाष्टमे वापि कुर्याद् गृह्योक्तमार्गतः ॥ ९ ॥
La troisième année, on doit accomplir le rite de la coupe des cheveux (cūḍākaraṇa). À défaut, on peut le faire la cinquième, la sixième, voire la septième ou la huitième année, selon la procédure enseignée dans les Gṛhya-sūtra.
Verse 10
दैवयोगादतिक्रांते गर्भाधानादिकर्मणि । कर्तव्यः पादकृच्छ्रो वै चौले त्वर्द्धं प्रकल्पयेत् ॥ १० ॥
Si, par un concours inévitable du destin, les saṃskāra commençant par le garbhādhāna ont été manqués ou laissés expirer, il faut assurément accomplir l’expiation appelée pāda-kṛcchra; mais pour le cūḍā‑karma (tonsure), on n’en prescrit que la moitié.
Verse 11
गर्भाष्टमेऽष्टमे वाब्दे बटुकस्योपनायनम् । आषोडशाब्दपर्यंतं गौणं कालमुशंति च ॥ ११ ॥
L’upanayana (initiation au cordon sacré) d’un garçon est prescrit soit la huitième année comptée depuis la conception, soit la huitième année comptée depuis la naissance; et les sages déclarent aussi que jusqu’à la seizième année, le délai demeure secondaire (admissible sans être idéal).
Verse 12
गर्भैकादशमेऽब्दे तु राजन्यस्योपनायनम् । आद्वाविंशाब्दपर्यंतं कालमाहुर्विपश्चितः ॥ १२ ॥
Pour un kṣatriya (rājanya), l’upanayana (initiation à l’étude védique) est prescrit la onzième année comptée depuis la conception; les savants déclarent que la période permise s’étend jusqu’à la vingt-deuxième année.
Verse 13
वैश्वोपनयनं प्रोक्तं गर्भाद्द्वादशमे तथा । चतुर्विंशाब्दपर्यंतं गौणमाहुर्मनीषिणः ॥ १३ ॥
Le rite appelé « vaiśva‑upanayana » (upanayana universel) est dit devoir être accompli la douzième année comptée depuis la conception; et les sages déclarent que jusqu’à la vingt-quatrième année il demeure permis, mais seulement à titre secondaire (moins idéal).
Verse 14
एतत्कालावधेर्यस्य द्विजस्यातिक्रमो भवेत् । सावित्रीपतितं विद्यात्तं तु नैवालपेत्कदा ॥ १४ ॥
Si un deux-fois-né laisse s’écouler le délai prescrit sans observer la discipline de Sāvitrī, qu’on sache qu’il est déchu de Sāvitrī ; qu’on ne l’interpelle ni ne s’associe jamais à lui, en aucun temps.
Verse 15
द्विजोपनयने विप्र मुख्यकालव्यतिक्रमे । द्वादशाब्दं चरेत्कृच्छ्रं पश्चाज्चांद्रायणं तथा । सांतपनद्वयं चैव कृत्वा कर्म समाचरेत् ॥ १५ ॥
Ô brāhmane, si l’on a manqué le temps principal pour accomplir l’upanayana (initiation au cordon sacré) d’un deux-fois-né, qu’on observe la pénitence Kṛcchra durant douze ans ; ensuite qu’on accomplisse aussi le vœu Cāndrāyaṇa et, après deux pénitences Sāntapana, qu’on exécute alors le rite selon la règle.
Verse 16
अन्यथा पतितं विद्यात्कर्त्तापि ब्रह्महा भवेत् । र्मौजी विप्रस्य विज्ञेया धनुर्ज्या क्षत्त्रियस्य तु ॥ १६ ॥
Si l’on agit autrement, à l’encontre de la règle, qu’on sache que cela entraîne une chute hors du dharma ; et l’auteur devient lui aussi coupable comme un meurtrier de brāhmane. La ceinture maujī, faite d’herbe muñja, appartient au brāhmane ; tandis que la corde d’arc est l’emblème convenable du kṣatriya.
Verse 17
आवी वैश्यस्य विज्ञेया श्रूयतामजिने तथा । विप्रस्य चोक्तमैणेयं रौरवं क्षत्रियस्य तु ॥ १७ ॥
Sachez que la peau convenable pour le Vaiśya est la peau de mouton ; et écoutez aussi au sujet des peaux de cerf : pour le brāhmane, il est dit que c’est la peau d’antilope, tandis que pour le kṣatriya c’est la raurava, peau de cerf tachetée.
Verse 18
आजं वेश्यस्य विज्ञेयं दंडान्वक्ष्ये यथाक्रमम् । पालाशं ब्राह्मणस्योक्तं नृपस्यौदुम्बरं तथा ॥ १८ ॥
Sachez que le bâton (daṇḍa) du Vaiśya doit être fait de bois d’aja. Je décrirai les bâtons selon l’ordre : pour le brāhmane, il est dit bois de palāśa, et pour le roi (kṣatriya), bois d’udumbara.
Verse 19
बैल्वं वैश्यस्य विज्ञेय तत्प्रमाणं श्रृणुष्व मे । विप्रस्य केशमानं स्यादाललाटं नृपस्य च ॥ १९ ॥
Sache que la (juste) mesure pour le vaiśya est appelée « bailva ». Écoute-en la règle de ma bouche : pour le brāhmaṇa, la mesure va jusqu’à la naissance des cheveux ; pour le roi (kṣatriya), jusqu’au front.
Verse 20
नासाग्रसंमितं दण्डं वैश्यस्याहुर्विपश्चितः । तथा वासांसि वक्ष्यामि विप्रादीनां यथाक्रमम् ॥ २० ॥
Les sages déclarent que le bâton (daṇḍa) du vaiśya doit être mesuré jusqu’à la pointe du nez. À présent, j’exposerai aussi, dans l’ordre convenable, les vêtements prescrits aux brāhmaṇas et aux autres varṇa.
Verse 21
कषायं चैव मांजिष्टं हारिद्रं च प्रकीर्तितम् । उपनीतो द्विजो विप्र परिचर्यापरो गुरोः ॥ २१ ॥
Sont aussi proclamées les robes couleur ocre, rouge mañjiṣṭhā et jaune haridrā (curcuma). Après avoir reçu l’initiation du cordon sacré (upanayana, yajñopavīta), le « deux-fois-né » —ô brāhmaṇa— doit se vouer au service de son maître.
Verse 22
वेदग्रहणपर्यंतं निवसेद्गुरुवेश्मनि । प्रातः स्नायी भवेद्वर्णी समित्कुशफलादिकान् ॥ २२ ॥
Jusqu’à la pleine maîtrise des Veda, l’étudiant doit demeurer dans la maison du maître. Le brahmacārin se baignera à l’aube et procurera bois de feu, herbe kuśa, fruits et autres nécessités (pour le guru et les rites).
Verse 23
गुर्वर्थमाहरेन्नित्यं कल्ये कल्ये मुनीश्वर । यज्ञोपवीतमजिनं दंडं च मुनिसत्तम ॥ २३ ॥
Ô seigneur parmi les sages, chaque matin sans jamais faillir, il doit apporter chaque jour, pour le bien de son maître, le cordon sacré (yajñopavīta), la peau de daim et le bâton du mendiant, ô meilleur des ascètes.
Verse 24
नष्टे भ्रष्टे नवं मंत्राद्धृत्वा भ्रष्टं जले क्षिपेत् । वर्णिनो वर्त्तनं प्राहुर्भिक्षान्नेनैव केवलम् ॥ २४ ॥
Si le texte du mantra est perdu ou altéré, qu’on en prenne une version neuve et correcte auprès de l’enseignement du mantra, puis qu’on jette l’exemplaire fautif dans l’eau. Les sages déclarent que le juste moyen de subsistance du varṇin/brahmacārin est uniquement la nourriture obtenue par l’aumône.
Verse 25
भिक्षा च श्रोत्रियागारादाहरेत्प्रयतेंद्रियः । भवत्पूर्वं ब्राह्मणस्य भवन्मध्यं नृपस्य च ॥ २५ ॥
Les sens maîtrisés, qu’il recueille l’aumône auprès de la maison d’un śrotriya, savant du Veda. En s’adressant à un brāhmaṇa, qu’il place d’abord l’honorifique « bhavat » ; et en s’adressant à un roi, qu’il mette « bhavat » au milieu de la formule d’adresse.
Verse 26
भवदत्यं विशः प्रोक्तं भिक्षाहरणकं वचः । सांयप्रातर्वह्निकार्यं यथाचारं जितेंद्रियः ॥ २६ ॥
Qu’il ne prononce que des paroles vraies, comme il est prescrit pour le vaiśya, et qu’il vive de paroles convenables pour obtenir l’aumône. Maître de lui, qu’il accomplisse les rites du feu le soir et le matin, selon la règle de conduite établie.
Verse 27
कुर्यात्प्रतिदिनं वर्णीं ब्रह्मयज्ञं च तर्पणम् । अग्निकार्यपरित्यागी पतितः प्रोच्यते बुधैः ॥ २७ ॥
Un brahmacārin doit accomplir chaque jour la récitation du Veda, le Brahma-yajña et les offrandes de tarpaṇa. Celui qui abandonne les devoirs rituels du feu prescrits est proclamé par les sages comme un être déchu.
Verse 28
ब्रह्मयज्ञविहीनश्च ब्रह्महा परिकीर्तितः । देवताभ्यर्च्चनं कुर्याच्छुश्रूषानुपदं गुरोः ॥ २८ ॥
Celui qui néglige le Brahma-yajña est proclamé « tueur de Brahman » (brahmahā). C’est pourquoi il doit adorer les divinités et, sans relâche, rendre à son guru un service attentif et dévoué.
Verse 29
भिक्षान्नं भोजयेन्नित्यं नैकान्नाशी कदाचन । आनीयानिन्द्यविप्राणां गृहाद्भिक्षां जितेंद्रियः ॥ २९ ॥
Celui qui a conquis ses sens doit, chaque jour, ne se nourrir que d’aliments d’aumône, et ne jamais devenir un mangeur de maintes maisons. Les sens domptés, qu’il rapporte l’aumône des demeures de brāhmaṇa irréprochables.
Verse 30
निवेद्य गुरवेऽश्रीयाद्वाग्यतस्तदनुज्ञया । मधुस्त्रीमांसलवणं ताम्बूलं दंतधावनम् ॥ ३० ॥
Après en avoir d’abord fait l’offrande au Guru, et la parole tenue en bride, qu’on ne prenne qu’avec sa permission. Dans cette observance, qu’on renonce au miel, à la fréquentation des femmes, à la viande, au sel, au bétel (tāmbūla) et au nettoyage des dents.
Verse 31
उच्छिष्टभोजनं चैव दिवास्वापं च वर्जयेत् । छत्रपादुक गंधांश्च तथा माल्यानुलेपनम् ॥ ३१ ॥
Qu’on évite de manger des restes ou une nourriture impure, et qu’on s’abstienne aussi de dormir le jour. De même, qu’on renonce à l’ombrelle et aux chaussures, ainsi qu’aux parfums, guirlandes et onguents corporels.
Verse 32
जलकेलिं नृत्यगीतवाद्यं तु परिवर्जयेत् । परिवादं चोपतापं विप्रलापं तथांजनम् ॥ ३२ ॥
Qu’on renonce aux jeux d’eau, à la danse, au chant et à la musique instrumentale; et qu’on fuie aussi la médisance, le fait d’affliger autrui, les propos futiles et l’usage du collyre (añjana) comme parure.
Verse 33
पाषण्ड जनसंयोगं शूद्रसंगं च वर्जयेत् । अभिवादनशीलः स्याद् वृद्धेषु च यथाक्रमम् ॥ ३३ ॥
Qu’on évite la fréquentation des pāṣaṇḍa (hérétiques) et aussi toute compagnie inconvenante avec les śūdra. Qu’on soit porté aux salutations respectueuses et qu’on rende hommage aux aînés selon l’ordre convenable.
Verse 34
ज्ञानवृद्धास्तपोवृद्धा वयोवृद्धा इति त्रयः । आध्यात्मिकादिदुःखानि निवारयति यो गुरुः ॥ ३४ ॥
Il est trois sortes de « vénérables » : ceux qui sont mûrs en connaissance, ceux qui sont mûrs en austérité (tapas) et ceux qui sont mûrs en âge. Mais seul est véritablement le Guru celui qui écarte les souffrances, à commencer par les ādhātmika, les afflictions intérieures.
Verse 35
वेदशास्त्रोपदेशेन तं पूर्वमभिवादयेत् । असावहमिति ब्रूयाद्दिजो वै ह्यभिवादने ॥ ३५ ॥
Selon l’enseignement des Veda et des śāstra, on doit d’abord lui rendre hommage (au vénérable ou au maître). Et, au moment de la salutation, le dvija, le « deux-fois-né », doit dire : « Je suis… », en s’identifiant.
Verse 36
नाभिवाद्याश्च विप्रेण क्षत्रियाद्याः कथंचन । नास्तिकं भिन्नमर्यादं कृतन्घं ग्रामयाजकम् ॥ ३६ ॥
Un brāhmaṇa ne doit en aucune circonstance saluer comme inférieur un kṣatriya ni les varṇa inférieurs. De même, qu’il évite l’athée (nāstika), celui qui transgresse les règles établies, l’ingrat, et le prêtre de village qui accomplit des rites pour gagner sa vie.
Verse 37
स्तेनं च कितवं चैव कदाचिन्नाभिवादयेत् । पाषण्डं पतितं व्रात्यं तथा नक्षत्रजीविनम् ॥ ३७ ॥
Qu’on ne rende jamais salutations respectueuses à un voleur ni à un trompeur. Ni à un pāṣaṇḍa (hérétique), ni à un déchu, ni à un vrātya égaré hors de la discipline védique, ni à celui qui vit des étoiles, faisant de l’astrologie son gagne-pain.
Verse 38
तथा पातकिनं चैव कदाचिन्नाभिवादयेत् । उन्मत्तं च शठं धूर्त्तं धावन्तमशुचिं तथा ॥ ३८ ॥
De même, qu’on ne rende jamais de salutation rituelle à un pécheur. Qu’on ne salue pas non plus le fou, le fourbe, le roué, celui qui court, ni celui qui est impur.
Verse 39
अभ्यक्तशिरसं चैव जपन्तं नाभिवादयेत् । विवादशीलिनं चंडं वमंतं जलमध्यगम् ॥ ३९ ॥
On ne doit pas présenter de salutations à celui dont la tête est ointe d’huile, ni à celui qui est absorbé dans le japa. On ne salue pas non plus l’homme querelleur et violent, celui qui vomit, ni celui qui se tient au milieu de l’eau.
Verse 40
भिक्षान्नधारिणं चैव शयानं नाभिवादयेत् । भर्तृघ्नी पुष्पिणीं जारां सूतिकां गर्भपातिनीम् ॥ ४० ॥
On ne doit pas saluer avec révérence celui qui porte la nourriture d’aumône, ni celui qui est couché. De même, on ne salue pas la femme meurtrière de son mari, la femme en période de menstruation, l’adultère, la femme en couches, ni celle qui a provoqué une fausse couche ou un avortement.
Verse 41
कृतन्घीं च तथा चंडीं कदाचिन्नाभिवादयेत् । सभायां यज्ञशालायां देवतायतनेष्वपि ॥ ४१ ॥
On ne doit jamais présenter de salutations à une femme ingrate, ni à une femme violente ou impure—surtout dans une assemblée, dans la salle du yajña, ou même à l’intérieur des temples, demeures des divinités.
Verse 42
प्रत्येकं तु नमस्कारो हंति पुण्यं पुराकृतम् । श्राद्धं व्रतं तथा दानं देवताभ्यार्चनं तथा ॥ ४२ ॥
Mais chaque salutation faite à contre-rite détruit le mérite acquis auparavant ; elle amoindrit aussi les fruits des rites de śrāddha, des vœux sacrés (vrata), du don (dāna) et du culte rendu aux divinités.
Verse 43
यज्ञं च तर्पणं चैव कुर्वंतं नाभिवादयेत् । कृतेऽभिवादने यस्तु न कुर्यात्प्रतिवादनम् ॥ ४३ ॥
On ne doit pas adresser de salutation formelle à celui qui accomplit un yajña ou qui fait le tarpaṇa (libations). Et si quelqu’un, après avoir été salué, ne rend pas la salutation, cela aussi est une conduite impropre.
Verse 44
नाभिवाद्यः स विज्ञेयो यया शूद्रस्तथैव सः । प्रक्षाल्य पादावाचम्य गुरोरभिमुखः सदा ॥ ४४ ॥
Qu’on sache qu’il est de ceux qu’on ne doit pas saluer par une révérence—à cet égard, il est comme un Śūdra. Après s’être lavé les pieds et avoir accompli l’ācāmana (gorgée d’eau purificatrice), qu’on demeure toujours tourné vers le Guru, attentif et plein de respect.
Verse 45
तस्य पादौ च संगृह्य अधीयीत विचक्षणः । अष्टकासु चतुर्दश्यां प्रतिपत्पर्वणोस्तथा ॥ ४५ ॥
Le disciple avisé, après avoir saisi avec respect les pieds du maître, doit s’adonner à l’étude sacrée—surtout aux jours d’Aṣṭakā, au jour de caturdaśī (quatorzième jour lunaire), et aux conjonctions festives des parvan, tels pratipat et les autres jours parvan.
Verse 46
महाभरण्यां विप्रेद्रं श्रवणद्वादशीदिने । भाद्रपदापरपक्षे द्वितीयायां तथैव च ॥ ४६ ॥
Ô le meilleur des brāhmanes, qu’on l’observe au nakṣatra Mahābharaṇī, au jour de Śravaṇa-dvādaśī ; et de même au jour de dvitīyā (deuxième jour lunaire) durant la quinzaine sombre de Bhādrapada.
Verse 47
माघस्य शुक्लसप्तम्यां नवम्यामाश्विनस्य च । परिवेषं गते सूर्ये श्रोत्रिये गृहमागते ॥ ४७ ॥
Au septième jour de la quinzaine claire de Māgha, et aussi au neuvième jour d’Āśvina—lorsque le Soleil se montre entouré d’un halo (pariveṣa) et lorsqu’un brāhmane śrotriya, savant des Veda, arrive à la maison—ce sont des moments tenus pour très auspices à l’observance et au don.
Verse 48
बंधिते ब्रह्मणे चैव प्रवृद्धकलहे तथा । संध्यायां गर्जिते मेघे ह्यकाले परिवर्षणे ॥ ४८ ॥
Lorsqu’un brāhmane est mis en chaînes, lorsque les querelles s’enveniment grandement, lorsque les nuages grondent au crépuscule et lorsque la pluie tombe hors saison—tout cela est reconnu comme de funestes présages.
Verse 49
उल्काशनिप्रपाते च तथा विप्रेऽवमानिते । मन्वादिषु च देवर्षे युगादिषु चतुर्ष्वपि ॥ ४९ ॥
Ô Devarṣi, lorsque tombe une météore ou l’éclair, et de même lorsqu’un brāhmaṇa est outragé—ainsi qu’aux commencements d’un Manvantara et des quatre Yuga—il convient d’être particulièrement vigilant dans le dharma et d’accomplir les rites prescrits.
Verse 50
नाधीयीत द्विजः कश्चित्सर्वकर्मफलोत्सुकः । तृतीया प्राधवे शुक्ला भाद्रे कृष्णा त्रयोदशी ॥ ५० ॥
Aucun dvija (deux-fois-né) ne doit étudier les Écritures avec une avidité inquiète pour le fruit de chaque acte. De plus, l’étude doit être évitée à certains tithi : le troisième jour lunaire de la quinzaine claire du mois de Prādhava, et le treizième jour lunaire de la quinzaine sombre du mois de Bhādra.
Verse 51
कार्त्तिके नवमी शुद्धा माघे पंचदशी तिथिः । एता युगाद्याः कथिता दत्तस्याक्षयकारिकाः ॥ ५१ ॥
Au mois de Kārttika, le neuvième jour lunaire pur (Navamī), et au mois de Māgha, le quinzième jour lunaire (Paurṇimā), sont proclamés jours de ‘Yugādi’. Les dons (dāna) offerts alors produisent, dit-on, un mérite akṣaya, impérissable.
Verse 52
मन्वादींश्च प्रवक्ष्यामि श्रृणुष्व सुसमाहितः । अक्षयुक्छुक्लनवमी कार्तिके द्वादशी सिता ॥ ५२ ॥
Je vais maintenant exposer les Manus et ce qui s’ensuit ; écoute avec une attention parfaite. Le neuvième tithi de la quinzaine claire (Śukla Navamī) est appelé ‘Akṣayuk’, et, au mois de Kārttika, le douzième tithi de la quinzaine sombre (Kṛṣṇa Dvādaśī) est également mentionné.
Verse 53
तृतीया चैत्रमासस्य तथा भाद्रपदस्य च । आषाढशुक्लदशमी सिता माघस्य सप्तमी ॥ ५३ ॥
Le troisième tithi du mois de Caitra, et de même le troisième tithi du mois de Bhādrapada ; le dixième tithi de la quinzaine claire d’Āṣāḍha ; et le septième tithi de la quinzaine claire de Māgha—tels sont proclamés des tithis propices aux observances religieuses.
Verse 54
श्रावणस्याष्टमी कृष्णा तथाषाढी च पूर्णमा । फाल्गुनस्य त्वमावास्या पौषस्यैकादशी सिता ॥ ५४ ॥
Le huitième jour de la quinzaine sombre (Kṛṣṇāṣṭamī) de Śrāvaṇa, la pleine lune d’Āṣāḍha, la nouvelle lune (amāvasyā) de Phālguna, et l’onzième jour de la quinzaine claire (Śukla-ekādaśī) de Pauṣa : telles sont des dates lunaires particulièrement sacrées pour la pratique dévotionnelle.
Verse 55
कार्तिकी फाल्गुनी चैत्रीं ज्यैष्ठी पंचदशी सिता । मन्वादयः समाख्याता दत्तस्याक्षयकारिकाः ॥ ५५ ॥
Le quinzième jour de la quinzaine claire (pleine lune) en Kārtika, Phālguna, Caitra et Jyaiṣṭha—ainsi que les jours Manvādī—sont déclarés rendre le don (dāna) d’un mérite inépuisable.
Verse 56
द्विजैः श्रद्धं चकर्त्तव्यं मन्वादिषु युगादिषु । श्राद्धे निमंत्रिते चैवग्रहणे चंद्रसूर्ययोः ॥ ५६ ॥
Les dvija, les « deux-fois-nés », doivent accomplir le rite de śrāddha aux commencements des Manvantara et des Yuga ; de même lorsqu’ils sont conviés à un śrāddha, et aussi lors des éclipses de la lune et du soleil.
Verse 57
अयनद्वितये चैव तथा भूकंपने मुने । गलग्रहे दुर्द्दिने च नाधीयीत कदाचन ॥ ५७ ॥
Ô sage, qu’on n’entreprenne jamais l’étude védique durant les deux transitions de l’ayāna (passages solsticiaux), ni lors d’un tremblement de terre, ni lorsqu’on souffre d’un mal de gorge, ni aux jours de très mauvais temps.
Verse 58
एवमादिषु सर्वेषु अनध्यायेषु नारद । अधीयतां सुमूढानांप्रजांप्रज्ञांयशः श्रियम् ॥ ५८ ॥
Ô Nārada, en toutes ces circonstances d’anadhyāya (où l’étude védique doit être suspendue), si les plus égarés persistent à étudier, ils se verront privés de descendance, d’intelligence, de renommée et de prospérité.
Verse 59
आयुष्यं बलमारोग्यं निकृंतति यमः स्वयम् । अनध्याये तु योऽधीते तं विद्याद्वब्रह्मघातकम् ॥ ५९ ॥
Yama lui-même tranche la durée de vie, la force et la santé. Sachez que celui qui étudie pendant une période interdite (anadhyāya) est considéré comme un tueur de Brahman.
Verse 60
न तं संभाषयेद्विप्रन तेन सह संवसेत् । कुंडगोलकयोः केचिज्जडादीनां च नारद ॥ ६० ॥
Un Brahmane ne doit ni converser avec lui ni vivre avec lui. Ô Narada, certains disent que cette règle s'applique aussi au kunda, au golaka et aux sots.
Verse 61
वदंति चोपनयनं तत्पुत्रादिषु केचन । अनधीत्य तु यो वेदमन्त्रय कुरुते श्रमम् ॥ ६१ ॥
Certains disent que le rite de l'Upanayana doit être accompli pour les fils. Mais quiconque récite des mantras védiques sans étude appropriée travaille en vain.
Verse 62
शूद्रतुल्यः स विज्ञेयो नरकस्य प्रियोऽतिथिः । अनधीतश्रुतिर्विप्र आचार प्रतिपद्यते ॥ ६२ ॥
Un Brahmane qui n'a pas étudié la Sruti est considéré comme l'égal d'un Shudra, un invité bienvenu en enfer, même s'il adopte une conduite appropriée.
Verse 63
नाचारफलमान्पोति यथा शूद्रस्तथैव सः । नित्यं नैमित्तिकं काम्यं यच्चान्यत्कर्म वैदिकम् ॥ ६३ ॥
Il n'obtient pas le fruit d'une conduite appropriée, tout comme un Shudra ; il ne tire aucun résultat des rites védiques quotidiens, occasionnels ou motivés par le désir.
Verse 64
अनधीतस्य विप्रस्य सर्वं भवति निष्फलम् । शब्दब्रह्ममयो विष्णुर्वेदः साक्षाद्धारि स्मृकतः ॥ ६४ ॥
Pour le brāhmaṇa qui n’a pas étudié le Veda, tout devient sans fruit. Viṣṇu est de la nature du Śabda‑Brahman, et le Veda est rappelé comme Hari Lui‑même, manifesté directement.
Verse 65
वेदाध्यायी ततो विप्रः सर्वान्कामानवाप्नुयात् ॥ ६५ ॥
Ainsi, le brāhmaṇa voué à l’étude du Veda obtient tous les buts désirés.
Because varṇāśrama-dharma is presented as a regulated sacramental and ethical system; rejecting one’s ordained duty disrupts ritual order and eligibility for Vedic rites, so the text labels such a person as excluded from dharma to protect śāstric continuity and communal purity norms.
It assigns varṇa-specific windows (with an extended ‘secondary’ allowance) and declares that letting the principal time pass causes a fall from Sāvitrī discipline; restoration requires heavy prāyaścitta (long kṛcchra observance, cāndrāyaṇa, and sāntapana penances) before performing the rite properly.
Anadhyāya is the mandated suspension of Vedic study on certain calendrical junctures, omens, and disruptions (e.g., solstices, eclipses, earthquakes, severe weather, impurity/illness). The chapter frames violation as spiritually ruinous and even ‘brahma-hatyā’-like, underscoring that correct recitation is inseparable from correct time and purity.
It culminates by identifying Viṣṇu with Śabda-Brahman and remembering the Veda as Hari manifest; thus disciplined study is not merely scholastic but a devotional participation in divine presence.