Adhyaya 39
Uttara BhagaAdhyaya 39100 Verses

Adhyaya 39

Narmadā–Tīrtha-Māhātmya: Sequence of Sacred Fords and Their Fruits

Poursuivant l’enseignement de pèlerinage de l’Uttara-bhāga, Mārkaṇḍeya s’adresse à Yudhiṣṭhira et ouvre un Narmadā-māhātmya détaillé. Le chapitre élève d’abord la Narmadā, née de Rudra, destructrice des péchés et louée par tous; puis il déroule un itinéraire de tīrtha sur les deux rives. Chaque gué sacré prescrit un acte—bain, jeûne, culte, dāna, śrāddha, tarpaṇa, circumambulation—et en énonce le phala: délivrance des fautes, libération des dettes, guérison, royauté, accès à Rudraloka/Viṣṇuloka/Brahmaloka/Sūryaloka/Somaloka, voire absence de renaissance. Le récit manifeste une synthèse śaiva–vaiṣṇava: les liṅga de Śiva dominent, mais Hari est explicitement adoré à Śakra-tīrtha pour obtenir Viṣṇuloka, et Nārāyaṇa est dit se manifester en liṅga pour la vénération des sages. Le sommet est Śukla-tīrtha, présenté comme sans égal pour laver les grands péchés et accorder la libération par des observances liées aux dates lunaires et à la saṅkrānti. La conclusion prolonge la route vers d’autres gués—Yama-tīrtha, Eraṇḍī, Kārṇāṭikeśvara, Kapilā-tīrtha et la région de Gaṇeśvara/Gaṅgeśvara—préparant la suite de la géographie sacrée de la Narmadā et des calendriers rituels.

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Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे अष्टात्रिशो ऽध्यायः मार्कण्डेय उवाच नर्मदा सरितां श्रेष्ठा सर्वपापविनाशिनी / मुनिभिः कथिता पूर्वमीश्वरेण स्वयंभुवा

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā, dans la section ultérieure : le trente-huitième chapitre. Mārkaṇḍeya dit : « La Narmadā est la plus éminente des rivières, destructrice de tous les péchés ; louée depuis l’antiquité par les sages, et même par le Seigneur Né-de-Lui-même (Brahmā). »

Verse 2

मुनिभिः संस्तुता ह्येषा नर्मदा प्रवरा नदी / रुद्रगात्राद् विनिष्क्रान्ता लोकानां हितकाम्यया

En vérité, cette Narmadā est louée par les munis comme la plus éminente des rivières. Elle jaillit du corps de Rudra, désirant le bien de tous les mondes.

Verse 3

सर्वपापहरा नित्यं सर्वदेवनमस्कृता / संस्तुता देवगन्धर्वैरप्यरोभिस्तथैव च

Elle, qui dissipe à jamais tous les péchés et devant qui tous les dieux s’inclinent, est célébrée par les Deva et les Gandharva, ainsi que par les Apsaras.

Verse 4

उत्तरे चैव तत्कूले तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् / नाम्ना भद्रेश्वरं पुण्यं सर्वपापहरं शुभम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् दैवतैः सह मोहते

Et sur la rive septentrionale de ce fleuve, ô Roi, se trouve un gué sacré renommé dans les trois mondes, nommé Bhadreśvara — pur, auspicious et qui efface tous les péchés. S’y baignant, ô Roi, l’homme se réjouit avec les dieux.

Verse 5

ततो गच्छेत राजेन्द्र तीर्थमाम्रातकेश्वरम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् गोसहस्रफलं लभेत्

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’il se rende au tirtha d’Āmrātakeśvara. S’y baignant, ô Roi, l’homme obtient un mérite égal au don de mille vaches.

Verse 6

ततो ऽङ्गारेश्वरं गच्छेन्नियतो नियताशनः / सर्वपापविशुद्धात्मा रुद्रलोके महीयते

Ensuite, qu’il se rende à Aṅgāreśvara, dans la discipline et la sobriété du régime. Purifié intérieurement de tout péché, il est honoré dans le monde de Rudra (Rudraloka).

Verse 7

ततो गच्छेत राजेन्द्र केदारं नाम पुण्यदम् / तत्र स्नात्वोदकं कृत्वा सर्वान् कामानवाप्नुयात्

Alors, ô meilleur des rois, qu’on se rende au lieu sacré nommé Kedāra, dispensateur de mérite. Après s’y être baigné et avoir accompli selon le rite les offrandes d’eau, on obtient l’accomplissement de tous les buts désirés.

Verse 8

पिप्पलेशं ततो गच्छेत् सर्वपापविनाशनम् / तत्र स्नात्वा महाराज रुद्रलोके महीयते

Ensuite, qu’on aille à Pippaleśa, destructeur de tous les péchés. S’y étant baigné, ô grand roi, l’être est honoré dans le monde de Rudra (Rudraloka).

Verse 9

ततो गच्छेत राजेन्द्र विमलेश्वरमुत्तमम् / तत्र प्राणान् परित्यज्य रुद्रलोकमवाप्नुयात्

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au sanctuaire suprêmement excellent de Vimaleśvara. Ayant là déposé les souffles de la vie, on atteint le monde de Rudra (Śiva).

Verse 10

ततः पुष्करिणीं गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र इन्द्रस्यार्धासनं लभेत्

Ensuite, qu’on se rende à la Puṣkariṇī, l’étang sacré aux lotus, et qu’on s’y baigne selon le rite. Par le seul fait de s’y baigner, un homme obtient un siège égal à la moitié de la souveraineté d’Indra.

Verse 11

ततो गच्छेत राजेन्द्र शूलभेदमिति श्रुतम् / तत्र स्नात्वार्चयेद् देवं गोसहस्रफलं लभेत्

Puis, ô meilleur des rois, qu’on se rende au lieu sacré appelé —dit-on— Śūlabheda. Après s’y être baigné et avoir adoré la Divinité, on obtient un mérite égal au don de mille vaches.

Verse 12

ततो गच्छेत राजेन्द्र बलितीर्थमनुत्तम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् सिहासनपतिर्भवेत्

Alors, ô seigneur des rois, qu’on se rende au Bali-tīrtha sans égal. S’y étant baigné, ô Roi, l’homme devient maître du trône et obtient la souveraineté.

Verse 13

शक्रतीर्थं ततो गच्छेत् कूले चैव तु दक्षिणे / उपोष्य रजनीमेकां स्नानं कृत्वा यथाविधि

Ensuite, qu’on aille au Śakra-tīrtha, sur la rive du sud. Après avoir observé un jeûne d’une nuit, qu’on s’y baigne selon le rite prescrit.

Verse 14

आराधयेन्महायोगं देवं नारायणं हरिम् / गोसहस्रफलं प्राप्य विष्णुलोकं स गच्छति

Quiconque adore le Seigneur Nārāyaṇa—Hari, le Grand Yogin (Mahāyoga) lui-même—obtient un mérite égal au don de mille vaches, puis gagne le monde de Viṣṇu.

Verse 15

ऋषितीर्थं ततो गत्वा सर्वपापहरं नृणाम् / स्नातमात्रो नरस्तत्र शिवलोके महीयते

Puis, qu’on se rende au Ṛṣi-tīrtha, qui efface tous les péchés des hommes. Par le seul fait de s’y baigner, l’homme est honoré dans le monde de Śiva.

Verse 16

नारदस्य तु तत्रैव तीर्थं परमशोभनम् / स्नातमात्रो नरस्तत्र गोसहस्रफलं लभेत्

Là même se trouve le tīrtha de Nārada, d’une splendeur suprême. L’homme qui s’y baigne seulement obtient un mérite égal au don de mille vaches.

Verse 17

यत्र तप्तं तपः पूर्वं नारदेन सुरर्षिणा / प्रतीस्तस्य ददौ योगं देवदेवो महेश्वरः

En ce lieu même où le sage divin Nārada avait jadis accompli de brûlantes austérités, Maheśvara, Dieu des dieux, satisfait, lui accorda la discipline du Yoga.

Verse 18

ब्रह्मणा निर्मितं लिङ्गं ब्रह्मेश्वरमिति श्रुतम् / यत्र स्नात्वा नरो राजन् ब्रह्मलोके महीयते

On dit que ce liṅga fut façonné par Brahmā et qu’il est renommé sous le nom de « Brahmeśvara ». Ô Roi, celui qui s’y baigne est honoré et élevé dans le monde de Brahmā (Brahmaloka).

Verse 19

ऋणतीर्थं ततो गच्छेत् स ऋणान्मुच्यते ध्रुवम् / महेश्वरं ततो गच्छेत् पर्याप्तं जन्मनः फलम्

Ensuite, qu’on se rende à Ṛṇa-tīrtha : par cela, on est assurément délivré des dettes. Puis qu’on aille à Maheśvara : là, le fruit de la naissance devient pleinement suffisant, accompli dans son but.

Verse 20

भीमेश्वरं ततो गच्छेत् सर्वव्याधिविनाशनम् / स्नातमात्रो नरस्तत्र सर्वदुःखैः प्रमुच्यते

Ensuite, qu’on aille à Bhīmeśvara, le destructeur de toutes les maladies. Par le seul fait de s’y baigner, l’homme est délivré de toutes les peines.

Verse 21

ततो गच्छेत राजेन्द्र पिङ्गलेश्वरमुत्तमम् / अहोरात्रोपवासेन त्रिरात्रफलमाप्नुयात्

Puis, ô le meilleur des rois, qu’on se rende au sanctuaire suprême de Piṅgaleśvara. En y jeûnant un jour et une nuit, on obtient un mérite égal à l’observance de trois nuits.

Verse 22

तस्मिंमस्तीर्थे तु राजेन्द्र कपिलां यः प्रयच्छति / यावन्ति तस्या रोमाणि तत्प्रसूतिकुलेषु च / तावद् वर्षसहस्राणि रुद्रलोके महीयते

Ô le meilleur des rois, quiconque donne une vache fauve en ce gué sacré—autant qu’il y a de poils sur son corps, et dans les lignées issues de sa descendance—autant de milliers d’années il est honoré dans le monde de Rudra (Śiva).

Verse 23

यस्तु प्राणपरित्यागं कुर्यात् तत्र नराधिप / अक्षयं मोदते कालं यावच्चन्द्रदिवाकरौ

Mais celui qui, ô roi, y abandonne sa vie, se réjouit d’une béatitude impérissable aussi longtemps que durent la lune et le soleil.

Verse 24

नर्मदातटमाश्रित्य तिष्ठन्ते ये तु मानवाः / ते मृताः स्वर्गमायान्ति सन्तः सुकृतिनो यथा

Ceux qui prennent refuge sur la rive de la Narmadā et y demeurent—à leur mort, ils gagnent le ciel, tels les justes riches de mérite.

Verse 25

ततो दीप्तेश्वरं गच्छेद् व्यासतीर्थं तपोवनम् / निवर्तिता पुरा तत्र व्यासभीता महानदी / हुङ्कारिता तु व्यासेन दक्षिणेन ततो गता

Ensuite, qu’on aille à Dīpteśvara, au Vyāsa-tīrtha dans la forêt des austérités. Jadis, le grand fleuve d’alors fut refoulé, effrayé par Vyāsa ; et lorsque Vyāsa proféra le huṅkāra d’autorité, il se mit dès lors à couler vers le sud.

Verse 26

प्रदक्षिणं तु यः कुर्यात् तस्मिंस्तीर्थे युधिष्ठिर / प्रीतस्तस्य भवेद् व्यासो वाञ्छितं लभते फलम्

Ô Yudhiṣṭhira, quiconque accomplit la pradakṣiṇā (circumambulation) en ce tirtha devient cher à Vyāsa ; et il obtient le fruit désiré de son vœu.

Verse 27

ततो गच्छेत राजेन्द्र इक्षुनद्यास्तु संगमम् / त्रैलोक्यविश्रुतं पुण्यं तत्र सन्निहितः शिवः / तत्र स्तनात्वा नरो राजन् गाणपत्यमवाप्नुयात्

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au confluent de la rivière Ikṣu, lieu saint renommé dans les trois mondes. Là, Śiva est présent d’une manière toute particulière; et, après s’y être baigné, ô roi, l’homme obtient l’état de Gaṇapati, chef parmi les gaṇas de Śiva.

Verse 28

स्कन्दतीर्थं ततो गच्छेत् सर्वपापप्रणाशनम् / आजन्मनः कृतं पापं स्नातस्तीव्रं व्यपोहति

Puis qu’on aille à Skanda-tīrtha, destructeur de tous les péchés. Celui qui s’y baigne efface avec puissance même les fautes commises depuis la naissance.

Verse 29

तत्र देवाः सगन्धर्वा भवात्मजमनुत्तमम् / उपासते महात्मानं स्कन्दं शक्तिधिरं प्रभुम्

Là, les dieux, avec les Gandharvas, rendent un culte à Skanda, l’incomparable fils de Bhava (Śiva) : le Seigneur magnanime, le puissant porteur de la lance Śakti.

Verse 30

ततो गच्छेदाङ्गिरसं स्नानं तत्र समाचरेत् / गोसहस्रफलं प्राप्य रुद्रलोकं स गच्छति

Ensuite, qu’on se rende au lieu de bain d’Āṅgirasa et qu’on y accomplisse comme il se doit l’ablution sacrée. Ayant obtenu un mérite égal au don de mille vaches, on gagne le monde de Rudra.

Verse 31

अङ्गिरा यत्र देवेशं ब्रह्मपुत्रो वृषध्वजम् / तपसाराध्य विश्वेशं लब्धवान् योगमुत्तमम्

En ce lieu même, Aṅgiras —fils de Brahmā—, par l’austérité, adora le Seigneur des dieux, le Maître de l’univers, Śiva au drapeau du Taureau; et il obtint le Yoga suprême.

Verse 32

कुशतीर्थं ततो गच्छेत् सर्वपापप्रणाशनम् / स्नानं तत्र प्रकुर्वोत अश्वमेधफलं लभेत्

Ensuite, qu’on se rende à Kuśa-tīrtha, le gué sacré qui anéantit tous les péchés. En s’y baignant, on obtient un mérite égal à celui du sacrifice Aśvamedha.

Verse 33

कोटितीर्थं ततो गच्छेत् सर्वपापप्रणाशनम् / तत्र स्त्रात्वा नरो राज्यं लभते नात्र संशयः

Ensuite, qu’on se rende à Koṭitīrtha, le gué sacré qui détruit tous les péchés. Après s’y être baigné, un homme obtient la royauté ; il n’y a là aucun doute.

Verse 34

चन्द्रभागां ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र सोमलोके महीयते

Ensuite, qu’on se rende à la rivière Chandrabhāgā et qu’on y accomplisse comme il se doit le bain sacré. Par le seul fait de s’y baigner, l’homme est honoré et exalté dans le monde de Soma (le royaume lunaire).

Verse 35

नर्मदादक्षिणे कूले संगमेश्वरमुत्तमम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् सर्वयज्ञफलं लभेत्

Sur la rive méridionale de la Narmadā se trouve le lieu saint suprême nommé Saṅgameśvara. Ô Roi, en s’y baignant, on obtient le mérite, fruit de tous les sacrifices.

Verse 36

नर्मदायोत्तरे कूले तीर्थं परमशोभनम् / आदित्यायतनं रम्यमीश्वरेण तु भाषितम्

Sur la rive septentrionale de la Narmadā se trouve un tīrtha d’une splendeur suprême : le sanctuaire délicieux d’Āditya, le Soleil, proclamé par Īśvara Lui-même.

Verse 37

तत्र स्नात्वा तु राजेन्द्र दत्त्वा दानं तु शक्तितः / तस्य तीर्थप्रभावेण लभते चाक्षयं फलम्

Ô meilleur des rois, après s’y être baigné et avoir fait l’aumône selon ses moyens, par la puissance purificatrice de ce tīrtha sacré, l’homme obtient un fruit impérissable.

Verse 38

दरिद्रा व्याधिता ये तु ये च दुष्कृतकारिणः / मुच्यन्ते सर्वपापेभ्यः सूर्यलोकं प्रयान्ति च

Même les pauvres, les malades et ceux qui ont commis des fautes sont délivrés de tous les péchés et parviennent au royaume de Sūrya, le Soleil divin.

Verse 39

मार्गेश्वरं ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र स्वर्गलोकमवाप्नुयात्

Ensuite, qu’on se rende à Mārgeśvara et qu’on y accomplisse comme il se doit le bain rituel. Celui qui s’y baigne, ne fût-ce qu’une fois, atteint le monde céleste.

Verse 40

ततः पश्चिमतो गच्छेन्मरुदालयमुत्तमम् / तत्र स्नात्वा तु राजेन्द्र शुचिर्भूत्वा प्रयत्नतः

Ensuite, qu’on aille vers l’ouest au lieu sacré excellent nommé Marudālaya. Ô meilleur des rois, après s’y être baigné, qu’on se rende pur par un effort assidu.

Verse 41

काञ्चनं तु द्विजो दद्याद् यथाविभवविस्तरम् / पुष्पकेण विमानेन वायुलोकं स गच्छति

Mais si un dvija, un « deux-fois-né », donne de l’or selon toute l’étendue de ses moyens, il gagne le monde de Vāyu, porté par un vimāna céleste paré de fleurs.

Verse 42

ततो गच्छेत राजेन्द्र अहल्यातीर्थमुत्तमम् / स्नानमात्रादप्सरोभिर्मोदते कालमक्षयम्

Alors, ô meilleur des rois, qu’on se rende au très saint Ahalyā-tīrtha, le plus excellent. Par le seul bain sacré en ce lieu, on se réjouit en compagnie des apsarās pour un temps impérissable.

Verse 43

चैत्रमासे तु संप्राप्ते शुक्लपक्षे त्रयोदशी / कामदेवदिने तस्मिन्नहल्यां यस्तु पूजयेत्

Lorsque vient le mois de Caitra, au treizième jour lunaire (trayodaśī) de la quinzaine claire — en ce jour consacré à Kāmadeva — quiconque vénère Ahalyā avec dévotion…

Verse 44

यत्र तत्र नरोत्पन्नो वरस्तत्र प्रियो भवेत् / स्त्रीवल्लभो भवेच्छ्रीमान् कामदेव इवापरः

Où que naisse un tel homme d’excellence, là même il devient aimé. Il est cher aux femmes, comblé de prospérité et d’éclat, tel un autre Kāmadeva.

Verse 45

अयोध्यां तु समासाद्य तीर्थं शक्रस्य विश्रुतम् / स्नातमात्रो नरस्तत्र गोसहस्रफलं लभेत्

Parvenu à Ayodhyā — le tīrtha renommé associé à Śakra (Indra) — l’homme qui s’y baigne seulement obtient un mérite égal au don de mille vaches.

Verse 46

सोमतीर्थं ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र सर्वपापैः प्रमुच्यते

Ensuite, qu’on aille à Somatīrtha et qu’on y accomplisse comme il se doit le bain sacré. Dès qu’un homme s’y baigne, il est délivré de tous les péchés.

Verse 47

सोमग्रहे तु राजेन्द्र पापक्षयकरं भवेत् / त्रैलोक्यविश्रुतं राजन् सोमतीर्थं महाफलम्

Ô le meilleur des rois, au temps du Soma-graha (observance liée à la Lune, surtout lors d’une éclipse), cela devient cause de la destruction des péchés. Ô roi, le Somatīrtha—renommé dans les trois mondes—confère un grand fruit spirituel.

Verse 48

यस्तु चान्द्रायणं कुर्यात् तत्र तीर्थे समाहितः / सर्वपापविशुद्धात्मा सोमलोकं स गच्छति

Quiconque accomplit là, en ce tīrtha, le vœu de Cāndrāyaṇa, l’esprit recueilli—l’âme purifiée de tous les péchés—parvient au Somaloka, le monde de Soma (la Lune).

Verse 49

अग्निप्रवेशं यः कुर्यात् सोमतीर्थे नराधिप / जले चानशनं वापि नासौ मर्त्यो ऽभिजायते

Ô souverain, celui qui entre dans le feu au Somatīrtha—ou même accomplit l’anasana, jeûne jusqu’à la mort dans ses eaux—ne renaît plus comme mortel.

Verse 50

स्तम्भतीर्थं ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र सोमलोके महीयते

Ensuite, qu’il aille au Stambha-tīrtha et y accomplisse dûment le bain rituel. Pour s’y être baigné ne fût-ce qu’une fois, l’homme est honoré et exalté dans le Somaloka.

Verse 51

ततो गच्छेत राजेन्द्र विष्णुतीर्थमनुत्तमम् / योधनीपुरमाख्यातं विष्णोः स्थानमनुत्तमम्

Ensuite, ô le meilleur des rois, qu’il se rende au Viṣṇu-tīrtha sans égal, appelé Yodhanīpura, demeure incomparable de Viṣṇu.

Verse 52

असुरा योधितास्तत्र वासुदेवेन कोटिशः / तत्र तीर्थं समुत्पन्नं विष्णुश्रीको भवेदिह / अहोरात्रोपवासेन ब्रह्महत्यां व्यपोहति

Là, Vāsudeva livra bataille aux Asuras par millions. De cet événement naquit un tīrtha sacré ; en ce lieu, on est comblé de la gloire et de la fortune de Viṣṇu. Par le jeûne d’un jour et d’une nuit, on efface même le péché de brahmahatyā, le meurtre d’un brahmane.

Verse 53

नर्मदादक्षिणे कूले तीर्थं परमशोभनम् / कामतीर्थमिति ख्यातं यत्र कामोर्ऽचयद् भवम्

Sur la rive méridionale de la Narmadā se trouve un tīrtha d’une splendeur suprême. Il est renommé Kāma-tīrtha, là où Kāma, dieu du désir, rendit un culte à Bhava (Śiva).

Verse 54

तस्मिंस्तीर्थे नरः स्नात्वा उपवासपरायणः / कुसुमायुधरूपेण रुद्रोलोके महीयते

Celui qui se baigne en ce tīrtha et se voue au jeûne est honoré dans le monde de Rudra, revêtant la forme de Kusumāyudha, « l’Armé de fleurs » (c’est-à-dire Kāma).

Verse 55

ततो गच्छेत राजेन्द्र ब्रह्मतीर्थमनुत्तमम् / उमाहकमिति ख्यातं तत्र संतर्पयेत् पितॄन्

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au Brahma-tīrtha sans égal, connu sous le nom d’Umāhaka ; là, qu’on accomplisse les offrandes qui apaisent les Pitṛs, les ancêtres.

Verse 56

पौर्णमास्याममावास्यां श्र्धं कुर्याद् यथाविधि / गजरूपा शिला तत्र तोयमध्ये व्यवस्थिता

À la pleine lune et à la nouvelle lune, qu’on accomplisse le rite de śrāddha selon la règle. Là, au milieu des eaux, se dresse une pierre en forme d’éléphant, solidement établie.

Verse 57

तस्मिंस्तु दापयेत् पिण्डान् वैशाख्यान्तु विशेषतः / स्नात्वा समाहितमना दम्भमात्सर्यवर्जितः / तृप्यन्ति पितरस्तस्य यावत् तिष्ठति मेदिनी

En cette occasion, qu’on fasse offrir des piṇḍa, surtout durant le mois de Vaiśākha. Après le bain rituel, l’esprit recueilli, sans ostentation ni jalousie, ses ancêtres demeurent comblés aussi longtemps que la terre subsiste.

Verse 58

सिद्धेश्वरं ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / स्नातमात्रो नरस्तत्र गाणपत्यपदं लभेत्

Ensuite, qu’on se rende à Siddheśvara et qu’on y accomplisse comme il se doit le bain rituel. Par le seul fait de s’y baigner, l’homme obtient l’état de Gaṇapatya, appartenant au domaine divin de Gaṇapati.

Verse 59

ततो गच्छेत राजेन्द्र लिङ्गो यत्र जनार्दनः / तत्र स्नात्वा तु राजेन्द्र विष्णुलोके महीयते

Ensuite, ô roi des rois, qu’on se rende au liṅga où Janārdana (Viṣṇu) est présent. Après s’y être baigné, ô roi, on est honoré et glorifié dans le monde de Viṣṇu (Viṣṇuloka).

Verse 60

यत्र नारायणो देवो मुनोनां भावितात्मनाम् / स्वात्मानं दर्शयामास लिङ्गं तत् परमं पदम्

C’est le lieu où le Seigneur Nārāyaṇa, le Dieu, révéla son propre Soi aux sages dont l’esprit, purifié, demeurait en contemplation. Là, cette auto-manifestation même sous la forme du (divin) Liṅga est la demeure suprême.

Verse 61

अङ्कोलं तु ततो गच्छेत् सर्वपापविनाशनम् / स्नानं दानं च तत्रैव ब्राह्मणानां च भोजनम् / पिण्डप्रिदानं च कृतं प्रेत्यानन्तफलप्रदम्

Ensuite, qu’on aille à Ankola, qui détruit tous les péchés. Là, qu’on se baigne, qu’on fasse des dons et qu’on nourrisse les brāhmaṇa. Et l’offrande de piṇḍa ainsi accomplie accorde un fruit inépuisable après la mort.

Verse 62

त्रैयम्बकेन तोयेन यश्चरुं श्रपयेत् ततः / अङ्कोलमूले दद्याच्च पिण्डांश्चैव यथाविधि / तारिताः पितरस्तेन तृप्यन्त्याचन्द्रतारकम्

Celui qui fait cuire l’offrande sacrée de riz (caru) avec l’eau consacrée à Tryambaka (Śiva) et, selon la règle, dépose les piṇḍa au pied de l’aṅkola : par cet acte, les Pitṛ (ancêtres) sont délivrés et demeurent comblés aussi longtemps que brillent la lune et les étoiles (c’est-à-dire très longtemps).

Verse 63

ततो गच्छेत राजेन्द्र तापसेश्वरमुत्तमम् / तत्र स्नात्वा तु राजेन्द्र प्राप्नुयात् तपसः फलम्

Ensuite, ô roi des rois, qu’on se rende au suprême Tapaseśvara, Seigneur des ascètes. Après s’y être baigné, ô meilleur des rois, on obtient le fruit du tapas (l’austérité sacrée).

Verse 64

शुक्लतीर्थं ततो गच्छेत् सर्वपापविनाशनम् / नास्ति तेन सम तीर्थं नर्मदायां युधिष्ठिर

Ensuite, qu’on se rende à Śukla-tīrtha, qui détruit tous les péchés. Ô Yudhiṣṭhira, dans le domaine de la Narmadā, nul gué sacré ne lui est égal.

Verse 65

दर्शनात् स्पर्शनात् तस्य स्नानदानतपोजपात् / होमाच्चैवोपवासाच्च शुक्लतीर्थे महत् फलम्

À Śukla-tīrtha, un grand fruit spirituel naît du seul fait de le voir et de le toucher; et aussi du bain sacré, du don (dāna), du tapas, de la récitation du japa, du homa (offrande au feu) et du jeûne.

Verse 66

योजनं तत् स्मृतं क्षेत्रं देवगन्धर्वसेवितम् / शुक्लतीर्थमिति ख्यातं सर्वपापविनाशनम्

On dit que ce domaine sacré s’étend sur un yojana ; il est fréquenté par les dieux et les Gandharva. Il est renommé Śukla-tīrtha, le gué saint qui détruit tous les péchés.

Verse 67

पादपाग्रेण दृष्टेन ब्रह्महत्यां व्यपोहति / देव्या सह सदा भर्गस्तत्र तिष्ठति शङ्करः

Rien qu’en le contemplant, fût-ce depuis la pointe du pied, le péché de brahma-hatyā (l’impureté suprême d’avoir tué un brāhmaṇa) est dissipé. Là, Śaṅkara—Bharga lui-même—demeure à jamais avec la Déesse (Devī).

Verse 68

कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां वैशाखे मासि सुव्रत / कैलासाच्चाभिनिष्क्रम्य तत्र सन्निहितो हरः

Ô toi qui observes noblement les vœux, au mois de Vaiśākha, le quatorzième jour (caturdaśī) de la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa), Hara (Śiva) quitte Kailāsa et se tient alors tout particulièrement présent en ce lieu sacré.

Verse 69

देवदानवगन्धर्वाः सिद्धविद्याधरास्तथा / गणाश्चाप्सरसां नागास्तत्र तिष्ठन्ति पुङ्गव

Ô le meilleur des hommes, là demeurent les dieux, les Dānavas et les Gandharvas; de même les Siddhas et les Vidyādharas, avec les divines troupes des Gaṇas, les Apsaras et les Nāgas.

Verse 70

रजकेन यथा वस्त्रं शुक्लं भवति वारिणा / आजन्मनि कृतं पापं शुक्लतीर्थे व्यपोहति / स्नानं दानं तपः श्राद्धमनन्तं तत्र दृश्यते

De même que le blanchisseur rend le vêtement blanc par l’eau, ainsi à Śuklatīrtha les péchés amassés depuis la naissance sont lavés. Là, les fruits du bain sacré, du don (dāna), de l’austérité (tapas) et du śrāddha (offrande aux ancêtres) se révèlent sans limite.

Verse 71

शुक्लतीर्थात् परं तीर्थं न भूतं न भविष्यति / पूर्वे वयसि कर्माणि कृत्वा पापानि मानवः / अहोरात्रोपवासेन शुक्लतीर्थे व्यपोहति

Il n’est point de lieu saint plus élevé que Śuklatīrtha : il n’en fut jamais dans le passé, et il n’en naîtra pas dans l’avenir. L’homme qui a commis des fautes dans sa jeunesse peut les effacer à Śuklatīrtha en observant un jeûne total d’un jour et d’une nuit (ahorātra-upavāsa).

Verse 72

कार्तिकस्य तु मासस्य कृष्णपक्षे चतुर्दशी / घृतेन स्नापयेद् देवमुपोष्य परमेश्वरम् / एकविंशत्कुलोपेतो न च्यवेदैश्वरात् पदात्

Au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) de la quinzaine sombre du mois de Kārtika, après avoir observé le jeûne, qu’on baigne le Seigneur Parameśvara avec du ghee. Doté d’un mérite qui élève vingt et une générations de la lignée, on ne déchoit pas de l’état souverain d’aiśvarya.

Verse 73

तपसा ब्रह्मचर्येण यज्ञदानेन वा पुनः / न तां गतिमवाप्नोति शुक्लतीर्थे तु यां लभेत्

Ni par l’ascèse (tapas), ni par la discipline de chasteté (brahmacarya), ni même par les sacrifices et les dons, on n’atteint cet état de progression bénie que l’on obtient au gué sacré nommé Śukla-tīrtha.

Verse 74

शुक्लतीर्थं महातीर्थमृषिसिद्धनिषेवितम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् पुनर्जन्म न विन्दति

Śukla-tīrtha est un grand tīrtha, fréquenté par les ṛṣi et les êtres accomplis (siddha). Ô Roi, l’homme qui s’y baigne ne rencontre plus la renaissance.

Verse 75

अयने वा चतुर्दश्यां संक्रान्तौ विषुवे तथा / स्नात्वा तु सोपवासः सन् विजितात्मा समाहितः

Aux jours d’ayāna (solstices), à la caturdaśī, lors de la saṅkrānti (entrée du Soleil) et aussi au viṣuva (équinoxe), après s’être baigné et demeurant en jeûne, maître de soi et paisible, qu’on garde l’esprit rassemblé.

Verse 76

दानं दद्याद् यथाशक्ति प्रीयेतां हरिशङ्करौ / एतत् तीर्थप्रभावेण सर्वं भवति चाक्षयम्

Qu’on fasse l’aumône selon ses moyens, afin que Hari et Śaṅkara soient satisfaits. Par la puissance de ce tīrtha, tout ce mérite devient impérissable (akṣaya).

Verse 77

अनाथं दुर्गतं विप्रं नाथवन्तमथापि वा / उद्वादयति यस्तीर्थे तस्य पुण्यफलं शृणु

Écoute le fruit du mérite : quiconque, en un tīrtha sacré, relève et secourt un brāhmane—qu’il soit démuni et sans appui, ou même déjà pourvu de protecteurs—acquiert un grand mérite spirituel.

Verse 78

यावत् तद्रोमसंख्या तु तत्प्रसूतिकुलेषु च / तावद् वर्षसहस्राणि रुद्रलोके महीयते

Pendant autant de milliers d’années qu’il y a de poils (sur cette forme sacrée), et de même autant qu’on en compte dans ses lignées de descendance, durant ce temps même on est honoré et exalté dans le monde de Rudra (Rudraloka).

Verse 79

ततो गच्छेत राजेन्द्र यमतीर्थ मनुत्तमम् / कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां माघमासे युधिष्ठिर / स्नानं कृत्वा नक्तभीजी न पश्येद् योनिसङ्कटम्

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au très excellent Yama-tīrtha. Ô Yudhiṣṭhira, le quatorzième jour (caturdaśī) de la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa) du mois de Māgha, après s’y être baigné et avoir observé le vœu de naktabhojī (ne manger que la nuit), on ne voit plus la détresse d’entrer de nouveau dans le sein maternel.

Verse 80

ततो गच्छेत राजेन्द्र एरण्डीतीर्थमुत्तमम् / संगमे तु नरः स्नायादुपवासपरायणः / ब्राह्मणं भोजयेदेकं कोटिर्भवति भोजिताः

Puis, ô meilleur des rois, qu’on se rende au tīrtha excellent nommé Eraṇḍī-tīrtha. À sa confluence, l’homme doit se baigner, voué au jeûne ; et s’il y nourrit ne fût-ce qu’un seul brāhmane, c’est comme s’il en avait nourri un koṭi (dix millions).

Verse 81

एरण्डीसंगमे स्नात्वा भक्तिभावात् तुरञ्जितः / मृत्तिकां शिरसि स्थाप्य अवगाह्य च तज्जलम् / नर्मदोदकसंमिश्रं मुच्यते सर्वकिल्बिषैः

Après s’être baigné à la confluence de l’Eraṇḍī, et vivement ému par la dévotion, qu’on pose de l’argile sacrée sur la tête puis qu’on s’immerge dans cette eau. En se baignant dans cette eau mêlée aux eaux de la Narmadā, on est délivré de tous les péchés et souillures.

Verse 82

ततो गच्छेत राजेन्द्र तीर्थं कार्णाटिकेश्वरम् / गङ्गावतरते तत्र दिने पुण्ये न संशयः

Alors, ô meilleur des rois, qu’on se rende au gué sacré nommé Kārṇāṭikeśvara. En un jour faste, la Gaṅgā y descend—il n’y a là aucun doute.

Verse 83

तत्र स्नात्वा च पीत्वा च दत्त्वा चैव यथाविधि / सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्मलोके महीयते

Là, après s’y être baigné, y avoir bu l’eau sacrée et fait des dons selon le rite prescrit, on est délivré de tous les péchés et honoré dans le monde de Brahmā.

Verse 84

नन्दितीर्थं ततो गच्छेत् स्नानं तत्र समाचरेत् / प्रीयते तस्य नन्दीशः सोमलोके महीयते

Ensuite, qu’on aille à Nanditīrtha et qu’on y accomplisse dûment le bain sacré ; par cet acte, Nandīśa (Śiva, Seigneur de Nandin) s’en réjouit, et l’on est honoré dans le royaume de Soma (le monde lunaire).

Verse 85

ततो गच्छेत राजेन्द्र तीर्थं त्वनरकं शुभम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् नरकं नैव पश्यति

Ensuite, ô meilleur des rois, qu’on se rende au gué sacré et propice nommé Anaraka. Ô Roi, après s’y être baigné, l’homme ne voit jamais l’enfer.

Verse 86

तस्मिंस्तीर्थे तु राजेन्द्र स्वान्यस्थीनि विनिक्षिपेत् / रूपवान् जायते लोके धनभोगसमन्वितः

Ô roi des rois, en ce gué sacré qu’on y dépose ses propres ossements. Dans le monde, on renaît beau, pourvu de richesses et de la faculté d’en jouir.

Verse 87

ततो गच्छेत राजेन्द्र कपिलातीर्थ मुत्तमम् / तत्र स्नात्वा नरो राजन् गोसहस्रफलं लभेत्

Alors, ô meilleur des rois, qu’on se rende au gué sacré उत्कृष्ट nommé Kapilā-tīrtha. S’y étant baigné, ô Roi, l’homme obtient un mérite égal au don de mille vaches.

Verse 88

ज्येष्ठमासे तु संप्राप्ते चतुर्दश्यां विशेषतः / तत्रोपोष्य नरो भक्त्या दद्याद् दीपं घृतेन तु

Quand vient le mois de Jyeṣṭha—surtout au quatorzième jour lunaire (Caturdaśī)—qu’on observe le jeûne et, avec dévotion, qu’on offre une lampe remplie de ghee.

Verse 89

घृतेन स्नापयेद् रुद्रं सघृतं श्रीफलं दहेत् / घण्टाभरणसंयुक्तां कपिलां वै प्रदापयेत्

Qu’on baigne Rudra avec du ghee, puis qu’on offre au feu un coco (śrīphala) accompagné de ghee. Et, en vérité, qu’on fasse don d’une vache kapilā, fauve, parée d’une cloche et d’ornements.

Verse 90

सर्वाभरणसंयुक्तः सर्वदेवनमस्कृतः / शिवतुल्यबलो भूत्वा शिववत् क्रीडते चिरम्

Paré de tous les ornements divins et honoré par tous les dieux, il devient doté d’une force égale à celle de Śiva ; et, tel Śiva lui-même, il se joue en liberté divine durant longtemps.

Verse 91

अङ्गारकदिने प्राप्ते चतुर्थ्यां तु विशेषतः / स्नापयित्वा शिवं दद्याद् ब्राह्मणेभ्यस्तु भोजनम्

Quand vient le jour d’Aṅgāraka (mardi)—surtout s’il coïncide avec la quatrième tithi (Caturthī)—qu’on baigne (l’image de) Śiva, puis qu’on offre un repas aux brāhmaṇas.

Verse 92

सर्वभोगसमायुक्तो विमानैः सार्वकामिकैः / गत्वा शक्रस्य भवनं शक्रेण सह मोदते

Comblé de toutes jouissances, et porté par des vimāna célestes exauçant tous les désirs, il se rend au séjour de Śakra (Indra) et s’y réjouit en la compagnie d’Indra.

Verse 93

ततः स्वर्गात् परिभ्रष्टो धनवान् भोगवान् भवेत् / अङ्गारकनवम्यां तु अमावास्यां तथैव च / स्नापयेत् तत्र यत्नेन रूपवान् सुभगो भवेत्

Ensuite, même s’il déchoit du ciel, il devient riche et jouit de la prospérité. Et lors d’Aṅgāraka-navamī (le neuvième jour lunaire lié à Mars) comme lors d’amāvāsyā (la nouvelle lune), s’il accomplit avec soin le bain prescrit en ce lieu, il devient beau et fortuné.

Verse 94

ततो गच्छेत राजेन्द्र गणेश्वरमनुत्तमम् / श्रावणे मासी संप्राप्ते कृष्णपक्षे चतुर्दशी

Alors, ô meilleur des rois, qu’il se rende au sanctuaire sans égal de Gaṇeśvara, lorsque le mois de Śrāvaṇa est arrivé—au caturdaśī (quatorzième jour lunaire) de la quinzaine sombre.

Verse 95

स्नातमात्रो नरस्तत्र रुद्रलोके महीयते / पितॄणां तर्पणं कृत्वा मुच्यते ऽसावॄणत्रयात्

L’homme qui ne fait que s’y baigner est honoré dans le monde de Rudra (Rudra-loka). Et après avoir accompli le tarpaṇa, les libations aux ancêtres, il est délivré de la triple dette.

Verse 96

गङ्गेश्वरसमीपे तु गङ्गावदनमुत्तमम् / अकामो वा सकामो वा तत्र स्नात्वा तु मानवः / आजन्मजनितैः पापैर्मुच्यते नात्र संशयः

Près de Gaṅgeśvara se trouve l’excellent « Bouche de la Gaṅgā » (Gaṅgā-vadana). Qu’on s’y baigne sans désir ou avec un désir particulier, l’être humain est délivré des péchés accumulés depuis la naissance—il n’y a là aucun doute.

Verse 97

तस्य वै पश्चिमे देशे समीपे नातिदूरतः / दशाश्वमेधिकं तीर्थं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्

À l’ouest de ce lieu, tout près et non loin, se trouve le gué sacré nommé Daśāśvamedhika, renommé dans les trois mondes.

Verse 98

उपोष्य रजनीमेकां मासि भाद्रपदे शुभे / अमावस्यां नरः स्नात्वा पूजयेद् वृषभध्वजम्

Au mois propice de Bhādrapada, après avoir jeûné une seule nuit, l’homme doit se baigner au jour d’Amāvasyā (nouvelle lune) puis vénérer Vṛṣabhadhvaja, Śiva dont l’étendard porte le taureau.

Verse 99

काञ्चनेन विमानेन किङ्किणीजालमालिना / गत्वा रुद्रपुरं रम्यं रुद्रेण सह मोदते

Monté sur un vimāna d’or, orné d’un réseau de grelots tintants, il gagne la ravissante cité de Rudra et s’y réjouit en la compagnie de Rudra (Śiva).

Verse 100

सर्वत्र सर्वदिवसे स्नानं तत्र समाचरेत् / पितॄणां तर्पणं कुर्यादश्वमेधफलं लभेत्

Où que l’on se trouve, qu’on y accomplisse le bain quotidien; et qu’on offre le tarpaṇa, les libations aux ancêtres : ainsi l’on obtient un mérite égal à celui du sacrifice de l’Aśvamedha.

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Frequently Asked Questions

Narmadā is portrayed as Rudra-born and universally venerated; her waters, banks, and associated tīrthas function as direct instruments of pāpa-kṣaya, capable of removing even grave impurities when joined with vrata, dāna, and disciplined intention.

While many stations are Śiva-liṅga tīrthas promising Rudraloka, the text also prescribes explicit worship of Nārāyaṇa for Viṣṇuloka and describes Nārāyaṇa’s self-revelation in liṅga form—treating devotional forms as interoperable rather than competing.

Snāna with restraint, fasting (single night, full day-night, naktabhojī), charity according to means, feeding brāhmaṇas, pradakṣiṇā, and Pitṛ rites (tarpaṇa/śrāddha/piṇḍa) are presented as sādhanā that transforms tīrtha contact into durable spiritual merit.

Śukla-tīrtha is declared unequalled in the Narmadā region—effective through sight, touch, bath, gifts, japa, homa, and fasts; it is associated with specific calendrical observances and is said to wash away sins from birth and even prevent rebirth.

It offers a graded spectrum of fruits: from health, beauty, prosperity, debt-release, and kingship to heavenly worlds and finally non-rebirth—indicating that the same tīrtha discipline, intensified by vrata and purity, can culminate in liberation.