Adhyaya 4
Purva BhagaAdhyaya 465 Verses

Adhyaya 4

Prākṛta Sṛṣṭi and Pralaya: From Pradhāna to Brahmāṇḍa; Trimūrti Samanvaya

Après l’enseignement sur les quatre āśramas (fin de l’Adhyāya 3), les sages demandent le récit de l’origine du cosmos, de sa dissolution (pralaya) et du Souverain suprême. Nārāyaṇa, sous la forme de Śrī Kūrma, répond en définissant le Suprême (Mahēśvara/Parameśvara) comme l’Antaryāmin non manifesté et éternel, et décrit le prākṛta pralaya comme l’équilibre des trois guṇa durant la « nuit » de Brahmā. Par le Yoga divin, le Seigneur met en mouvement Prakṛti et Puruṣa, d’où naissent Mahat, puis l’ahaṅkāra triple, le mental, les tanmātra, et l’émergence progressive, avec interpénétration mutuelle, des cinq mahābhūta. Les tattva ne pouvant créer séparément, ils s’unissent pour former l’œuf cosmique (brahmāṇḍa), au sein duquel apparaît Hiraṇyagarbha/Brahmā ; l’œuf est décrit avec ses sept enveloppes et la structure de l’univers. Le chapitre culmine en une synthèse théologique : l’Unique Suprême se manifeste comme Brahmā (rajas) pour la création, Viṣṇu (sattva) pour la préservation et Rudra (tamas) pour la dissolution, tout en demeurant sans attributs. Il se clôt en annonçant le sujet suivant : la brāhmī sṛṣṭi, la création issue de Brahmā, exposée au chapitre prochain.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे तृतीयो ऽध्यायः सूत उवाच श्रुत्वाऽश्रमविधिं कृत्सनमृषयो हृष्टमानसाः / नमस्कृत्य हृषीकेशं पुनर्वचनमब्रुवन्

Ainsi s’achève le troisième chapitre de la Première Partie du Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā. Sūta dit : Ayant entendu en entier l’ordonnance des āśramas, les sages, le cœur réjoui, se prosternèrent devant Hṛṣīkeśa puis reprirent la parole.

Verse 2

मुनय ऊचुः भाषितं भवता सर्वं चातुराश्रम्यमुत्तमम् / इदानीं श्रोतुमिच्छामो यथा संभवते जगत्

Les sages dirent : «Tu as exposé entièrement l’excellente doctrine des quatre āśramas. À présent, nous désirons entendre comment l’univers vient à l’existence.»

Verse 3

कुतः सर्वमिदं जातं कस्मिंश्च लयमेष्यति / नियन्ता कश्च सर्वेषां वदस्व पुरुषोत्तम

«D’où tout cela est-il né, et en quoi se résorbera-t-il finalement ? Et qui est le souverain de tous ? Dis-le-nous, ô Puruṣottama, Personne Suprême.»

Verse 4

श्रुत्वा नारायणो वाक्यमृषीणां कूर्मरूपधृक् / प्राह गम्भीरया वाचा भूतानां प्रभवाप्ययौ

Ayant entendu les paroles des sages, Nārāyaṇa—revêtu de la forme de la Tortue—prononça d’une voix grave l’enseignement sur la naissance et la résorption de tous les êtres.

Verse 5

श्रीकूर्म उवाच महेश्वरः परो ऽव्यक्तश्चतुर्व्यूहः सनातनः / अनन्तश्चाप्रमेयश्च नियन्ता विश्वतोमुखः

Śrī Kūrma déclara : «Mahēśvara est le Suprême—non manifesté, éternel, se déployant en la quadruple émanation divine ; sans fin et incommensurable, le Souverain intérieur, dont le visage se tourne vers toutes les directions (présent partout).»

Verse 6

अव्यक्तं कारणं यत्तन्नित्यं सदसदात्मकम् / प्रधानं प्रकृतिश्चेति यदाहुस्तत्त्वचिन्तकाः

Ce principe non manifesté, dit fondement causal—éternel, de nature à la fois être et non-être—est ce que les contemplateurs du réel nomment Pradhāna, ou Prakṛti.

Verse 7

गन्धवर्णरसैर्हेनं शब्दस्पर्शविवर्जितम् / अजरं ध्रुवमक्षय्यं नित्यं स्वात्मन्यवस्थितम्

On Le saisit par le parfum, la couleur et la saveur, mais Il est dépourvu de son et de toucher ; non né et sans vieillesse, ferme et impérissable—éternel, demeurant en Son propre Soi.

Verse 8

जगद्योनिर्महाभूतं परं ब्रह्म सनातनम् / विग्रहः सर्वभूतानामात्मनाधिष्ठितं महत्

Le Brahman suprême et éternel est le sein de l’univers—le Grand Être. Il est le fondement incarné de toutes les créatures, l’immense Réalité établie et soutenue par le Soi intérieur.

Verse 9

अनाद्यन्तमजं सूक्ष्मं त्रिगुणं प्रभवाप्ययम् / असांप्रतमविज्ञेयं ब्रह्माग्रे समवर्तत

Ce Brahman, sans commencement ni fin, non-né, subtil, constitué des trois guṇa, source et résorption de tout—à présent au-delà de la perception et inconnaissable—existait dès l’origine, avant même l’apparition de Brahmā (le créateur).

Verse 10

गुणसाम्ये तदा तस्मिन् पुरुषे चात्मनि स्थिते / प्राकृतः प्रलयो ज्ञेयो यावद् विश्वसमुद्भवः

Lorsque les guṇa reviennent à l’équilibre et que le Puruṣa—le Soi—demeure établi en lui-même, cet état doit être connu comme le Prākṛta Pralaya (dissolution dans la Prakṛti), jusqu’à ce que l’univers renaisse.

Verse 11

ब्राह्मी रात्रिरियं प्रोक्ता अहः सृष्टिरुदाहृता / अहर्न विद्यते तस्य न रात्रिर्ह्युपचारतः

Ceci est proclamé comme la ‘nuit’ de Brahmā, et le temps de la manifestation est appelé son ‘jour’. Mais pour cette Réalité suprême, en vérité il n’y a ni jour ni nuit : ce ne sont que des désignations conventionnelles.

Verse 12

निशान्ते प्रतिबुद्धो ऽसौ जगदादिरनादिमान् / सर्वभूतमयो ऽव्यक्तो ह्यन्तर्यामीश्वरः परः

À la fin de la nuit, Il s’éveille—source primordiale de l’univers, sans commencement. Il est l’essence de tous les êtres, non manifesté, et véritablement le Seigneur suprême demeurant au-dedans comme Antaryāmin (le Régent intérieur).

Verse 13

प्रकृतिं पुरुषं चैव प्रविश्याशु महेश्वरः / क्षोभयामास योगेन परेण परमेश्वरः

Le Grand Seigneur, Mahēśvara—le Souverain suprême—pénétra promptement en Prakṛti (la Nature primordiale) et en Puruṣa (le Principe conscient), puis, par son Yoga transcendant, les ébranla et les mit en mouvement.

Verse 14

यथा मदो नरस्त्रीणां यथा वा माधवो ऽनिलः / अनुप्रविष्टः क्षोभाय तथासौ योगमूर्तिमान्

De même que l’ivresse trouble hommes et femmes, et que la brise printanière de Mādhava s’insinue et met les choses en agitation, de même Celui—dont la forme est le Yoga—entrant au-dedans devient la cause du trouble intérieur chez les êtres incarnés.

Verse 15

स एव क्षोभको विप्राः क्षोभ्यश्च परमेश्वरः / स संकोचविकासाभ्यां प्रधानत्वे ऽपि च स्थितः

Ô brahmanes, ce même Seigneur suprême est à la fois l’agent qui agite et ce qui est agité; et, tout en demeurant comme Pradhāna (la Nature primordiale), Il reste établi par la contraction et l’expansion.

Verse 16

प्रधानात् क्षोभ्यमाणाच्च तथा पुंसः पुरातनात् / प्रादुरासीन्महद् बीजं प्रधानपुरुषात्मकम्

De Pradhāna (la Nature primordiale) lorsqu’elle est mise en agitation, et du Puruṣa ancien (la Conscience première), se manifesta la grande semence—Mahat—dont la nature participe à la fois de Pradhāna et de Puruṣa.

Verse 17

महानात्मा मतिर्ब्रह्मा प्रबुद्धिः ख्यातिरीश्वरः / प्रज्ञाधृतिः स्मृतिः संविदेतस्मादिति तत् स्मृतम्

On l’appelle le Grand Soi; Il est l’Intellect et Brahman; Il est l’Éveil, la Renommée et le Seigneur. Il est Sagesse, Fermeté, Mémoire et Conscience; c’est pourquoi on se souvient de Lui et on Le nomme ainsi.

Verse 18

वैकारिकस्तैजसश्च भूतादिश्चैव तामसः / त्रिविधो ऽयमहङ्कारो महतः संबभूव ह

De Mahat (l’intelligence cosmique) naquit cet Ahaṅkāra (principe de l’ego) en trois formes : le sāttvique nommé Vaikārika, le rājassique nommé Taijasa, et le tāmassique connu comme Bhūtādi.

Verse 19

अहङ्कारो ऽबिमानश्च कर्ता मन्ता च स स्मृतः / आत्मा च पुद्गलो जीवो यतः सर्वाः प्रवृत्तयः

Ahaṅkāra, le sentiment du « moi », et abhimāna, l’appropriation du « mien », sont tenus pour ce principe qui se croit l’agent et le penseur. On l’appelle aussi Ātman, pudgala (la personne) et jīva (l’être vivant), d’où procèdent toutes les activités.

Verse 20

पञ्चभूतान्यहङ्कारात् तन्मात्राणि च जज्ञिरे / इन्द्रियाणि तथा देवाः सर्वं तस्यात्मजं जगत्

De l’ahaṅkāra naquirent les cinq grands éléments et les tanmātras, les essences subtiles ; de même surgirent les facultés des sens et les dieux. En vérité, tout cet univers est né comme sa progéniture.

Verse 21

मनस्त्वव्यक्तजं प्रोक्तं विकारः प्रथमः स्मृतः / येनासौ जायते कर्ता भूतादींश्चानुपश्यति

On dit que le mental (manas) naît de l’Inmanifesté (avyakta) et qu’il est la première modification. Par lui, le jīva incarné est tenu pour agent (kartā) et il connaît les éléments et les autres principes manifestés.

Verse 22

वैकारिकादहङ्कारात् सर्गो वैकारिको ऽभवत् / तैजसानीन्द्रियाणि स्युर्देवा वैकारिका दश

De l’ahaṅkāra sous sa forme vaikārika (sāttvika) naquit la création sāttvika ; de l’aspect taijasa (rājasa) proviennent les facultés des sens, et les dix divinités qui les président sont dites vaikārikas (sāttvikas).

Verse 23

एकादशं मनस्तत्र स्वगुणेनोभयात्मकम् / भूततन्मात्रसर्गो ऽयं भूतादेरभवन् प्रजाः

Là, comme onzième principe, surgit le mental (manas) : par sa qualité propre, il est de nature double. Telle est l’émanation des tanmātras et des bhūtas ; et du bhūtādi, source primordiale des éléments, vinrent à l’existence les êtres (prajās).

Verse 24

भूतादिस्तु विकुर्वाणः शब्दमात्रं ससर्ज ह / आकाशं शुषिरं तस्मादुत्पन्नं शब्दलक्षणम्

Alors Bhūtādi (le principe tamasique de l’ahaṅkāra), se transformant, engendra la seule essence subtile du son. De là naît l’ākāśa (éther/espace), creux et tout-pénétrant, dont la marque est le son.

Verse 25

आकाशस्तु विकुर्वाणः स्पर्शमात्रं ससर्ज ह / वायुरुत्पद्यते तस्मात् तस्य स्पर्शो गुणो मतः

L’ākāśa, en se transformant, ne produit que le principe subtil du toucher; de là naît vāyu (le vent), et le toucher est tenu pour sa qualité.

Verse 26

वायुश्चापि विकुर्वाणो रूपमात्रं ससर्ज ह / ज्योतिरुत्पद्यते वायोस्तद्रूपगुणमुच्यते

Et vāyu aussi, se transformant, engendra seulement le tanmātra de la forme (couleur). De vāyu naît jyotis/tejas (feu, lumière) : on dit que sa qualité est la forme.

Verse 27

ज्योतिश्चापि विकुर्वाणं रसमात्रं ससर्ज ह / संभवन्ति ततो ऽम्भांसि रसाधाराणि तानि तु

Et la Lumière (tejas), se transformant, ne produisit que le principe subtil de la saveur (rasa). De là naissent les eaux (āpas), dont le support est la saveur.

Verse 28

आपश्चापि विकुर्वन्त्यो गन्धमात्रं ससर्जिरे / संघातो जायते तस्मात् तस्य गन्धो गुणो मतः

Les eaux aussi, en se transformant, engendrèrent seulement l’essence subtile de l’odeur. De là naît la solidité (la compaction) ; ainsi l’odeur est tenue pour sa qualité.

Verse 29

आकाशं शब्दमात्रं यत् स्पर्शमात्रं समावृणोत् / द्विगुणस्तु ततो वायुः शब्दस्पर्शात्मको ऽभवत्

Ākāśa (l’éther), dont l’unique qualité sensible est le son, fut ensuite recouvert par la seule qualité du toucher ; de là naquit Vāyu (l’air), élément à deux qualités, portant le son et le toucher pour essence.

Verse 30

रूपं तथैवाविशतः शब्दस्पर्शौ गुणावुभौ / त्रिगुणः स्यात् ततो वह्निः स शब्दस्पर्शरूपवान्

Puis la forme (rūpa) y pénétra également, avec les deux qualités, le son et le toucher. Ainsi devint-il triple en qualités, et de là surgit Vahni (le feu), pourvu de son, de toucher et de forme.

Verse 31

शब्द स्पर्शश्च रूपं च रसमात्रं समाविशन् / तस्माच्चतुर्गुणा आपो विज्ञेयास्तु रसात्मिकाः

Quand s’unissent le son, le toucher, la forme et le tanmātra de la saveur (rasa), de là naissent les eaux (Āpas), qu’il faut connaître comme pourvues de quatre qualités, ayant la saveur pour essence.

Verse 32

शब्दः स्पर्शश्च रूपं च रसो गन्धं समाविशन् / तसमात् पञ्चगुणा भूमिः स्थूला भूतेषु शब्द्यते

Lorsque le son, le toucher, la forme, la saveur et l’odeur y pénètrent, alors la terre (Bhūmi), pourvue de cinq qualités, est dite la plus grossière parmi les éléments.

Verse 33

शान्ता घोराश्च मूढाश्च विशेषास्तेन ते स्मृताः / परस्परानुप्रवेशाद् धारयन्ति परस्परम्

Ainsi les retient-on comme des modes distincts — paisibles, terribles et obscurcis ; et, par leur inter-pénétration réciproque, ils se soutiennent l’un l’autre.

Verse 34

एते सप्त महात्मानो ह्यन्योन्यस्य समाश्रयात् / नाशक्नुवन् प्रजाः स्त्रष्टुमसमागम्य कृत्स्नशः

Ces sept grandes âmes, dépendant les unes des autres, ne purent engendrer les êtres tant qu’elles ne s’étaient pas réunies en une union entière et parfaite.

Verse 35

पुरुषाधिष्ठितात्वाच्च अव्यक्तानुग्रहेण च / महादादयो विशेषान्ता ह्मण्डमुत्पादयन्ति ते

Parce qu’ils sont présidés par Puruṣa (la Personne suprême) et par la grâce opérante de l’Inmanifesté (Avyakta/Prakṛti), les principes, de Mahat jusqu’aux viśeṣa particularisés, font naître ensemble l’Œuf cosmique (Brahmāṇḍa).

Verse 36

एककालसमुत्पन्नं जलबुद्बुदवच्च तत् / विशेषेभ्यो ऽण्डमभवद् बृहत् तदुदकेशयम्

Il surgit d’un seul coup, tel une bulle à la surface de l’eau ; des viśeṣa naquit le vaste Œuf cosmique, et ce grand Œuf demeura posé sur les eaux.

Verse 37

तस्मिन् कार्यस्य करणं संसिद्धिः परमेष्ठिनः / प्राकृते ऽण्डे विवृत्तः स क्षेत्रज्ञो ब्रह्मसंज्ञितः

En cet Œuf se mirent en place les moyens de l’œuvre créatrice et l’accomplissement parfait du dessein du Seigneur suprême. Dans l’Œuf primordial (prākṛta) se manifesta le Connaisseur du Champ (kṣetrajña), connu sous le nom de Brahmā.

Verse 38

स वै शरीरी प्रथमः स वै पुरुष उच्यते / आदिकर्ता स भूतानां ब्रह्माग्रे समवर्तत

Il fut, en vérité, le premier à revêtir un corps ; on l’appelle Puruṣa. Créateur primordial des êtres, il se manifesta avant même Brahmā.

Verse 39

यमाहुः पुरुषं हंसं प्रधानात् परतः स्थितम् / हिरण्यगर्भं कपिलं छन्दोमूर्ति सनातनम्

Ils Le proclament comme le Purusha suprême—le Haṃsa—demeurant au-delà de Pradhāna (la Nature primordiale) ; comme Hiraṇyagarbha, Kapila, l’Éternel dont la forme même est le Chandas, les Veda (mètres et hymnes).

Verse 40

मेरुरुल्बमभूत् तस्य जरायुश्चापि पर्वताः / गर्भोदकं समुद्राश्च तस्यासन् परमात्मनः

Pour ce Soi suprême, le Meru devint le sein (ulba) ; les montagnes, les membranes d’enveloppement (jarāyu) ; et les océans furent les eaux de gestation (garbhodaka) de Lui.

Verse 41

तस्मिन्नण्डे ऽभवद् विश्वं सदेवासुरमानुषम् / चन्द्रादित्यौ सनक्षत्रौ सग्रहौ सह वायुना

Dans cet Œuf cosmique, l’univers tout entier se manifesta—avec dieux, asura et humains ; avec la Lune et le Soleil, les constellations, les planètes, et aussi le Vent (Vāyu).

Verse 42

अद्भिर्दशगुणाभिश्च बाह्यतो ऽण्डं समावृतम् / आपो दशगुणेनैव तेजसा बाह्यतो वृताः

L’Œuf cosmique (brahmāṇḍa) est enveloppé extérieurement par les eaux, décuplées en mesure ; et ces eaux, de même décuplées, sont au-dehors enveloppées par le feu (tejas).

Verse 43

तेजो दशगुणेनैव बाह्यतो वायुनावृतम् / आकाशेनावृतो वायुः खं तु भूतादिनावृतम्

Le feu (tejas) est enveloppé au-dehors par l’air, décuplé ; l’air est enveloppé par l’espace (ākāśa) ; et l’espace, à son tour, est enveloppé par la source primordiale, bhūtādi, qui commence avec les éléments.

Verse 44

भूतादिर्महता तद्वदव्यक्तेनावृतो महान् / एते लोका महात्मनः सर्वतत्त्वाभिमानिनः

Ô magnanime ! Le principe qui commence par les éléments (bhūta) est contenu dans le Mahat ; et de même le Mahat est voilé par l’Inmanifesté (Avyakta). Ces mondes, ô grande âme, sont imprégnés de l’identification à tous les tattva, les principes cosmiques.

Verse 45

वसन्ति तत्र पुरुषास्तदात्मानो व्यवस्थिताः / ईश्वरा योगधर्माणो ये चान्ये तत्त्वचिन्तकाः

Là demeurent les Purusha, fermement établis dans ce même Soi. Là résident aussi ceux qui portent la seigneurie d’Īśvara, pourvus des disciplines du Yoga, ainsi que d’autres contemplatifs qui méditent le tattva, la Réalité ultime.

Verse 46

सर्वज्ञाः शान्तरजसो नित्यं मुदितमानसाः / एतैरावरणैरण्डं सप्तभिः प्राकृतैर्वृतम्

Ils sont omniscients, le tumulte du rajas apaisé, et l’esprit toujours serein et joyeux. Ainsi les sages décrivent-ils l’Œuf cosmique (aṇḍa) comme enfermé par ces sept enveloppes primordiales, issues de la prakṛti.

Verse 47

एतावच्छक्यते वक्तुं मायैषा गहना द्विजाः / एतत् प्राधानिकं कार्यं यन्मया बीजमीरितम् / प्रजापतेः परा मूर्तिरितीयं वैदिकी श्रुतिः

On ne peut dire que ceci, ô deux-fois-nés : cette Māyā est profonde et insondable. C’est l’effet relevant du Pradhāna, la semence que j’ai proclamée. Et telle est, en vérité, la révélation védique : qu’elle est la forme suprême de Prajāpati.

Verse 48

ब्रह्माण्डमेतत् सकलं सप्तलोकतलान्वितम् / द्वितीयं तस्य देवस्य शरीरं परमेष्ठिनः

Ce Brahmāṇḍa tout entier, pourvu des sept mondes et des régions inférieures, est dit être le second corps de ce Dieu, le Seigneur suprême : Parameṣṭhin, le Grand Créateur.

Verse 49

हिरण्यगर्भो भगवान् ब्रह्मा वै कनकाण्डजः / तृतीयं भगवद्रूपं प्राहुर्वेदार्थवेदिनः

Hiraṇyagarbha — en vérité Brahmā, le Seigneur Bienheureux né de l’œuf d’or — est proclamé par ceux qui connaissent le sens véritable des Veda comme la troisième manifestation de Bhagavān.

Verse 50

रजोगुणमयं चान्यद् रूपं तस्यैव धीमतः / चतुर्मुखः स भगवान् जगत्सृष्टौ प्रवर्तते

Une autre forme de ce même Seigneur très sage est constituée de rajas ; en tant que Seigneur aux quatre visages, Brahmā, Il s’engage dans la création de l’univers.

Verse 51

सृष्टं च पाति सकलं विश्वात्मा विश्वतोमुखः / सत्त्वं गुणमुपाश्रित्य विष्णुर्विश्वेश्वरः स्वयम्

Viṣṇu — Lui-même Seigneur de l’univers, Soi de tout et Celui dont les visages sont partout — préserve l’ensemble du monde créé, en s’appuyant sur la qualité de sattva, pureté et clarté.

Verse 52

अन्तकाले स्वयं देवः सर्वात्मा परमेश्वरः / तमोगुणं समाश्रित्य रुद्रः संहरते जगत्

Au temps de la fin, le Dieu lui-même — Soi de tout et Souverain suprême —, prenant l’aspect de tamas, devient Rudra et résorbe l’univers.

Verse 53

एको ऽपि सन्महादेवस्त्रिधासौ समवस्थितः / सर्गरक्षालयगुणैर्निर्गुणो ऽपि निरञ्जनः / एकधा स द्विधा चैव त्रिधा च बहुधा पुनः

Bien qu’Il soit en vérité Un, ce Mahādeva de bon augure demeure ici d’une manière triple. Par les fonctions de création, de protection et de dissolution, Il paraît comme doté d’attributs ; pourtant Il demeure sans attributs et sans tache. Il est Un ; puis de nouveau Il devient deux, trois, et encore multiple.

Verse 54

योगेश्वरः शरीराणि करोति विकरोति च / नानाकृतिक्रियारूपनामवन्ति स्वलीलया

Le Seigneur du Yoga fait naître les corps et les transforme aussi ; par sa līlā divine, il leur confère une diversité de formes, d’actes, d’apparences et de noms.

Verse 55

हिताय चैव भक्तानां स एव ग्रसते पुनः / त्रिधा विभज्य चात्मानं त्रैकाल्ये संप्रवर्तते / सृजते ग्रसते चैव वीक्षते च विशेषतः

Pour le bien de ses dévots, Lui seul réabsorbe de nouveau l’univers en Lui-même. Divisant son propre Soi en trois aspects, il agit à travers les trois temps—passé, présent et futur. En particulier, il crée, il résorbe, et il veille sur tous les êtres d’un regard conscient.

Verse 56

यस्मात् सृष्ट्वानुगृह्णाति ग्रसते च पुनः प्रजाः / गुणात्मकत्वात् त्रैकाल्ये तस्मादेकः स उच्यते

Parce qu’après avoir créé, il soutient et accorde sa grâce, puis réabsorbe de nouveau les êtres ; et parce qu’étant l’essence même des guṇa, il agit dans les trois temps—c’est pourquoi on dit qu’il est Un.

Verse 57

अग्रे हिरण्यगर्भः स प्रादुर्भूतः सनातनः / आदित्वादादिदेवो ऽसौ अजातत्वादजः स्मृतः

Au commencement se manifesta l’éternel Hiraṇyagarbha. Parce qu’il est le premier, on l’appelle Ādideva, le Dieu primordial ; et parce qu’il est non-né, on se souvient de lui comme Aja, « l’Inengendré ».

Verse 58

पातियस्मात् प्रजाः सर्वाः प्रजापतिरिति स्मृतः / देवेषु च महादेवो माहदेव इति स्मृतः

Parce qu’il protège tous les êtres, on se souvient de lui comme Prajāpati, Seigneur des créatures. Et parmi les dieux, le Grand Dieu est rappelé comme Mahādeva, le Deva suprême.

Verse 59

बृहत्त्वाच्च स्मृतो ब्रह्मा परत्वात् परमेश्वरः / वशित्वादप्यवश्यत्वादीश्वरः परिभाषितः

Par Son immensité, on se souvient de Lui comme de « Brahmā » ; par Sa transcendance, on L’appelle « Parameśvara », le Seigneur Suprême. Et parce qu’Il détient la souveraine maîtrise—et n’est jamais soumis au pouvoir d’un autre—Il est défini comme « Īśvara ».

Verse 60

ऋषिः सर्वत्रगत्वेन हरिः सर्वहरो यतः / अनुत्पादाच्च पूर्वत्वात् स्वयंभूरिति स स्मृतः

On L’appelle « Ṛṣi » parce qu’Il se meut partout ; on L’appelle « Hari » parce qu’Il emporte tout. Et puisqu’Il est non-né et antérieur à tout, on se souvient de Lui comme de « Svayambhū », le Né de Lui-même.

Verse 61

नराणामयनो यस्मात् तेन नारायणः स्मृतः / हरः संसारहरणाद् विभुत्वाद् विष्णुरुच्यते

Parce qu’Il est le refuge et l’ultime demeure (ayana) de tous les êtres (naras), on se souvient de Lui comme de « Nārāyaṇa ». Parce qu’Il enlève le samsāra, on L’appelle « Hara » ; et par Sa majesté souveraine qui pénètre tout, on Le nomme « Viṣṇu ».

Verse 62

भगवान् सर्वविज्ञानादवनादोमिति स्मृतः / सर्वज्ञः सर्वविज्ञानात् सर्वः सर्वमयो यतः

On se souvient de Lui comme de « Bhagavān » parce qu’Il possède toute connaissance et protège tous les êtres ; Il est aussi « Om ». On Le nomme « Sarvajña » (l’Omniscient) en raison de Son savoir total ; et Il est « Sarva » (le Tout) parce qu’Il pénètre tout et devient tout.

Verse 63

शिवः स निर्मलो यस्माद् विभुः सर्वगतो यतः / तारणात् सर्वदुः खानां तारकः परिगीयते

On L’appelle « Śiva » parce qu’Il est sans tache et pur ; et parce qu’Il est le Seigneur omniprésent, présent partout. Et puisqu’Il fait traverser aux êtres toutes les formes de souffrance, Il est chanté comme « Tāraka », le Délivreur.

Verse 64

बहुनात्र किमुक्तेन सर्वं ब्रह्ममयं जगत् / अनेकभेदभिन्नस्तु क्रीडते परमेश्वरः

À quoi bon tant de paroles ici ? Tout cet univers est pénétré de Brahman ; et pourtant le Seigneur Suprême (Parameśvara), comme s’il se fragmentait en d’innombrables distinctions, se plaît à sa līlā, son jeu divin.

Verse 65

इत्येष प्राकृतः सर्गः संक्षेपात् कथितो मया / अबुद्धिपूर्वको विप्रा ब्राह्मीं सृष्टिं निबोधत

Ainsi, cette création matérielle (prākṛta) a été dite par moi en abrégé. Maintenant, ô sages brāhmaṇas, comprenez la création issue de Brahmā (brāhmī sṛṣṭi) : celle qui procède d’un élan antérieur, non délibéré.

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Frequently Asked Questions

It is the dissolution into Prakṛti when the guṇas return to equilibrium and Puruṣa abides in itself; it corresponds to Brahmā’s ‘night’ and lasts until manifestation begins again.

Ahaṅkāra is described as the principle of doership and identification (jīva/pudgala language), yet the Supreme Brahman remains the Antaryāmin who pervades and governs all tattvas; functional individuality arises within Prakṛti’s evolutes under the Lord’s impetus.

It presents a samanvaya: one Supreme Lord is named with both Śaiva and Vaiṣṇava epithets and manifests functionally as Brahmā (rajas), Viṣṇu (sattva), and Rudra (tamas), while remaining nirguṇa and one.