
Cintāmaṇi-gṛha Antara-kathana (Account of the Inner Chambers of the Cintāmaṇi Palace) — Lalitopākhyāna Context
Cet adhyāya est encadré comme un dialogue entre Hayagrīva et Agastya dans le courant du Lalitopākhyāna. Les vers décrivent une « zone intérieure » du palais Cintāmaṇi associée à Vaśinī et à des déesses Śakti, présentée comme une architecture sacrée structurée, mesurée, délimitée et nommée selon ses fonctions. Un cakra y est identifié, célèbre sous le nom de « Sarvarogahara » (qui ôte toutes les maladies), et les déesses qui y résident sont énumérées selon l’orientation et l’ordre, avec des correspondances linguistico-mantriques via les groupes de varṇa-varga (ka/ca/ṭa/ta/pa). Le récit se tourne ensuite vers la protection et le registre martial : Khecarī est nommée gardienne du cakra, et le chapitre dresse le catalogue des astras/āyudhas liés à Kāmeśvarī et à Śrī-Maheśa — bāṇas (flèches), aṅkuśas (aiguillons), dhanus (arcs) et pāśas (lassos). Le tout est replacé dans le motif de la guerre contre Bhaṇḍāsura, indiquant que la cartographie palais–cakra n’est pas décorative, mais un plan ésotérique de puissance, de sauvegarde et de visualisation rituelle.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डमहापुराणे उत्तरभागे हयग्रीवागस्त्यसंवादे ललितोपाख्याने चिन्तामणिगृहान्तरकथनं नाम षट्त्रिंशो ऽध्यायः हयग्रीव उवाच सर्वज्ञद्यन्तरालस्योपरिष्टात्कलशोद्भव / हस्तविंशतिरुन्नम्रं चतुर्नल्वप्रविस्तरम्
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie ultérieure, au sein du dialogue entre Hayagrīva et Agastya, dans le récit de Lalitā, se trouve le trente-sixième chapitre intitulé « Description de l’intérieur de la demeure Cintāmaṇi ». Hayagrīva déclara : Ô Kalaśodbhava (Agastya), au-dessus de l’espace intérieur de Sarvajñā, la hauteur est de vingt hastas et la largeur de quatre nalvas.
Verse 2
वशिन्याद्यन्तरं ज्ञेयं प्राग्वत्सोपानमन्दिरम् / सर्वरोगहरं नाम्ना तच्चक्रमिति विश्रुतम्
Sachez que l’espace intérieur, à partir de Vaśinī et des autres, est un sanctuaire à degrés, comme auparavant. Il porte le nom de « Sarvarogahara », “celui qui ôte toutes les maladies”, et ce cakra est renommé « Taccakra ».
Verse 3
वशिन्याद्यास्तत्र देव्यः पूर्वादिदिगनुक्रमात् / स्वरैस्तु रहितास्तत्र प्रथमा वशिनीश्वरी
Là se tiennent les Déesses, à commencer par Vaśinī, selon l’ordre des directions à partir de l’Est. Là, elles sont dépourvues de voyelles ; la première est Vaśinīśvarī.
Verse 4
कवर्गसहिता पश्चात्कामेश्वर्याख्यवाह्मयी / चवर्गजुष्टा वागीशी मोदिनी स्यात्तृतीयका
Ensuite vient Vāhmayī, nommée Kāmeśvarī, accompagnée des lettres du ka-varga. La troisième est Vāgīśī Modinī, associée au ca-varga.
Verse 5
टवर्गमण्डिताकारा विमलाख्या सरस्वती / तवर्गेण तथोपेता पञ्चमी वाक्प्रधारणा
Celle dont la forme est ornée du ṭa-varga est Sarasvatī, nommée Vimalā. Et la cinquième, également pourvue du ta-varga, est Vākpradhāraṇā, celle qui porte la Parole sacrée.
Verse 6
पवर्गेण परिस्फीता षष्ठी तु जयिनी मता / यादिवर्णचतुष्कोणे सर्वैश्वर्यादिवाङ्मयी
Épanouie par le pavarga, la Sixième est tenue pour Jayinī, la Victorieuse. Dans le quadrilatère des lettres de « yā », elle est l’essence de la Parole sacrée, où resplendissent toutes les souverainetés et richesses.
Verse 7
साधिकाक्षरषट्केन कौलिनी त्वष्टमी मता / एता देव्यो जपरता मुक्ताभरणमण्डिताः
Avec le groupe de six syllabes pourvues de voyelles, la Huitième est tenue pour Kaulinī. Ces Déesses sont vouées au japa et parées d’ornements de perles.
Verse 8
सदा स्फुरद्गद्यपद्यलहरीलालिता मताः / काव्यैश्च नाटकैश्चैव मधुरैः कर्णहारिभिः / विनोदयन्त्यः श्रीदेवीं वर्तन्ते कुम्भसम्भवः
On les tient pour toujours bercées par des vagues étincelantes de prose et de vers. Par des poèmes et des drames suaves, ravissant l’oreille, elles réjouissent Śrī Devī, ô Kumbhasambhava.
Verse 9
एता रहस्यनाम्नैव ख्याता वातापितापन / नायिका स्वस्य चक्रस्य सिद्धानाम्ना प्रकीर्तिता
Celles-ci sont connues par un nom secret, ô Vātāpitāpana. Elle est la maîtresse de son propre cakra et est célébrée sous le nom de Siddhā, l’Accomplie.
Verse 10
अस्य चक्रस्य संरक्षाकारिणी खेचरी मता / वशिन्याद्यन्तरालस्योपरिष्टाद्विन्ध्यमर्दन
Khecarī est tenue pour la gardienne qui protège ce cakra. Et au-dessus de l’intervalle intérieur, à partir de Vaśinī et au-delà—ô Vindhyamardana.
Verse 11
हस्तविंशतिरुन्नम्रं चतुर्नल्वप्रविस्तरम् / अस्त्रं चक्रमितिज्ञेयं तत्र बाणादिदेवताः
L’arme que l’on doit connaître sous le nom de « Cakra » a vingt hastas de hauteur et quatre nalvas d’étendue ; là résident les divinités des flèches et des autres armes.
Verse 12
पञ्च बाणेश्वरीदेव्यः पञ्च कामेश्वराशुगाः / अङ्कुशद्वितयं दीप्तमादिस्त्रीपुंसयोर्द्वयोः
Il y a cinq Déesses Bāṇeśvarī et cinq Kāmēśvara-Aśugā ; et une paire d’aṅkuśa éclatants pour le couple primordial, la femme et l’homme.
Verse 13
धनुर्द्वयं च विन्ध्यारे नव पुण्ड्रेषु कल्पितम् / पाशद्वयं च दीप्ताभं चत्वार्यस्त्राणि कुम्भज
Dans le Vindhyāra furent disposés deux arcs parmi les neuf puṇḍras ; et aussi deux pāśas, d’un éclat lumineux. Ô Kumbhaja, ce sont là quatre armes.
Verse 14
कामेश्वर्यास्तु चत्वारि चत्वारि श्रीमहेशितुः / आहत्याष्टायुधानीति प्रज्वलन्ति विभान्ति च
Quatre appartiennent à Kāmēśvarī, et quatre à Śrī-Maheśitu ; en tout, huit armes, flamboyantes et rayonnantes.
Verse 15
भण्डासुरमहायुद्धे दुष्टदानवशोणितैः / पीतैरतीव तृप्तानिदिव्यास्त्राण्यति जाग्रति
Dans la grande guerre contre Bhaṇḍāsura, les armes divines burent le sang des dānavas pervers ; et, comblées à l’excès, elles demeurent en éveil ardent.
Verse 16
एतेषामायुधानां तु परिवारायुधान्यलम् / वर्तन्ते ऽस्त्रान्तरे तत्र तेषां संख्या तु कोटिशः
À ces armes s’ajoutent, en abondance, d’innombrables armes d’escorte; dans l’intervalle des astra, elles se déploient, et leur nombre se compte par koṭis.
Verse 17
वज्रशक्तिः शतघ्नी च भुशुण्डी मुसलं तथा / कृपाणः पट्टिशं चैव मुद्गरं भिन्दिपालकम्
Vajraśakti et Śataghnī, Bhuśuṇḍī ainsi que Musala; de même Kṛpāṇa, Paṭṭiśa, Mudgara et Bhindipālaka.
Verse 18
एवमादीनि शस्त्राणि सहस्राणां सहस्रशः / अष्टायुधमहाशक्तीः सेवन्ते मदविह्वलाः
Des armes telles que celles-ci, et d’autres encore, se comptent par milliers de milliers; ceux qu’enivre le mada servent les grandes Śaktis des huit armes.
Verse 19
अथ शस्त्रान्तरालस्योपरि वातापितापन / हस्तविंशतिरुन्नम्रं चतुर्नल्वप्रविस्तरम् / धिष्ण्यं तु समयेशीनां स्थानं च तिसृणां मतम्
Puis, au-dessus de l’intervalle des armes, se trouve un siège nommé Vātāpitāpana; haut de vingt hastas et large de quatre nalvas; c’est le trône sacré des Samayeśinīs et, dit-on, le séjour de trois Déesses.
Verse 20
कामेशाद्यास्तत्र देव्यस्तिस्रो ऽन्या तु चतुर्थिका / सैव निःशेषविश्वानां सवित्री ललितेश्वरी
Là se tiennent trois Déesses, à commencer par Kāmeśī, et une autre encore comme quatrième; elle-même est Savitrī, Laliteśvarī, Mère de tous les univers sans reste.
Verse 21
तिसृणां शृणु नामानि कामेशी प्रथमा मता / वज्रेशी भगमाला च ताः सेवन्ते सहस्रशः
Écoute les noms des trois : Kāmeśī est tenue pour la première ; Vajreśī et Bhagamālā aussi — ces Déesses sont honorées et servies par milliers.
Verse 22
सर्वेषां दर्शनानां च या देव्यो विविधाः स्मृताः / ताः सर्वास्तत्र सेवन्ते कामेशादिमहोदयाः
Dans toutes les darśana, on se souvient de Devīs diverses; toutes, là, servent et rendent un culte, dans une grande splendeur, à commencer par Kāmeśī et les premières.
Verse 23
एतासांच प्रसंगेषु नित्यानां च प्रसञ्जने / चक्रिणीनां योगिनीनां श्रीदेवी पूरणात्मिका
Dans la relation de ces Déesses et dans l’assemblée des Nityā—au milieu des Cakriṇī et des Yoginī—se tient Śrī Devī, dont l’essence est l’accomplissement plénier.
Verse 24
या कामेश्वरदेवाङ्कशायिनी ललितांबिका / कामेश्यादिचतुर्थी सा नित्यानां षोडशी मता
Lalitāmbikā, celle qui repose sur les genoux du dieu Kāmeśvara—elle est la quatrième parmi celles qui commencent avec Kāmeśī ; et parmi les Nityā, elle est tenue pour Ṣoḍaśī, la Seizième.
Verse 25
योगिनी चक्रदेवीनां नवमी परिकीर्तिता / समयेश्यन्तरालस्योपरिष्टादिल्वलान्तक
Parmi les Devīs du cakra des Yoginī, elle est proclamée la neuvième ; et au-dessus de l’intervalle de Samayeśī se tient Ilvalāntaka, celui qui met fin à Ilvalā.
Verse 26
नाथान्तरमिति प्रोक्तं हस्तविंशतिरुन्नतम् / चतुर्नल्वप्रविस्तारं प्राग्वत्सोपानमण्डितम्
On l’appelle « Nāthāntara » : il s’élève à vingt hastas, s’étend sur quatre nalvas, et se trouve embelli d’un escalier tourné vers l’Orient.
Verse 27
तत्र नाथामहादेव्या योगशास्त्रप्रवर्त्तकाः / सर्वेषां मन्त्रगुरवः सर्वविद्यामहार्णवाः
Là, Nāthā Mahādevī est celle qui met en marche la science du yoga; elle est le guru des mantras pour tous et le grand océan de toutes les connaissances.
Verse 28
चत्वारो यागनाथाश्च लोकानामिह गुप्तये / सृष्टाः कामंशदेवेन तेषां नामानि मे शृणु
Pour la sauvegarde des mondes en ce lieu, Kāmaṃśa-deva créa quatre Yāga-nāthas ; écoute de ma bouche leurs noms.
Verse 29
मित्री च शोडिशश्चैव चर्याख्यः कुम्भसम्भव / तैः सृष्टा बहवो लोकारक्षार्थं पादुकात्मकाः
Ce sont Mitrī, Śoḍiśa, Caryākhya et Kumbhasambhava. Par eux furent créés de nombreux mondes, sous la forme de Pādukā, pour la protection des mondes.
Verse 30
दिव्यविद्या मानवौघसिद्धौघाः सुरतापसाः / प्राप्तसालोक्यसारूप्यसायुज्यादिकसिद्धयः
Ils possèdent la vidyā divine et des multitudes d’hommes et de siddhas ; ce sont des ascètes célestes. Ils ont obtenu des siddhis tels que sālokya, sārūpya, sāyujya et autres.
Verse 31
महान्तो गुरवस्तांस्तु सेवन्ते प्रचुरा गुरून् / अथ नाथान्तरालस्योपरिष्टाद्धिष्ण्यमुत्तमम्
Les grands maîtres vénérables servent une multitude de gurus ; puis, au-dessus de l’espace intermédiaire des Nātha, se trouve la demeure suprême.
Verse 32
हस्तविंशतिरुन्नमं चतुर्नल्वप्रविस्तरम् / नित्यान्तरमिति प्रोक्तं नित्याः पञ्चदशात्र वै
Sa hauteur est de vingt hastas et sa largeur de quatre nalvas ; on l’appelle « Nityāntara », et ici se trouvent, en vérité, quinze Nityā éternelles.
Verse 33
अथ कामेश्वरी नित्या नित्या च भगमालिनी / नित्यक्लिन्ना अपि तथा भेरुण्डा वह्निवासिनी
Viennent ensuite la Nityā Kāmeśvarī et la Nityā Bhagamālinī ; de même la Nityāklinnā, ainsi que Bheruṇḍā et Vahnivāsinī.
Verse 34
महावज्रेश्वरी दूती त्वरिता कुलसुन्दरी / नित्या नीलपताका च विजया सर्वमङ्गला
Il y a Mahāvajreśvarī en tant que dūtī (messagère), Tvaritā, Kulasundarī ; la Nityā Nīlapatākā, Vijayā et Sarvamaṅgalā.
Verse 35
ज्वालामालिनिका चित्रेत्येताः पञ्चदशोदिताः / एता देवीस्वरूपाः स्युर्महाबलपराक्रमाः
Jvālāmālinikā et Citrā : telles sont les quinze énoncées. Elles sont des formes de la Devī, d’une grande force et d’une vaillance souveraine.
Verse 36
प्रथमा मुख्यतिथितां प्राप्ता व्याप्य जगत्त्रयाः / कालत्रितयरूपाश्च कालग्रासविचक्षणाः
Elles obtinrent d’abord la dignité de tithi souveraine, embrassant les trois mondes; ayant la forme des trois temps, expertes en l’engloutissement de Kāla, le Temps.
Verse 37
ब्रह्मादीनामशेषाणां चिरकालमुपेयुषाम् / तत्तत्कालशतायुष्यरूपा देव्याज्ञया स्थिताः
Pour Brahmā et tous les autres, parvenus à d’immenses durées, elles demeurent sur l’ordre de la Devī, prenant la forme de vies de cent ans selon chaque temps.
Verse 38
नित्योद्यता निरान्तकाः श्रीपराङ्गसमुद्भवाः / सेवन्ते जगतामृद्ध्यै ललितां चित्स्वरूपिणीम्
Toujours actives et sans fin, nées du membre glorieux de Śrī, pour la prospérité des mondes elles servent Lalitā, dont la nature est Chit, la Conscience.
Verse 39
तासां भवनतां प्राप्ता दीप्ताः पञ्चदशेश्वराः / विसृष्टिबिन्दुचक्रे तु षोडश्या भवनं मतम्
Les quinze Seigneurs resplendissants parvinrent à l’état de demeures pour elles; mais dans le cakra du «Bindu de l’Émanation», on tient que se trouve la demeure de la Seizième.
Verse 40
अथ नित्यान्तरालस्योपरिष्टात्कुम्भसम्भव / अङ्गदेव्यन्तरं प्रोक्तं हस्तविंशातिरुन्नतम्
Ensuite, ô Kumbha-sambhava (Agastya), au-dessus de l’intervalle entre les Nityā, on énonce l’espace entre les Aṅga-devī, s’élevant à plus de vingt hastas.
Verse 41
चतुर्नल्वप्रविस्तारं प्राग्वत्सोपानमन्दिरम् / तस्मिन्हृदयदेव्याद्याः शक्तयः संति वै मुने
Il est un sanctuaire à degrés tourné vers l’orient, d’une étendue de quatre nalva ; là résident, ô Muni, les Śakti primordiales, à commencer par Hṛdaya-devī.
Verse 42
हृद्देवी च शिरोदेवी शिखादेवी तथैव च / वर्मदेवी दृष्टिदेवी शस्त्रदेवी षडीरिताः
Hṛd-devī et Śiro-devī, ainsi que Śikhā-devī ; Varma-devī, Dṛṣṭi-devī et Śastra-devī : telles sont les six nommées.
Verse 43
अत्यन्तसन्निकृष्टास्ताः श्रीकामेश्वरसुभ्रुवः / नवलावण्यपूर्णाङ्ग्यः सावधाना धृतायुधाः
Elles sont tout proches, aux sourcils gracieux comme ceux de Śrī Kāmeśvara ; leurs membres, comblés d’une beauté toujours neuve, demeurent vigilantes, les armes en main.
Verse 44
परितो बिन्दुपीठे च भ्राम्यन्तो दृप्तमूर्तयः / ललिताज्ञाप्रवर्तिन्यो वशीनां पीठवर्तिकाः
Autour du Bindu-pīṭha elles tournent, aux formes fières ; elles agissent selon l’ordre de Lalitā et demeurent sur le pīṭha des Vaśinī.
Verse 45
अथाङ्गदेव्यन्तरस्योपरिष्टान्मण्डलाकृति / बिन्दुनाद महापीठं दशहस्तसमुन्नतम्
Puis, au-dessus de l’espace intérieur des Aṅga-devī, se manifeste une forme de maṇḍala ; le Mahā-pīṭha nommé Bindu-nāda s’élève à dix hastas de hauteur.
Verse 46
नल्वाष्टकप्रविस्तारमुद्यदादित्यसंनिभम् / बिन्दुपीठमिदं ज्ञेयं श्रीपीठमपि चेष्यते
Qu’on sache que ceci est le Bindupīṭha, déployé selon le Nalvāṣṭaka et resplendissant tel le soleil levant; il est aussi honoré comme le Śrīpīṭha.
Verse 47
महापीठमिति ज्ञेयं विद्यापीठमपीष्यते / आनन्दपीठमपि च पञ्चाशत्पीठरूपधृक्
Qu’on sache que c’est le Mahāpīṭha; il est aussi reconnu comme le Vidyāpīṭha; et encore comme l’Ānandapīṭha, portant la forme des cinquante Pīṭhas.
Verse 48
तत्र श्रीललितादेव्याः पञ्चब्रह्ममये महत् / जागर्ति मञ्चरत्नं तु प्रपञ्चत्रयमूलकम्
Là, pour Śrī Lalitā Devī, veille le grand trône de joyau (mañca-ratna), constitué des Cinq Brahmas; il est la racine des trois mondes.
Verse 49
तस्य मञ्चस्य पादास्तु चत्वारः परिकीर्तिताः / दशहस्तसमुन्नम्रा हस्तत्रितयविष्ठिताः
Les pieds de ce trône sont dits au nombre de quatre; ils s’élèvent à dix hastas et reposent sur un triple ensemble de mains.
Verse 50
ब्रह्मविष्णुमहेशानेश्वररूपत्वमागताः / शक्तिभावमनुप्राप्ताः सदा श्रीध्यानयोगतः
Ils ont pris la forme de Brahmā, Viṣṇu, Maheśa et Īśvara; et, par le yoga constant de la sainte contemplation (Śrī-dhyāna), ils ont atteint l’état de Śakti.
Verse 51
एकस्तु पञ्चपादः स्याज्जपाकुसुमसन्निभः / ब्रह्मात्मकः स विज्ञेयो वह्निदिग्भागमाश्रितः
L’un d’eux a cinq pieds, semblable à la fleur rouge de japa ; sache qu’il est de nature de Brahmā, établi dans la région de la direction du Feu.
Verse 52
चतुर्थो मञ्चपादस्तु कर्णिकारकसाररुक् / ईश्वरात्मा स विज्ञेय ईशदिग्भागमाश्रितः
Le quatrième est le pied du lit sacré (mañca), brillant comme l’essence de la fleur karṇikāra ; sache qu’il est de nature d’Īśvara, établi dans la région de la direction d’Īśāna.
Verse 53
एते सर्वे सायुधाश्च सर्वालङ्कारभूषिताः / उपर्यधःस्तंभरूपा मध्ये पुरुषरूपिणः
Tous portent des armes et sont parés de tous les ornements ; en haut et en bas ils ont forme de piliers, et au milieu ils prennent la forme du Puruṣa.
Verse 54
श्रीध्यानमीलिताक्षाश्च श्रीध्यानान्निश्चलाङ्गकाः / तेषामुपरि मञ्चस्य फलकस्तु सदाशिवः
Les yeux clos dans la méditation bénie, leurs membres demeurent immobiles par ce dhyāna ; au-dessus d’eux, la planche du lit sacré est Sadāśiva.
Verse 55
विकासिदाडिमच्छायश्चतुर्नल्वप्रविस्तरः / नल्वषट्कायामवांश्च सदाभास्वरमूर्तिमान्
D’une teinte semblable à l’ombre de la grenade épanouie, il s’étend sur quatre nalva ; et, avec des membres de six nalva, il possède une forme toujours lumineuse.
Verse 56
अङ्गदेव्यन्तरारंभान्मञ्चस्य फलकावधि / चिन्तामणिमयाङ्गानि तत्त्वरूपाणि तापस
Depuis l’origine intérieure de la Déesse Aṅgā jusqu’au bord de la planche du lit sacré ; ses membres, faits de Cintāmaṇi, sont la forme même des tattva, ô ascète.
Verse 57
सोपानानि विभासंते षट्त्रिंशद्वै निवेशनैः / आरोहस्य क्रमेणैव सोपानान्यभिदध्महे
Les degrés resplendissent par trente-six demeures ; et selon l’ordre de l’ascension, nous énoncerons ces marches l’une après l’autre.
Verse 58
भूमिरापो ऽनलो वायुराकाशो गन्ध एव च / रसो रूपं स्पर्शसंब्दोपस्थपायुपदानि च
La terre, les eaux, le feu, le vent, l’éther et l’odeur ; la saveur, la forme, le toucher et le son ; ainsi que les organes de génération et d’excrétion.
Verse 59
पाणिवाग्घ्राणजिह्वाश्चत्वक् चक्षुः श्रोत्रमेव च / अहङ्कारश्च बुद्धिश्च मनः प्रकृतिपूरुषौ
La main, la parole, le nez, la langue, la peau, l’œil et l’oreille ; ainsi que l’ahaṅkāra, la buddhi, le mental, Prakṛti et Puruṣa.
Verse 60
नियतिः कालरागौ च कला विद्ये च मायया / शुद्धाविद्येश्वरसदाशिवशक्तिः शिवा इति
Niyati, Kāla et Rāga ; Kalā, Vidyā et Māyā ; puis Śuddhāvidyā, Īśvara, Sadāśiva, Śakti et Śivā : telle est l’énumération.
Verse 61
एताः षट्त्रिंशदाख्यातास्तत्त्वसोपानपङ्क्तयः / पूषा सोपानपङ्क्तिश्च मञ्चपूर्वदिशंश्रिताः
Celles-ci sont proclamées comme les trente-six rangées de degrés des tattva; et la rangée de degrés de Pūṣā, elle aussi, demeure tournée vers l’Orient, auprès du lit (mañca).
Verse 62
अथ मञ्चस्योपरिष्टाद्धंसतूलिकतल्पकः / हस्तमात्रं समुन्नम्रं चतुर्नल्वप्रविस्तरम्
Puis, au-dessus du lit (mañca), se trouvait un matelas de duvet de hamsa, d’une douceur exquise; il s’élevait d’une coudée et avait quatre nalva de largeur.
Verse 63
पादोपधानमूर्धोपधान दन्द्वविराजितम् / गड्डकानां चतुः षष्टिशोभितं पाटलत्विषा
Il rayonnait par la paire de coussins pour les pieds et la paire de coussins pour la tête; et il était orné de soixante-quatre gaḍḍaka, luisant de l’éclat rosé du pāṭala.
Verse 64
तस्योपरिष्टात्कौसुंभवसनेनोत्तरच्छदः / शुचिना मृदुना कॢप्तः पद्मरागमणित्विषा
Au-dessus était étendu un couvre-lit de tissu kausuṃbha; pur et doux, soigneusement disposé, brillant de l’éclat de la gemme padmarāga.
Verse 65
तस्योपरि वसन्पूर्वदिङ्मुखो दययान्वितः / शृङ्गारवेषरुचिरस्सदा षोडशवार्षिकः
Au-dessus, il demeurait, le visage tourné vers l’Orient, empli de compassion; splendide dans l’apparat du śṛṅgāra, toujours tel un jeune de seize ans.
Verse 66
उद्यद्भास्करबिंबाभश्चतुर्हस्तस्त्रिलोचनः / हारकेयूरमुकुटकटकाद्यैरलङ्कृतः
Resplendissant tel le disque du soleil levant, aux quatre bras et aux trois yeux ; paré de collier, d’ornements de bras, de couronne, de bracelets et d’autres joyaux sacrés.
Verse 67
कमनीयस्मितज्योत्स्नामरिपूर्णकपोलभूः / जागर्ति भगवानादिदेवः कामेश्वरः शिवः
Ses joues sont baignées de la clarté lunaire de son sourire ravissant ; le Bienheureux, l’Ādideva, Kāmeśvara—Śiva—demeure éveillé, présent.
Verse 68
तस्योत्संगे समासीना तरुणादित्यपाटला / सदा षोडशवर्षा च नवयौवनदर्पिता
Assise sur ses genoux, elle rosit comme le jeune soleil ; toujours âgée de seize ans, fière de l’éclat d’une jeunesse nouvelle.
Verse 69
अमृष्टपद्मरागाभा चन्दनाब्जनखच्छटा / यावकश्रीर्निर्व्यपेक्षा पादलौहित्यवाहिनी
Elle resplendit tel un padmarāga non poli ; l’éclat de ses ongles est comme un lotus oint de santal ; la beauté du yāvaka, sans rien dépendre, porte la rougeur sacrée aux plantes de ses pieds.
Verse 70
कलनिस्वानमञ्जीरपतत्कङ्कणमोहना / अनङ्गवरतूणीरदर्पोन्मथनजङ्घिका
Le doux tintement de ses grelots de cheville et le cliquetis de ses bracelets en mouvement enivrent l’esprit ; ses jambes ébranlent l’orgueil d’Ananga, tel le carquois du dieu du désir.
Verse 71
करिशुण्डदोः कदलिकाकान्तितुल्योरुशोभिनी / अरुणेन दुकूलेन सुस्पर्शेन तनीयसा / अलङ्कृतनितंबाढ्या जघनाभोगभासुरा
Ses bras étaient tels des trompes d’éléphant, et ses cuisses brillaient d’un éclat pareil à celui du bananier. Elle était vêtue d’un dukūla rouge, fin et d’un toucher très doux. Ses hanches, richement parées et pleines, faisaient rayonner l’opulence de sa croupe.
Verse 72
अर्धोरुकग्रन्थिमती रत्नकाञ्चीविराजिता / नतनाभिमहावर्तत्रि वल्यूर्मिप्रभासरित्
À mi-cuisse se dessinait un nœud gracieux, et une ceinture de joyaux resplendissait à sa taille. Son nombril s’enfonçait tel un vaste tourbillon; et les trois plis de son ventre luisaient comme des vagues de lumière.
Verse 73
स्तनकुड्मलहिन्दोलमुक्तादामशतावृता / अतिपीवरवक्षोजभारभङ्गुरमध्यभूः
Ses seins, tels des boutons de fleurs qui se balancent, étaient entourés de centaines de guirlandes de perles. Sous le poids de cette opulence, sa taille paraissait fine et délicate, comme prête à se plier au milieu.
Verse 74
शिरीषदाममृदुलच्छदाभांश्चतुरो भुजान्
Elle avait quatre bras, lumineux comme les pétales tendres de la fleur śirīṣa.
Verse 75
केयूरकङ्कणश्रेणीमण्डितान्सोर्मिकाङ्गुलीन् / वहन्ती पतिसंसृष्टशङ्खसुन्दरकन्धरा
Ses bras étaient ornés de rangées de keyūra et de bracelets, et ses doigts portaient des anneaux. Son cou était beau comme une conque śaṅkha, car il avait été effleuré dans l’union d’amour avec son époux.
Verse 76
मुखदर्पण वृत्ताभचिबुका पाटलाधरा / शुचिभिः पङ्क्तिशुद्धैस्च विद्यारूपैर्विभास्वरैः / कुन्दकुड्मललक्ष्मीकैर्दन्तैर्दर्शितचन्द्रिका
Son menton, rond et gracieux comme un miroir du visage, et ses lèvres rosées; ses dents, pures et rangées sans défaut, resplendissent telles la forme même de la Vidyā; dents pareilles à des boutons de kunda, révélant une clarté de lune.
Verse 77
स्थूलमौक्तिकसनद्धनानाभरणभासुरा / केतकान्तर्दलश्रोणी दीर्घदीर्घविलोचना
Elle brille de maints ornements, ceinte de grosses perles; sa taille est comme le pétale intérieur du ketakā; ses yeux, longs, infiniment longs, envoûtent.
Verse 78
अर्धेन्दुललिते भाले सम्यक्कॢप्तालकच्छटा / पालीवतं समाणिक्यकुण्डलामण्डितश्रुतिः
Sur son front, gracieux comme un demi-croissant, les mèches sont arrangées avec justesse; ses oreilles sont ornées de pendants de maṇikya, tels des feuilles de pālīvata.
Verse 79
नवकर्पूरकस्तूरीसदामोदितवीटिका / शरच्चञ्चन्निशानाथमण्डलीमधुरानना
Elle porte sans cesse une vīṭikā (bétel) embaumée de camphre neuf et de musc; son visage est suave comme l’orbite du Seigneur de la Nuit, la lune, frémissant en l’automne.
Verse 80
चिन्तामणीनां सारेण कॢप्तचारुकिरीटिका / स्फुरत्तिलकरत्नाभभालनेत्रविराजिता
Elle porte un beau diadème façonné de l’essence du Cintāmaṇi; sur son front resplendit l’œil frontal, orné d’un tilaka semblable à une gemme étincelante.
Verse 81
गाढान्धकारनिबिडक्षामकुन्तलसंहतिः / सीमन्तरेशाविन्यस्तकिन्दूरश्रेणिभासुरा
Sa chevelure, noire et dense comme une nuit profonde, se rassemble en mèches abondantes; et la raie au milieu resplendit de la ligne de sindūra (vermillon sacré) déposée là.
Verse 82
स्फुरच्चन्द्रकलोत्तंसमदलोलविलोचना / सर्वशृङ्गारवेषाढ्या सर्वाभरणभूषिता
Elle porte pour parure le croissant de lune étincelant; ses yeux, comme enivrés de charme, ondulent avec grâce. Riche de tous les atours de śṛṅgāra, elle est ornée de toutes les parures.
Verse 83
समस्तलोकमाता च सदानन्दविवर्धिनी / ब्रह्मविष्णुगिरीशेशसदाशिवनिदानभूः
Elle est la Mère de tous les mondes et fait croître sans cesse la béatitude éternelle; elle est la cause première de Brahmā, Viṣṇu, Girīśa (Īśvara) et Sadāśiva.
Verse 84
अपाङ्गरिङ्खत्करुणानिर्झरीतर्पिताखिला / भासते सा भगवती पापघ्नी ललितांबिका
Par la cascade de compassion jaillissant de son regard de côté, elle rassasie tous les êtres; ainsi resplendit la Bhagavatī Lalitāmbikā, celle qui détruit le péché.
Verse 85
अन्यदैवतपूजानां यस्याः पूजाफलं विदुः / यस्याः पूजाफलं प्राहुयस्या एव हि पूजनम्
On sait que le fruit du culte rendu aux autres divinités est en vérité le fruit de son culte; et ce qu’on proclame comme fruit de son adoration n’est autre que l’adoration d’Elle-même.
Verse 86
तस्याश्च ललितादेव्या वर्णयामि कथं पुनः / वर्षकोटिसहस्रेणाप्येकांशो वर्ण्यते न हि
Et comment pourrais-je encore décrire la Déesse Lalitā ? Même au bout de milliers de koṭis d’années, on ne saurait en dire ne fût-ce qu’une parcelle.
Verse 87
वर्ण्यमाना ह्यवाग्रूपा वाचस्तस्यां कुतो गतिः / यतो वाचो निवर्तन्ते अप्राप्य मनसा सह
Quand on veut la décrire, les paroles deviennent sans forme : comment pourraient-elles l’atteindre ? Car là, les mots se retirent, sans parvenir à Elle, et l’esprit avec eux.
Verse 88
बहुना किमिहोक्तेन तत्त्वभूतमिदं शृणु / न पक्षपातान्न स्नेहान्न मोहाद्वा मयोच्यते
À quoi bon tant de paroles ici ? Écoute cette vérité essentielle. Je ne la dis ni par parti pris, ni par attachement, ni par égarement.
Verse 89
संतु कल्पतरोः शाखा लेखिन्यस्तपसां निधे / मषीपात्राणि सर्वे ऽपि सप्त संतु महार्णवाः
Ô trésor d’ascèses, que les branches du Kalpataru soient des plumes d’écriture, et que les sept grands océans soient tous des encriers.
Verse 90
पञ्चाशत्कोटिविस्तीर्णा भूमिः पत्रत्वमृच्छतु / तस्य लेखनकालो ऽस्तु परार्ध्याधिकवत्सरैः
Que la terre, étendue sur cinquante koṭis, devienne des feuillets ; et que le temps pour l’écrire dure des années au-delà du parārdha.
Verse 91
लिखन्तु सर्वे लोकाश्च प्रत्येकं कोटिबाहवः / सर्वे बृहस्पतिसमा वक्तारो यदि कुंभज
Ô Kumbhaja ! Quand bien même tous les mondes écriraient, chacun avec des bras par myriades de koṭis, et quand bien même tous les orateurs seraient l’égal de Bṛhaspati, nul ne saurait en faire la pleine description.
Verse 92
अथापि तस्याः श्रीदेव्याः पादाब्जैकाङ्गुलिद्युतेः / सहस्रांशेष्वेकैकांशवर्णना न हि जायते / अथ वा वृत्तिरखिला निष्फला तद्गुणस्तुतौ
Et pourtant, l’éclat d’un seul orteil, sur le lotus des pieds de Śrī Devī, ne peut être décrit ne fût-ce qu’à raison d’une part sur mille ; ainsi, tout effort pour louer ses qualités demeure comme sans fruit.
Verse 93
बिन्दुपीठस्य परितश्चतुरस्रवया स्थिता / महामायाजवनिका लंबते मेचकप्रभा
Autour du Bindu-pīṭha se tient une forme quadrangulaire ; le voile de la Grande Māyā (Mahāmāyā) y pend, rayonnant d’une lueur sombre, noirâtre.
Verse 94
देव्या उपरि हस्तानां विंशतिद्वितयोर्ध्वतः / इन्द्रगोपवितानं तु बद्धं त्रैलोक्यदुर्लभम्
Au-dessus de la Déesse, plus haut que les mains de quarante mesures, est attaché un dais de la couleur de l’indragopa, introuvable même dans les trois mondes.
Verse 95
तत्रालङ्कारजालं तु वर्तमानं सुदुर्लभम् / मद्वाणी वर्णयिष्यन्ती कण्ठ एव ह्रिया हता
Là se déploie un réseau d’ornements d’une extrême rareté ; ma parole, voulant le décrire, est terrassée par la pudeur et s’éteint dans la gorge.
Verse 96
सैव जानाति तत्सर्वं तत्रत्यमखिलं गुणम् / मनसो ऽपि हि दूरे तत्सौभाग्यं केनवर्ण्यते
Elle seule connaît tout, l’intégralité des vertus qui s’y trouvent; même l’esprit en demeure loin : qui saurait décrire une telle béatitude?
Verse 97
इत्थं भण्डमहादैत्यवधाय ललितांबिका / प्रादुर्भुता चिदनलाद्दग्धनिःशेषदानवा
Ainsi, pour abattre le grand daitya Bhaṇḍa, la Mère Lalitāmbikā se manifesta; et, du feu de la Conscience, les dānava furent consumés sans reste.
Verse 98
दिव्यशिल्पिजनैः कॢप्तं षोडशक्षेत्रवेशनम् / अधिष्ठाय श्रीनगरं सदा रक्षति विष्टपम्
Śrīnagara, façonnée par des artisans divins, comporte des demeures en seize domaines; y siégeant, Elle protège à jamais le monde céleste (viṣṭapa).
Verse 99
इत्थमेव प्रकारेण श्रीपुराण्यन्यकान्यपि / न भेदको ऽपि विन्यासो नाममात्रं पुरां भिदा
De même, les autres Śrīpura sont semblables; nulle différence dans l’agencement : la distinction entre les cités n’est que de nom.
Verse 100
नानावृक्षमहोद्यानमारभ्येतिक्रमेण ये / वदन्ति श्रीपुरकथां ते यान्ति परमां गतिम्
Ceux qui, en commençant par le grand jardin aux arbres variés, racontent dans l’ordre l’histoire de Śrīpura, atteignent la voie suprême.
Verse 101
आकर्णयन्ति पृच्छन्ति विचिन्वन्ति च ये नराः / ये पुस्तके धारयन्ति ते यान्ति परमां गतिम्
Ceux qui écoutent avec révérence, interrogent et discernent, et ceux qui le conservent dans le livre, ceux-là atteignent la voie suprême.
Verse 102
ये श्रीपुरप्रकारेण तत्तत्स्थानविभेदतः / कृत्वा शिल्पिजनैः सर्वं श्रीदेव्यायतनं महत् / संपादयन्ति ये भक्तास्ते यान्ति परमां गतिम्
Les dévots qui, selon l’ordonnance de Śrīpura et la distinction des lieux, font réaliser par les artisans tout le grand sanctuaire de Śrī Devī, ceux-là atteignent la voie suprême.
No royal or r̥ṣi-vaṃśa list is foregrounded in the sampled passage; instead, the chapter catalogs a “divine roster” (Śakti-deities and functionaries) as an esoteric lineage of powers within Lalitā’s palace-cakra system.
The excerpt presents architectural-style measurements for the sacred interior (height/extent given in hasta-based dimensions) rather than planetary distances; the effect is a microcosmic ‘bhuvana-kośa’ rendered as palace geometry.
The Sarvarogahara Cakra functions as a ritual-visualization yantra: its deity-seating is indexed by phonemic groups (varṇa-vargas), guarded by Khecarī, and armed with astras—linking healing (sarva-roga-hara) with protection and the metaphysical conquest dramatized in the Bhaṇḍāsura conflict.