Adhyaya 19
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Adhyaya 19

प्लक्षद्वीपवर्णनम् (Description of Plakṣa-dvīpa)

Cet adhyāya poursuit la cartographie purānique du bhuvana-kośa en quittant le cadre de Jambūdvīpa pour le continent concentrique suivant, Plakṣa-dvīpa. Dans le registre narratif de Sūta, s’adressant aux anciens dvija assemblés, il présente un exposé bref mais technique : les mesures proportionnelles de Plakṣa par rapport à Jambū, le lavaṇodaka (océan d’eaux salées) qui l’entoure, et les conditions idéalisées de ses janapadas—sans famine, avec une crainte amoindrie de la maladie et du vieillissement. Le chapitre énumère ensuite les éléments structurants de Plakṣa-dvīpa : ses sept montagnes principales (varṣa-parvata) et les régions (varṣa) correspondantes, avec des notes d’origine sur les noms, telles que des liens mythiques, des lieux de collecte d’herbes ou des événements anciens associés à certains sommets. L’ensemble forme un registre géographique dense, fixant noms, échelles relatives et repères régionaux pour les renvois ultérieurs dans la cosmologie purānique.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुषङ्गपादे जम्बूद्वीपवर्णनं नामाष्टादशो ऽध्यायः सूत उवाच प्लक्षद्वीपं प्रवक्ष्यामि यथावदिह संग्रहात् / शृणुतेमं यथातत्त्वं ब्रुवतो मे द्विजोत्तमाः

Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la première partie proclamée par Vāyu, au second anuṣaṅga-pāda, le dix-huitième chapitre intitulé « Description de Jambūdvīpa ». Sūta dit : « Ô dvija éminents, je vais maintenant exposer Plakṣadvīpa comme il convient, en abrégé ; écoutez mes paroles selon la vérité essentielle ».

Verse 2

जंबूद्वीपस्य विस्ताराद्द्विगुणास्तस्य विस्तरः / विस्तराद्द्विगुणश्चास्य परिणाहः समन्ततः

Par rapport à l’étendue de Jambūdvīpa, l’étendue de celui-ci est double ; et, par rapport à cette étendue, sa circonférence (pariṇāha), de tous côtés, est encore double.

Verse 3

तेनावृतः समुद्रो वै द्वीपेन लवणोदकः / तत्र पुण्या जनपदाश्चिरान्न म्रियते जनः

L’océan aux eaux salées est entouré par ce dvīpa. Là se trouvent des royaumes empreints de mérite sacré ; l’homme n’y meurt pas de sitôt, mais vit longtemps.

Verse 4

कृत एव च दुर्भिक्षं जराव्याधिभयं कुतः / तत्रापि पर्वताः पुण्याः सप्तैव मणिभूषणाः

Là-bas, la famine semble ne jamais advenir ; d’où viendrait la crainte de la vieillesse et de la maladie ? Là se dressent aussi sept montagnes saintes, parées de joyaux.

Verse 5

रत्नाकरास्तथा नद्यस्तासां नामानि च बुवे / ब्लक्षद्वीपादिषु त्वेषु सप्त सप्त तु पञ्चसु

Des océans et des fleuves, je dirai aussi les noms. Dans ces cinq dvīpa, tels que Plakṣa, il y en a sept et sept pour chacun.

Verse 6

ऋज्वायताः प्रतिदिशं निविष्टा वर्षपर्वताः / प्लक्षद्वीपे तु वक्ष्यामि सप्तद्वीपान् महा बलान्

Les montagnes des régions s’étendent droites et établies vers chaque direction. À présent, dans Plakṣa-dvīpa, je décrirai les sept dvīpa d’une grande puissance.

Verse 7

गोमेदको ऽत्र प्रथमः पर्वतो मेघसन्निभः / ख्यायते यस्य नाम्ना तु वर्षं गोमेदसंज्ञितम्

Ici, la première montagne est Gomedaka, semblable à un nuage. De son nom, cette région est connue comme le Varṣa de Gomeda.

Verse 8

द्वितीयः पर्वतश्चन्द्रः सर्वौंष धिसमन्वितः / अश्विभ्याममृतस्यार्थमोषध्यो यत्र संभृताः

La seconde montagne est Candra, pourvue de toutes les plantes médicinales. Là, les Aśvinī-kumāra rassemblèrent les herbes en vue de l’amṛta.

Verse 9

तृतीयो नारदो नाम दुर्गशैलो महोच्चयः / तत्राचले समुत्पन्नौ पूर्वं नारदपर्वतौ

La troisième montagne se nomme Nārada, roc difficile d’accès et d’une grande élévation. Sur cette montagne, jadis, naquirent des monts appelés Nārada.

Verse 10

चतुर्थस्तत्र वै शैलो दुदुंभिर्न्नाम नामतः / छन्दमृत्युः पुरा तस्मिन्दुन्दुभिः सादितः सुरैः

Là se trouve la quatrième montagne, connue sous le nom de Dudumbhi. Jadis, en ce lieu, ‘Chandamṛtyu’ fut dompté par les dieux grâce à Dundubhi.

Verse 11

रज्जुदोलोरुकामं यः शाल्मलिश्चासुरान्तकृत् / पञ्चमः सोमको नाम देवैर्यत्रामृतं पुरा

La montagne, haute et belle comme une balançoire de corde, portant l’arbre Śālmali, destructeur des asuras—c’est la cinquième, nommée Somaka; là, jadis, les dieux déposèrent l’amṛta.

Verse 12

संभृतं चाहृतं चैव मातुरर्थे गरुत्मता / षष्टस्तु सुमना नाम सप्तमर्षभ उच्यते

Pour le bien de sa mère, Garuḍa rassembla et rapporta aussi (l’amṛta). La sixième se nomme Sumanā, et la septième est appelée Ṛṣabha.

Verse 13

हिरण्यक्षो वराहेण तस्मिञ्छैले निषूदितः / वैभ्राजः सप्तमस्तत्र भ्राजिष्णुः स्फाटिको महान्

Sur cette montagne, Varāha mit à mort Hiraṇyākṣa. Là se trouve la septième, Vaibhrāja : éclatante, grandiose, lumineuse comme le cristal.

Verse 14

अर्चिर्भिर्भ्राजते यस्माद्वैभ्राजस्तेन संस्मृतः / तेषां वर्षाणि वक्ष्यामि नामतस्तु यथाक्रमम्

Parce qu’elle resplendit de rayons tels des flammes, on s’en souvient sous le nom de Vaibhrāja. Je vais maintenant énoncer, dans l’ordre, les noms de leurs varṣas.

Verse 15

गोमेदं प्रथमं वर्षं नाम्नाशान्तभयं स्मृतम् / चन्द्रस्य शिशिरं नाम नारदस्य सुखोदयम्

La première année, nommée Gomeda, est tenue en mémoire sous le nom de « Śāntabhaya » ; celle de Candra s’appelle « Śiśira », et celle de Nārada « Sukhodaya ».

Verse 16

आनन्दं दुन्दुभेर्वर्षं सोमकस्यशिवं स्मृतम् / क्षेमकं वृषभस्यापि वैभ्राजस्य ध्रुवं तथा

L’année de Dundubhi se nomme « Ānanda », et celle de Somaka est rappelée comme « Śiva » ; celle de Vṛṣabha est « Kṣemaka », et celle de Vaibhrāja « Dhruva ».

Verse 17

एतेषु देवगन्धर्वाः सिद्धाश्च सह चारणैः / विहरन्ति रमन्ते च दृश्यमानाश्च तैः सह

En ces domaines, les deva-gandharvas et les siddhas, avec les cāraṇas, errent et se réjouissent ; et, avec eux, ils se rendent aussi visibles.

Verse 18

तेषां नद्यस्तु सप्तैव प्रतिवर्षं समुद्रगाः / नामतस्ताः प्रवक्ष्यामि सप्तगङ्गास्तपोधनाः

Leurs rivières, en chaque varṣa, ne sont que sept à se jeter dans l’océan ; ô riche en ascèse, je vais énoncer les noms de ces sept Gaṅgā.

Verse 19

अनुतप्तासुखी चैव विपाशा त्रिदिवा क्रमुः / अमृता सुकृता चैव सप्तैताः सरितां वराः

Anutaptā, Sukhī, Vipāśā, Tridivā, Kramu, Amṛtā et Sukṛtā : telles sont les sept rivières les plus éminentes.

Verse 20

अभिगच्छन्ति ता नद्यस्ताभ्यश्चान्याः सहस्रशः / बहूदका ह्योघवत्यो यतो वर्षति वासवः

Ces rivières s’y rendent et s’y rejoignent, et avec elles des milliers d’autres. Car lorsque Vāsava (Indra) fait pleuvoir, elles deviennent riches en eaux et au courant puissant.

Verse 21

ताः पिबन्ति सदा हृष्टा नदीजनपदास्तु ते / शुभाः शान्तभयाश्चैव प्रमुदं शैशिराः शिवाः

Les contrées riveraines boivent toujours ces eaux avec allégresse. Ce sont des terres auspiciouses, sans crainte, pleines de joie, fraîches et bienfaisantes.

Verse 22

आनन्दाश्च सुखाश्चैव क्षेमकाश्च ध्रुवैः सह / वर्णाश्रमाचारयुता प्रजास्तेष्ववधिष्ठिताः

Là, les êtres vivent dans la joie et le bonheur, établis dans la sûreté avec Dhruva. Les peuples, attachés aux observances du varṇa et de l’āśrama, y demeurent avec ordre.

Verse 23

सर्वे त्वरोगाः सुबलाः प्रजाश्चामयव र्जिताः / अवसर्पिणी न तेष्वस्ति तथैवोत्सर्पिणी न च

Là, tous sont exempts de maux soudains, vigoureux et sans maladie. Il n’y a ni avasarpiṇī (déclin) ni utsarpiṇī (essor).

Verse 24

न तत्रास्ति युगावस्था चतुर्युगकृता क्वचित् / त्रेतायुगसमः कालः सर्वदा तत्र वर्त्तते

Là, il n’existe nulle part l’état des âges composé des quatre yuga. Là, le temps s’écoule toujours tel le Tretāyuga.

Verse 25

प्लक्षद्वीपादिषु ज्ञेयः पञ्चस्वेतेषु सर्वशः / देशस्यानुविधानेन कालस्यानुविधाः स्मृताः

Dans Plakṣadvīpa et dans ces cinq continents en tout lieu, il est rappelé que les divisions du temps sont connues selon l’ordonnance propre à chaque contrée.

Verse 26

पञ्चवर्षसहस्राणि तेषु जीवन्ति मानवाः / सुरूपाश्च सुवेषाश्च ह्यरोगा बलिनस्तथा

Dans ces îles, les hommes vivent cinq mille ans; ils sont beaux de forme, bien vêtus, exempts de maladie et pleins de force.

Verse 27

सुखमायुर्बलं रुपमारोग्यं धर्म एव च / प्लक्षद्वीपादिषु ज्ञेयः शाकद्वीपान्तिकेषु वै

Félicité, longévité, force, beauté, santé et dharma : tout cela est connu dans les contrées depuis Plakṣadvīpa jusqu’aux abords de Śākadvīpa.

Verse 28

प्रक्षद्वीपः पृथुः श्रीमान्सर्वतो धनधान्यवान् / दिव्यौषधिफलोपेतः सर्वौंषधिवनस्पतिः

Prakṣadvīpa est vaste et resplendissant, comblé de richesses et de grains en tous lieux; pourvu de fruits d’herbes divines et foisonnant de toute plante médicinale.

Verse 29

आवृतः पशुभिः सर्वैर्ग्राम्यारण्यैः सहस्रशः / जंबूवृक्षेम संख्यातस्तस्य मध्ये द्विजोत्तमाः

Cette île est entourée par milliers d’animaux, domestiques et sauvages; elle est tenue pour semblable à l’arbre Jambū, et en son milieu, ô dvija éminents, (se trouve).

Verse 30

प्लक्षो नाम महावृक्षस्तस्य नाम्ना स उच्यते / स तत्र पूज्यते स्थाने मध्ये जनपदस्य ह

Il est un grand arbre nommé Plakṣa, et c’est par ce nom même qu’il est connu. Là, en un lieu au centre du pays, il est vénéré.

Verse 31

स चापीक्षुरसोदेन प्रक्षद्वीपः समावृतः / प्लक्षद्वीपसमेनैव वैपुल्यद्विस्तरेण तु

Ce Prakṣadvīpa est entouré de toutes parts par l’océan de suc de canne. Par son étendue, il est aussi vaste que Plakṣadvīpa.

Verse 32

इत्येवं संनिवेशो वः प्लक्षद्वीपस्य कीर्तितः / आनुपूर्व्यात्समासेन शाल्मलं तु निबोधत

Ainsi vous a-t-on exposé l’agencement de Plakṣadvīpa. Maintenant, selon l’ordre, apprenez brièvement Śālmala.

Verse 33

ततस्तृतीयं वक्ष्यामि शाल्मलं द्वीपसुत्तमम् / शाल्मलेन समुद्रस्तु द्वीपेनेक्षुरसोदकः

Ensuite je dirai le troisième, le plus excellent des continents : Śālmala. Autour de Śālmala s’étend l’océan aux eaux de suc de canne.

Verse 34

प्लक्षद्वीपस्य विस्ताराद्द्विगुणेन समावृतः / तत्रापि पर्वताः सप्त विज्ञेया रत्नयोनयः

Son étendue est le double de celle de Plakṣadvīpa. Là aussi se trouvent sept montagnes, qu’il faut savoir être des matrices de joyaux.

Verse 35

रत्नाकरास्तथा नद्यस्तेषां वर्षेषु सप्तसु / प्रथमः सूर्यसंकाशः कुमुदो नाम पर्वतः

Dans ces sept contrées se trouvent aussi des océans de joyaux et des fleuves. Le premier est le mont nommé Kumuda, éclatant comme le soleil.

Verse 36

सर्वधातुमयैः शृङ्गैः शिलाजालसमाकुलैः / द्वितीयः पर्वतश्चात्र ह्युत्तमो नाम विश्रुतः

Avec des cimes faites de tous les métaux et encombré de réseaux de roches, le second mont est renommé ici sous le nom d’Uttama.

Verse 37

हरितालमयैः शृङ्गैर्दिवमावृत्य तिष्ठति / तृतियः पर्वतस्तत्र बलाहक इति श्रुतः

Avec des cimes de haritāla couvrant le ciel, le troisième mont y est connu sous le nom de Balāhaka.

Verse 38

जात्यञ्जनमयैः शृङ्गैर्दिवमावृत्य तिष्ठति / चतुर्थः पर्वतो द्रोणो यत्र सा वै सहोषधिः

Avec des cimes de jātyañjana couvrant le ciel, le quatrième mont est Droṇa ; c’est là que se trouve l’herbe sacrée Sahoṣadhi.

Verse 39

विशल्यकरणी चैव मृतसञ्जीविनी तथा / कङ्कस्तु पञ्चमस्तत्र पर्वतः सुमहोदयः

Là se trouvent aussi Viśalyakaraṇī et Mṛtasañjīvinī ; et le cinquième mont est Kaṅka, d’une élévation immensément majestueuse.

Verse 40

नित्यपुष्पफलोपेतो वृक्षवीरुत्समावृतः / षष्ठस्तु पर्वतस्तत्र महिषो मेघसन्निभः

Cette montagne est toujours pourvue de fleurs et de fruits, et enveloppée d’arbres et de lianes. Là, la sixième montagne se nomme Mahisha, semblable à un nuage.

Verse 41

यस्मिन्सो ऽग्निर्निवसति महिषो नाम वारिजः / सप्तमः पर्वतस्तत्र ककुद्मान्नाम भाष्यते

Là où demeure Agni se trouve ce qui est nommé Mahisha, né des eaux (varija). En ce lieu, la septième montagne est dite Kakudmân.

Verse 42

तत्र रत्नान्यनेकानि स्वयं रक्षति वासवः / प्रजापतिमुपादाय प्रजाभ्यो विधिवत्स्वयम्

Là, Vasava (Indra) garde lui-même d’innombrables joyaux; et, prenant Prajāpati avec lui, il ordonne de sa propre main pour les créatures selon le rite prescrit.

Verse 43

इत्येते पर्वताः सप्त शाल्मले मणिभूषणाः / तेषां वर्षाणि वक्ष्यामि सर्पैव तु शुभानि वै

Ainsi, en Śālmalī, ces sept montagnes sont parées de gemmes. Je dirai maintenant leurs varṣa (régions), véritablement auspicieuses, telles le serpent sacré.

Verse 44

कुमुदस्य स्मृतं श्वेतमुत्तमस्य च लोहितम् / बलाहकस्य जीमूतं द्रोणस्य हरितं स्मृतम्

On se souvient que Kumuda est de couleur blanche, et Uttama de couleur rouge. Balāhaka a la teinte du jīmūta (nuage), et Droṇa est tenu pour vert.

Verse 45

कङ्कस्य वैद्युतं नाम महिषस्य च मानसम् / ककुदः सुप्रदं नाम सप्तैतानि तु सप्तधा

Celui de Kaṅka porte le nom de « Vaidyuta », et celui de Mahiṣa, « Mānasa ». Kakuda est nommé « Suprada » ; ces sept noms sont rappelés selon sept modalités.

Verse 46

वर्षाणि पर्वताश्चैव नदीस्तेषु निबोधत / ज्योतिः शान्तिस्तथा तुष्टा चन्द्रा शुक्रा विमोचनी

Sachez-y les varṣa, les montagnes et les rivières : Jyoti, Śānti, Tuṣṭā, Candrā, Śukrā et Vimocanī.

Verse 47

निवृत्तिः सप्तमी तासां प्रतिवर्षं तु ताः स्मृताः / तासां समीपगाश्चान्याः शतशो ऽथ सहस्रशः

La septième d’entre elles est « Nivṛtti » ; ainsi sont-elles mémorisées dans chaque varṣa. Près d’elles se trouvent d’autres rivières, par centaines et par milliers.

Verse 48

न संख्यां परिसंख्यातुं शक्नुयात्को ऽपि मानवः / इत्येष संनिवेशो वः शाल्मलस्य प्रकीर्त्तितः

Aucun homme ne saurait en dénombrer entièrement le nombre. Ainsi vous a été proclamée la disposition de Śālmala-dvīpa.

Verse 49

प्लक्षवृक्षेण संख्यातस्तस्य मध्ये महा द्रुमः / शाल्मलिर्विपुलस्कन्धस्तस्य नाम्ना स उच्यते

Sa mesure est indiquée par l’arbre Plakṣa ; en son milieu se dresse un grand arbre. Au tronc vaste, il est nommé « Śālmali », et c’est par ce nom qu’il est connu.

Verse 50

शाल्मलस्तु समुद्रेण सुरोदेन समावृतः / विस्तराच्छाल्मलस्वैव समे न तु समन्ततः

L’île de Śālmala est entourée par l’océan nommé Suroda. Par son étendue elle égale Śālmala, mais n’est pas uniforme en toutes directions.

Verse 51

उत्तरेषु तु धर्मज्ञाद्वीपेषु शृणुत प्रजाः / यथाश्रुतं यथान्यायं ब्रुवतो मे निबोधत

Ô connaisseur du dharma, écoutez, ô peuples, au sujet des îles du Nord. Comme je l’ai entendu et selon ce qui est juste, ainsi je le dis; recevez et comprenez mes paroles.

Verse 52

कुशद्वीपं प्रवक्ष्यामि चतुर्थं तु समासतः / सुरोदकः परिवृतः कुशद्वीपेन सर्वतः

Je vais maintenant décrire brièvement la quatrième île, Kuśa-dvīpa. L’océan Surodaka entoure Kuśa-dvīpa de tous côtés.

Verse 53

शाल्मलस्य तु विस्ताराद्द्विगुणेन समन्ततः / सप्तैव च गिरींस्तत्र वर्ण्यमानान्निबोधत

Par rapport à l’étendue de Śālmala, celle-ci s’étend au double de tous côtés. Sachez aussi les sept montagnes qui y seront décrites.

Verse 54

कुशद्वीपे तु विज्ञेयः पर्वतो विद्रुमश्च यः / द्वीपस्य प्रथमस्तस्य द्वितीयो हेमपर्वतः

Dans Kuśa-dvīpa, il faut connaître la montagne nommée Vidruma; c’est la première montagne de cette île. La seconde est la montagne Hema.

Verse 55

तृतीयो द्युतिमान्नाम जीमूतसदृशो गिरिः / चतुर्थः पुष्पवान्नाम पञ्चमस्तु कुशेशयः

La troisième montagne se nomme Dyutimān, semblable à un nuage; la quatrième est Puṣpavān, et la cinquième, Kuśeśaya.

Verse 56

षष्ठो हरिगिरिर्नाम सप्तमो मन्दरः स्मृतः / मन्दा इति ह्यपा नाम मन्दरो दारणादयम्

La sixième se nomme Harigiri, et la septième est connue comme Mandara; il est un fleuve nommé Mandā, et Mandara est renommée pour sa force de porter et de soutenir.

Verse 57

तेषामन्तरविषकंभो द्विगुणः प्रविभागतः / उद्भिदं प्रथमं वर्षं द्वितीयं वेणुमण्डलम्

L’étendue entre eux est répartie selon une mesure doublée; le premier varṣa est Udbhida, et le second, Veṇumaṇḍala.

Verse 58

तृतीयं वै रथाकारं चतुर्थं लवणं समृतम् / पञ्चमं धृतिमद्वर्षं षष्ठं वर्षं प्रभाकरम्

Le troisième varṣa est Rathākāra, et le quatrième est connu comme Lavaṇa; le cinquième est Dhṛtimad-varṣa, et le sixième, Prabhākara-varṣa.

Verse 59

सप्तमं कपिलं नाम सर्वे ते वर्ष भावकाः / एतेषु देवगन्धर्वाः प्रजास्तु जगदीश्वराः

Le septième se nomme Kapila; tous sont des contrées de varṣa. En elles demeurent devas et gandharvas, et les créatures vivent sous l’autorité de Jagadīśvara, le Seigneur du monde.

Verse 60

विहरन्ति रमन्ते च हृष्यमाणास्तु सर्वशः / न तेषु दस्यवः संति म्लेच्छ जातय एव च

Ils se promènent et se réjouissent, heureux de toutes parts. Là, point de dāsyu ni de lignées mleccha.

Verse 61

गौरप्रायो जनः सर्वः क्रमाच्च म्रियते तथा / तत्रापि नद्यः सप्तैव धूतपापाशिवा तथा

Là, la plupart des gens sont de teint clair, et ils meurent aussi peu à peu selon l’ordre du temps. Là encore, il n’y a que sept rivières, qui lavent les fautes et portent l’auspice.

Verse 62

पवित्रा संततिश्चैव विद्युद्दंभा मही तथा / अन्यास्ताभ्यो ऽपरिज्ञाताः शतशो ऽथ सहस्रशः

Pavitrā, Saṃtati, Vidyuddaṃbhā et Mahī : ceux-là aussi sont (des rivières). En outre, il en est d’autres, inconnues, par centaines et par milliers.

Verse 63

अभिगच्छन्ति ताः सर्वा यतो वर्षति वासवः / घृतोदेन कुशद्वीपो बाह्यतः परिवारितः

Toutes ces rivières se rendent là où Indra fait pleuvoir. Kuśadvīpa est ceinte au dehors par Ghṛtoda, l’océan de ghee.

Verse 64

विज्ञेयः स तु विस्तारात्कुशद्वीपसमेन तु / इत्येष सन्निवेशो वः कुशद्वीपस्य कीर्त्तितः

Sachez que son étendue est égale à celle de Kuśadvīpa. Ainsi vous a été chantée la disposition de Kuśadvīpa.

Verse 65

क्रैञ्चद्वीपस्य विस्तारं वक्ष्याम्यहमतः परम् / कुशद्वीपस्य विस्ताराद्द्विगुणः स तु वै स्मृतः

Je vais maintenant dire l’étendue de l’île de Krañca ; on se souvient qu’elle est le double de l’étendue de Kuśadvīpa.

Verse 66

घृतोदकसमुद्रो वै क्रैञ्च द्वीपेन संयुतः / तस्मिन्द्वीपे नगश्रेष्ठः क्रैञ्चस्तु प्रथमो गिरिः

Krañca-dvīpa est entourée par l’océan aux eaux de ghee ; sur cette île, la montagne suprême est Krañca, la première des cimes.

Verse 67

क्रैञ्चात्परो वामनको वामनादन्धकारकः / अन्धकारात्परश्चापि दिवावृन्नाम पर्वतः

Au-delà de Krañca se trouve Vāmanaka ; au-delà de Vāmanaka, Andhakāraka ; et au-delà d’Andhakāraka, la montagne nommée Divāvṛt.

Verse 68

दिवावृतः परश्चापि द्विविदो गिरिसत्तमः / द्विविदात्परतश्चापि पुण्डरीको महागिरिः

Au-delà de Divāvṛt se tient Dvivida, le plus excellent des monts ; et au-delà de Dvivida, la grande montagne nommée Puṇḍarīka.

Verse 69

पुण्डरीकात्परश्चापि प्रोच्यते दुन्दुभिस्वनः / एते रत्नमयाः सप्त क्रैञ्चद्वीपस्य पर्वताः

Au-delà de Puṇḍarīka, on nomme Dundubhisvana. Telles sont les sept montagnes de joyaux de Krañca-dvīpa.

Verse 70

बहुपुष्पफलोपेतनानावृक्षलतावृताः / परस्परेण द्विगुणा विस्तृता हर्षवर्द्धनाः

Elles sont pourvues de maintes fleurs et de fruits, entourées d’arbres variés et de lianes; les unes, par rapport aux autres, s’étendent au double et accroissent la joie.

Verse 71

वर्षाणि तत्र वक्ष्यामि नामतस्तान्निबोधत / क्रैञ्चस्य कुशलो देशो वामनस्य मनोनुगः

Je vais maintenant énoncer les noms des varṣa qui s’y trouvent; sachez-les : la contrée ‘Kuśala’ de Krañca, et ‘Manonuga’ de Vāmana.

Verse 72

मनोनुगात्परश्चोष्णस्तृतीयं वर्षमुच्यते / उष्णात्परः पीवरकः पीवरादन्धकारकः

Après Manonuga, on dit que la troisième varṣa se nomme ‘Uṣṇa’; après Uṣṇa vient ‘Pīvaraka’, et après Pīvaraka, ‘Andhakāraka’.

Verse 73

अन्धकारात्परश्चापि मुनिदेशः स्मृतो बुधैः / मुनिदेशात्परश्चैव प्रोच्यते दुन्दुभिस्वनः

Au-delà d’Andhakāraka, les sages se souviennent d’une contrée nommée ‘Munideśa’; et au-delà de Munideśa, on énonce ‘Dundubhisvana’.

Verse 74

सिद्धचारणसंकीर्णो गौरप्रयो जनः स्मतः / तत्रापि नद्यः सप्तैव प्रतिवर्ष स्मृताः शुभाः

Cette contrée est foisonnante de Siddha et de Cāraṇa; son peuple est tenu pour le plus souvent de teint clair. Là aussi, pour chaque varṣa, on ne se souvient que de sept rivières auspiciennes.

Verse 75

गौरी कुमुद्वती चैव संध्या रात्रिर्मनोजवा / ख्यातिश्च पुण्डरीका च गङ्गाः सप्तविधाः स्मृताः

Gaurī, Kumudvatī, Sandhyā, Rātri, Manojavā, Khyāti et Puṇḍarīkā : telles sont, dit-on, les sept formes de la sainte Gaṅgā.

Verse 76

तासां सहस्रशश्चान्या नद्यो यास्तु समीपगाः / अभिगच्छन्ति ताः सर्वा विपुलाः सुबहूदकाः

Près d’elles coulent encore des milliers d’autres rivières ; toutes, vastes et riches en eaux, viennent s’y rejoindre.

Verse 77

क्रैञ्चद्वीपः समुद्रेण दधिमण्डौदकेन तु / आवृतः सर्वतः श्रीमान्क्रैञ्चद्वीपसमेन तु

Krañcadvīpa est entourée de toutes parts par un océan aux eaux de dadhi-maṇḍa ; cette île splendide est ceinte d’une étendue égale à la sienne.

Verse 78

प्लक्षद्वीपादयो ह्येते समासेन प्रकीर्त्तिताः / तेषां निसर्गोद्वीपानामानुपूर्व्येण सर्वशः

Plakṣadvīpa et les autres ont été évoqués brièvement ; de ces îles nées selon l’ordre naturel, l’exposé complet sera donné successivement.

Verse 79

न शक्यो विस्तराद्वक्तुं दिव्यवर्षशतैरपि / निसर्गो यः प्रजानां तु संहारो यश्च तासु वै

Même en des centaines d’années divines, on ne saurait l’exposer en détail : telle est la création des êtres et telle aussi leur résorption (saṃhāra) en ces lieux.

Verse 80

शाकद्वीपं प्रवक्ष्यामि यथावदिह निश्चयात् / शृणुध्वं तु यथातथ्यं ब्रुवतो मे यथार्थवत्

Ici, je décrirai avec certitude Śākadvīpa tel qu’il est. Écoutez mes paroles, véridiques et conformes au sens juste.

Verse 81

क्रैञ्चद्वीपस्य विस्ताराद्द्विगुणास्तस्य विस्तरः / परिवार्य समुद्रं स दधिमण्डोदकं स्थितः

L’étendue de Śākadvīpa est le double de celle de Kraiñcadvīpa. Il est ceint de toutes parts par un océan aux eaux de dadhimaṇḍa, l’essence du caillé.

Verse 82

तत्र पुण्या जनपदाश्चिरात्तु म्रियते जनः / कुत एव च दुर्भिक्षं जराव्याधिभयं कुतः

Là se trouvent des contrées méritoires; l’homme n’y meurt qu’après un long temps. Comment y aurait-il famine, et d’où viendrait la crainte de la vieillesse et des maladies ?

Verse 83

तत्रापि पर्वताः शभ्राः सप्तैव मणिभूषणाः / रत्नाकरास्तथा नद्यस्तेषां नामानि मे शृणु

Là aussi se dressent sept montagnes éclatantes, parées de gemmes; s’y trouvent des trésors de joyaux et des rivières. Écoutez de moi leurs noms.

Verse 84

देवर्षिगन्धर्वयुतः प्रथमो मेरुरुच्यते / प्रागायतः स सौवर्णो ह्युदयो नाम पर्वतः

La première montagne, où résident devarṣis et gandharvas, est appelée Meru. S’étendant vers l’orient, cette montagne d’or porte le nom d’Udaya.

Verse 85

वृष्ट्यर्थं जलदास्तत्र प्रभंवति च यान्ति च / तस्यापरेण सुमहाञ्जलधारो महागिरिः

Pour la venue des pluies, les nuées y naissent et s’en vont. À son occident se dresse une très grande montagne, abondante en torrents d’eau.

Verse 86

यतो नित्यमुपादत्ते वासवः परमं जलम् / ततो वर्षं प्रभवति वर्षाकाले प्रजास्विह

De là où Vāsava (Indra) prélève sans cesse l’eau suprême, de là naît la pluie, en la saison des pluies, pour les êtres d’ici-bas.

Verse 87

तस्योत्तरे रैवतको यत्र नित्यं प्रतिष्ठितम् / रेवती दिवि नक्षत्रं पितामहकृतो विधिः

Au nord se trouve Raivataka, où demeure à jamais, dans le ciel, l’astre Revatī ; tel est l’ordre établi par Pitāmaha (Brahmā).

Verse 88

तस्यापरेण सुमहान् श्यामो नाम महागिरिः / तस्माच्छ्यामत्वमापन्नाः प्रजाः पूर्वमिमाः किल

À l’occident se dresse une très grande montagne nommée Śyāma. C’est à cause d’elle, dit-on, que ces êtres jadis prirent la teinte sombre (śyāma).

Verse 89

तस्यापरेण सुमहान्नाजतो ऽस्तगिरिः स्मृतः / तस्यापरे चांबिकेयो दुर्गशैलो महागिरिः

À l’occident est célébrée l’immense montagne du couchant nommée Nājata. Plus à l’occident encore se trouve Ambikeya, la grande montagne appelée Durgāśaila.

Verse 90

अंबिकेयात्परो रम्यः सर्वौंषधिसमन्वितः / केसरी केसरयुतो यतो वायुः प्रजापतिः

Au-delà d’Ambikeya s’étend une contrée charmante, pourvue de toutes les plantes médicinales; près du mont Kesari, paré de safran, où demeure Vâyu, le Prajâpati.

Verse 91

उदयात्प्रथमं वर्षं महात्तज्जलदं स्मृतम् / द्वितीयं जलधारस्य सुकुमारमिति स्मृतम्

Depuis Udaya, le premier varsha est tenu pour ‘Mahattajjalada’; le second, relevant de Jaladhara, est connu sous le nom de ‘Sukumara’.

Verse 92

रैवतस्य तु कौमारं श्यामस्य च मणीवकम् / अस्तस्यापि शुभं वर्षं विज्ञेयं कुसुमोत्तरम्

Le varsha de Raivata est ‘Kaumara’, celui de Syama ‘Manivaka’; et le varsha propice d’Asta doit être connu comme ‘Kusumottara’.

Verse 93

अम्बिकेयस्य मोदाकं केसरस्य महाद्रुमम् / द्वीपस्य परिमाणं तु ह्रस्वदीर्घत्वमेव च

Le varsha d’Ambikeya est ‘Modaka’ et celui de Kesara ‘Mahadruma’; et l’on mentionne aussi la mesure de l’île, sa brièveté et sa longueur.

Verse 94

क्रैञ्चद्वीपेन विख्यातं तस्य केतुर्महाद्रुमः / शाको नाम महोत्सेधस्तस्य पूज्या महानुगाः

Il est renommé sous le nom de ‘Krañcadvipa’; son étendard (ketu) est le ‘Mahadruma’, le grand arbre. Son haut plateau se nomme ‘Saka’; et ses grands suivants sont dignes de vénération.

Verse 95

तत्र पुण्या जनपदाश्चातुर्वर्ण्यसमन्विताः / नद्यश्चापि महापुण्या गङ्गाः सप्तविधास्तथा

Là se trouvent des contrées méritoires, pourvues des quatre varṇa; et des rivières très saintes aussi—les Gangā sont dites de sept sortes.

Verse 96

सुकुमारी कुमारी च नलिनी वेणुका च या / इक्षुश्च वेणुका चैव गभस्तिः सप्तमी तथा

Sukumārī, Kumārī, Nalinī et Veṇukā; Ikṣu et Veṇukā, et la septième, Gabhas­ti—tels sont leurs noms.

Verse 97

नद्यश्चान्याः पुण्यजलाः शीततोयवहाः शुभाः / सहस्रशः समाख्याता यतो वर्षति वासवः

Il est aussi d’autres rivières, aux eaux méritoires, fraîches et de bon augure; on les dit par milliers, car là Vāsava (Indra) fait pleuvoir.

Verse 98

न तासां नामधेयानि परिमाणं तथैव च / शक्यं वै परिसंख्यातुं पुण्यास्ताः सरिदुत्तमाः

Ni leurs noms ni leur étendue ne peuvent être dénombrés avec exactitude : telles sont ces rivières suprêmes et saintes.

Verse 99

ताः पिबन्ति सदा हृष्टा नदीर्जनपदास्तु ते / शांशपायनविस्तीर्णो द्वीपो ऽसौ चक्रसंस्थितः

Les habitants de ces contrées boivent toujours, dans la joie, l’eau de ces rivières; et cette île s’étend comme l’ampleur de Śāṃśapāyana, établie en forme de roue.

Verse 100

नदीजलैः प्रतिच्छन्नः पर्वतैश्चाभ्रसन्निभैः / सर्वधातुविचित्रैश्च मणिविद्रुमभूषितैः

Cette contrée était recouverte par les eaux des rivières et entourée de montagnes pareilles aux nuées; elle brillait de la diversité des minerais et était ornée de gemmes et de vidruma (corail rouge).

Verse 101

नगरैश्चैव विविधैः स्फीतैर्जनपदैरपि / वृक्षैः पुष्पफलोपेतैः समन्ताद्धनधान्यवान्

Ce pays était pourvu de cités variées et de provinces florissantes; partout se dressaient des arbres chargés de fleurs et de fruits, et l’abondance de richesses et de grains y régnait.

Verse 102

क्षीरोदेन समुद्रेण सर्वतः परिवारितः / शाकद्वीपस्य विस्तारात्समेन तु समंन्ततः

L’île était entourée de toutes parts par le Kṣīroda, l’océan de lait; et l’étendue de Śākadvīpa se déployait uniformément en tous sens.

Verse 103

तस्मिञ्जनपदाः पुण्याः पर्वताः सरितः शुभाः / वर्णाश्रमसमाकीर्णा देशास्ते सप्त वै स्मृताः

On y trouvait des provinces saintes, des montagnes et des rivières de bon augure; ces contrées, remplies de l’ordre des varṇa et des āśrama, sont tenues pour sept.

Verse 104

न संकरश्च तेष्वस्ति वर्णाश्रमकृतः क्वचित् / धर्मस्य चाव्यभीचारादेकान्तसुखिताः प्रजाः

Parmi eux, nulle part il n’y avait de mélange issu des varṇa et des āśrama; et, grâce à l’observance sans déviation du dharma, le peuple vivait dans une félicité paisible et entière.

Verse 105

न तेषु लोभो माया वा हीर्षासूयाकृतः कुतः / विपर्ययो न तेष्वस्ति कालात्स्वाभाविकं परम्

En eux, point d’avidité ni d’illusion; d’où viendraient jalousie et envie? En eux, nul renversement; au-delà du temps demeure le Suprême, naturel.

Verse 106

करावाप्तिर्न तेष्वस्ति न दण्डो न च दण्ड्यकाः / स्वधर्मेणैव धर्म ज्ञास्ते रक्षन्ति परस्परम्

Chez eux, point de tribut, point de châtiment, point de châtiés. Par leur propre devoir sacré, les connaisseurs du Dharma se protègent l’un l’autre.

Verse 107

एतावदेव शक्यं वै तस्मिन्द्वीपे प्रभाषितुम् / एतावदेव श्रोतव्यं शाकद्वीपनिवासिनाम्

De cette île, on ne peut dire que ceci. Des habitants de Śākadvīpa, on ne doit entendre que ceci.

Verse 108

पुष्करं सप्तमं द्वीपं प्रवक्ष्यामि निबोधत / पुष्करेण तु द्वीपेन वृतः क्षीरोदको बहिः

Je vais maintenant décrire Puṣkara, la septième île; écoutez avec attention. Au-dehors de Puṣkaradvīpa, l’Océan de Lait (Kṣīroda) l’enveloppe.

Verse 109

शाकद्वीपस्य विस्ताराद्द्विगुणेन संमततः / पुष्करे पर्वतः श्रीमानेक एव महाशिलः

Puṣkara est tenu pour deux fois plus vaste que Śākadvīpa. À Puṣkara se dresse un seul mont splendide, nommé Mahāśilā.

Verse 110

चित्रैर्मणिमयैः शृङ्गैः शिलाजालैः समुच्छ्रितः / द्वीपस्य तस्य पूर्वर्द्धे चित्रसानुः स्थितो महान्

Avec des sommets merveilleux faits de joyaux et dressés par des réseaux de roches, dans la moitié orientale de cette île se tient la grande montagne nommée Citrāsānu.

Verse 111

स मण्डलसहस्राणि विस्तीर्णः पञ्चविंशतिः / उर्द्धं चैव चतुस्त्रिंशत्सहस्राणि महीतलात्

Il s’étend sur vingt-cinq mille maṇḍala et s’élève à trente-deux mille au-dessus du sol terrestre.

Verse 112

द्वीपर्धस्य परिक्षिप्तः पर्वतो मानसोत्तरः / स्थितो वेलासमीपे तु नवचन्द्र इवोदितः

La montagne Mānasottara, qui ceint la moitié de l’île, se tient près du rivage, telle une jeune lune nouvellement levée.

Verse 113

योजनानां सहस्राणि ऊर्ध्वं पञ्चाशदुच्छ्रितः / तावदेव च विस्तीर्णः सर्वतः परिमण्डलः

Il s’élève à cinquante mille yojana; il a la même étendue et forme un cercle parfait de tous côtés.

Verse 114

स एव द्वीपपश्चार्द्धे मानसः पृथिवीधरः / एक एव महासारः सन्निवेशो द्विधा कृतः

Dans la moitié occidentale de l’île se trouve aussi le soutien de la terre nommé Mānas ; une unique grande essence, dans son agencement, a été partagée en deux.

Verse 115

स्वादूदकेनोदधिना सर्वतः परिवारितः / पुष्करद्वीपविस्ताराद्विस्तीर्णो ऽसौ समन्ततः

L’île de Puṣkara est entourée de toutes parts par un océan d’eaux douces; par son ampleur, elle s’étend en tous sens.

Verse 116

तस्मिन्द्वीपे स्मृतौ द्वौ तु पुण्यौ जनपदौ शुभौ / अभितो मानसस्याथ पर्वतस्य तु मण्डले

Dans cette île, on mentionne deux contrées saintes et de bon augure; elles se tiennent autour de l’enceinte du mont Mānasā.

Verse 117

महावीतं तु यद्वर्ष बाह्यतो मानसस्य तत् / त्स्यैवाभ्यन्तरेणापि धातकीखण्डमुच्यते

La région (varṣa) située à l’extérieur du mont Mānasā est appelée Mahāvīta; et sa partie intérieure est dite Dhātakī-khaṇḍa.

Verse 118

दशवर्षसहस्राणि तत्र जीवति मानवाः / अरोगाः सुखबाहुल्या मानसीं सिद्धिमास्थिताः

Là, les humains vivent dix mille ans; sans maladie, riches de félicité, ils demeurent établis dans la perfection mentale (mānasī-siddhi).

Verse 119

मससायुश्च रूपं च तस्मिन्वर्षद्वये स्मृतम् / अधमोत्तमा न तेष्वस्ति तुल्यास्ते रूपशीलतः

Dans ces deux contrées, la durée de vie et l’apparence sont dites égales; nul n’est inférieur ou supérieur : en beauté et en vertu, tous se ressemblent.

Verse 120

न तत्र दस्युर्दमको नेर्ष्यासूया भयं तथा / निग्रहो न च दण्डो ऽस्ति न लोभो न परिग्रहः

Là, il n’y a ni brigands ni oppresseurs; ni jalousie ni médisance, ni même la peur. Nulle contrainte, nul châtiment; nulle avidité, nul attachement à la possession.

Verse 121

सत्यानृतं न तत्रास्ति धर्माधर्मौं तथैव च / वर्णाश्रमौ वा वार्ता वा पाशुपाल्यं वणिक्पथः

Là, il n’y a ni vrai ni faux, ni dharma ni adharma. Nulle règle de varṇa et d’āśrama; point d’agriculture; point d’élevage; point de voie marchande.

Verse 122

त्रयी विद्या दण्डनीतिः शुश्रूषा शिल्पमेव च / वर्षद्वये सर्वमेतत्पुष्करस्य न विद्यते

Là, il n’y a ni la science des Trois Vedas, ni la dandanīti (règle du châtiment); ni service dévoué, ni artisanat. Dans le domaine de Puṣkara, long de deux années, tout cela n’existe pas.

Verse 123

न तत्र वर्षं नद्यो वा शीतोष्णं वापि विद्यते / उद्भिदान्युदकान्यत्र गिरिप्रस्रवणानि च

Là, il n’y a ni pluie ni rivières, ni même la distinction du froid et du chaud. Pourtant s’y trouvent des plantes gorgées d’eau, et des sources jaillissant des montagnes.

Verse 124

उत्तराणां कुरूणां च तुल्यकालो जनस्तथा / सर्वर्त्तुसुसुखस्तत्र जराक्रमविवर्जितः

Les gens de là sont semblables aux Uttara‑Kuru quant à leur condition du temps; ils sont heureux en toutes saisons et exempts du cours de la vieillesse.

Verse 125

इत्येष धातकीखण्डे महा वीते तथैव च / आनुपूर्व्याद्विधिः कृत्स्नः पुष्करस्य प्रकीर्त्तितः

Ainsi, dans Dhātakīkhaṇḍa et aussi dans Mahāvīta, l’intégralité du rite sacré de Puṣkara a été célébrée et exposée dans l’ordre.

Verse 126

स्वादूदकेनोदधिना पुष्करः परिवारितः / विस्तारान्मण्डलाच्चैव पुष्करस्य समेन तु

Puṣkara est entouré par un océan d’eaux douces ; son étendue et son cercle sont à l’égal de Puṣkara.

Verse 127

एवं द्वीपाः समुद्रैस्तु सप्त सप्तभिरावृताः / द्वीपस्यानन्तरो यस्तु सामुद्रस्तत्समस्तु सः

Ainsi, les îles sont entourées de sept océans ; l’océan qui suit chaque île est égal à cette île.

Verse 128

एवं द्वीपसमुद्राणां वृद्धिर्ज्ञेया परस्परात् / अपां चैव समुद्रेकात्सामुद्र इति संज्ञितः

Ainsi faut-il comprendre l’accroissement réciproque des îles et des océans, l’un après l’autre ; et parce qu’il relève de l’océan des eaux, on le nomme « sāmudra ».

Verse 129

विशन्तिर्निवसंत्यस्मिन्प्रजा यस्माच्चतुर्विधाः / तस्माद्वर्षमिति प्रोक्तं प्रजानां सुखदं यतः

Parce que quatre sortes de créatures y de peuples y entrent et y demeurent, on l’appelle « varṣa » ; car il procure le bonheur aux êtres.

Verse 130

ऋष इत्येष रमणे वृषशक्तिप्रबन्धने / रतिप्रबधनात्मिद्धं वर्षं तत्तेषु तेन वै

Dans Ramana, on l’appelle ‘Ṛṣa’, cause de l’enchaînement de la puissance de Vṛṣa ; ainsi, parmi eux, cette contrée est renommée comme un varṣa dont l’essence ordonne la rati (l’élan d’amour).

Verse 131

शुक्लपक्षे चन्द्रवृद्ध्या समुद्रः पूर्यते सदा / प्रक्षीयमाणे बहुले क्षीयते ऽस्तमिते खगे

Dans la quinzaine claire, par la croissance de la lune, l’océan se remplit sans cesse ; dans la quinzaine sombre, tandis qu’elle décroît, il diminue lorsque l’astre se couche.

Verse 132

आपूर्यमाणो ह्युदधिः स्वत एवाभिपूर्यते / तथोपक्षीयमाणे ऽपि स्वात्मन्येवावकृष्यते

L’océan, lorsqu’il se remplit, s’emplit de lui-même ; et même lorsqu’il décroît, il se retire en sa propre nature.

Verse 133

उखास्थमग्निसंयोगादुद्रिक्तं दृश्यते यथा / महोदधिगतं तोयं स्वत उद्रिच्यते तथा

De même qu’un liquide paraît bouillonner au contact du feu dans un vase, ainsi l’eau du grand océan s’élève d’elle-même.

Verse 134

अन्यूनानतिरिक्तांश्च वर्न्द्वत्यापो ह्रसंति च / उदयास्तमये त्विन्दौ पक्षयोः शुक्लकृष्णयोः

Au lever et au coucher de la lune, dans la quinzaine claire comme dans la sombre, les eaux ne sont ni moindres ni plus grandes : elles décroissent et croissent avec mesure.

Verse 135

क्षयवृद्धत्वमुदधेः सोमवृद्धिक्षयात्पुनः / दशोत्तराणि पञ्चैव ह्यङ्गुलानि शतानि च

Par la croissance et la décroissance de Soma (la Lune), l’océan connaît aussi baisse et hausse; on dit cinq cents aṅgulas, plus dix.

Verse 136

अपां वृद्धिः क्षयो दृष्टः सामुद्रीणां तु पर्वसु / द्विराप्कत्वात्स्मृता द्वीपाः सर्वतश्चोदकावृताः

Aux parvas de la mer, on voit l’eau croître et décroître; les îles sont dites ‘dvirāpka’, car elles sont entourées d’eau de tous côtés.

Verse 137

उदकस्यायनं यस्मात्तस्मादुदधिरुच्यते / अपर्वाणस्तु गिरयः पर्वभिः पर्वताः स्मृताः

Parce qu’il est le séjour et la voie des eaux, on l’appelle ‘udadhi’; les montagnes sans ‘parva’ sont giri, et celles qui ont des parvas sont dites parvata.

Verse 138

प्लक्षद्वीपे तु गोमेदः पर्वतस्तेन चौच्यते / शाल्मलिः शाल्मले द्वीपे पूज्यते सुमहाव्रतैः

Dans Plakṣadvīpa se trouve une montagne nommée Gomeda, et c’est ainsi qu’on l’appelle; dans Śālmaladvīpa, l’arbre Śālmali est vénéré par ceux qui observent de grands vœux.

Verse 139

कुशद्वीपे कुशस्तंबस्तस्यनाम्ना स उच्यते / क्रैञ्चद्वीपे गिरिः कैञ्चो मध्ये जनपदस्य ह

Dans Kuśadvīpa se trouve Kuśastamba, ainsi nommé; dans Kraiñcadvīpa se dresse la montagne Kaiñca, au cœur de ce pays.

Verse 140

शाकद्वीपे द्रुमः शाकस्तस्य नाम्ना स उच्यते / न्यग्रोधः पुष्करद्वीपे तत्रत्यैः स नमस्कृतः

Dans Śākadvīpa, l’arbre nommé Śāka est renommé; et dans Puṣkaradvīpa se trouve le Nyagrodha (banian), que les habitants vénèrent avec salutations sacrées.

Verse 141

महादेवः पूज्यते तु ब्रह्मा त्रिभुवनेश्वरः / तस्मिन्नि वसति ब्रह्मा साध्यैः सार्द्धं प्रजापतिः

Là, Mahādeva est adoré, et Brahmā, Seigneur des trois mondes, est aussi digne de culte. En ce séjour demeure Brahmā, le Prajāpati, avec les Sādhya.

Verse 142

उपासंते तत्र देवास्त्रयस्त्रिंशन्महर्षिभिः / स तत्र पूज्यते चैव देवेर्देवोतमोतमः

Là, les trente-trois dieux pratiquent l’adoration avec les grands ṛṣi; et là même est vénéré le Suprême, Dieu des dieux, le plus excellent des excellents.

Verse 143

जंबूद्वीपात्प्रवर्त्तन्ते रत्नानि विविधानि च / द्वीपेषु तेषु सर्वेषु प्रजानां क्रमतस्तु वै

De Jambūdvīpa proviennent des joyaux de multiples sortes; et dans toutes ces îles, l’ordre des peuples s’établit véritablement selon une progression.

Verse 144

सर्वशो ब्रह्मवर्येण सत्येन च दमेन च / आरोग्ययुःप्रमाणाभ्यां प्रमाणं द्विगुणं ततः

Par le brahmacarya, la vérité et la maîtrise de soi en toute chose; là, la mesure de la vie, selon la santé et la longévité, devient double.

Verse 145

एतस्मिन्पुष्करद्वीपे यदुक्तं वर्षकद्वयम् / गोपायति प्रजास्तत्र स्वयंभूर्जड पण्डिताः

Dans cette île de Pushkara, dans les deux régions appelées varsha, Svayambhu (Brahmā) protège les êtres; là demeurent à la fois les ignorants et les sages.

Verse 146

ईश्वरो दण्डसुद्यम्य ब्रह्मा त्रिभुवनेश्वरः / स विष्णोः सचिवो देवः स पिता स पितामहः

L’Ishvara qui brandit avec fermeté le bâton du châtiment—Brahmā, Seigneur des trois mondes—est le ministre divin de Vishnu; il est le père, il est l’aïeul primordial.

Verse 147

भोजनं चाप्रयत्नेन तत्र स्वयमुपस्थितम् / षड्रसं सुमहावीर्यं भुञ्जते तु प्रजाः सदा

Là, sans effort, la nourriture se présente d’elle-même; dotée des six saveurs et d’une grande vigueur, les êtres en jouissent sans cesse.

Verse 148

परेण पुष्करस्यार्द्धे आवृत्यावस्थितो महान् / स्वादूदकः समुद्रस्तु समन्तात्परिवेष्ट्य तम्

Au-delà de l’autre moitié de Pushkara se tient un vaste océan d’eaux douces, tel un voile; il l’enveloppe de toutes parts.

Verse 149

परेण तस्य महती दृश्यते लोकसंस्थितिः / काञ्चनी द्विगुणा भूमिः सर्वाह्येकशिलोपमा

Au-delà se voit une vaste ordonnance des mondes; une terre d’or, deux fois plus étendue, tout entière semblable à un seul rocher.

Verse 150

तस्यापरेण शैलश्च पर्यासात्पस्मिण्डलः / प्रकाशश्चाप्रकाशश्च लोकालोकः स उच्यते

Au-delà se dresse une montagne qui s’étend tout autour; elle est la limite de la lumière et de la non‑lumière, d’où son nom ‘Lokāloka’.

Verse 151

आलोकस्तस्य चार्वक्तु निरालोकस्ततः परम् / योजनानां सहस्राणि दश तस्योच्छ्रयः समृतः

De ce côté se trouve son ‘Āloka’, et au-delà le ‘Nirāloka’; sa hauteur est estimée à dix mille yojanas.

Verse 152

तावांश्च विस्तरस्तस्य पृथिव्यां कामगश्च सः / आलोको लोकवृत्तिस्थो निरालोको ह्यलौकिकः

Son étendue est tout aussi vaste et il se meut sur la terre selon la volonté; ‘Āloka’ relève de l’ordre du monde, tandis que ‘Nirāloka’ est supra‑mondain.

Verse 153

लोकार्द्धे संमिता लोका निरालोकास्तु बाह्यतः / लोकविस्तारमात्रं तु ह्यलोकः सर्वतो बहिः

Les mondes sont mesurés jusqu’à la moitié de l’étendue du monde; au-dehors se tient ‘Nirāloka’; et ‘Aloka’, d’égale étendue, demeure à l’extérieur de toutes parts.

Verse 154

परिच्छिन्नः समन्ताच्च उदकेनावृतस्तु सः / आलोकात्परतश्चापि ह्यण्डमा वृत्य तिष्ठति

Il est circonscrit de toutes parts et recouvert par les eaux; même au-delà de ‘Āloka’, il demeure enserrant l’œuf cosmique (aṇḍa).

Verse 155

अण्डस्यान्तस्त्विमे लोकाः सप्तद्वीपा च मेदिनी / भूर्लोको ऽथ भुवर्ल्लोकः स्वर्लोको ऽथ महस्तथा

À l’intérieur de cet Œuf cosmique se trouvent ces mondes et la Terre aux sept continents : Bhūrloka, puis Bhuvarloka, Svarloka, et de même Maharloka.

Verse 156

जनस्तपस्तथा सत्यमेतावांल्लोकसंग्रहः / एतावानेव विज्ञेयो लोकान्तश्चैव यः परः

Janaloka, Tapoloka et Satyaloka : telle est la totalité des mondes. C’est cela qu’il faut connaître, ainsi que la limite du monde qui est au-delà.

Verse 157

कुंभस्थायी भवेद्यादृवप्रतीच्यां दिशि चन्द्रमाः / आदितः शुक्लपक्षस्य वपुश्चाण्डस्य तद्विधम्

De même que la lune, demeurant en Kumbha vers l’occident, apparaît au début de la quinzaine claire, ainsi est décrite la forme de cet Œuf (l’univers).

Verse 158

अण्डानामीदृशानां तु कोट्यो ज्ञेयाः सहस्रशः / तिर्यगूर्ध्वमधो वापि कारणस्याव्ययात्मनः

De tels Œufs (univers) se comptent par millions et par milliers de millions ; ils s’étendent de côté, vers le haut et vers le bas, sous le Principe causal impérissable.

Verse 159

धरणैः प्राकृतैस्तत्तदावृतं प्रति सप्तभिः / दशाधिक्येन चान्योन्यं धारयन्ति परस्परम्

Chaque Œuf est enveloppé de sept gaines de la Nature ; ces couches se soutiennent l’une l’autre, chacune étant dix fois plus vaste que la précédente.

Verse 160

परस्परावृताः सर्वे उत्पन्नाश्च परस्परम् / अण्डस्यास्य समन्तात्तु सन्निविष्टो घनोदधिः

Tous se recouvrent les uns les autres et naissent les uns des autres ; tout autour de cet Œuf du Brahmāṇḍa est établi un océan épais.

Verse 161

समन्तात्तु वनोदेन धार्यमाणः स तिष्टति / बाह्यतो घनतो यस्य तिर्यगूर्द्ध्वं तु मण्डलम्

Il demeure, soutenu de toutes parts par le courant des eaux ; et au-dehors, dans sa densité, s’étend un cercle, à l’horizontale comme vers le haut.

Verse 162

धार्यमाणं समन्तात्तु तिष्ठते यत्तु तेजसा / अयोगुडनिभो वाह्नः समन्ता न्मण्डलाकृतिः

Ce qui demeure soutenu de toutes parts par l’éclat : ce feu, semblable à une boule de fer, est circulaire, en forme de mandala tout autour.

Verse 163

समन्ताद्धनवातेन धार्यमाणः स तिष्ठति / घनवातं तथाकाशो दधानः खलु तिष्ठति

Il demeure soutenu de toutes parts par un vent dense ; et l’éther (ākāśa), portant ce vent dense, demeure assurément en sa place.

Verse 164

भूतादिश्च तथा काशं भूतादिश्चाप्यसौ महान् / महाश्च सो ऽप्यनन्तेन ह्यव्यक्तेन तु धार्यते

Bhūtādi soutient l’ākāśa, et ce grand Mahat est lui aussi soutenu par Bhūtādi ; et même ce Mahat est porté par l’Infini, l’Avyakta, le Non-manifesté.

Verse 165

अनन्तमपरिव्यक्तं दशधा सूक्ष्ममेव च / अनन्तम कृतात्मानमनादिनिधनं च यत्

Il est Infini et non manifesté, subtil en dix modalités; cet Ananta est l’Âme accomplie, sans commencement ni fin.

Verse 166

अनित्यं परतो ऽघोरमनालंबमनामयम् / नैकयोजनसाहस्रं विप्रकृष्टमनावृतम्

Il est au-delà de l’impermanent, sans effroi, sans appui et sans mal; à des milliers de yojanas, très éloigné et sans voile.

Verse 167

तम एव निरालोकममर्य्यादमदैशिकम् / देवानामप्यविदितं व्यवहारविवर्जितम्

C’est ce Tamas même : sans lumière, sans limite et sans direction; inconnu même des dieux, exempt de tout commerce du monde.

Verse 168

तमसोंते च विश्यातमाकाशान्ते ह्यभास्वरम् / मर्यादायामनन्तस्य देवस्यायतनं महत्

À l’extrémité du Tamas et à la limite du ciel se tient ce qui est sans éclat; dans le domaine du dieu Ananta se trouve sa grande demeure.

Verse 169

त्रिदशानामगम्यं ततस्थानं दिव्यमिति श्रुतिः / महतो देवदेवस्य मर्यादा या व्यवस्थिताः

La Śruti affirme que ce lieu est inaccessible même aux Tridaśas et qu’il est divin; telles sont les limites établies du grand Dieu des dieux.

Verse 170

चन्द्रादित्यावधस्तात्तु ये लोकाः प्रथिता बुधैः / ते लोका इत्यभिहिता जगतस्च न संशयः

Les mondes que les sages ont fait connaître comme étant au-dessous de la Lune et du Soleil, ceux-là sont appelés ‘lokas’; et c’est bien l’univers, sans aucun doute.

Verse 171

रसातलतलाः सप्तसप्तैवोर्द्ध्वतलाश्च ये / सप्तस्कन्धस्तथा वायोः सब्रह्मसदना द्विजाः

Ô dvijas ! Il y a sept niveaux inférieurs tels que Rasātala, et de même sept niveaux supérieurs ; et il y a sept ‘skandhas’ de Vāyu, avec la demeure de Brahmā.

Verse 172

आपातालाद्दिवं यावदत्र पञ्चविधा गतिः / प्रमाणमेतज्जगत एष संसारसागरः

D’Āpātāla jusqu’au ciel, il existe ici cinq sortes de ‘gati’ (voies) ; telle est la mesure du monde : voici l’océan du saṃsāra.

Verse 173

अनाद्यन्तां व्रजन्त्येव नैकजातिसमुद्भवाः / विचित्रा जगतः सा वै प्रकृतिर्ब्रह्मणः स्थिता

Les êtres issus de multiples espèces vont dans un mouvement sans commencement ni fin ; cette nature merveilleuse du monde demeure établie en Brahman.

Verse 174

यच्चैह दैविकं वाथ निसर्गं बहुविस्तरः / अतीन्द्रियेर्महाभागैः सिद्धैरपि न लक्षितः

Et tout ce qui est ici, divin ou naturel, cette vaste expansion de la création est au-delà des sens ; même les siddhas les plus éminents ne l’ont pas pleinement discernée.

Verse 175

पृथिव्यंब्वग्निवायूनां नभसस्तमसस्तथा / मानसस्य तु देहस्य अनन्तस्य द्विजोत्तमाः

Ô brahmanes éminents ! La terre, l’eau, le feu, le vent, l’éther et les ténèbres—ainsi que le corps fait de mental—sont des formes de l’Infini.

Verse 176

क्षयो वा परिणामो वा अन्तो वापि न विद्यते / अनन्त एष सर्वत्र एवं ज्ञानेषु पठ्यते

Il n’y a pour Lui ni destruction, ni transformation, ni fin; Il est l’Infini partout—ainsi l’enseignent les traités de connaissance sacrée.

Verse 177

तस्य चोक्तं मया पूर्व तस्मिन्नामानुकीर्तने / यः पद्मनाभनाम्ना तु तत्कार्त्स्न्येन च कीर्त्तितः

Je l’ai déjà dit auparavant, lors de la récitation de Ses noms : Celui qui est célébré sous le nom de « Padmanābha », avec la plénitude de Sa gloire.

Verse 178

स एव सर्वत्र गतः सर्वस्थानेषु पूज्यते / भूमौ रसातले चैव आकाशे पवने ऽनले

Lui seul est partout présent et honoré en tous lieux : sur la terre, dans Rasātala, dans le ciel, dans le vent et dans le feu.

Verse 179

अर्णवेषु च सर्वेषु दिवि चैव न संशयः / तथा तमसि विज्ञेय एष एव महाद्युतिः

Dans tous les océans et aussi au ciel—sans aucun doute; et même dans les ténèbres, il faut savoir que c’est Lui, la Grande Lumière.

Verse 180

अनेकधा विभक्ताङ्गो महायोगी जनार्दनः / सर्वलोकेषु लोकेश इज्यते बहुधा प्रभुः

Janārdana, le grand yogin dont les membres se manifestent en maintes formes, est vénéré dans tous les mondes comme Seigneur des mondes, le Souverain, de bien des manières.

Verse 181

एवं परस्परोत्पन्न धार्यन्ते च परस्परम् / आधाराधेयभावेन विकारास्ते ऽविकारिणः

Ainsi, les transformations nées les unes des autres se soutiennent mutuellement ; par le rapport de support et de soutenu, elles sont des modifications, tout en relevant du principe immuable.

Verse 182

पृथ्व्यादयो विकारास्ते परिच्छिन्नाः परस्परम् / परस्परधिकाश्चैव प्रविष्टास्ते परस्परम्

La terre et les autres éléments, en tant que modifications, se délimitent les uns les autres et se surpassent aussi ; ils s’interpénètrent et demeurent les uns dans les autres.

Verse 183

यस्मात्सृषटास्तु ते ऽन्योन्यं तस्मात्स्थैर्यमुपागताः / प्रागासन्नविशेषास्तु विशेषो ऽन्यविशेषणात्

Puisqu’ils furent créés en interdépendance, ils ont acquis la stabilité ; auparavant ils étaient indifférenciés, mais la distinction est née de la qualification par l’autre.

Verse 184

पृथिव्याद्यास्तु वाद्यन्तापरिच्छिन्नास्त्रयस्तु ते / गुणोपचयसारेण परिच्छेदो विशेषतः

Les principes tels que la terre ne sont pas délimités par un commencement ni une fin ; ils sont la manifestation des trois guṇa. Leur délimitation se fixe surtout par l’essence de l’accumulation des guṇa.

Verse 185

शेषाणां तु परिच्छेदः सौक्ष्म्यान्नेह विभाव्यते / भूतेभ्यः परतस्तेभ्यो व्यालोका सा धरा स्मृता

La limite des principes restants ne se conçoit pas ici, tant ils sont subtils. Au-delà des bhūta, on se souvient de cette Dharā nommée Vyālokā.

Verse 186

भूतान्यालोक आकाशे परिच्छिन्नानि सर्वशः / पात्रे महति पात्राणि यथैवान्तर्गतानि तु

Les bhūta sont circonscrits de toutes parts dans l’ākāśa de Vyālokā, comme de petits vases contenus dans un grand vase.

Verse 187

भवन्त्यन्योन्यहीनानि परस्परसमाश्रयात् / तथा ह्यालोक आकाशे भेदास्त्वन्तर्गता मताः

Par leur soutien réciproque, ils ne sont pas privés les uns des autres. De même, dans l’ākāśa de Vyālokā, les distinctions sont tenues pour intérieures.

Verse 188

कृत्त्नान्येतानि चत्वारि ह्यन्योन्यस्याधिकानि तु / यावदेतानि भूतानि तावदुत्पत्तिरुच्यते

Ces quatre principes, dans leur plénitude, se dépassent l’un l’autre en étendue. Jusqu’où vont ces bhūta, jusque-là l’on dit que s’étend la production.

Verse 189

तन्तुनामिव संतारो भूतेष्वन्तर्गतो मतः / प्रत्या ख्याय तु भूतानि कार्योत्पर्त्तिन विद्यते

Tel l’entrelacs des fils, cette continuité est tenue pour intérieure aux bhūta. Si l’on récuse les bhūta, il n’y a plus de production d’aucun effet.

Verse 190

तस्मात्परिमिता भेदाः स्मृताः कार्य्यात्मकास्तु ते / कारणात्मकास्तथैक स्युर्भेदा ये महदादयः

Ainsi, les distinctions de nature d’effet (kārya) sont tenues pour limitées; et celles telles que Mahat et les autres sont de nature de cause (kāraṇa) et, en vérité, ne font qu’un.

Verse 191

इत्येष संनिवेशो वै मया प्रोक्तो विभागशः / सप्तद्वीपसमुद्राड्यो याथातथ्यन वै द्विजाः

Ainsi ai-je exposé cet agencement selon ses divisions—riche des sept îles-continents et des océans—ô deux-fois-nés, conformément à la réalité.

Verse 192

विस्तरान्मण्डलाश्चैव प्रसंख्यानेन चैव हि / वैश्वरूप्रधानस्य परिणामैकदेशिकः

Qu’il s’agisse d’un ample exposé des maṇḍalas ou d’un dénombrement, ceci n’est qu’une part du déploiement (pariṇāma) du Pradhāna à la forme universelle.

Verse 193

अधिष्ठितं भगवता यस्य सर्वमिदं जगत् / एवंभूतगणाः सप्त सन्निविष्टाः परस्परम्

Cet univers tout entier est soutenu par le Bienheureux; et sept ensembles de cette sorte sont disposés, s’emboîtant les uns dans les autres.

Verse 194

एतावान्संनिवेशस्तु मया शक्यः प्रभाषितुम् / एतावदेव श्रोतव्यं संनिवेशे तु पार्थेवे

Jusqu’ici je puis dire cet agencement; quant à l’agencement terrestre (pārthiva), c’est seulement cela qu’il convient d’entendre.

Verse 195

सप्त प्रकृतयस्त्वेता धारयन्ति परस्परम् / तास्त्वहं परिमाणेन नं संख्यातुमिहोत्सहे

Ces sept prakṛti se soutiennent mutuellement. Je n’ose les dénombrer ici selon leur mesure.

Verse 196

असंख्याताः प्रकृतयस्तिर्य्यगूर्द्ध्वमधस्तथा / तारकासंनिवेशश्च यावद्दिव्यानुमण्डलम्

Les prakṛti sont innombrables, à l’horizontale, en haut et en bas. L’ordonnance des étoiles s’étend aussi jusqu’au cercle céleste divin.

Verse 197

पर्य्या यसन्निवेशस्तु भूमेस्तदनु मण्डलः / अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि कृथिव्या वै विचक्षणाः

Après l’agencement en strates de la terre vient son mandala. Dès lors, ô sages clairvoyants, je décrirai la partie supérieure de la Terre.

Frequently Asked Questions

It maps Plakṣa-dvīpa in the concentric dvīpa–ocean system: giving relative size metrics (in relation to Jambūdvīpa), naming its boundary ocean (lavaṇodaka), and listing its principal mountains and regional divisions (varṣas).

The chapter uses comparative metrology: Plakṣa-dvīpa is described through doubling relations tied to Jambūdvīpa’s dimensions (extent and circumference/pariṇāha), reflecting the Purāṇic pattern of systematically scaled continents and seas.

It lists seven key mountains (e.g., Gomedaka, Candra, Nārada, Dundubhi, Somaka, Sumanā, Vaibhrāja) and attaches etiological notes—such as the Aśvins’ connection with medicinal herbs, Garuḍa’s retrieval motif, and Varāha’s slaying of Hiraṇyākṣa—embedding geography within sacred narrative memory.