
Somavaṃśa-prasavaḥ (Birth of the Lunar Line: Budha–Purūravas and the Urvaśī Episode)
Ce chapitre poursuit la généalogie de la Somavaṃśa (lignée lunaire) : Soma engendre Budha, et Budha engendre le célèbre roi Purūravas. Sūta, répondant aux Ṛṣi, met en avant le portrait idéal du souverain — tejas (splendeur), dāna (générosité), accomplissement des yajña, véracité, brahmavāda (accord avec la parole sacrée) et beauté presque sans égale dans les trois mondes. Le récit se tourne ensuite vers Urvaśī, apsaras/gandharvī, qui choisit Purūravas et vit avec lui dans des lieux de délices au-delà du monde (Caitraratha, rives de la Mandākinī, Alakā, Nandana, Gandhamādana, Meru, Uttarakuru, Kalāpa-grāma). Les Ṛṣi demandent pourquoi Urvaśī quitte un roi humain ; Sūta explique qu’elle est contrainte par une malédiction de Brahmā et cherche la délivrance par un pacte rigoureux (niyama) : éviter certaines visions, surtout le feu, régler l’intimité, garder deux béliers près du lit, et ne se nourrir que d’un peu de ghee. Purūravas respecte l’accord durant le temps prescrit, mais les Gandharva, inquiets de sa longue présence parmi les hommes, délibèrent des moyens de rompre l’arrangement, rendant l’union humain–divin instable. Le chapitre associe ainsi catalogue dynastique et explication des causes : comment la loi céleste (śāpa/bénédiction), la discipline rituelle et le désir façonnent l’histoire d’une lignée.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते मध्यमभागे तृतीय उपोद्धातपादे सोमसौम्ययोर्जन्मकथनं नाम पञ्चषष्टितमो ऽध्यायः // ६५// सूत उवाच सोमस्य तु बुधः पुत्रो बुधस्य तु पुरूरवाः / तेजस्वी दानशीलश्च यज्वा विपुलदक्षिणः
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la partie médiane enseignée par Vāyu, au troisième upoddhāta-pāda, se trouve le soixante-cinquième chapitre intitulé « Récit de la naissance de Soma et de Saumya ». Sūta dit : De Soma naquit Budha, et de Budha naquit Purūrava ; il était rayonnant, charitable, accomplissant les yajñas et offrant une dakṣiṇā abondante.
Verse 2
ब्रह्मवादी पराक्रान्तः शत्रुभिर्युधि दुर्जयः / आहर्त्ता जाग्निहोत्रस्य यज्ञानां च महीपतिः
Il était brahmavādī, plein de vaillance, et, au combat, difficile à vaincre pour les ennemis. Il accomplissait l’agnihotra, présidait aux yajñas et régnait en maître sur la terre.
Verse 3
सत्यवाग्धर्मबुद्धिश्च कान्तः संवृत्तमैथुनः / अतीव त्रिषु लोकेषु रूपेणाप्रतिमो ऽभवत्
Il disait la vérité, avait l’intelligence tournée vers le dharma, était séduisant et maître de lui (s’étant détourné du maithuna). Par sa beauté, il devint sans égal dans les trois mondes.
Verse 4
तं ब्रह्मवादिनं दान्तं धर्मज्ञं सत्यवादिनम् / उर्वशी वरयामास हित्वा मानं यशस्विनी
La glorieuse Urvaśī, renonçant à son orgueil, le choisit pour époux : ce brahmavādī, paisible, connaisseur du dharma et véridique.
Verse 5
तया सहावसद्राजा दश वर्षाणि चाष्ट च / सप्त षट्सप्त चाष्टौ च दश चाष्टौ च वीर्यवान्
Avec elle, le roi plein de vigueur demeura dix et huit années (dix-huit) ; puis encore sept, six, sept, huit, et de nouveau dix et huit années aussi (successivement) il vécut auprès d’elle.
Verse 6
वने चैत्ररथे रम्ये तथा मन्दाकिनीतटे / अलकायां विशालायां नन्दने च वनोत्तमे
Dans la forêt charmante de Caitraratha, ainsi qu’au bord de la Mandākinī; dans la vaste Alakā et dans la forêt suprême de Nandana.
Verse 7
गन्धमादनपादेषु मेरुशृङ्गे नगोत्तमे / उत्तरांश्च कुरून्प्राप्य कलापग्राममेव च
Aux pieds du Gandhamādana, sur le sommet du Meru, le plus noble des monts; parvenant aux Kuru du Nord et aussi au village de Kalāpa.
Verse 8
एतेषु वनमुख्येषु सुरैराचरितेषु च / उर्वश्या महितो राजा रेमे परमया मुदा
Dans ces forêts souveraines, parcourues par les dieux; le roi, honoré par Urvaśī, se réjouit d’une joie suprême.
Verse 9
ऋषय ऊचुः गन्धर्वी चोर्वशी देवी राजानं मानुषं कथम् / उत्सृज्य तं च संप्राप्ता तन्नो ब्रूहि च दुष्कृतम्
Les rishis dirent : «Comment la déesse Urvaśī, la gandharvī, a-t-elle quitté le roi des hommes et est-elle venue ici ? Dis-nous quelle fut cette faute.»
Verse 10
सूत उवाच ब्रह्मशापाभिभूता सा मानुषं समुपस्थिता / आत्मनः शापमोक्षार्थं नियमं सा चकार तु
Sūta dit : «Accablée par la malédiction de Brahmā, elle (Urvaśī) s’approcha d’un mortel ; afin d’être délivrée de sa malédiction, elle institua une observance sacrée (niyama).»
Verse 11
अनग्नदर्शनं चैव अकामात्सह मैथुनम् / द्वौ मेषौ शयनाभ्याशे सा तावद्ध्यवतिष्ठते
Ne pas contempler le feu sacré et s’unir charnellement même sans désir : près de la couche, elle demeure ainsi durant deux mois.
Verse 12
घृतमात्रं तथाऽहारः कालमेकं तु पार्थिव / यद्येष समयो राजन्यावत्कालश्च ते दृढः
Ô souverain de la terre : que sa nourriture ne soit que du ghee, et que le terme soit d’un seul temps ; ô roi, tant que ce pacte demeure ferme pour toi.
Verse 13
तावत्कालं तु वत्स्यामि एष नः समयः कृतः / तस्यास्तं समयं सर्वं स राजा पर्यपालयत्
Je demeurerai pour ce temps seulement : tel est le pacte conclu entre nous. Et le roi observa entièrement toute la durée fixée pour elle.
Verse 14
एवं सा चावसत्तेन सहेलेना भिगामिनी / वर्षाण्यथ चतुःषष्टिं तद्भक्त्या शापमोहिता
Ainsi, elle s’approchait de lui dans un esprit de jeu ; et, fascinée par la malédiction à cause de sa dévotion, elle demeura ainsi durant soixante-quatre ans.
Verse 15
उर्वशी मानुषं प्राप्ता गन्धर्वाश्चिन्तयान्विताः / गन्धर्वा ऊचुः चिन्तयध्वं महाभागा यथा सा तु वराङ्गना
Urvashî parvint au monde des hommes, et les Gandharvas furent saisis d’inquiétude. Les Gandharvas dirent : «Ô bienheureux, réfléchissez à la manière dont cette femme d’exception pourra (être délivrée).»
Verse 16
आगच्छेत्तु पुनर्देवानुर्वशी स्वर्गभूषणम् / ततो विश्वापसुर्नाम गन्धर्वः सुमहामतिः
Alors Urvaśī, parure du Svarga, revint de nouveau auprès des dieux. Puis apparut le gandharva nommé Viśvāpasu, d’une très haute sagesse.
Verse 17
जहारोरणकौ तस्यास्तत्पश्चात्सा दिवं गता / तस्यास्तु विरहेणासौ भ्रममाणस्त्वथोर्वशीम्
Il prit les deux uraṇaka d’elle; puis elle s’en alla au ciel. Dans la douleur de la séparation, il erra, cherchant encore Urvaśī.
Verse 18
ददर्श च कुरुक्षेत्रे तया संभाषितो ऽप्ययम् / गन्धर्वानुपधावेति स तच्चक्रे ऽथ ते ददुः
Il la vit à Kurukṣetra et s’entretint même avec elle. Quand on lui dit : « Cours vers les gandharvas », il le fit; alors ils lui remirent cela.
Verse 19
अग्निस्थालीं तया राजा गतः स्वर्गं महारथः / एको ऽग्निः पूर्वमासीद्वै ऐलस्तं त्रीनकल्पयत्
Par elle (Urvaśī), le roi, grand héros de char, monta au ciel avec l’agni-sthālī. Jadis il n’y avait qu’un seul feu; Aila l’établit en trois.
Verse 20
एवंप्रभावो राजासीदैलस्तु द्विजसत्तमाः / देशे पुण्यतमे चैव महर्षिभिरलङ्कृते
Ô dvijas éminents, telle était la puissance du roi Aila; il demeurait en une contrée très sainte, ornée par les grands ṛṣis.
Verse 21
राज्यं स कारयामास प्रयागे पृथिवीपतिः / उत्तरे यामुने तीरे प्रतिष्ठाने महायशाः
Ce roi à la grande renommée exerça sa royauté à Prayāga ; il demeura à Pratiṣṭhāna, sur la rive nord de la Yamunā.
Verse 22
तस्य पुत्रा बभूवुर्हि षडिन्द्रोपमतेजसः / गन्धर्वलोके विदिता आयुर्द्धीमानमावसुः
Il eut six fils, resplendissants comme Indra ; célèbres dans le monde des Gandharvas—Āyu, Dhīmān et Amāvasu.
Verse 23
विश्वावसुः श्रतायुश्च घृतायुश्चोवर्शीसुताः / अमाव सोस्तु वै जाते भीमो राजाथ विश्वचित्
Viśvāvasu, Śratāyu et Ghṛtāyu étaient fils de Varśī ; d’Amāvasu naquit le roi Bhīma, puis Viśvacit.
Verse 24
श्रीमान्भीमस्य दायादो राजासीत्काञ्चनप्रभः / विद्वांस्तु काञ्चनस्यापि सुहोत्रो ऽभून्महाबल
L’héritier glorieux de Bhīma fut le roi Kāñcanaprabha ; et de Kāñcana naquit Suhotra, savant et d’une grande puissance.
Verse 25
सुहोत्रस्याभवज्जह्नुः केशिनीगर्भसंभवः / प्रतिगत्य ततो गङ्गा वितते य५कर्मणि
De Suhotra naquit Jahnu, issu du sein de Keśinī ; puis la Gaṅgā revint, lorsque l’œuvre du yajña fut accomplie au loin.
Verse 26
सादयामास तं देशं भाविनोर्ऽथस्य दर्शनात् / गङ्गया प्लावितं दृष्ट्वा यज्ञवाटं समन्ततः
À la vue du signe de ce qui devait advenir, il apaisa ce pays; puis, voyant l’enceinte du yajña inondée de toutes parts par la Gaṅgā.
Verse 27
सौहोत्रिरपि संक्रुद्धो गङ्गां राजा द्विजोत्तमाः / तदाराजर्षिणा पीतां गङ्गां दृष्ट्वा सुरर्षयः
Ô roi ! Même Sauhotri, le plus éminent des brahmanes, s’irrita contre la Gaṅgā; et les rishis divins, voyant la Gaṅgā bue par le rajarshi, furent saisis d’étonnement.
Verse 28
उपनिन्युर्महाभागा दुहितृत्वेन जाह्नवीम् / यौवनाश्वस्य पौत्रीं तु कावेरीं जह्नुरावहत्
Les bienheureux accueillirent Jāhnavī (la Gaṅgā) comme une fille; et Jahnu amena Kaverī, petite-fille de Yauvanāśva.
Verse 29
युवनाश्वस्य शापेन गङ्गार्द्धेन विनिर्ममे / कावेरीं सरितां श्रेष्ठ जह्नुभार्यामनिन्दिताम्
Par la malédiction de Yauvanāśva, de la moitié de la Gaṅgā fut formée Kaverī, la plus noble des rivières, épouse irréprochable de Jahnu.
Verse 30
जह्नुस्तु दयितं पुत्रं सुनहं नाम धार्मिकम् / कावेर्यां जनयामास अजकस्तस्य चात्मजः
Jahnu engendra de Kaverī un fils bien-aimé, Sunaha, homme de dharma; et son fils à lui fut Ajaka.
Verse 31
अजकस्य तु दायादो बलाकाश्वो महायशाः / बभूव मृग शीलः सुशस्तस्यात्मजः स्मृतः
L’héritier d’Ajaka fut Balākāśva, d’une grande renommée. Il avait un naturel de gazelle et l’on se souvient de lui comme du fils de Suśasta.
Verse 32
कुशपुत्रा बभूवुश्च चत्वारो देववर्चसः / कुशांबः कुशानाभश्च अमूर्तरयमो वसुः
Kuśa eut quatre fils, rayonnants comme les dieux : Kuśāṃba, Kuśānābha, Amūrtarayama et Vasu.
Verse 33
कुशिकस्तु तपस्तेपे पुत्रार्थी राजसत्तमः / पूर्णे वर्षसहस्रे वै शतक्रतुरपश्यत
Kuśika, le plus noble des rois, accomplit des austérités en désirant un fils. Quand mille années furent accomplies, il vit Śatakratu (Indra).
Verse 34
तमुग्रतपसं दृष्ट्वा सहस्राक्षः पुरन्दरः / समर्थः पुत्रजनने स्वयमेवास्य शाश्वतः
Voyant cette austérité redoutable, Sahasrākṣa Purandara (Indra) résolut que lui-même, l’Éternel, pouvait naître comme son fils.
Verse 35
पुत्रत्वं कल्पयामास स्वयमेव पुरन्दरः / गाधिर्नामाभवत्पुत्रः कौशिकः पाकशासनः
Purandara (Indra) institua de lui-même sa condition de fils. Ainsi, dans la lignée de Kauśika naquit un fils nommé Gādhi : c’était Pākaśāsana (Indra).
Verse 36
पौरुकुत्स्यभवद्भार्या गाधेस्तस्यामजायत / पूर्वं कन्या महाभागा नाम्ना सत्यवती शुभा
L’épouse de Paurukutsya devint l’épouse de Gādhi ; de son sein naquit d’abord une fille très fortunée, au nom de Satyavatī, bénie et de bon augure.
Verse 37
तां गाधिः पुत्रकामाय ऋचीकाय ददौ प्रभुः / तस्याः प्रीतस्तु वै भर्त्ता भार्गवो भृगुनन्दनः
Désireux d’un fils, le seigneur Gādhi la donna à Ṛcīka ; et Ṛcīka le Bhārgava, descendant de Bhṛgu, en tant qu’époux, en fut grandement réjoui.
Verse 38
पुत्रार्थे साधयामास चरुं गाधेस्तथैव च / अथावोचत्प्रियां तत्र ऋचीको भार्गवस्तदा
Pour obtenir un fils, il prépara le caru, et de même pour Gādhi ; puis, là, Ṛcīka le Bhārgava s’adressa à sa bien-aimée.
Verse 39
उपभोज्यश्चरुरयं त्वया मात्रा च ते शुभा / तस्या जनिष्यते पुत्रो दीप्तिमान्क्षत्त्रियर्षभः
Ce caru, toi et ta mère bénie devez le consommer ; de là naîtra un fils éclatant, le plus noble parmi les kṣatriya.
Verse 40
अजेयः क्षत्त्रियैर्युद्धे क्षत्रियर्षभसूदनः / तवापि पुत्रं कल्याणि धृतिमन्तं तपोधनम्
Dans la guerre, il sera invincible aux kṣatriya, pourfendeur des plus nobles d’entre eux ; et toi aussi, ô bienheureuse, tu auras un fils ferme, riche du trésor de l’ascèse.
Verse 41
शमात्मकं द्विजश्रेष्ठं चरुरेष विधास्यति / एवमुक्त्वा तु तां भार्यामृचीको भृगुनन्दनः
Ṛcīka, fils de Bhṛgu, dit à son épouse : «Ce caru fera naître le plus excellent des deux-fois-nés, au cœur paisible.» Ainsi parla-t-il.
Verse 42
तपस्यभिरतो नित्यमरण्यं प्रविशेश ह / गाधिः सदारस्तु तदा ऋचीकाश्रममभ्यगात्
Toujours voué à l’ascèse, il entra dans la forêt. Alors le roi Gādhi, accompagné de son épouse, parvint à l’āśrama de Ṛcīka.
Verse 43
तीर्थयात्राप्रसंगेन सुतां द्रष्टुं नरेश्वरः / चरुद्वयं गृहीत्वा तु ऋषेः स्त्यवती तदा
À l’occasion d’un pèlerinage aux tīrtha, le roi vint voir sa fille. Alors Satyavatī prit les deux caru remis par le ṛṣi.
Verse 44
भर्तुर्वचनमव्यग्रा हृष्टा मात्रे न्यवेदयत् / माता तु तस्यै दैवैन दुहित्रे स्वचरुं ददौ
Ayant entendu la parole de son époux, elle, sans trouble et joyeuse, l’annonça à sa mère. Mais, par décret du destin, la mère donna à sa fille son propre caru.
Verse 45
तस्याश्चरुमथाज्ञानादात्मनः सा चकार ह / अथ सत्यवती गर्भं क्षत्रियान्तकरं शुभम्
Par ignorance, elle prit ce caru pour elle-même. Alors Satyavatī conçut un sein auspicious, destiné à mettre fin aux kṣatriya.
Verse 46
धारयामास दीप्तेन वपुषा घोरदर्शना / तामृचीकस्ततो दृष्ट्वा योगेनाप्यवमृश्य च
La femme à l’apparence redoutable portait un corps éclatant. Alors Ṛcīka, l’ayant vue, médita et examina aussi par la force du yoga.
Verse 47
तदाब्रवीद्द्विजश्रेष्ठः स्वां भार्यां वरवर्णिनीम् / मात्रासि वञ्चिता भद्रे चरुव्यत्यासहेतुना
Alors le meilleur des brahmanes dit à son épouse au beau teint : «Ô noble dame, à cause de l’échange du caru, ta mère t’a trompée».
Verse 48
जनिष्यति हि पुत्रस्ते क्रूरकर्मातिदारुमः / माता जनिष्यते चापि तथा भूतं तपोधनम्
Assurément, ton fils naîtra aux actes cruels, d’une dureté extrême ; et ta mère, elle aussi, enfantera un fils riche d’austérité, trésor de tapas.
Verse 49
विश्वं हि ब्रह्मतपसा मया तत्र समर्पितम् / एवमुक्ता महाभागा भर्त्रा सत्यवती तदा
Car, par l’austérité brahmanique, j’ai offert là l’univers tout entier. Ainsi parlée par son époux, la très fortunée Satyavatī alors…
Verse 50
प्रसादयामास पतिं सुतो मे नेदृशो भवेत् / ब्राह्मणापसदस्त्वत्त इत्युक्तो मुनिमब्रवीत्
Elle chercha à apaiser son époux : «Que mon fils ne soit pas ainsi ; à cause de toi, il sera nommé le plus vil parmi les brahmanes». Ayant dit cela, elle supplia le muni.
Verse 51
नैव संकल्पितः कामो मया भद्रे तथा त्वया / उग्रकर्मा भवेत्पुत्रः पितुर्मातुश्च कारणात्
Ô Bhadré, ni toi ni moi n’avons formé un tel désir; mais par la cause du père et de la mère, le fils peut devenir aux actes redoutables.
Verse 52
पुनः सत्यवती वाक्यमेवमुक्ताब्रवीदिदम् / इच्छंल्लोकानपि मुने सृजेथाः किं पुनः सुतम्
Alors Satyavatī reprit : «Ô muni, si tu le veux, tu peux créer même les mondes; combien plus un fils !»
Verse 53
शमात्मकमृजुं भर्त्तः पुत्रं मे दातुमर्हसि / काममेवंविधः पौत्रो मम स्यात्तव सुव्रत
Ô époux, tu es digne de me donner un fils au cœur paisible et à la nature douce; ô toi aux vœux purs, je souhaite qu’un tel petit-fils me vienne de toi.
Verse 54
यद्यन्यथा न सक्यं वै कर्तुंमेवं द्विजोत्तम / ततः प्रसादमकरोत्स तस्यास्तपसो बलात्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, s’il n’est pas possible d’agir autrement, alors il accorda sa grâce, touché par la force de son ascèse.
Verse 55
पुत्रे नास्ति विशेषो मे पौत्रे वा वरवर्णिनि / त्वया यथोक्तं वचनं तथा भद्रेभविष्यति
Ô femme au beau teint, pour moi il n’y a pas de différence entre fils et petit-fils; ô Bhadré, comme tu l’as dit, ainsi en sera-t-il.
Verse 56
तस्मात्सत्यवती पुत्रं जनयामास भार्गवम् / तपस्यभिरतं दान्तं जमदग्निं शमात्मकम्
Ainsi Satyavatī enfanta le fils bhārgava, Jamadagni : voué à l’ascèse, maîtrisé, discipliné et d’essence paisible.
Verse 57
भृगोश्चरुविपर्यासे रौद्रवैष्णवयोः पुरा / जमनाद्वैष्णवस्याग्नेर्जमदग्निरजायत
Autrefois, lors du renversement du caru de Bhṛgu, dans l’épisode des feux Raudra et Vaiṣṇava, de l’activation du feu vaiṣṇava naquit Jamadagni.
Verse 59
विश्वामित्रं तु दायादं गाधिः कुशिकनन्दनः / प्राप्य ब्रह्मर्षिसमतां जगाम ब्रह्मणा वृतः ६६।५८// सा हि सत्यवती पुण्या सत्यव्रतपरायणा / कौशिकी तु समाख्याता प्रवृत्तेयं महानदी
Gādhi, fils de Kuśika, ayant Viśvāmitra pour héritier, atteignit la dignité de brahmarṣi et, entouré par Brahmā, parvint à la voie suprême. Cette sainte Satyavatī, vouée au vœu de vérité, fit jaillir le grand fleuve nommé Kauśikī.
Verse 60
परिस्रुता महाभागा कौशिकी सरितां वरा / इक्ष्वाकुवंशप्रभवो रेणुको नाम पार्थिवः
La bienheureuse Kauśikī, qui s’écoule, est la plus excellente des rivières. De la lignée d’Ikṣvāku naquit un roi nommé Reṇuka.
Verse 61
तस्य कन्या महाभागा कमली नाम रेणुका / रेणुकायां कमल्यां तु तपोधृतिसमाधिना
Sa fille, très fortunée, fut Reṇukā, appelée aussi Kamalī. En cette Reṇukā-Kamalī, par l’ascèse, la constance et le samādhi, (les hautes vertus) demeurèrent établies.
Verse 62
आर्चीको जनयामाम जमदग्निः सुदारुणम् / सर्वविद्यान्तगं श्रेष्ठं धनुर्वेदस्य पारगम्
Ārcīka engendra Jamadagni, d’un éclat redoutable, le meilleur, accompli en toutes les sciences et parvenu au terme du Dhanurveda.
Verse 63
रामं क्षत्त्रियहन्तारं प्रदीप्तमिव पावकम् / और्वस्यैवमृचीकस्य सत्यवत्यां महामनाः
De Satyavatī, épouse de Ṛcīka issu d’Aurva, naquit Rāma au grand esprit, pourfendeur des kṣatriya, flamboyant tel un feu embrasé.
Verse 64
जमदग्निस्तपोवीर्याज्जज्ञे ब्रह्मविदां वरः / मध्यमश्च शुनःशेफः शुनः पुच्छः कनिष्ठकः
Par la puissance de l’ascèse naquit Jamadagni, le meilleur des connaisseurs de Brahman. Le fils du milieu fut Śunaḥśepha, et le cadet Śunaḥpuccha.
Verse 65
विश्वामित्रस्तु धर्मात्मा नाम्ना विश्वरथः स्मृतः / जज्ञे भृगुप्रसादेन कौशिकान्वयवर्द्धनः
Viśvāmitra, à l’âme droite, est aussi connu sous le nom de Viśvaratha. Par la grâce de Bhṛgu il naquit et fit croître la lignée des Kauśika.
Verse 66
विश्वामित्रस्य पुत्रस्तु शुनःशेफो ऽभवन्मुनिः / हरिश्चन्द्रस्य यज्ञे तु पशुत्वे नियतः स वै
Śunaḥśepha, fils de Viśvāmitra, devint un muni. Lors du sacrifice de Hariścandra, il fut réellement désigné comme victime animale.
Verse 67
देवैर्दत्तः शुनःशेफो विश्वामित्राय वै पुनः / देवैर्दत्तः स वै यस्माद्देवरातस्ततो ऽभवत्
Śunaḥśepha, donné par les dieux, fut de nouveau remis à Viśvāmitra. Parce qu’il était un don des devas, il fut dès lors nommé Devarāta.
Verse 68
विश्वामित्रस्य पुत्राणां शुनःशेफो ऽग्रजः स्मृतः / मधुच्छन्दादयश्चैव कृतदेवौ ध्रुवाष्टकौ
Parmi les fils de Viśvāmitra, Śunaḥśepha est tenu pour l’aîné. Sont aussi cités Madhucchanda et les autres, ainsi que Kṛtadeva, Dhruva et Aṣṭaka.
Verse 69
कच्छपः पूरणश्चैव विश्वामित्रसुतास्तु वै / तेषाङ्गोत्राणि बहुधा कौशिकानां महात्मनाम्
Kacchapa et Pūraṇa furent eux aussi des fils de Viśvāmitra. Les gotras de ces grands Kauśika se déployèrent en de multiples lignées.
Verse 70
पार्थिवा देवराताश्च जाज्ञवल्क्याः समर्पणाः / उदुंबराश्च वातड्यास्तलकायनचान्द्रवाः
Parthiva, Devarāta, Jājñavalkya, Samarpaṇa, Udumbara, Vātaḍya, Talakāyana et Cāndrava : telles sont les branches (de gotra) énumérées.
Verse 71
लोहिण्यो रेणवस्छैव तथा कारिषवः स्मृताः / बभ्रवः पणिनस्छैव ध्यानजप्यास्तथैव च
On se souvient aussi des Lohiṇya, Reṇava et Kāriṣava ; de même des Babhrava, Paṇina et Dhyānajapya comme autres (branches).
Verse 72
श्यामायना हिरण्याक्षाः सांकृता गालवाः स्मृताः / देवला यामदूताश्च शालङ्कायनबाष्कलाः
Śyāmāyana, Hiraṇyākṣa, Sāṃkṛta et Gālava sont tenus pour des lignées illustres. Devala, les messagers de Yama et Śālaṅkāyana-Bāṣkala sont également cités dans la smṛti.
Verse 74
लालाढ्या बादराश्चान्ये विश्वामित्रस्य धीमतः / ऋष्यन्तरविवाह्यास्ते बहबः कौशिकाः स्मृताः // ६५।७३// कौशिकाः सौश्रुताश्चैव तथान्ये सैन्धवायनाः / योगेश्वरस्य पुण्यस्य बह्मर्षेः कौशिकस्य वै / विश्वामित्रस्य पुत्राणां शुनःशेफो ऽग्रजः स्मृतः
D’autres fils du sage Viśvāmitra furent Lālāḍhya et Bādara; ils étaient dignes d’alliance dans la lignée de Ṛṣyantara, et beaucoup furent connus sous le nom de « Kauśika ». Il y eut aussi des Kauśika, des Sauśruta et d’autres appelés Saindhavāyana. Parmi les fils de Viśvāmitra—le saint brahmarṣi Kauśika, seigneur du yoga—Śunaḥśepha est tenu pour l’aîné.
Verse 75
दृषद्वती सुतश्चापि विश्वामित्रात्तथाष्टकः / अष्टकस्य सुतो लौहिः प्रोक्तो जह्नुगणो मया
De Viśvāmitra naquit aussi Aṣṭaka, fils de Dṛṣadvatī. Le fils d’Aṣṭaka fut Lauhi; c’est lui que j’ai dit appartenir au groupe de Jahnu.
Verse 76
ऋषय ऊचुः किंलक्षणेन धर्मेण तपसेह श्रुतेन वा
Les ṛṣi dirent : « Par quel dharma, marqué de quels signes, par quelle ascèse, ou par quelle connaissance de la śruti (cela s’obtient-il) ? »
Verse 77
ब्राह्मण्यं समनुप्राप्तं विश्वामित्रादिभिर्नृपैः / येनयेनाभिधानेन ब्राह्मण्यं क्षत्रिया गताः
Des rois tels que Viśvāmitra ont pleinement atteint l’état de brāhmaṇa. Par quels noms et par quelles voies les kṣatriya sont-ils parvenus à la brāhmanité ? (Dites-le).
Verse 78
विशेषं ज्ञातुमिच्छामि तपसो दानतस्तथा / एवमुक्तस्ततो वाक्यमब्रवीदिदमर्थवत्
Je souhaite connaître la distinction particulière entre l’ascèse et le don. Ainsi interpellé, il prononça alors une parole pleine de sens.
Verse 79
अन्यायोपगतैर्द्रव्यैराहूय द्विजसत्तमान् / धर्माभिकाङ्क्षी यजते न धर्मफलमश्नुते
Celui qui, avec des biens acquis injustement, convoque les meilleurs dvija et accomplit un sacrifice en désirant le dharma, ne goûte pas au fruit du dharma.
Verse 80
जपं कृत्वा तथा तीव्रं धनलोभान्निरङ्कुशः / रागमोहान्वितो ह्यन्ते पावनार्थं ददाति यः
Celui qui, sans frein par avidité de richesse, accomplit un japa intense et, empli d’attachement et d’illusion, ne donne à la fin qu’afin de se purifier—
Verse 81
तेन दत्तानि दानानि ह्यफलानि भवन्त्युत / तस्य धर्मप्रवृत्तस्य हिंसकस्य दुरात्मनः
Les dons offerts par cet être à l’âme perverse, violent et feignant de suivre le dharma, deviennent assurément sans fruit.
Verse 82
एवं लब्ध्वा धने मोहाद्ददतो यजतश्च ह / संक्लिष्टं कर्मणा दानं न तिष्ठति दुरात्मनः
Ainsi, même s’il obtient des richesses et, par illusion, donne et sacrifie, le don souillé par son acte ne demeure pas chez l’être mauvais.
Verse 83
न्यायागतानां द्रव्याणां तीर्थं संप्रतिपादनम् / कामाननभि संधाय यजते च ददाति च
Les biens acquis avec droiture doivent être offerts comme il se doit dans les lieux saints. Sans s’attacher au désir, il accomplit le sacrifice et fait aussi l’aumône.
Verse 84
स दानफलमाप्नोति तच्च दानं सुखोदयम् / दानेन भोगानाप्नोति स्वर्गं सत्येन गच्छति
Il obtient le fruit du don, et ce don fait naître la joie. Par le don il acquiert les jouissances; par la vérité il parvient au ciel.
Verse 85
तपसा तु सुतप्तेन लोकान्विष्टभ्य तिष्ठति / सत्यं तु तपसः श्रेयस्तस्माज्ज्ञानं गुरु स्मृतम्
Par l’ascèse bien consumée, il demeure ferme en soutenant les mondes. Mais la vérité est plus haute que l’ascèse; c’est pourquoi la connaissance est tenue pour le maître.
Verse 86
श्रूयते हि तपस्सिद्धाः क्षत्त्रोपेता द्विजातयः / विश्वामित्रो नरपतिर्मान्धाता संकृतिः कपिः
On rapporte qu’il y eut des « deux-fois-nés » liés à la lignée kṣatriya, parvenus à la perfection par l’ascèse : Viśvāmitra, le roi Māndhātā, Saṃkṛti et Kapi.
Verse 87
काश्यश्च पुरुकुत्सश्च शलो गृत्समदः प्रभुः / आर्ष्टिषेणो ऽजमीढश्च भार्गव्योमस्तथैव च
De même, Kāśya, Purukutsa, Śala, le vénérable Gṛtsamada, Ārṣṭiṣeṇa, Ajamīḍha et Bhārgavyoma sont aussi cités comme accomplis par l’ascèse.
Verse 88
कक्षीवांश्चैवौशिजश्च नृपश्च शिशिरस्तथा / रथान्तरः शौनकश्च विष्णुवृद्धादयो नृपाः
Kakṣīvān, Auśija, le roi Śiśira, Rathāntara, Śaunaka, ainsi que Viṣṇuvṛddha et d’autres, furent des rois renommés.
Verse 89
क्षत्रोपेताः स्मृता ह्येते तपसा ऋषितां गताः / एते राजर्षयः सर्वे सिद्धिं तु महतीं गताः
On se souvient d’eux comme pourvus des qualités kṣatriya; par l’ascèse ils atteignirent l’état de ṛṣi. Tous ces rājarṣi obtinrent une grande réalisation spirituelle.
Verse 90
अत ज्ञर्ध्वं प्रवक्ष्यामि आयोर्वंशं महात्मनः
À présent, je vais exposer la lignée du magnanime Āyu.
A core Lunar (Somavaṃśa) sequence: Soma → Budha → Purūravas, using Purūravas as a dynastic anchor-figure for subsequent royal descent mapping.
She is driven by a Brahmā-related curse and seeks śāpa-mokṣa through a niyama (pact) with Purūravas—rule-bound cohabitation involving restricted sights (notably fire), regulated intimacy, and stipulated symbols (two rams near the bed), maintained for a fixed term.
Caitraratha, Mandākinī’s banks, Alakā, Nandana, Gandhamādana, Meru, Uttarakuru, and Kalāpa-grāma appear as “divine topography” indices, situating the human–apsaras episode within Purāṇic cosmic geography rather than a purely terrestrial setting.