
Vamśānukramaṇikā: Varuṇa–Kali Descendants and the Naiṛta Grahas (Genealogical Catalogue)
Ce chapitre s’ouvre sur un cadre de dialogue savant : les ṛṣi, réjouis et délivrés de leurs doutes antérieurs, demandent un exposé séquentiel (ānupūrvya) des dynasties, ainsi que de la stabilité (sthiti) et de l’influence (prabhāva) des puissants rois. Le narrateur, dans la voix de type Sūta/Lomaharṣaṇa, expert en ākhyāna, consent à réciter pas à pas un catalogue généalogique. Les vers cités se tournent ensuite vers une lignée particulière : Stutā est nommée comme l’épouse de Varuṇa ; par elle la lignée se poursuit jusqu’à Kali (et Vaidya), puis vers des descendants notables tels que Jaya et Vijaya, suivis de personnifications mythiques comme Mada (fils de Kali) et Hiṃsā (épouse de Kali). Le texte énumère d’autres enfants décrits comme des êtres de type puruṣādaka, marqués par des traits corporels anormaux (sans tête, sans corps, à une seule main, à un seul pied), et leur assigne des conjoints. Leur descendance est identifiée comme des Naiṛta, classés parmi les graha (entités qui saisissent et affligent), avec un accent particulier sur leur action sur les enfants. La conclusion (dans l’extrait) établit Skanda comme leur seigneur, avec l’aval de Brahmā, unissant ainsi la généalogie à une explication rituelle et étiologique : pourquoi existent ces forces d’affliction, comment elles sont nommées et sous quelle autorité elles opèrent.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्त मध्यमभागे तृतीय उपाद्धातपादे ऽष्टपञ्चशत्तमो ऽध्यायः // ५८// बृहस्पतिरुवाच ऋषयस्त्वेव मुक्तास्तु परं हर्षमुपागताः / परं शुश्रूषया भूयः पप्रच्छुस्तदनन्तरम्
Ainsi s’achève le cinquante-huitième chapitre (58) du Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, dans la section médiane proclamée par Vāyu, au troisième pāda. Bṛhaspati dit : les ṛṣi, délivrés, furent saisis d’une joie suprême et, désireux d’entendre davantage, posèrent de nouveau des questions aussitôt après.
Verse 2
ऋषय ऊचुः वंशानामानुपूर्व्येण राज्ञां चामिततेजसाम् / स्थितिं चैषां प्रभावं च ब्रूहि नः परिपृच्छताम्
Les rishis dirent : «Selon l’ordre des lignées, dis-nous la condition et la puissance des rois à l’éclat sans mesure ; nous t’interrogeons».
Verse 3
एवमुक्तस्ततस्तैस्तु तदासौ लोमहर्षणः / शृण्वतामुत्तराख्याने ऋषीणां वाक्य कोविदः
Ainsi parlé par eux, alors Lomaharshana, expert des paroles des rishis, entreprit de dire le récit qui suit devant les sages qui écoutaient.
Verse 4
अख्यानकुशलो भूयः परं वाक्यमुवाच ह / ब्रुवतो मे निबोधंश्च ऋषिराह यथा मम
Habileté dans le récit, il prononça de nouveau une parole sublime : «Comprenez bien ce que je dis, tel que le rishi me l’a enseigné».
Verse 5
वंशानामानुपूर्व्येण राज्ञां चामिततेजसाम् / स्थितिं चैषां प्रभावं च क्रमतो मे निबोधत
Selon l’ordre des lignées, apprenez de moi, l’un après l’autre, la condition et la puissance des rois à l’éclat sans mesure.
Verse 6
वरुणस्य सपत्नीकान् स्तुता देवी उदाहृता / तस्याः पुत्रौ कलिर्वैद्यः स्तुता च सुरसुंदरी
On mentionne la déesse nommée Stutā comme l’épouse de Varuna. D’elle naquirent deux enfants : Kali, le médecin (vaidya), et Stutā, une céleste d’une beauté divine.
Verse 7
कलिपुत्रौ महावीर्यौं जयश्च विजयश्च ह / वैद्यपुत्रौ घृणिश्चैव मुनिश्चैव महाबलौ
Kali eut deux fils d’une grande vaillance, Jaya et Vijaya; et les fils de Vaidya, Ghṛṇi et Muni, étaient eux aussi d’une force immense.
Verse 8
प्रत्तानामनु कामानामन्योन्यस्य प्रभक्षिणौ / भक्ष्यित्वा तावन्योन्यं विनाशं समवाप्नुतः
Suivant les désirs qui leur furent accordés, ils se dévoraient l’un l’autre; et s’étant mangés mutuellement, ils parvinrent à la ruine.
Verse 9
कलिः सुरायाः संज्ञेयस्तस्य पुत्रो मदः स्मृतः / स्मृता हिंसा कलेर्भार्या श्रेष्ठा या निकृतस्मृतिः
Kali est désigné sous le nom de ‘Surā’ (liqueur), et son fils est tenu pour ‘Mada’ (ivresse). L’épouse de Kali est ‘Hiṃsā’ (violence), éminente comme ‘Nikṛti’ (tromperie).
Verse 10
प्रसूतान्ये कलेः पुत्राश्चत्वारः पुरुषादकाः / नाके विघ्नश्च विख्यातो भद्रमोविधमस्तथा
Kali engendra encore quatre fils, dévoreurs d’hommes : Nāke, le fameux Vighna, Bhadrama et Vidhama.
Verse 11
अशिरस्कतया विघ्नो नाकश्चैवाशरीरवान् / भद्रमश्चैकहस्तो ऽभूद्विधमश्चैकपात्स्मृतः
Vighna était sans tête; Nāke était sans corps; Bhadrama n’avait qu’une main; et Vidhama est rappelé comme n’ayant qu’une jambe.
Verse 12
भद्रमस्य तथापत्नी तामसी पूतना तथा / रेवती विधमस्यापि तयोः पुत्राः सहस्रशः
L’épouse de Bhadra fut Tamasī, et aussi Pūtanā; et l’épouse de Vidhama fut Revatī : de ces unions naquirent des fils par milliers.
Verse 13
नाकस्य शकुनिः पत्नी विघ्नस्य च अयो मुखी / राक्षसास्तु महावीर्याः संध्याद्वयविचारिमः
L’épouse de Nāka fut Śakuni, et celle de Vighna, Ayomukhī; ces rākṣasas, d’une grande puissance, erraient aux deux crépuscules.
Verse 14
रेवतीपूतनापुत्रा नैऋता नामतः स्मृताः / ग्रहस्ते राक्षसाः सर्वे बालानां तु विशेषतः
Les fils de Revatī et de Pūtanā sont connus sous le nom de Naiṛta; tous ces rākṣasas sont des grahas, visant surtout les enfants.
Verse 15
स्कन्दस्तेषामधिपतिर्ब्रह्मणो ऽनुमतः प्रभुः / बृहस्पतेर्या भगिनी वरस्त्री ब्रह्मचारिणी
Leur souverain est Skanda, seigneur avec l’assentiment de Brahmā; et la sœur de Bṛhaspati est une femme éminente, brahmacāriṇī.
Verse 16
योगसिद्धा जगत्कृत्स्नमसक्ता चरते सदा / प्रभासस्य तु सा भार्या वसूनामष्टमस्य च
Elle a atteint l’accomplissement du yoga et parcourt sans cesse l’univers entier, sans attachement; elle est l’épouse de Prabhāsa, le huitième des Vasus.
Verse 17
विश्वकर्मा सुरस्तस्या जातः शिल्पिप्रजापतिः / त्वष्टा विराजो रूपाणि धर्मपौत्र उदारधीः
De ce Sura naquit Viśvakarmā, Prajāpati des artisans. Et Tvaṣṭā, façonneur des formes de Virāj, petit-fils de Dharma, à l’intelligence magnanime.
Verse 18
कर्त्ता शिल्पिसहस्राणां त्रिदशानां तु योगतः / यःसर्वेषां विमानानि देवतानां चकार ह
Par la puissance du yoga, il est le maître de milliers d’artisans parmi les Tridaśa ; c’est lui qui façonna les vimāna de toutes les divinités.
Verse 19
मानुषाश्चोपजीवन्ति यस्य शिल्पं महात्मनः / प्रह्रादी विश्रुता तस्य पत्नी त्वष्टुर्विरोचना
Les hommes eux-mêmes vivent de l’art de ce grand Mahātmā. Son épouse, renommée sous le nom de Prahrādī, était Virocanā, compagne de Tvaṣṭā.
Verse 20
विरोचनस्य भगिनी माता त्रिशिरसस्तथा / देवाचार्यस्य महतो विश्वरूपस्य धीमतः
Elle était la sœur de Virocana et la mère de Triśiras ; et aussi la mère du grand Devācārya Viśvarūpa, le sage.
Verse 21
विश्वकर्मात्मजश्वैव विश्वकर्मा मयः स्मृतः / सुरेणुरिति विख्याता स्वसा तस्य यवीयसी
Le fils de Viśvakarmā est lui aussi tenu pour un Viśvakarmā nommé Maya. Sa sœur cadette était connue sous le nom de Sureṇu.
Verse 22
त्वाष्ट्री या सवितुर्भार्या पुनः संज्ञेति विश्रुता / प्रासूत सा महाभागं मनुं ज्येष्ठं विवस्वतः
La fille de Tvaṣṭā, épouse de Savitṛ, de nouveau renommée sous le nom de Saṃjñā, enfanta le bienheureux Manu, fils aîné de Vivasvān.
Verse 23
यमौ प्रासूत च पुनर्यमं च यमुनां च ह / सा तु गत्वा कुरून्देवी वडवा रूपधारिणी
Puis elle enfanta encore les jumeaux, Yama et Yamunā. Ensuite, la Déesse se rendit au pays des Kuru et prit la forme d’une jument (vaḍavā).
Verse 24
सवितुश्चास्य रूपस्य नासिकाभ्यां तु तौ स्मृतौ / प्रासूत सा महाभाग त्वन्तरिक्षे ऽश्विनौ किल
On se souvient que de ses deux narines, dans cette forme de Savitṛ, naquirent les deux Aśvin. La bienheureuse les enfanta dans l’espace intermédiaire (antarikṣa).
Verse 25
नासत्यं चैव दस्रं च मार्त्तण्डस्यात्मजावुभौ / ऋषय ऊचुः कस्मान्मार्त्तण्ड इत्येष विवस्वानुदितो बुधैः
Tous deux—Nāsatya et Dasra—sont les fils de Mārtaṇḍa. Les ṛṣi dirent : «Pourquoi les sages appellent-ils ce Vivasvān “Mārtaṇḍa” ?»
Verse 26
किमर्थं सासुरूपा वै नासिकाभ्यामसूयत / एतद्वेदितुमिच्छामो सर्वं नो ब्रूहि पृच्छताम्
Pourquoi la Déesse, sous la forme d’une jument, naquit-elle des deux narines ? Nous désirons le savoir ; dis-nous tout, à nous qui interrogeons.
Verse 27
सूत उवाच चिरोत्पन्नमतिर्भिन्नमण्डं त्वष्ट्रा विदारितम् / गर्भवधं भ्रान्तः कश्यपो विद्रुतो भवेत्
Sūta dit : l’œuf, formé depuis longtemps, se fendit ; Tvaṣṭṛ le déchira. Kâśyapa, égaré par la crainte d’un meurtre du fœtus, s’enfuit, saisi d’effroi.
Verse 28
अण्डे द्विधाकृते त्वण्डं दृष्ट्वा त्वष्टेदमब्रवीत् / नैतन्न्यूनं भवादण्डं मार्त्तण्डस्त्वं भवानघ
Quand l’œuf fut fendu en deux, Tvaṣṭṛ le regarda et dit : «Que cet œuf ne soit pas diminué ; ô sans faute, deviens Mārtaṇḍa.»
Verse 29
न खल्वयं मृतोंऽडस्थ इति स्नेहात्पिताब्रवीत् / तस्य तद्वचनं श्रुत्वा नामान्वर्थमुदाहरन्
«Celui qui demeure dans l’œuf n’est pas mort», dit le père par tendresse. Ayant entendu ces mots, ils énoncèrent un nom conforme à son sens.
Verse 30
यन्मार्त्तण्डो भवेत्युक्तस्त्वण्डात्सोंडे द्विधाकृते / तस्माद्विवस्वान्मार्त्तण्डः पुराणज्ञैर्विभाव्यते
Puisqu’au moment où l’œuf fut fendu en deux on lui dit : « Deviens Mārtaṇḍa », les connaisseurs des Purāṇa tiennent donc Vivasvān pour Mārtaṇḍa.
Verse 31
ततः प्रजाः प्रवक्ष्यामि मार्त्तण्डस्य विवस्वतः / विजज्ञे सवितुर्भार्या संज्ञा पुत्रांस्तु त्रीन्पुनः
Je vais maintenant dire la descendance de Mārtaṇḍa, Vivasvān. Saṃjñā, l’épouse de Savitṛ, enfanta de nouveau trois fils.
Verse 32
मनुं यमीं यमं चैव छाया सा तपती तथा / शनैश्चरं तथैवैते मार्त्तण्डस्यात्मजाः स्मृताः
Manu, Yamī, Yama, Chāyā, Tapatī et Śanaiścara : tous sont tenus pour les fils de Mārtaṇḍa, le Soleil divin.
Verse 33
विवस्वान्कश्यपाज्जज्ञे दाक्षायिण्यां महायशाः / तस्य संज्ञाभवद्भार्या त्वाष्ट्री देवी विवस्वतः
Le très illustre Vivasvān naquit de Kaśyapa dans le sein de Dākṣāyiṇī. Son épouse fut la déesse Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ.
Verse 34
सुरेणुरिति विख्याता पुनः संज्ञेति विश्रुता / सा तु भार्या भगवतो मार्त्तण्डस्यातितेजसः
Elle fut connue sous le nom de Sureṇu, puis renommée Saṃjñā. C’est elle qui fut l’épouse du resplendissant Bhagavān Mārtaṇḍa.
Verse 35
न खल्वये मृतो ह्यण्डे इति स्नेहात्तमब्रवीत् / अजानन्कश्यपः स्नेहात् मार्त्तण्ड इति चोच्यते
Par tendresse elle lui dit : «Il n’est pas mort dans l’œuf». Et Kaśyapa, par affection et sans le savoir, le nomma «Mārtaṇḍa».
Verse 36
तेजस्त्वभ्यधिकं तस्य नित्यमेव विवस्वतः / येनापि तापयामास त्रील्लोङ्कान्कश्यपात्मजः
L’éclat de Vivasvān était sans cesse suréminent ; par cet éclat même, le fils de Kaśyapa embrasa de chaleur les trois mondes.
Verse 37
त्रीण्यपत्यानि संज्ञायां जनयामास वै रविः / द्वौ सुतौ तु महावीर्यौं कन्यैका विदितैव च
Dans le sein de Saṃjñā, Ravi engendra trois enfants : deux fils d’une grande vaillance et une fille, elle aussi, bien connue.
Verse 38
मनुर्वैवस्वतो ज्येष्ठः श्राद्धदेवः प्रजापतिः / ततो यमो यमी चैव यमजौ संबभूवतुः
L’aîné fut Manu Vaivasvata, Śrāddhadeva Prajāpati ; puis naquirent Yama et Yamī, les jumeaux.
Verse 39
असह्यतेजस्तद्रूपं दृष्ट्वा संज्ञा विवस्वतः / असहन्ती स्वकां छायां सवर्णां निर्ममे पुनः
Voyant l’éclat insoutenable de Vivasvān, Saṃjñā ne put le supporter ; elle recréa alors sa propre ombre, de même teint qu’elle.
Verse 40
महाभागा तु सा नारी तस्याश्छायासमुद्गता / प्राञ्जलिः प्रयता भूत्वा पुनः संज्ञामभाषत
Cette femme fortunée, née de son ombre, joignit les mains avec recueillement et s’adressa de nouveau à Saṃjñā.
Verse 41
वदस्व किं मया कार्यं सा संज्ञा तामथाब्रवीत् / अहं यास्यापि भद्रं ते स्वमेव भवनं पितुः
Elle dit : « Que dois-je faire ? » Alors Saṃjñā répondit : « Que le bien t’advienne ; moi, j’irai à la demeure même de mon père ».
Verse 42
त्वयेह भवने मह्यं वस्तव्यं निर्विशङ्कया / इमौ च बालकौ मह्यं कन्या च वरवर्णिनी
Tu dois demeurer ici, dans ma demeure, sans crainte; ces deux garçons sont à moi, et cette jeune fille au teint excellent est aussi à moi.
Verse 43
भर्त्तव्या नैवमाख्येयमिदं भगवते त्वया / इमौ च बालकौ मह्यं तथेत्युक्ता तथा च सा
Cela doit être observé; ne le rapporte pas ainsi au Bienheureux. Quand il dit : « Ces deux enfants sont à moi », elle répondit : « Qu’il en soit ainsi », et elle y consentit pareillement.
Verse 44
त्वष्टुः समीपमगमद्व्रीडितेव तपस्विनी / पिता तामागतां दृष्ट्वा क्रुद्धः संज्ञामथाब्रवीत्
L’ascète s’approcha de Tvaṣṭṛ comme honteuse; le père, la voyant venir, irrité, s’adressa alors à Saṃjñā.
Verse 45
भर्त्तुः समीपं गच्छेति नियुक्ता च पुनः पुनः / अगमद्वडवा भूत्वाच्छाद्य रूपमनिन्दिता
« Va auprès de ton époux », lui ordonna-t-on sans cesse; l’irréprochable cacha sa forme et s’en alla sous l’apparence d’une jument.
Verse 46
उत्तरान्सा कुरून्गत्वा तृणान्यथ चचार सा / द्वितीयायां तु संज्ञायां संज्ञेयमिति चिन्त्य ताम्
Elle alla chez les Kuru du Nord et y brouta l’herbe; au sujet de la seconde Saṃjñā, songeant « il faut la reconnaître », elle la contempla en son esprit.
Verse 47
आदित्यो जनयामास पुत्रावादित्यवर्चसौ / पूर्वजस्य मनोस्तुल्यौ सादृश्येन तु तौ प्रभू
Aditya engendra deux fils, éclatants de la splendeur d’Aditya. Par leur ressemblance, ils étaient pareils au Manu des origines, tous deux pleins de souveraineté.
Verse 48
श्रुतश्रवा मनुस्ताभ्यां सावर्णिर्वै भविष्यति
De ces deux-là naîtra le Manu nommé Śrutaśravā ; assurément, il sera dans l’avenir appelé Sāvarṇi.
Verse 49
श्रुतकर्मा तु विज्ञेयो ग्रहो वै यः शनैश्चरः / मनुरेवाभवत्सो ऽपि सावर्णिरिति चोच्यते
Śrutakarmā est l’astre (graha) nommé Śanaiścara. C’est lui-même qui devint Manu, et l’on l’appelle aussi Sāvarṇi.
Verse 50
संज्ञा तु पार्थिवी सा वै स्वस्य पुत्रस्य वै तदा / चकाराभ्यधिकं स्नेहं त तथा पूर्वजेषु वै
Alors Saṃjñā, la princesse, manifesta un amour surabondant envers son fils, et de même envers les ancêtres.
Verse 51
मनुस्तच्छाक्षमत्सर्वं यमस्तद्वै न चाक्षमत् / बहुशो जल्पमानस्तु सापत्न्यादतिदुःखितः
Manu supporta tout cela, mais Yama ne put le supporter. Accablé par la peine née de la rivalité des épouses, il ne cessait de parler à maintes reprises.
Verse 52
तां वै रोषाच्च बालाच्च भाविनोर्ऽथस्य वै बलात् / यदा संतर्जयामास च्छायां वैवस्वतो यमः
Sous l’emprise de la colère et de l’impétuosité de la jeunesse, par la force du destin à venir, lorsque Yama Vaivasvata admonesta sévèrement Chhāyā.
Verse 53
सा शशाप ततः क्रोधात्सार्णिजननी यमम् / यदा तर्जयसे ऽकस्मात्पितृभार्यां यशस्विनीम्
Alors, saisie de colère, la mère de Sārṇi maudit Yama : «Pourquoi, sans raison, menaces-tu l’illustre épouse de ton père ?»
Verse 54
तस्मात्तवैष चरमः पतिष्यति न संशयः / यमस्तु तेन शापेन भृशं पीडितमानसः
«Ainsi, ce dernier membre de toi tombera sans nul doute.» Par cette malédiction, le cœur de Yama fut cruellement tourmenté.
Verse 55
मनुना सह धर्मात्मा पितुः सर्वं न्यवेदयत् / भृशं शापभयोद्विग्नः संज्ञावाक्यैर्विनिर्जितः
Yama, l’âme vouée au dharma, alla avec Manu tout rapporter à son père ; fort troublé par la crainte de la malédiction, il fut apaisé par les paroles de Saṃjñā.
Verse 56
तस्यां मयोद्यतः पादो न तु देहे निपातितः / बाल्याद्वा यदि वा मोहात्तद्भवान्क्षन्तुमर्हति
«Mon pied s’est bien levé vers elle, mais il n’est pas retombé sur son corps. Si c’est par jeunesse ou par égarement, daignez pardonner.»
Verse 57
शप्तो ऽहमस्मि लोकेश जनन्या तपतां वर / तव प्रसादो नस्त्रातुमेतस्मान्महतो भयात्
Ô Lokésha ! La mère, la plus éminente parmi les ascètes, m’a maudit ; seule ta grâce peut nous sauver de cette grande crainte.
Verse 58
विवस्वानेवमुक्तस्तु यमं प्रोवाच वै प्रभुः / असंशयं पुत्र महद्भविष्यत्यत्र कारणम्
Ainsi parlé, le seigneur Vivasvân dit à Yama : « Mon fils, sans aucun doute, il y aura ici une cause grandiose. »
Verse 59
येन त्वामाविशत्क्रोधो धर्मज्ञं सत्यवादिनम् / न शक्यमेतन्मिथ्य तु कर्त्तुं मातुर्वचस्तव
Puisque la colère t’a saisi, toi qui connais le dharma et dis la vérité, il n’est pas possible de rendre mensongère la parole de ta mère.
Verse 60
कृमयो मांसमादाय यास्यन्ति च महीं तव / ततः पादं महाप्राज्ञ पुनः सांप्राप्स्यसे सुखम्
Les vers emporteront ta chair vers la terre ; puis, ô très sage, tu retrouveras de nouveau ton pied dans la félicité.
Verse 61
कृतमेवं वचः सत्यं मातुस्तव भविष्यति / शापस्य परिहारेण त्वं च त्रातो भविष्यसि
Ainsi, la parole de ta mère s’accomplira en vérité ; et par la levée de la malédiction, toi aussi tu seras sauvé.
Verse 62
आदित्यस्त्वब्रवीत्संज्ञां किमर्थं तनयेषु तु / तुल्येष्वभ्यधिकस्नेह एकस्मिन्क्रियते त्वया
Aditya dit à Samjñā : si tes fils sont égaux, pourquoi accordes-tu un amour plus grand à l’un d’entre eux ?
Verse 63
सा तत्परिहरन्ती वै नाचचक्षे विवस्वतः / आत्मना स समाधाय योगात्तत्त्वमपश्यत
Elle éluda la question et ne put regarder Vivasvat ; alors lui, établissant son être en samādhi, contempla la vérité par le yoga.
Verse 64
तां शप्तुकामो भगवान्नाशाय कुपितः प्रभुः / सा तत्सर्वं यथा तत्त्वमाचचक्षे विवस्वतः
Le Seigneur Bhagavān, irrité, voulut la maudire pour la perdre ; alors elle révéla à Vivasvat tout, conformément à la vérité.
Verse 65
विवस्वांस्तु यथा श्रुत्वा क्रुद्धस्त्वष्टारमभ्ययात् / त्वष्टा तु तं यथान्यायमर्चयित्वा विभावसुम्
L’ayant entendu, Vivasvat, courroucé, se rendit auprès de Tvaṣṭar ; et Tvaṣṭar honora Vibhāvasu par le culte prescrit.
Verse 66
निर्दग्धुकामं रोषेण सांत्वयामास वै शनैः / तवातितेजसा युक्तमिदं रूपं न शोभते
Il apaisa peu à peu celui qui, de colère, voulait consumer : «Cette forme ne sied pas, chargée de ton éclat trop puissant».
Verse 67
असहन्ती तु तत्संज्ञा वने चरति शाद्वले / द्रक्ष्यते तां भवनद्य स्वां भार्यां शुभचारिणीम्
Ne pouvant supporter cet état, elle erra dans la forêt aux herbes verdoyantes. Aujourd’hui tu verras ta propre épouse, à la conduite bénie.
Verse 68
श्लाघ्ययौवनसंपन्नां योगमास्थाय गोपते / अनुकूलं भवेदेवं यदि स्यात्समयो मतः
Ô Gopate, pourvu d’une jeunesse digne d’éloge, prends refuge dans le yoga ; si l’on estime le moment opportun, tout deviendra favorable.
Verse 69
रूपं निवर्त्तयेयं ते ह्याद्यं श्रेष्ठमरिन्दम / रूपं विवस्वतस्त्वासीत्तिर्यगूर्द्ध्वमधस्तथा
Ô Arindama, je te rendrai cette forme excellente qui est la tienne aujourd’hui ; car ta forme fut celle de Vivasvat, s’étendant au loin, en haut et en bas.
Verse 70
तेनासौ पीडिता देवी रूपेण तु दिवस्पतेः / तस्मात्ते समचक्रं तु वर्तते रूपमद्भुतम्
Par la forme du Seigneur du Jour, la déesse fut tourmentée ; c’est pourquoi en toi demeure une forme merveilleuse, ronde et parfaitement équilibrée.
Verse 71
अनुज्ञातस्ततस्त्वष्ट्रा रूपनिर्वर्त्तनाय वै / ततो ऽभ्युपागमत्त्वष्टा मार्त्तण्डस्य विवस्वतः
Alors Tvashta accorda la permission pour la transmutation de la forme ; puis Tvashta s’approcha de Martanda, c’est-à-dire de Vivasvat.
Verse 72
भ्रमिमारोप्य तत्तेजः शातयामास तस्य वै / तं निर्मूलित तेजस्कं तेजसापहृतेन तु
L’ayant fait monter sur la bhramī, il affaiblit vraiment son éclat; et, son tejas ravi par le tejas, il demeura sans splendeur, comme déraciné.
Verse 73
कान्तां प्रभाकरो द्रष्टुमियेष शुभदर्शनः / ददर्श योगमास्थाय स्वां भार्यां वडवां तथा
Prabhākara, au regard de bon augure, voulut voir sa bien-aimée; établi dans le yoga, il vit sa propre épouse sous la forme d’une vaḍavā (jument).
Verse 74
अदृश्यां सर्वभूतानां तेजसा नियमेन च / अश्वरूपेण मार्त्तण्डस्तां मुखे समभावयत्
Invisible à tous les êtres, voilée par le tejas et la maîtrise, elle fut placée par Mārtaṇḍa, sous forme de cheval, dans sa bouche avec égalité d’âme.
Verse 75
मैथुनान्तनिविष्टा च परपुंसो ऽभिशङ्कया / सा तं निःसारयामास नोभ्यां शुक्रं विवस्वतः
Au terme de l’union, soupçonnant un autre homme, elle expulsa par les narines le śukra de Vivasvat.
Verse 76
देवौ तस्मादजायेतामश्विनौ भिषजां वरौ / नासत्यश्चैव दस्रश्च स्मृतौ द्वादशमूर्तितः
De là naquirent deux dieux, les Aśvins, les meilleurs des médecins; connus comme Nāsatya et Dasra, et comptés parmi les douze formes (Āditya).
Verse 77
मार्त्तण्डस्य सुतावेतावष्टमस्य प्रजापतेः / तां तु रूपेण कान्तेन दर्शयामास भास्करः
Ces deux-là étaient les enfants de Mārtaṇḍa, le huitième Prajāpati ; Bhāskara la fit paraître sous une forme ravissante et lumineuse.
Verse 78
स तां दृष्ट्वा तदा भार्यां तुतो षैतामुवाच ह / यमस्तु तेन शापेन भृशं पीडितमानसः
L’ayant alors vue comme épouse, il lui parla, comblé de joie ; mais Yama, sous l’effet de cette malédiction, eut l’esprit cruellement tourmenté.
Verse 79
धर्मेण रञ्जयामास धर्मराजस्ततस्तु सः / सो ऽलभत्कर्मणां तेन शुभेन परमां द्युतिम्
Alors le Roi du Dharma le combla par le dharma ; et par cette œuvre bénie, il obtint une splendeur suprême.
Verse 80
पितॄणामाधिपत्यं च लोकपालत्वमेव च / मनुः प्रजापतिस्त्वेष सावर्णिः स महायशाः
La souveraineté sur les Pitṛs et aussi la charge de Lokapāla ; ce Manu Sāvarṇi, de grande renommée, est bien Prajāpati.
Verse 81
भाव्यः सो ऽनागते तस्मिन्मनुः सावर्णिकेन्तरे / मेरुपृष्ठे तपो घोरमद्यापि चरते प्रभुः
Dans le manvantara futur de Sāvarṇi, il sera le Manu ; le Seigneur, sur le flanc du Meru, accomplit encore aujourd’hui une austérité redoutable.
Verse 82
भ्राता शनैश्चरस्तत्रग्रहत्वं स तु लब्धवान् / त्वष्टा तु तेन रूपेण विष्णोश्चक्रमकल्पयत्
Là, le frère Śanaiścara obtint la dignité d’astre-planète. Et Tvaṣṭā, sous cette même forme, façonna le Disque de Viṣṇu.
Verse 83
महामहो ऽप्रतिहतं दानवान्प्रतिवारणम् / यवीयसी तयोर्या तु यमुनाच यशस्विनी
Mahāmaho était irrésistible, celui qui contenait les Dānava. Et la cadette des deux était la glorieuse Yamunā.
Verse 84
अभवत्सा सरिच्छ्रेष्ठा यमुना लोकपावनी / यस्तु ज्येष्ठो महातेजाः सर्गो यस्येति सांप्रतम्
Yamunā, purificatrice du monde, devint la meilleure des rivières. Et du premier-né, au grand éclat, l’on dit maintenant le sarga, son émanation.
Verse 85
विस्तरं तस्य वक्ष्यामि मनोर्वैवस्वतस्य ह / इदं तु जन्म देवानां शृणुयाद्वा पठेच्च वा
Je dirai en détail l’histoire de Manu Vaivasvata. Celui qui écoute ou récite cette naissance des dieux.
Verse 86
वैवस्वतस्य पुत्राणां सप्तानां तु महौजसाम् / आपदं प्राप्य मुच्येत प्राप्नुयाच्च महद्यशः
Ce récit des sept fils puissants de Vaivasvata : celui qui tombe dans l’épreuve s’en délivre et obtient une grande renommée.
The sampled section catalogs a Varuṇa-linked descent: Varuṇa and Stutā → offspring including Kali (and Vaidya) → Kali’s descendants (e.g., Jaya, Vijaya) and associated personified relations (Mada as son; Hiṃsā as wife), extending into named beings whose lines generate the Naiṛta class.
The genealogy functions as an etiology: the Naiṛtas are framed as a proliferating rākṣasa-type progeny (sahasraśaḥ) categorized as grahas—seizing/afflicting forces—with a stated specialization in bāla-upadrava (child-specific affliction), explaining their ritual and social relevance.
It places disruptive forces within a regulated cosmic administration: even afflictive entities are subordinated to a recognized commander (Skanda), and Brahmā’s consent legitimizes that hierarchy—turning a list of dangers into an ordered cosmological system.