
Ajāmila Delivered: Viṣṇudūtas Establish the Supremacy of the Holy Name
Après la crise de l’arrestation d’Ajāmila au moment de la mort, ce chapitre s’ouvre sur Śukadeva présentant les Viṣṇudūtas comme des maîtres de la logique des śāstras. Ils contestent les Yamadūtas qui veulent punir celui qui est devenu « impunissable » par le contact avec le Hari-nāma, et avertissent qu’une justice corrompue ébranle la société, car les citoyens imitent les dirigeants. Les Viṣṇudūtas exposent ensuite une théologie graduée de la purification : le prāyaścitta rituel peut neutraliser des réactions karmiques, mais n’arrache pas la racine du désir ; tandis que la récitation du Nom de Viṣṇu—même indirecte, en plaisantant ou sans le savoir—brûle les péchés comme le feu et éveille la bhakti par le souvenir de la renommée, des qualités et des līlā du Seigneur. Ils citent les répétitions de « Nārāyaṇa » par Ajāmila (appelant son fils) et son dernier cri impuissant à l’agonie comme expiation suffisante à travers d’innombrables vies. Convaincus, les Yamadūtas se retirent et rendent compte à Yamarāja. Ajāmila, délivré, se repent, renonce à la luxure et à l’identification au corps, se rend à Haridwar, pratique le bhakti-yoga, obtient un corps spirituel et est escorté à Vaikuṇṭha—préparant la suite sur les implications doctrinales du nāma et du dharma sous la gouvernance de Yamarāja.
Verse 1
श्रीबादरायणिरुवाच एवं ते भगवद्दूता यमदूताभिभाषितम् । उपधार्याथ तान् राजन् प्र्रत्याहुर्नयकोविदा: ॥ १ ॥
Śukadeva Gosvāmī dit : Ô Roi, les messagers du Seigneur Viṣṇu, experts en logique et en argumentation, après avoir entendu les propos des Yamadūtas, les considérèrent et répondirent ainsi.
Verse 2
श्रीविष्णुदूता ऊचु: अहो कष्टं धर्मदृशामधर्म: स्पृशते सभाम् । यत्रादण्ड्येष्वपापेषु दण्डो यैर्ध्रियते वृथा ॥ २ ॥
Les Viṣṇudūtas dirent : Hélas, quelle affliction ! L’irréligion pénètre une assemblée où le dharma devrait être maintenu. Ceux chargés de le protéger punissent en vain un innocent, qui ne mérite aucun châtiment.
Verse 3
प्रजानां पितरो ये च शास्तार: साधव: समा: । यदि स्यात्तेषु वैषम्यं कं यान्ति शरणं प्रजा: ॥ ३ ॥
Les dirigeants, tels des pères, soutiens et protecteurs du peuple, doivent conseiller selon le śāstra et demeurer égaux envers tous. S’ils deviennent partiaux, vers qui les citoyens iront-ils chercher refuge ?
Verse 4
यद्यदाचरति श्रेयानितरस्तत्तदीहते । स यत्प्रमाणं कुरुते लोकस्तदनुवर्तते ॥ ४ ॥
Ce que fait l’homme éminent, les autres l’imitent; ce qu’il établit comme norme et preuve, le monde le suit.
Verse 5
यस्याङ्के शिर आधाय लोक: स्वपिति निर्वृत: । स्वयं धर्ममधर्मं वा न हि वेद यथा पशु: ॥ ५ ॥ स कथं न्यर्पितात्मानं कृतमैत्रमचेतनम् । विस्रम्भणीयो भूतानां सघृणो दोग्धुमर्हति ॥ ६ ॥
Le peuple dort en paix, la tête sur les genoux de son maître, sans savoir discerner dharma et adharma, tel un animal. Si le dirigeant est vraiment compatissant et digne de confiance, comment pourrait-il punir ou tuer l’insensé qui s’est abandonné de bonne foi et d’amitié ?
Verse 6
यस्याङ्के शिर आधाय लोक: स्वपिति निर्वृत: । स्वयं धर्ममधर्मं वा न हि वेद यथा पशु: ॥ ५ ॥ स कथं न्यर्पितात्मानं कृतमैत्रमचेतनम् । विस्रम्भणीयो भूतानां सघृणो दोग्धुमर्हति ॥ ६ ॥
Le peuple dort en paix, la tête sur les genoux de son maître, sans savoir discerner dharma et adharma, tel un animal. Si le dirigeant est vraiment compatissant et digne de confiance, comment pourrait-il punir ou tuer l’insensé qui s’est abandonné de bonne foi et d’amitié ?
Verse 7
अयं हि कृतनिर्वेशो जन्मकोट्यंहसामपि । यद्व्याजहार विवशो नाम स्वस्त्ययनं हरे: ॥ ७ ॥
Ajāmila a déjà expié ses fautes—non seulement celles d’une vie, mais même celles de millions de naissances—car, dans son impuissance, il a prononcé le Nom auspiceux de Hari, source de salut.
Verse 8
एतेनैव ह्यघोनोऽस्य कृतं स्यादघनिष्कृतम् । यदा नारायणायेति जगाद चतुरक्षरम् ॥ ८ ॥
Par cela même, l’expiation de ce pécheur fut accomplie, car lorsqu’il prononça « Nārāyaṇa », les quatre syllabes, la seule invocation du Nom sacré dissipa ses fautes.
Verse 9
स्तेन: सुरापो मित्रध्रुग् ब्रह्महा गुरुतल्पग: । स्त्रीराजपितृगोहन्ता ये च पातकिनोऽपरे ॥ ९ ॥ सर्वेषामप्यघवतामिदमेव सुनिष्कृतम् । नामव्याहरणं विष्णोर्यतस्तद्विषया मति: ॥ १० ॥
Pour le voleur d’or et de biens, l’ivrogne, le traître à l’ami, le meurtrier d’un brāhmaṇa, celui qui s’unit à l’épouse du guru, le tueur de femmes, du roi ou du père, l’abatteur de vaches et tout autre pécheur, la meilleure expiation est l’énonciation du saint Nom de Viṣṇu; car par ce Nom l’esprit se tourne vers le Seigneur.
Verse 10
स्तेन: सुरापो मित्रध्रुग् ब्रह्महा गुरुतल्पग: । स्त्रीराजपितृगोहन्ता ये च पातकिनोऽपरे ॥ ९ ॥ सर्वेषामप्यघवतामिदमेव सुनिष्कृतम् । नामव्याहरणं विष्णोर्यतस्तद्विषया मति: ॥ १० ॥
Pour tous les pécheurs—voleur, ivrogne, traître, meurtrier d’un brāhmaṇa, profanateur de l’épouse du guru, meurtrier de femme/roi/père, tueur de vaches, etc.—l’expiation suprême est de prononcer le Nom de Viṣṇu; car par ce Nom l’esprit se fixe sur le Seigneur.
Verse 11
न निष्कृतैरुदितैर्ब्रह्मवादिभि- स्तथा विशुद्ध्यत्यघवान् व्रतादिभि: । यथा हरेर्नामपदैरुदाहृतै- स्तदुत्तमश्लोकगुणोपलम्भकम् ॥ ११ ॥
Par les expiations et les vœux prescrits par les doctes du Veda, le pécheur ne se purifie pas autant que par la seule prononciation, fût-ce une fois, des noms de Hari; car cette invocation éveille la mémoire des gloires du Seigneur, l’« Uttamaśloka ».
Verse 12
नैकान्तिकं तद्धि कृतेऽपि निष्कृते मन: पुनर्धावति चेदसत्पथे । तत्कर्मनिर्हारमभीप्सतां हरे- र्गुणानुवाद: खलु सत्त्वभावन: ॥ १२ ॥
Même accomplie, l’expiation n’est pas absolue, car l’esprit retourne courir sur la voie impure. Ainsi, celui qui désire être délivré des réactions du karma doit glorifier les qualités de Hari—chanter Son Nom, Sa renommée et Ses līlā—: c’est l’expiation la plus parfaite, car elle déracine entièrement l’impureté du cœur.
Verse 13
अथैनं मापनयत कृताशेषाघनिष्कृतम् । यदसौ भगवन्नाम म्रियमाण: समग्रहीत् ॥ १३ ॥
À l’instant de mourir, Ajāmila, sans secours, prononça très fort le saint Nom du Seigneur, « Nārāyaṇa ». Par cette seule invocation, il a déjà été délivré des réactions de tous ses péchés; aussi, ô serviteurs de Yamarāja, ne cherchez pas à l’emmener pour le châtier en enfer.
Verse 14
साङ्केत्यं पारिहास्यं वा स्तोभं हेलनमेव वा । वैकुण्ठनामग्रहणमशेषाघहरं विदु: ॥ १४ ॥
Même si l’on prononce le Nom de Vaikuṇṭha indirectement, par plaisanterie, comme ornement musical, ou même avec négligence, ce Nom détruit les réactions d’innombrables péchés; ainsi l’admettent les sages versés dans les Écritures.
Verse 15
पतित: स्खलितो भग्न: सन्दष्टस्तप्त आहत: । हरिरित्यवशेनाह पुमान्नार्हति यातना: ॥ १५ ॥
Si, frappé par un malheur soudain — chute, glissade et os brisés, morsure de serpent, fièvre et douleur brûlantes, ou blessure d’arme — un homme prononce malgré lui le Nom « Hari » et meurt, alors, même pécheur, il ne mérite pas les tourments infernaux.
Verse 16
गुरूणां च लघूनां च गुरूणि च लघूनि च । प्रायश्चित्तानि पापानां ज्ञात्वोक्तानि महर्षिभि: ॥ १६ ॥
Les grands sages ont établi que les fautes graves requièrent une expiation grave, et les fautes légères une expiation légère. Pourtant, le japa du mantra Hari-Kṛṣṇa (Hare Kṛṣṇa) anéantit les effets de tout péché, sans distinction de lourd ou de léger.
Verse 17
तैस्तान्यघानि पूयन्ते तपोदानव्रतादिभि: । नाधर्मजं तद्धृदयं तदपीशाङ्घ्रिसेवया ॥ १७ ॥
Bien que l’austérité, la charité, les vœux et autres moyens puissent neutraliser les réactions du péché, ces œuvres pieuses n’arrachent pas à la racine les désirs matériels du cœur. Mais en servant les pieds de lotus de la Suprême Personnalité de Dieu, on est aussitôt délivré de toutes ces souillures.
Verse 18
अज्ञानादथवा ज्ञानादुत्तमश्लोकनाम यत् । सङ्कीर्तितमघं पुंसो दहेदेधो यथानल: ॥ १८ ॥
De même que le feu réduit l’herbe sèche en cendres, ainsi le saint Nom du Seigneur, l’Uttamaśloka, chanté sciemment ou à son insu, consume infailliblement toutes les réactions des fautes d’un être.
Verse 19
यथागदं वीर्यतममुपयुक्तं यदृच्छया । अजानतोऽप्यात्मगुणं कुर्यान्मन्त्रोऽप्युदाहृत: ॥ १९ ॥
De même qu’un remède très puissant agit même si celui qui le prend ignore sa vertu ou y est contraint, car sa force ne dépend pas de la compréhension du malade, de même la récitation du saint Nom du Seigneur, même sans en connaître la valeur, demeure très efficace, qu’elle soit consciente ou non.
Verse 20
श्रीशुक उवाच त एवं सुविनिर्णीय धर्मं भागवतं नृप । तं याम्यपाशान्निर्मुच्य विप्रं मृत्योरमूमुचन् ॥ २० ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ô roi, ayant ainsi parfaitement établi, par la raison, les principes du dharma bhāgavata (service dévotionnel), les Viṣṇudūtas délivrèrent le brāhmane Ajāmila des liens des Yamadūtas et le sauvèrent d’une mort imminente.
Verse 21
इति प्रत्युदिता याम्या दूता यात्वा यमान्तिकम् । यमराज्ञे यथा सर्वमाचचक्षुररिन्दम ॥ २१ ॥
Ô Mahārāja Parīkṣit, dompteur des ennemis, après avoir été réfutés par les Viṣṇudūtas, les serviteurs de Yama se rendirent auprès de Yamarāja et lui rapportèrent tout ce qui s’était passé.
Verse 22
द्विज: पाशाद्विनिर्मुक्तो गतभी: प्रकृतिं गत: । ववन्दे शिरसा विष्णो: किङ्करान् दर्शनोत्सव: ॥ २२ ॥
Délivré des liens des Yamadūtas, le brāhmane Ajāmila fut sans crainte et revint à lui. Tenant pour une fête le darśana des serviteurs de Viṣṇu, il inclina la tête et leur offrit ses hommages.
Verse 23
तं विवक्षुमभिप्रेत्य महापुरुषकिङ्करा: । सहसा पश्यतस्तस्य तत्रान्तर्दधिरेऽनघ ॥ २३ ॥
Ô Mahārāja Parīkṣit sans faute, les Viṣṇudūtas, serviteurs du Seigneur Suprême, voyant qu’Ajāmila allait dire quelque chose, disparurent soudain de sa présence.
Verse 24
अजामिलोऽप्यथाकर्ण्य दूतानां यमकृष्णयो: । धर्मं भागवतं शुद्धं त्रैवेद्यं च गुणाश्रयम् ॥ २४ ॥ भक्तिमान् भगवत्याशु माहात्म्यश्रवणाद्धरे: । अनुतापो महानासीत्स्मरतोऽशुभमात्मन: ॥ २५ ॥
Après avoir entendu le dialogue entre les Yamadūtas et les Viṣṇudūtas, Ajāmila comprit les principes religieux décrits dans les trois Veda, qui opèrent sous les trois guṇa, et il comprit aussi le pur bhāgavata-dharma, au-delà des guṇa, concernant la relation de l’âme avec le Seigneur Suprême. En entendant la gloire du nom, de la renommée, des qualités et des līlā de Śrī Hari, il devint rapidement un dévot parfaitement pur, puis, se souvenant de ses fautes passées, fut saisi d’un grand repentir.
Verse 25
अजामिलोऽप्यथाकर्ण्य दूतानां यमकृष्णयो: । धर्मं भागवतं शुद्धं त्रैवेद्यं च गुणाश्रयम् ॥ २४ ॥ भक्तिमान् भगवत्याशु माहात्म्यश्रवणाद्धरे: । अनुतापो महानासीत्स्मरतोऽशुभमात्मन: ॥ २५ ॥
Après avoir entendu le dialogue entre les Yamadūtas et les Viṣṇudūtas, Ajāmila comprit les principes religieux décrits dans les trois Veda, qui opèrent sous les trois guṇa, et il comprit aussi le pur bhāgavata-dharma, au-delà des guṇa, concernant la relation de l’âme avec le Seigneur Suprême. En entendant la gloire du nom, de la renommée, des qualités et des līlā de Śrī Hari, il devint rapidement un dévot parfaitement pur, puis, se souvenant de ses fautes passées, fut saisi d’un grand repentir.
Verse 26
अहो मे परमं कष्टमभूदविजितात्मन: । येन विप्लावितं ब्रह्म वृषल्यां जायतात्मना ॥ २६ ॥
Hélas! N’ayant pas su dompter mon être, je suis devenu l’esclave des sens et je suis tombé bien bas; j’ai souillé la dignité de brāhmane et engendré des enfants dans le sein d’une prostituée.
Verse 27
धिङ्मां विगर्हितं सद्भिर्दुष्कृतं कुलकज्जलम् । हित्वा बालां सतीं योऽहं सुरापीमसतीमगाम् ॥ २७ ॥
Honte à moi! J’ai commis un péché réprouvé par les saints et j’ai noirci l’honneur de ma lignée. J’ai abandonné ma jeune épouse, belle et chaste, pour aller vers une prostituée déchue, adonnée au vin—honte à moi!
Verse 28
वृद्धावनाथौ पितरौ नान्यबन्धू तपस्विनौ । अहो मयाधुना त्यक्तावकृतज्ञेन नीचवत् ॥ २८ ॥
Mon père et ma mère étaient vieux et sans appui; ils n’avaient ni autre fils ni ami pour veiller sur eux. Je ne les ai pas servis; tel un misérable ingrat, je les ai laissés dans la détresse—hélas!
Verse 29
सोऽहं व्यक्तं पतिष्यामि नरके भृशदारुणे । धर्मघ्ना: कामिनो यत्र विन्दन्ति यमयातना: ॥ २९ ॥
Il est désormais clair qu’un pécheur tel que moi tombera dans un enfer des plus terribles, où les briseurs du dharma et les esclaves du désir subissent les rudes supplices de Yama.
Verse 30
किमिदं स्वप्न आहो स्वित् साक्षाद् दृष्टमिहाद्भुतम् । क्व याता अद्य ते ये मां व्यकर्षन् पाशपाणय: ॥ ३० ॥
Était-ce un rêve, ou bien un prodige vu ici de mes propres yeux? Des hommes terrifiants, des cordes à la main, vinrent m’arrêter et me traîner—où sont-ils partis à présent?
Verse 31
अथ ते क्व गता: सिद्धाश्चत्वारश्चारुदर्शना: । व्यामोचयन्नीयमानं बद्ध्वा पाशैरधो भुव: ॥ ३१ ॥
Et où sont allés ces quatre siddhas, d’une beauté rayonnante, qui m’ont délivré lorsque, lié de cordes, j’étais traîné vers les régions infernales?
Verse 32
अथापि मे दुर्भगस्य विबुधोत्तमदर्शने । भवितव्यं मङ्गलेन येनात्मा मे प्रसीदति ॥ ३२ ॥
Je suis certes le plus misérable, englouti dans un océan d’actes pécheurs; et pourtant, grâce à quelque mérite ancien, j’ai pu voir ces quatre personnalités sublimes, les plus élevées parmi les êtres célestes, venues me sauver. Par leur visite bénie, mon âme s’apaise et une joie immense m’envahit.
Verse 33
अन्यथा म्रियमाणस्य नाशुचेर्वृषलीपते: । वैकुण्ठनामग्रहणं जिह्वा वक्तुमिहार्हति ॥ ३३ ॥
Sans l’empreinte de mon service dévotionnel passé, comment moi—impur, gardien d’une prostituée—au seuil de la mort, aurais-je pu obtenir l’occasion de chanter le saint Nom de Vaikuṇṭhapati ? Cela eût été impossible.
Verse 34
क्व चाहं कितव: पापो ब्रह्मघ्नो निरपत्रप: । क्व च नारायणेत्येतद्भगवन्नाम मङ्गलम् ॥ ३४ ॥
Que suis-je—trompeur sans honte, meurtrier de la culture brahmanique, péché incarné—face au Nom du Seigneur, « Nārāyaṇa », entièrement auspicious ?
Verse 35
सोऽहं तथा यतिष्यामि यतचित्तेन्द्रियानिल: । यथा न भूय आत्मानमन्धे तमसि मज्जये ॥ ३५ ॥
À présent que cette chance m’est donnée, je dois m’efforcer pleinement—maîtriser le mental, le souffle vital et les sens—et demeurer sans cesse dans le service dévotionnel, afin de ne plus retomber dans les ténèbres de l’ignorance matérielle.
Verse 36
विमुच्य तमिमं बन्धमविद्याकामकर्मजम् । सर्वभूतसुहृच्छान्तो मैत्र: करुण आत्मवान् ॥ ३६ ॥ मोचये ग्रस्तमात्मानं योषिन्मय्यात्ममायया । विक्रीडितो ययैवाहं क्रीडामृग इवाधम: ॥ ३७ ॥
En s’identifiant au corps naît l’ignorance; de l’ignorance surgit le désir; et du désir, les actes pieux et impies—telle est la servitude matérielle. À présent je me délivrerai de ce lien né d’avidyā, de kāma et de karma; je deviendrai l’ami bienveillant de tous les êtres, paisible, compatissant et maître de moi, et je libérerai mon âme, saisie par l’ātma-māyā sous la forme d’une femme.
Verse 37
विमुच्य तमिमं बन्धमविद्याकामकर्मजम् । सर्वभूतसुहृच्छान्तो मैत्र: करुण आत्मवान् ॥ ३६ ॥ मोचये ग्रस्तमात्मानं योषिन्मय्यात्ममायया । विक्रीडितो ययैवाहं क्रीडामृग इवाधम: ॥ ३७ ॥
L’ātma-māyā sous la forme d’une femme s’est jouée de moi comme d’un animal de divertissement; moi, le plus déchu, je suis devenu tel un kṛīḍā-mṛga. À présent j’abandonnerai ces désirs et je délivrerai mon être pris par l’illusion; je serai l’ami paisible et compatissant de tous les êtres, et demeurerai toujours absorbé dans la conscience de Kṛṣṇa.
Verse 38
ममाहमिति देहादौ हित्वामिथ्यार्थधीर्मतिम् । धास्ये मनो भगवति शुद्धं तत्कीर्तनादिभि: ॥ ३८ ॥
Parce que j’ai chanté le Saint Nom du Seigneur en compagnie des dévots, mon cœur se purifie. Ainsi je ne serai plus la proie des appâts trompeurs de la jouissance des sens. Renonçant aux fausses notions de « moi » et « mien » liées au corps, je fixerai mon esprit aux pieds de lotus de Śrī Kṛṣṇa.
Verse 39
इति जातसुनिर्वेद: क्षणसङ्गेन साधुषु । गङ्गाद्वारमुपेयाय मुक्तसर्वानुबन्धन: ॥ ३९ ॥
Par un seul instant d’association avec les saints (les Viṣṇudūtas), Ajāmila acquit un détachement résolu de la vie matérielle. Libéré de tout lien d’attraction mondaine, il partit aussitôt pour Gaṅgādvāra (Hardwar).
Verse 40
स तस्मिन् देवसदन आसीनो योगमास्थित: । प्रत्याहृतेन्द्रियग्रामो युयोज मन आत्मनि ॥ ४० ॥
À Hardwar, il se réfugia dans un temple de Viṣṇu et accomplit la voie du bhakti-yoga. Maîtrisant ses sens, il appliqua pleinement son esprit au service du Seigneur.
Verse 41
ततो गुणेभ्य आत्मानं वियुज्यात्मसमाधिना । युयुजे भगवद्धाम्नि ब्रह्मण्यनुभवात्मनि ॥ ४१ ॥
Puis, par la samādhi intérieure, il se détacha des guṇas, retira son esprit de l’élan vers la jouissance des sens et l’unit au dhāma du Bhagavān, réalité éprouvée comme Brahman. Ainsi il demeura pleinement absorbé dans la contemplation de la forme du Seigneur.
Verse 42
यर्ह्युपारतधीस्तस्मिन्नद्राक्षीत्पुरुषान् पुर: । उपलभ्योपलब्धान् प्राग्ववन्दे शिरसा द्विज: ॥ ४२ ॥
Lorsque son intelligence et son esprit furent fixés sur la forme du Seigneur, le brāhmaṇa Ajāmila revit devant lui quatre personnes célestes. Comprenant que c’étaient celles qu’il avait vues auparavant, il leur offrit ses hommages en inclinant la tête.
Verse 43
हित्वा कलेवरं तीर्थे गङ्गायां दर्शनादनु । सद्य: स्वरूपं जगृहे भगवत्पार्श्ववर्तिनाम् ॥ ४३ ॥
À Hardwar, sur la rive du Gange, dès qu’il vit les Viṣṇudūtas, Ajāmila abandonna son corps matériel. Il recouvra aussitôt sa forme spirituelle originelle, digne d’un compagnon du Seigneur.
Verse 44
साकं विहायसा विप्रो महापुरुषकिङ्करै: । हैमं विमानमारुह्य ययौ यत्र श्रिय: पति: ॥ ४४ ॥
Accompagné des serviteurs du Seigneur Viṣṇu, le brāhmane traversa les airs, monta dans un vimāna d’or et se rendit là où demeure Śrīpati, l’époux de Lakṣmī.
Verse 45
एवं स विप्लावितसर्वधर्मा दास्या: पति: पतितो गर्ह्यकर्मणा । निपात्यमानो निरये हतव्रत: सद्यो विमुक्तो भगवन्नाम गृह्णन् ॥ ४५ ॥
Par mauvaise fréquentation, le brāhmane Ajāmila abandonna toute culture et tout principe religieux. Devenu l’époux d’une prostituée, il tomba dans le vol, l’ivrognerie et d’autres actes abominables; promis à l’enfer par les messagers de Yamarāja, il fut délivré sur-le-champ en saisissant le saint Nom « Nārāyaṇa ».
Verse 46
नात: परं कर्मनिबन्धकृन्तनं मुमुक्षतां तीर्थपदानुकीर्तनात् । न यत्पुन: कर्मसु सज्जते मनो रजस्तमोभ्यां कलिलं ततोऽन्यथा ॥ ४६ ॥
Ainsi, celui qui désire être délivré de l’esclavage matériel doit adopter le chant et la glorification du Nom, de la renommée, de la forme et des līlās de la Personne Suprême, aux pieds de qui se tiennent tous les lieux saints. Les autres voies—expiation, savoir spéculatif ou méditation yogique—ne donnent pas le plein fruit, car l’esprit, souillé par rajas et tamas, retombe dans l’action intéressée.
Verse 47
य एतं परमं गुह्यमितिहासमघापहम् । शृणुयाच्छ्रद्धया युक्तो यश्च भक्त्यानुकीर्तयेत् ॥ ४७ ॥ न वै स नरकं याति नेक्षितो यमकिङ्करै: । यद्यप्यमङ्गलो मर्त्यो विष्णुलोके महीयते ॥ ४८ ॥
Ce récit historique, des plus confidentiels, a le pouvoir d’anéantir toutes les réactions pécheresses. Celui qui l’écoute avec foi et le proclame avec dévotion ne va pas en enfer; les Yamadūtas ne s’approchent même pas pour le voir. Après avoir quitté son corps, il retourne à Viṣṇuloka, où il est accueilli et honoré avec grand respect.
Verse 48
य एतं परमं गुह्यमितिहासमघापहम् । शृणुयाच्छ्रद्धया युक्तो यश्च भक्त्यानुकीर्तयेत् ॥ ४७ ॥ न वै स नरकं याति नेक्षितो यमकिङ्करै: । यद्यप्यमङ्गलो मर्त्यो विष्णुलोके महीयते ॥ ४८ ॥
Celui qui, avec foi, écoute et, avec bhakti, chante ce récit historique très secret, capable d’anéantir les péchés, ne tombe pas en enfer. Les serviteurs de Yamarāja ne s’approchent même pas pour le regarder. Bien qu’il soit un mortel au corps matériel et ait pu être pécheur, après avoir quitté son corps il est accueilli avec honneur et adoré dans le monde de Viṣṇu.
Verse 49
म्रियमाणो हरेर्नाम गृणन् पुत्रोपचारितम् । अजामिलोऽप्यगाद्धाम किमुत श्रद्धया गृणन् ॥ ४९ ॥
À l’agonie, même dans la souffrance, Ajāmila prononça le Nom de Hari; bien qu’il appelât son fils, il atteignit pourtant le dhāma du Seigneur. Dès lors, celui qui chante le Saint Nom avec foi et sans offense, quel doute peut-il avoir de retourner auprès de Dieu ?
Their argument is not that Ajāmila’s actions were moral, but that his karmic liability has been nullified by contact with Hari-nāma uttered without offense. In Bhāgavata theology, nāma invokes Bhagavān’s poṣaṇa and purifies at the root, placing the chanter under Viṣṇu’s protection rather than Yama’s punitive jurisdiction.
The chapter teaches the intrinsic potency (svabhāva-śakti) of the name: like medicine that acts regardless of the patient’s understanding, the name purifies even when uttered unknowingly, jokingly, or indirectly—provided it is without offense. Ajāmila’s repeated utterance and final helpless cry constitute nāmābhāsa that destroys sins and turns him toward bhakti.
Ritual prāyaścitta may reduce or counteract reactions, but it often leaves the seed of desire intact, so one returns to sin. Chanting and glorifying Hari, however, cleanses the heart and awakens devotion—thereby addressing the cause (material desire and forgetfulness of Bhagavān), not merely the symptom (sinful reaction).
They establish a dharmic principle: when protectors of law become partial or punish the innocent, societal trust collapses because citizens imitate leaders. By framing the debate as a question of righteous governance, they show that true dharma must align with śāstra and with the higher principle of divine protection for one connected to the Lord.
Rescue by nāma is not presented as a license to continue sin; it becomes the turning point for repentance, renunciation, and sustained bhakti-sādhana. Ajāmila’s move to Haridwar, temple shelter, sense control, and absorption in the Lord demonstrate that lasting purification culminates in transformed life and remembrance at death.