Adhyaya 24
Panchama SkandhaAdhyaya 2431 Verses

Adhyaya 24

Rāhu, Eclipses, Antarikṣa, and the Seven Subterranean Heavens (Bila-svarga)

Poursuivant la cartographie verticale de l’univers dans le Cinquième Chant, Śukadeva explique à Parīkṣit la région située sous le soleil : la planète de Rāhu et son obstruction récurrente du soleil et de la lune, qui se manifeste par les éclipses. Le récit souligne que le cakra Sudarśana de Viṣṇu protège les luminaires, et que la terreur de Rāhu révèle la suprématie du Seigneur sur toute anomalie cosmique. Le discours descend ensuite à travers Siddhaloka, Cāraṇaloka et Vidyādharaloka jusqu’à antarikṣa—le ciel médian habité par les Yakṣas, Rākṣasas, Piśācas et les esprits—avant d’atteindre la Terre puis les sept systèmes planétaires inférieurs, d’Atala à Pātāla. Ces royaumes sont décrits comme des « bila-svarga », des cieux d’imitation, éblouissants d’architecture, de jardins, de joyaux, de longévité et de plaisirs des sens, mais toujours assombris par le temps : l’effulgence de Sudarśana qui impose l’instant fixé de la mort. Le chapitre se clôt en présentant les souverains et habitants de chaque monde souterrain (Bala, Śiva à Vitala, Bali à Sutala, Maya à Talātala, les Nāgas à Mahātala et Pātāla) et enseigne que la vraie auspiciosité réside dans la bhakti, non dans l’opulence.

Shlokas

Verse 1

श्रीशुक उवाच अधस्तात्सवितुर्योजनायुते स्वर्भानुर्नक्षत्रवच्चरतीत्येके योऽसावमरत्वं ग्रहत्वं चालभत भगवदनुकम्पया स्वयमसुरापसद: सैंहिकेयो ह्यतदर्हस्तस्य तात जन्म कर्माणि चोपरिष्टाद्वक्ष्याम: ॥ १ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Mon cher Roi, certains récitateurs des Purāṇa disent qu’à dix mille yojanas au-dessous du soleil se trouve la planète nommée Svarbhānu (Rāhu), qui se déplace comme une étoile. La divinité qui la préside, fils de Siṁhikā, est le plus abominable des asuras; bien qu’il fût indigne d’être un deva ou un seigneur planétaire, il obtint, par la compassion de Bhagavān, l’immortalité et le rang de graha. Plus loin, je parlerai davantage de sa naissance et de ses actes.

Verse 2

यददस्तरणेर्मण्डलं प्रतपतस्तद्विस्तरतो योजनायुतमाचक्षते द्वादशसहस्रं सोमस्य त्रयोदशसहस्रं राहोर्य: पर्वणि तद्‌व्य‍वधानकृद्वैरानुबन्ध: सूर्याचन्द्रमसावभिधावति ॥ २ ॥

On dit que le globe du soleil, source de chaleur, s’étend sur dix mille yojanas; celui de la lune sur douze mille yojanas, et Rāhu sur treize mille yojanas. Depuis la distribution du nectar, Rāhu nourrit une inimitié et, aux jours de parva, s’interpose entre le soleil et la lune pour voiler leur éclat.

Verse 3

तन्निशम्योभयत्रापि भगवता रक्षणाय प्रयुक्तं सुदर्शनं नाम भागवतं दयितमस्त्रं तत्तेजसा दुर्विषहं मुहु: परिवर्तमानमभ्यवस्थितो मुहूर्तमुद्विजमानश्चकितहृदय आरादेव निवर्तते तदुपरागमिति वदन्ति लोका: ॥ ३ ॥

Ayant appris des demi-dieux du soleil et de la lune l’assaut de Rāhu, le Bhagavān Viṣṇu déploie pour leur protection Son disque nommé Sudarśana. Sudarśana est l’arme bhāgavata la plus chère au Seigneur; l’ardeur de son éclat est insupportable à Rāhu, qui s’enfuit, le cœur saisi de crainte. Quand Rāhu trouble le soleil ou la lune, on appelle cela une éclipse.

Verse 4

ततोऽधस्तात्सिद्धचारणविद्याधराणां सदनानि तावन्मात्र एव ॥ ४ ॥

Au-dessous de Rāhu, à la même distance, se trouvent les mondes appelés Siddhaloka, Cāraṇaloka et Vidyādhara-loka, demeures des Siddhas, des Cāraṇas et des Vidyādharas.

Verse 5

ततोऽधस्ताद्यक्षरक्ष: पिशाचप्रेतभूतगणानां विहाराजिरमन्तरिक्षं यावद्वायु: प्रवाति यावन्मेघा उपलभ्यन्ते ॥ ५ ॥

Au-dessous de Vidyādhara-loka, Cāraṇaloka et Siddhaloka, dans le ciel nommé antarikṣa, se trouvent les lieux de plaisir des Yakṣas, Rākṣasas, Piśācas, pretas et bhūtas. L’antarikṣa s’étend aussi loin que souffle le vent et que paraissent les nuages; au-dessus, il n’y a plus d’air.

Verse 6

ततोऽधस्ताच्छतयोजनान्तर इयं पृथिवी यावद्धंसभासश्येनसुपर्णादय: पतत्‍त्रिप्रवरा उत्पतन्तीति ॥ ६ ॥

À cent yojanas au-dessous des lieux de plaisir des Yakṣas et des Rākṣasas se trouve la Terre. Sa limite supérieure s’élève jusqu’à la hauteur où peuvent voler les cygnes, faucons, aigles et autres grands oiseaux semblables.

Verse 7

उपवर्णितं भूमेर्यथासन्निवेशावस्थानमवनेरप्यधस्तात् सप्त भूविवरा एकैकशो योजनायुतान्तरेणायामविस्तारेणोपक्‍ल‍ृप्ता अतलं वितलं सुतलं तलातलं महातलं रसातलं पातालमिति ॥ ७ ॥

Ô roi, au-dessous de cette terre se trouvent sept mondes inférieurs appelés Atala, Vitala, Sutala, Talātala, Mahātala, Rasātala et Pātāla. J’ai déjà exposé la disposition du système terrestre; la longueur et la largeur de ces sept régions inférieures sont exactement les mêmes que celles de la terre, et elles sont placées successivement à des intervalles de dix mille yojanas.

Verse 8

एतेषु हि बिलस्वर्गेषु स्वर्गादप्यधिककामभोगैश्वर्यानन्दभूतिविभूतिभि: सुसमृद्धभवनोद्यानाक्रीडविहारेषु दैत्यदानवकाद्रवेया नित्यप्रमुदितानुरक्तकलत्रापत्यबन्धुसुहृदनुचरा गृहपतय ईश्वरादप्यप्रतिहतकामा मायाविनोदा निवसन्ति ॥ ८ ॥

Dans ces sept bila-svarga, les « cieux souterrains », les plaisirs des sens, la richesse, l’influence et la joie surpassent même ceux des cieux supérieurs. Les habitants—Daityas, Dānavas et Nāgas—vivent pour la plupart en chefs de maison, au milieu de demeures, jardins et lieux de divertissement d’une opulence extrême. Avec épouses, enfants, parents, amis et serviteurs, ils s’attachent au bonheur matériel né de l’illusion; et, contrairement aux demi-dieux dont les jouissances sont parfois troublées, ils goûtent la vie sans entraves, révélant un fort attachement à la félicité illusoire.

Verse 9

येषु महाराज मयेन मायाविना विनिर्मिता: पुरो नानामणिप्रवरप्रवेकविरचितविचित्रभवनप्राकारगोपुरसभाचैत्यचत्वरायतनादिभिर्नागासुरमिथुनपारावतशुकसारिकाकीर्णकृत्रिमभूमिभिर्विवरेश्वरगृहोत्तमै: समलङ्कृताश्चकासति ॥ ९ ॥

Ô Maharaja, dans ces cieux d’imitation appelés bila-svarga se trouve un grand démon nommé Maya Dānava, maître en art et en architecture. Il a édifié de nombreuses cités étincelantes, ornées de demeures, remparts, portes, salles d’assemblée, temples, places et enceintes sacrées, le tout façonné avec les gemmes les plus précieuses. Ces villes sont toujours remplies de couples de Nāgas et d’Asuras, ainsi que de pigeons, perroquets, mainates et autres oiseaux; et les résidences des souverains, bâties de joyaux inestimables, font rayonner l’ensemble d’une beauté saisissante.

Verse 10

उद्यानानि चातितरां मनइन्द्रियानन्दिभि: कुसुमफलस्तबकसुभगकिसलयावनतरुचिरविटपविटपिनां लताङ्गालिङ्गितानां श्रीभि: समिथुनविविधविहङ्गमजलाशयानाममलजलपूर्णानां झषकुलोल्लङ्घनक्षुभितनीरनीरजकुमुदकुवलयकह्लारनीलोत्पल लोहितशतपत्रादिवनेषुकृतनिकेतनानामेकविहाराकुलमधुरविविधस्वनादिभिरिन्द्रि-योत्सवैरमरलोकश्रियमतिशयितानि ॥ १० ॥

Les parcs et jardins de ces cieux artificiels surpassent en beauté ceux des cieux supérieurs; ils réjouissent l’esprit et les sens. Les arbres, enlacés par des lianes, courbent leurs branches sous le poids des grappes de fleurs et de fruits, et paraissent d’une grâce extraordinaire. De nombreux lacs à l’eau limpide frémissent sous les bonds des poissons et sont ornés de fleurs—nénuphars, kumudas, kuvalayas, kahlāras, lotus bleus et rouges. Des couples de cakravākas et d’autres oiseaux d’eau y font leurs nids et, par des chants doux et variés, offrent comme une fête aux sens; la splendeur de ces jardins dépasse même la gloire du séjour des immortels.

Verse 11

यत्र ह वाव न भयमहोरात्रादिभि: कालविभागैरुपलक्ष्यते ॥ ११ ॥

Puisqu’il n’y a pas de lumière solaire dans ces mondes souterrains, le temps ne s’y divise pas en jours et en nuits; ainsi, la crainte engendrée par le temps n’y existe pas.

Verse 12

यत्र हि महाहिप्रवरशिरोमणय: सर्वं तम: प्रबाधन्ते ॥ १२ ॥

Là résident de grands serpents portant des gemmes sur leurs capuchons, et l’éclat de ces gemmes dissipe l’obscurité en tous sens.

Verse 13

न वा एतेषु वसतां दिव्यौषधिरसरसायनान्नपानस्‍नानादिभिराधयो व्याधयो वलीपलितजरादयश्च देहवैवर्ण्यदौर्गन्ध्यस्वेदक्लमग्लानिरिति वयोऽवस्थाश्च भवन्ति ॥ १३ ॥

Parce que les habitants de ces mondes boivent et se baignent dans des sucs et élixirs issus d’herbes merveilleuses, ils sont délivrés de toute inquiétude et de toute maladie. Ils ne connaissent ni cheveux gris, ni rides, ni décrépitude; l’éclat du corps ne pâlit pas, la sueur n’exhale pas de mauvaise odeur, et la fatigue ou la perte d’ardeur due à la vieillesse ne les atteint pas.

Verse 14

न हि तेषां कल्याणानां प्रभवति कुतश्चन मृत्युर्विना भगवत्तेजसश्चक्रापदेशात् ॥ १४ ॥

Ils vivent d’une manière hautement propice et ne craignent la mort d’aucune cause; la mort ne vient qu’au temps fixé, comme l’effulgence du cakra Sudarśana du Seigneur Suprême.

Verse 15

यस्मिन् प्रविष्टेऽसुरवधूनां प्राय: पुंसवनानि भयादेव स्रवन्ति पतन्ति च ॥ १५ ॥

Lorsque le disque Sudarśana pénètre dans ces contrées, par crainte de son éclat les épouses enceintes des démons font presque toutes des fausses couches.

Verse 16

अथातले मयपुत्रोऽसुरो बलो निवसति येन ह वा इह सृष्टा: षण्णवतिर्माया: काश्चनाद्यापि मायाविनो धारयन्ति यस्य च जृम्भमाणस्य मुखतस्त्रय: स्त्रीगणा उदपद्यन्त स्वैरिण्य: कामिन्य: पुंश्चल्य इति या वै बिलायनं प्रविष्टं पुरुषं रसेन हाटकाख्येन साधयित्वा स्वविलासावलोकनानुरागस्मितसंलापोपगूहनादिभि: स्वैरं किल रमयन्ति यस्मिन्नुपयुक्ते पुरुष ईश्वरोऽहं सिद्धोऽहमित्ययुतमहागजबलमात्मानमभिमन्यमान: कत्थते मदान्ध इव ॥ १६ ॥

Ô roi, je décris maintenant Atala. Là demeure l’asura Bala, fils de Maya Dānava; il créa quatre-vingt-seize formes de puissance illusoire, dont certains prétendus yogīs et svāmīs se servent encore aujourd’hui pour tromper les gens. Par un simple bâillement, Bala fit naître trois catégories de femmes : svairiṇī, kāmiṇī et puṁścalī. Les svairiṇīs épousent des hommes de leur propre groupe; les kāmiṇīs acceptent des hommes de n’importe quel groupe; et les puṁścalīs changent de mari l’un après l’autre. Lorsqu’un homme entre sur Atala, ces femmes le saisissent aussitôt et lui font boire une liqueur enivrante préparée avec une drogue appelée hāṭaka; elle lui confère une grande vigueur sexuelle. Puis, par des regards charmeurs, des paroles intimes, des sourires d’amour et des étreintes, elles l’ensorcellent jusqu’à jouir de lui à leur entière satisfaction. Enivré de cette puissance, l’homme se croit plus fort que dix mille éléphants et fanfaronne : «Je suis Dieu, je suis accompli», aveuglé par l’orgueil illusoire et méprisant la mort qui s’approche.

Verse 17

ततोऽधस्ताद्वितले हरो भगवान् हाटकेश्वर: स्वपार्षदभूतगणावृत: प्रजापतिसर्गोपबृंहणाय भवो भवान्या सह मिथुनीभूत आस्ते यत: प्रवृत्ता सरित्प्रवरा हाटकी नाम भवयोर्वीर्येण यत्र चित्रभानुर्मातरिश्वना समिध्यमान ओजसा पिबति तन्निष्ठ्यूतं हाटकाख्यं सुवर्णं भूषणेनासुरेन्द्रावरोधेषु पुरुषा: सह पुरुषीभिर्धारयन्ति ॥ १७ ॥

Au-dessous d’Atala se trouve la planète Vitala, où le Seigneur Hara (Śiva), appelé Hāṭakeśvara, maître des mines d’or, demeure entouré de ses compagnons, les bhūtas et autres êtres semblables. Pour accroître la génération des créatures, il s’unit à Bhavānī; du mélange de leur puissance vitale naît le fleuve éminent nommé Hāṭakī. Le feu, attisé par le vent, boit l’eau de ce fleuve puis la recrache en grésillant, et il en résulte l’or appelé Hāṭaka; les asuras de ce monde, avec leurs épouses, se parent d’ornements faits de cet or et y vivent heureux.

Verse 18

ततोऽधस्तात्सुतले उदारश्रवा: पुण्यश्लोको विरोचनात्मजो बलिर्भगवता महेन्द्रस्य प्रियं चिकीर्षमाणेनादितेर्लब्धकायो भूत्वा वटुवामनरूपेण पराक्षिप्तलोकत्रयो भगवदनुकम्पयैव पुन: प्रवेशित इन्द्रादिष्वविद्यमानया सुसमृद्धया श्रियाभिजुष्ट: स्वधर्मेणाराधयंस्तमेव भगवन्तमाराधनीयमपगतसाध्वस आस्तेऽधुनापि ॥ १८ ॥

Au-dessous de Vitala se trouve Sutala, où demeure encore aujourd’hui Bali Mahārāja, fils de Virocana, célébré comme un roi très pieux et de vaste renommée. Pour le bien de Mahendra (Indra), le Seigneur Viṣṇu apparut comme fils d’Aditi sous la forme du nain brahmacārī Vāmana et, ne demandant que trois pas de terre, s’empara des trois mondes. Satisfait de l’abandon total de Bali, le Seigneur lui rendit son royaume et le combla d’une opulence surpassant même celle d’Indra. Aujourd’hui encore, Bali, sans crainte, adore le Bhagavān digne d’adoration par le service de bhakti sur Sutala.

Verse 19

नो एवैतत्साक्षात्कारो भूमिदानस्य यत्तद्भ‍गवत्यशेषजीवनिकायानां जीवभूतात्मभूते परमात्मनि वासुदेवे तीर्थतमे पात्र उपपन्ने परया श्रद्धया परमादरसमाहितमनसा सम्प्रतिपादितस्य साक्षादपवर्गद्वारस्य यद्ब‍िलनिलयैश्वर्यम् ॥ १९ ॥

Ô roi, il ne faut pas conclure que la grande opulence obtenue par Bali Mahārāja en bila-svarga soit le fruit direct de son don de terres. Avec une foi suprême, un profond respect et l’esprit parfaitement recueilli, il offrit tout aux pieds de lotus de Vāsudeva, le Paramātmā, source de vie de tous les êtres et résident du cœur de chacun, le plus saint des tīrthas et le réceptacle le plus digne. Cet abandon est, en vérité, la porte même de la délivrance. Ne croyez donc pas que cette opulence vienne seulement de la charité.

Verse 20

यस्य ह वाव क्षुतपतनप्रस्खलनादिषु विवश: सकृन्नामाभिगृणन् पुरुष: कर्मबन्धनमञ्जसा विधुनोति यस्य हैव प्रतिबाधनं मुमुक्षवोऽन्यथैवोपलभन्ते ॥ २० ॥

Si quelqu’un, accablé par la faim, ou bien en tombant ou en trébuchant, prononce ne serait-ce qu’une fois le saint nom du Seigneur — de son plein gré ou malgré lui —, il se libère aussitôt des réactions de ses actes passés. Mais les karmīs, pris dans l’action matérielle, rencontrent bien des obstacles dans le yoga mystique et d’autres efforts pour obtenir cette même délivrance.

Verse 21

तद्भ‍क्तानामात्मवतां सर्वेषामात्मन्यात्मद आत्मतयैव ॥ २१ ॥

Pour de tels dévots réalisés, le Bhagavān qui demeure dans le cœur de tous en tant que Paramātmā se donne Lui-même comme leur propre Soi.

Verse 22

न वै भगवान्नूनममुष्यानुजग्राह यदुत पुनरात्मानुस्मृतिमोषणं मायामयभोगैश्वर्यमेवातनुतेति ॥ २२ ॥

En vérité, le Bhagavān n’accorda pas sa miséricorde à Bali Mahārāja en lui donnant bonheur et opulence matérielle, car les jouissances et puissances issues de māyā dérobent le souvenir du service d’amour envers le Seigneur, et l’esprit ne peut plus se fondre en la Personne Suprême.

Verse 23

यत्तद्भ‍गवतानधिगतान्योपायेन याच्ञाच्छलेनापहृतस्वशरीरावशेषितलोकत्रयो वरुणपाशैश्च सम्प्रतिमुक्तो गिरिदर्यां चापविद्ध इति होवाच ॥ २३ ॥

Ne voyant aucun autre moyen de tout retirer à Bali Mahārāja, le Bhagavān adopta la ruse de la mendicité et lui prit les trois mondes. Bien qu’il ne lui restât que son corps, le Seigneur ne fut pas satisfait : Il l’arrêta, le lia avec les liens de Varuṇa et le jeta dans une caverne de montagne. Pourtant, dépouillé de tout, le grand dévot Bali parla ainsi.

Verse 24

नूनं बतायं भगवानर्थेषु न निष्णातो योऽसाविन्द्रो यस्य सचिवो मन्त्राय वृत एकान्ततो बृहस्पतिस्तमतिहाय स्वयमुपेन्द्रेणात्मानमयाचतात्मनश्चाशिषो नो एव तद्दास्यमतिगम्भीरवयस: कालस्य मन्वन्तरपरिवृत्तं कियल्लोकत्रयमिदम् ॥ २४ ॥

Hélas, qu’Indra, roi du ciel, est pitoyable ! Bien qu’il soit savant et puissant, et qu’il ait choisi Bṛhaspati pour premier ministre, il demeure ignorant du progrès spirituel. Bṛhaspati lui-même manque de discernement, car il n’a pas instruit correctement son disciple. Upendra, le Seigneur Vāmanadeva, se tenait à la porte d’Indra, mais au lieu de Lui demander l’occasion de Le servir avec amour transcendantal, Indra L’employa à me réclamer l’aumône afin d’obtenir les trois mondes pour la satisfaction de ses sens. La souveraineté sur les trois mondes est bien dérisoire, car toute opulence matérielle ne dure qu’un manvantara, infime parcelle du temps sans fin.

Verse 25

यस्यानुदास्यमेवास्मत्पितामह: किल वव्रे न तु स्वपित्र्यं यदुताकुतोभयं पदं दीयमानं भगवत: परमिति भगवतोपरते खलु स्वपितरि ॥ २५ ॥

Bali Mahārāja dit : Mon grand-père Prahlāda Mahārāja fut le seul à comprendre son véritable intérêt. Après la mort de son père Hiraṇyakaśipu, le Seigneur Nṛsiṁhadeva voulut lui offrir le royaume paternel et même la libération, mais Prahlāda n’accepta ni l’un ni l’autre. Il considérait que la libération comme l’opulence matérielle sont des obstacles au service dévotionnel; ainsi, il ne demanda pas les fruits du karma ni du jñāna, mais implora seulement d’être engagé dans le service, en tant que serviteur du serviteur du Seigneur.

Verse 26

तस्य महानुभावस्यानुपथममृजितकषाय: को वास्मद्विध: परिहीणभगवदनुग्रह उपजिगमिषतीति ॥ २६ ॥

Bali Mahārāja dit : Des êtres comme nous, encore attachés aux jouissances matérielles, souillés par les guṇas de la nature et privés de la miséricorde du Bhagavān, ne peuvent suivre la voie suprême de Prahlāda Mahārāja, l’exalté dévot du Seigneur.

Verse 27

तस्यानुचरितमुपरिष्टाद्विस्तरिष्यते यस्य भगवान् स्वयमखिलजगद्गुरुर्नारायणो द्वारि गदापाणिरवतिष्ठते निजजनानुकम्पितहृदयो येनाङ्गुष्ठेन पदा दशकन्धरो योजनायुतायुतं दिग्विजय उच्चाटित: ॥ २७ ॥

Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ô roi, comment pourrais-je glorifier le caractère de Bali Mahārāja ? À sa porte se tient Bhagavān Nārāyaṇa Lui-même, maître de tous les mondes, la massue en main, le cœur attendri de compassion pour Son bhakta. Lorsque Rāvaṇa vint chercher la conquête, Vāmanadeva le projeta très loin d’un coup du gros orteil. J’en exposerai le récit plus tard.

Verse 28

ततोऽधस्तात्तलातले मयो नाम दानवेन्द्रस्त्रिपुराधिपतिर्भगवता पुरारिणा त्रिलोकीशं चिकीर्षुणा निर्दग्धस्वपुरत्रयस्तत्प्रसादाल्लब्धपदो मायाविनामाचार्यो महादेवेन परिरक्षितो विगतसुदर्शनभयो महीयते ॥ २८ ॥

Au-dessous de Sutala se trouve Talātala, gouverné par le dānava nommé Maya, seigneur de Tripura. Pour le bien des trois mondes, Śiva, appelé Tripurāri, incendia jadis ses trois cités; puis, satisfait, il lui rendit son royaume. Depuis lors, Maya est protégé par Mahādeva et s’illusionne en croyant ne pas avoir à craindre le Sudarśana-cakra de Bhagavān.

Verse 29

ततोऽधस्तान्महातले काद्रवेयाणां सर्पाणां नैकशिरसां क्रोधवशो नाम गण: कुहकतक्षककालियसुषेणादिप्रधाना महाभोगवन्त: पतत्‍त्रिराजाधिपते: पुरुषवाहादनवरतमुद्विजमाना: स्वकलत्रापत्यसुहृत्कुटुम्बसङ्गेन क्‍वचित्प्रमत्ता विहरन्ति ॥ २९ ॥

Au-dessous de Talātala se trouve Mahātala, demeure des serpents à multiples têtes, descendants de Kadrū, toujours enflammés de colère. Parmi eux, Kuhaka, Takṣaka, Kāliya et Suṣeṇa sont les principaux grands nāgas. Sans cesse troublés par la peur de Garuḍa, le porteur de Viṣṇu, ils s’adonnent pourtant parfois aux jeux avec épouses, enfants, amis et parents.

Verse 30

ततोऽधस्ताद्रसातले दैतेया दानवा: पणयो नाम निवातकवचा: कालेया हिरण्यपुरवासिन इति विबुधप्रत्यनीका उत्पत्त्या महौजसो महासाहसिनो भगवत: सकललोकानुभावस्य हरेरेव तेजसा प्रतिहतबलावलेपा बिलेशया इव वसन्ति ये वै सरमयेन्द्रदूत्या वाग्भिर्मन्त्रवर्णाभिरिन्द्राद्ब‍िभ्यति ॥ ३० ॥

Au-dessous de Mahātala se trouve Rasātala, demeure des fils démoniaques de Diti et de Danu. On les appelle Paṇis, Nivāta-kavacas, Kāleyas et habitants d’Hiraṇya-pura. Ennemis des devas, ils sont dès la naissance puissants et téméraires; pourtant leur orgueil de force est sans cesse brisé par l’éclat de Bhagavān Hari et par Son Sudarśana-cakra, si bien qu’ils vivent dans des trous comme des serpents. Lorsque Saramā, messagère d’Indra, prononce une malédiction en syllabes mantriques, ils redoutent Indra.

Verse 31

ततोऽधस्तात्पाताले नागलोकपतयो वासुकिप्रमुखा: शङ्खकुलिकमहाशङ्खश्वेतधनञ्जयधृतराष्ट्रशङ्खचूडकम्बलाश्वतरदेवदत्तादयो महाभोगिनो महामर्षा निवसन्ति येषामु ह वै पञ्चसप्तदशशतसहस्रशीर्षाणां फणासु विरचिता महामणयो रोचिष्णव: पातालविवरतिमिरनिकरं स्वरोचिषा विधमन्ति ॥ ३१ ॥

Au-dessous de Rasātala se trouve Pātāla, ou Nāgaloka, où résident les seigneurs des nāgas, menés par Vāsuki : Śaṅkha, Kulika, Mahāśaṅkha, Śveta, Dhanañjaya, Dhṛtarāṣṭra, Śaṅkhacūḍa, Kambala, Aśvatara, Devadatta, et d’autres. Ce sont des serpents puissants et prompts à la colère, aux innombrables capuchons : cinq, sept, dix, cent, voire mille. Sur leurs capuchons sont serties de grandes gemmes dont l’éclat dissipe les ténèbres de Pātāla.

Frequently Asked Questions

The chapter describes Rāhu as an asura who periodically attempts to cover the sun and moon due to enmity, and this covering is identified with what people call eclipses. The decisive theological point is that Viṣṇu’s Sudarśana cakra protects the luminaries; Rāhu flees from its unbearable effulgence. Thus, eclipses are framed not only as events but as reminders of divine governance and the Lord’s protective sovereignty (poṣaṇa).

They are termed ‘imitation heavens’ because they surpass even higher planetary regions in sensual opulence—cities, gardens, jewels, longevity, and uninterrupted enjoyment. Yet the Bhāgavatam’s intent is contrastive: such splendor is still within māyā and does not remove the ultimate subjection to kāla. The residents remain bound by attachment, and only bhakti grants the lasting auspiciousness that opulence cannot provide.