
Avadhūta’s Teachers: Python, Ocean, Moth, Bee, Elephant, Deer, Fish—and Piṅgalā’s Song of Detachment
Poursuivant l’enseignement de l’Avadhūta-brāhmaṇa au roi Yadu, ce chapitre approfondit l’art d’apprendre le vairāgya (détachement) auprès de “maîtres” rencontrés dans la nature et la société humaine. L’Avadhūta enseigne d’abord le non-effort radical pour le bonheur matériel, car sukha et duḥkha surviennent selon la Providence; tel le python, le sage accepte sa subsistance sans anxiété et demeure patient même lorsqu’il doit jeûner. Il décrit ensuite la stabilité semblable à l’océan du dévot, qui ne s’enfle pas dans l’opulence et ne se dessèche pas dans la pauvreté. Puis il met en garde contre la chute par les sens à l’aide d’images frappantes: le papillon de nuit perdu par le feu (luxure), la leçon de l’abeille (prendre l’essence, ne pas thésauriser), l’éléphant piégé par le toucher (enchevêtrement sexuel), le cerf tué par un son enchanteur (divertissement) et le poisson détruit par le goût (la langue, la plus difficile à vaincre). Le récit se tourne alors vers Piṅgalā la prostituée, dont la déception de minuit mûrit en un détachement décisif; son “chant” intérieur détourne l’espérance des amants passagers vers le Seigneur demeurant au cœur. Cela prépare la suite de l’instruction de l’Avadhūta: une renonciation stable, fondée sur la bhakti et une discrimination limpide.
Verse 1
श्रीब्राह्मण उवाच सुखमैन्द्रियकं राजन् स्वर्गे नरक एव च । देहिनां यद् यथा दु:खं तस्मान्नेच्छेत तद् बुध: ॥ १ ॥
Le saint brāhmaṇa dit : Ô Roi, l’être incarné éprouve spontanément la souffrance, au ciel comme en enfer, selon sa part; de même, le bonheur se présente même sans qu’on le recherche. Ainsi, l’homme de discernement ne s’efforce pas d’obtenir un tel bonheur matériel.
Verse 2
ग्रासं सुमृष्टं विरसं महान्तं स्तोकमेव वा । यदृच्छयैवापतितं ग्रसेदाजगरोऽक्रिय: ॥ २ ॥
Suivant l’exemple du python, il faut renoncer aux efforts matériels et accepter pour sa subsistance la nourriture qui survient d’elle-même, qu’elle soit savoureuse ou fade, abondante ou maigre.
Verse 3
शयीताहानि भूरीणि निराहारोऽनुपक्रम: । यदि नोपनयेद् ग्रासो महाहिरिव दिष्टभुक् ॥ ३ ॥
Si, à un moment donné, la nourriture ne vient pas, le saint doit jeûner de nombreux jours sans faire d’effort. Qu’il comprenne que, par l’ordonnance de Dieu, il lui faut jeûner; ainsi, tel le python, il demeurera paisible et patient.
Verse 4
ओज:सहोबलयुतं बिभ्रद् देहमकर्मकम् । शयानो वीतनिद्रश्च नेहेतेन्द्रियवानपि ॥ ४ ॥
Le saint doit demeurer paisible et inactif quant aux gains matériels, entretenant son corps sans effort excessif. Bien qu’il possède toute la force des sens, du mental et du corps, il n’agit pas pour le profit mondain, mais reste toujours éveillé à son véritable intérêt spirituel.
Verse 5
मुनि: प्रसन्नगम्भीरो दुर्विगाह्यो दुरत्यय: । अनन्तपारो ह्यक्षोभ्य: स्तिमितोद इवार्णव: ॥ ५ ॥
Le sage saint paraît joyeux et aimable dans son comportement extérieur, tandis qu’au dedans il est grave et méditatif. Son savoir étant sans mesure et sans limite, il n’est jamais troublé; en tout il ressemble à l’océan paisible, insondable et infranchissable.
Verse 6
समृद्धकामोहीनो वा नारायणपरो मुनि: । नोत्सर्पेत न शुष्येत सरिद्भिरिव सागर: ॥ ६ ॥
Le muni qui a pris Narayana pour but de sa vie reçoit parfois une grande opulence et parfois connaît le dénuement; pourtant il ne s’enorgueillit pas dans l’abondance ni ne s’attriste dans la pauvreté. Tel l’océan, qui ne déborde pas aux pluies ni ne se dessèche en été, bien que les rivières grossissent ou diminuent.
Verse 7
दृष्ट्वा स्त्रियं देवमायां तद्भावैरजितेन्द्रिय: । प्रलोभित: पतत्यन्धे तमस्यग्नौ पतङ्गवत् ॥ ७ ॥
Celui qui n’a pas maîtrisé ses sens est aussitôt attiré en voyant la forme d’une femme, œuvre de l’énergie illusoire du Seigneur Suprême. Lorsqu’elle parle avec des mots séduisants, sourit avec coquetterie et bouge avec sensualité, son esprit est capturé, et il tombe aveuglément dans l’obscurité de l’existence matérielle, tel le papillon de nuit qui se jette dans la flamme.
Verse 8
योषिद्धिरण्याभरणाम्बरादि- द्रव्येषु मायारचितेषु मूढ: । प्रलोभितात्मा ह्युपभोगबुद्ध्या पतङ्गवन्नश्यति नष्टदृष्टि: ॥ ८ ॥
L’insensé, dépourvu de discernement, s’enflamme à la vue d’une femme voluptueuse parée de bijoux d’or, de beaux vêtements et d’autres ornements façonnés par l’illusion. Avide de jouissance des sens, il perd toute intelligence et périt comme le papillon de nuit qui se jette dans le feu flamboyant.
Verse 9
स्तोकं स्तोकं ग्रसेद् ग्रासं देहो वर्तेत यावता । गृहानहिंसन्नातिष्ठेद् वृत्तिं माधुकरीं मुनि: ॥ ९ ॥
Le saint ne doit accepter que la nourriture nécessaire au maintien du corps. Qu’il aille de porte en porte, recevant un peu de chaque foyer, et qu’il pratique la voie madhukarī, à l’image de l’abeille.
Verse 10
अणुभ्यश्च महद्भ्यश्च शास्त्रेभ्य: कुशलो नर: । सर्वत: सारमादद्यात् पुष्पेभ्य इव षट्पद: ॥ १० ॥
De même que l’abeille recueille le nectar de toutes les fleurs, petites ou grandes, l’homme avisé doit tirer l’essence de toutes les Écritures.
Verse 11
सायन्तनं श्वस्तनं वा न सङ्गृह्णीत भिक्षितम् । पाणिपात्रोदरामत्रो मक्षिकेव न सङ्ग्रही ॥ ११ ॥
Le saint ne doit pas se dire : « Je garderai ceci pour ce soir » ou « J’épargnerai cela pour demain ». Qu’il n’entrepose pas la nourriture obtenue par aumône ; que ses mains soient son plat et son ventre son seul réceptacle, sans imiter l’abeille avide qui amasse.
Verse 12
सायन्तनं श्वस्तनं वा न सङ्गृह्णीत भिक्षुक: । मक्षिका इव सङ्गृह्णन् सह तेन विनश्यति ॥ १२ ॥
Le mendiant saint ne doit pas amasser de nourriture, même pour le jour même ou le lendemain. S’il accumule comme l’abeille, ce qu’il a amassé le mènera à la ruine.
Verse 13
पदापि युवतीं भिक्षुर्न स्पृशेद् दारवीमपि । स्पृशन् करीव बध्येत करिण्या अङ्गसङ्गत: ॥ १३ ॥
Le mendiant saint ne doit jamais toucher une jeune femme ; qu’il ne laisse même pas son pied effleurer une poupée de bois à forme féminine. Par le contact du corps avec une femme, il sera pris par l’illusion, comme l’éléphant est capturé par son désir de toucher l’éléphante.
Verse 14
नाधिगच्छेत् स्त्रियं प्राज्ञ: कर्हिचिन्मृत्युमात्मन: । बलाधिकै: स हन्येत गजैरन्यैर्गजो यथा ॥ १४ ॥
L’homme doué de discernement ne doit en aucune circonstance chercher à jouir de la beauté d’une femme pour la satisfaction des sens. De même que l’éléphant voulant s’approcher d’une éléphante est tué par d’autres mâles plus puissants, ainsi celui qui recherche la compagnie d’une femme peut à tout moment être tué par ses autres amants, plus forts que lui.
Verse 15
न देयं नोपभोग्यं च लुब्धैर्यद् दु:खसञ्चितम् । भुङ्क्ते तदपि तच्चान्यो मधुहेवार्थविन्मधु ॥ १५ ॥
L’homme cupide amasse des richesses au prix de peines et de souffrances, mais il n’est pas toujours autorisé à en jouir ni à les offrir en charité. Il ressemble à l’abeille qui s’épuise à produire beaucoup de miel, lequel est ensuite dérobé par un homme habile pour le savourer ou le vendre; si soigneusement qu’on cache son bien, il se trouve toujours des experts pour le découvrir et le voler.
Verse 16
सुदु:खोपार्जितैर्वित्तैराशासानां गृहाशिष: । मधुहेवाग्रतो भुङ्क्ते यतिर्वै गृहमेधिनाम् ॥ १६ ॥
Les chefs de famille, espérant les joies du foyer, amassent des biens au prix de grandes peines; mais, comme le chasseur emporte le miel que les abeilles ont produit avec labeur, de même les mendiants saints —brahmacārīs et sannyāsīs— ont droit de recevoir et d’utiliser les richesses péniblement accumulées par les gens du monde.
Verse 17
ग्राम्यगीतं न शृणुयाद् यतिर्वनचर: क्वचित् । शिक्षेत हरिणाद् बद्धान्मृगयोर्गीतमोहितात् ॥ १७ ॥
Le saint vivant dans la forêt, dans l’ordre du renoncement, ne doit jamais écouter des chants qui excitent la jouissance matérielle. Qu’il apprenne plutôt de l’exemple du cerf, égaré par la douce musique du cor du chasseur, puis capturé et mis à mort.
Verse 18
नृत्यवादित्रगीतानि जुषन् ग्राम्याणि योषिताम् । आसां क्रीडनको वश्य ऋष्यशृङ्गो मृगीसुत: ॥ १८ ॥
Séduit par les chants, les danses et les instruments mondains de belles femmes, même le grand sage Ṛṣyaśṛṅga, fils d’une biche, tomba entièrement sous leur emprise, tel un animal apprivoisé.
Verse 19
जिह्वयातिप्रमाथिन्या जनो रसविमोहित: । मृत्युमृच्छत्यसद्बुद्धिर्मीनस्तु बडिशैर्यथा ॥ १९ ॥
De même que le poisson, excité par le désir de satisfaire sa langue, se trouve mortellement pris à l’hameçon du pêcheur, ainsi l’insensé, égaré par les élans troublants de la langue, court à sa perte.
Verse 20
इन्द्रियाणि जयन्त्याशु निराहारा मनीषिण: । वर्जयित्वा तु रसनं तन्निरन्नस्य वर्धते ॥ २० ॥
Par le jeûne, les sages maîtrisent vite tous les sens sauf la langue; car chez celui qui s’abstient de nourriture, le désir de satisfaire le goût s’accroît davantage.
Verse 21
तावज्जितेन्द्रियो न स्याद् विजितान्येन्द्रिय: पुमान् । न जयेद् रसनं यावज्जितं सर्वं जिते रसे ॥ २१ ॥
Même si l’on a vaincu les autres sens, tant que la langue n’est pas vaincue on ne peut dire qu’on maîtrise ses sens; mais si le goût est dompté, tout est réputé dompté.
Verse 22
पिङ्गला नाम वेश्यासीद् विदेहनगरे पुरा । तस्या मे शिक्षितं किञ्चिन्निबोध नृपनन्दन ॥ २२ ॥
Ô fils des rois, jadis dans la cité de Videha vivait une courtisane nommée Piṅgalā. Écoute maintenant ce que j’ai appris d’elle.
Verse 23
सा स्वैरिण्येकदा कान्तं सङ्केत उपनेष्यती । अभूत् काले बहिर्द्वारे बिभ्रती रूपमुत्तमम् ॥ २३ ॥
Un jour, cette courtisane, désirant faire entrer un amant chez elle, se tint la nuit au seuil extérieur, déployant sa beauté exquise.
Verse 24
मार्ग आगच्छतो वीक्ष्य पुरुषान् पुरुषर्षभ । तान् शुल्कदान् वित्तवत: कान्तान् मेनेऽर्थकामुकी ॥ २४ ॥
Ô le meilleur des hommes ! Cette courtisane, brûlant du désir d’argent, se tenait la nuit dans la rue, observait les passants et pensait : « Celui-ci est riche, il paiera le prix et goûtera sûrement ma compagnie. »
Verse 25
आगतेष्वपयातेषु सा सङ्केतोपजीविनी । अप्यन्यो वित्तवान् कोऽपि मामुपैष्यति भूरिद: ॥ २५ ॥ एवं दुराशया ध्वस्तनिद्रा द्वार्यवलम्बती । निर्गच्छन्ती प्रविशती निशीथं समपद्यत ॥ २६ ॥
Parmi ceux qui venaient et repartaient, elle, qui vivait de ce métier, se disait : « Peut-être qu’un autre, riche, viendra à moi et donnera beaucoup. » Par cet espoir vain, le sommeil la quitta ; appuyée au seuil, tantôt elle sortait, tantôt elle rentrait, jusqu’à ce que minuit arrive.
Verse 26
आगतेष्वपयातेषु सा सङ्केतोपजीविनी । अप्यन्यो वित्तवान् कोऽपि मामुपैष्यति भूरिद: ॥ २५ ॥ एवं दुराशया ध्वस्तनिद्रा द्वार्यवलम्बती । निर्गच्छन्ती प्रविशती निशीथं समपद्यत ॥ २६ ॥
Parmi ceux qui venaient et repartaient, elle, qui vivait de ce métier, se disait : « Peut-être qu’un autre, riche, viendra à moi et donnera beaucoup. » Par cet espoir vain, le sommeil la quitta ; appuyée au seuil, tantôt elle sortait, tantôt elle rentrait, jusqu’à ce que minuit arrive.
Verse 27
तस्या वित्ताशया शुष्यद्वक्त्राया दीनचेतस: । निर्वेद: परमो जज्ञे चिन्ताहेतु: सुखावह: ॥ २७ ॥
Dans l’espoir de l’argent, son visage se dessécha et son cœur s’abattit. De cette inquiétude pour la richesse naquit en elle un détachement suprême (nirveda), et de là jaillit la joie dans son esprit.
Verse 28
तस्या निर्विण्णचित्ताया गीतं शृणु यथा मम । निर्वेद आशापाशानां पुरुषस्य यथा ह्यसि: ॥ २८ ॥
Son esprit s’était dégoûté de la condition matérielle ; écoute maintenant de moi le chant qu’elle entonna. Le détachement (nirveda) est pour l’homme comme une épée, tranchant en pièces le réseau des liens d’espoir et de désir.
Verse 29
न ह्यङ्गाजातनिर्वेदो देहबन्धं जिहासति । यथा विज्ञानरहितो मनुजो ममतां नृप ॥ २९ ॥
Ô roi, de même qu’un homme privé de connaissance spirituelle ne désire jamais abandonner son faux sentiment de possession envers tant de choses matérielles, de même celui qui n’a pas développé le détachement ne veut pas quitter la servitude du corps matériel.
Verse 30
पिङ्गलोवाच अहो मे मोहविततिं पश्यताविजितात्मन: । या कान्तादसत: कामं कामये येन बालिशा ॥ ३० ॥
Piṅgalā dit : Hélas, voyez l’étendue de mon illusion ! Incapable de maîtriser mon mental, telle une sotte je désire le plaisir de la luxure d’un homme insignifiant.
Verse 31
सन्तं समीपे रमणं रतिप्रदं वित्तप्रदं नित्यमिमं विहाय । अकामदं दु:खभयाधिशोक- मोहप्रदं तुच्छमहं भजेऽज्ञा ॥ ३१ ॥
Quelle insensée je suis ! J’ai délaissé le Seigneur de l’univers, éternellement proche dans mon cœur, le plus cher, dispensateur d’amour véritable, de joie et de prospérité; et j’ai servi des hommes insignifiants qui ne comblent jamais mes désirs et n’apportent que peine, peur, angoisse, lamentation et illusion.
Verse 32
अहो मयात्मा परितापितो वृथा साङ्केत्यवृत्त्यातिविगर्ह्यवार्तया । स्त्रैणान्नराद् यार्थतृषोऽनुशोच्यात् क्रीतेन वित्तं रतिमात्मनेच्छती ॥ ३२ ॥
Hélas, j’ai inutilement torturé mon âme ! Par le métier le plus abject de prostituée, j’ai vendu mon corps à des hommes lubriques et cupides, espérant argent et plaisir charnel ; à présent je m’en repens.
Verse 33
यदस्थिभिर्निर्मितवंशवंश्य- स्थूणं त्वचा रोमनखै: पिनद्धम् । क्षरन्नवद्वारमगारमेतद् विण्मूत्रपूर्णं मदुपैति कान्या ॥ ३३ ॥
Ce corps matériel est comme une maison où demeure l’âme : la colonne, les côtes, les os des bras et des jambes en sont les poutres et les piliers ; il est recouvert de peau, de poils et d’ongles ; par ses neuf portes s’écoulent sans cesse des impuretés, et l’intérieur est rempli d’excréments et d’urine. Hormis moi, quelle femme serait assez sotte pour se vouer à ce corps, croyant y trouver amour et plaisir dans un tel mécanisme ?
Verse 34
विदेहानां पुरे ह्यस्मिन्नहमेकैव मूढधी: । यान्यमिच्छन्त्यसत्यस्मादात्मदात् काममच्युतात् ॥ ३४ ॥
Certes, dans cette cité de Videha, moi seule fus entièrement insensée. J’ai négligé le Bhagavān Acyuta, dispensateur de tout, jusqu’à notre forme spirituelle originelle, et j’ai désiré la jouissance des sens avec de nombreux hommes.
Verse 35
सुहृत् प्रेष्ठतमो नाथ आत्मा चायं शरीरिणाम् । तं विक्रीयात्मनैवाहं रमेऽनेन यथा रमा ॥ ३५ ॥
Le Bhagavān est l’ami le plus cher et le Seigneur de tous les êtres; Il est le Paramātmā établi dans le cœur. Ainsi, je paierai désormais le prix de l’abandon total et, comme si j’acquérais le Seigneur, je jouirai de Sa compagnie à la manière de Lakṣmīdevī.
Verse 36
कियत् प्रियं ते व्यभजन् कामा ये कामदा नरा: । आद्यन्तवन्तो भार्याया देवा वा कालविद्रुता: ॥ ३६ ॥
Les hommes procurent aux femmes une jouissance des sens, mais tous ces hommes—et même les demi-dieux du ciel—ont un commencement et une fin; le temps les emporte. Quelle joie véritable des êtres si fugitifs pourraient-ils donner à leurs épouses ?
Verse 37
नूनं मे भगवान् प्रीतो विष्णु: केनापि कर्मणा । निर्वेदोऽयं दुराशाया यन्मे जात: सुखावह: ॥ ३७ ॥
Assurément, par quelque acte, le Bhagavān Viṣṇu s’est montré satisfait de moi. Bien que je m’obstinais à vouloir jouir du monde matériel, le détachement a surgi dans mon cœur et m’apporte une grande joie.
Verse 38
मैवं स्युर्मन्दभाग्याया: क्लेशा निर्वेदहेतव: । येनानुबन्धं निर्हृत्य पुरुष: शममृच्छति ॥ ३८ ॥
Ce n’est pas que les peines qui font naître le détachement n’échoient qu’aux malchanceux. La souffrance qui tranche le lien de l’attachement et mène l’homme à la paix est elle aussi miséricorde. Par ma grande douleur, le détachement s’est éveillé en mon cœur; comment serais-je infortunée ? C’est la grâce du Seigneur : d’une manière ou d’une autre, Il est satisfait de moi.
Verse 39
तेनोपकृतमादाय शिरसा ग्राम्यसङ्गता: । त्यक्त्वा दुराशा: शरणं व्रजामि तमधीश्वरम् ॥ ३९ ॥
Je reçois avec dévotion le grand bienfait que le Seigneur m’a accordé et je le porte sur ma tête. Ayant renoncé aux vaines convoitises du plaisir des sens, je prends désormais refuge en Lui, le Souverain Suprême, la Personne divine suprême.
Verse 40
सन्तुष्टा श्रद्दधत्येतद्यथालाभेन जीवती । विहराम्यमुनैवाहमात्मना रमणेन वै ॥ ४० ॥
À présent je suis pleinement satisfaite et j’ai une foi entière en la miséricorde du Seigneur. Ainsi je vivrai de ce qui vient de soi-même. Je goûterai la vie avec le Seigneur seul, car Il est la véritable source d’amour et de bonheur.
Verse 41
संसारकूपे पतितं विषयैर्मुषितेक्षणम् । ग्रस्तं कालाहिनात्मानं कोऽन्यस्त्रातुमधीश्वर: ॥ ४१ ॥
L’intelligence de l’être vivant est dérobée par les actes de jouissance des sens, et il tombe ainsi dans le puits obscur de l’existence matérielle. Dans ce puits, il est saisi par le serpent mortel du temps. Qui, sinon le Seigneur Suprême, la Personne divine suprême, pourrait sauver le pauvre être d’une telle détresse sans issue ?
Verse 42
आत्मैव ह्यात्मनो गोप्ता निर्विद्येत यदाखिलात् । अप्रमत्त इदं पश्येद् ग्रस्तं कालाहिना जगत् ॥ ४२ ॥
Quand l’être vivant voit que l’univers entier est saisi par le serpent du temps, il devient sobre et vigilant, et se détache de toute jouissance des sens. Dans cet état, il est qualifié pour être son propre protecteur.
Verse 43
श्रीब्राह्मण उवाच एवं व्यवसितमतिर्दुराशां कान्ततर्षजाम् । छित्त्वोपशममास्थाय शय्यामुपविवेश सा ॥ ४३ ॥
L’avadhūta dit : Ayant ainsi arrêté son esprit, Piṅgalā trancha ses désirs fautifs de jouissance sexuelle avec des amants et s’établit dans une paix parfaite. Puis elle s’assit sur son lit.
Verse 44
आशा हि परमं दु:खं नैराश्यं परमं सुखम् । यथा सञ्छिद्य कान्ताशां सुखं सुष्वाप पिङ्गला ॥ ४४ ॥
Le désir matériel est la plus grande souffrance, et l’absence de désir (détachement) est la plus grande félicité. Ainsi Piṅgalā trancha son attente envers de prétendus amants et s’endormit dans la joie.
The python symbolizes freedom from anxious material endeavor: since happiness and distress arise by providence, the wise do not exhaust themselves chasing sense-based outcomes. The saint maintains the body with what comes naturally, fasting without agitation when nothing comes, cultivating nirodha (withdrawal) and trust in the Lord’s arrangement.
Piṅgalā is a prostitute of Videha whose intense disappointment becomes the catalyst for genuine detachment. The Avadhūta cites her to show that vairāgya can arise from clear insight into the futility of material hopes; when desire collapses, the heart can turn to the Supreme Lord (āśraya), producing peace and real happiness.
It teaches that the tongue’s urge (taste and the habit of indulgence) is especially persistent: even when other senses are restrained, craving for taste can intensify. Conquering the tongue is presented as a practical keystone for indriya-nigraha, enabling broader mastery over the senses and steadiness in sādhana.
The honeybee lesson is twofold: (1) take small amounts from many places without burdening anyone, and (2) do not hoard, because accumulation breeds dependence, fear, and downfall. It supports a minimal-contact, non-possessive mendicant lifestyle rather than social exploitation or total avoidance without purpose.