
Karma-vāda Critiqued, Varṇāśrama Reframed, and the Soul’s Distinction from the Body
Poursuivant l’enseignement de Kṛṣṇa à Uddhava sur la voie progressive de la vie spirituelle, ce chapitre établit l’attitude juste envers le varṇāśrama : prendre refuge entièrement en Bhagavān, fixer le mental dans le service de bhakti, et vivre sans désir personnel tout en accomplissant des devoirs réglés. Kṛṣṇa dévoile ensuite la vanité des efforts fondés sur la jouissance des sens, comparant les plaisirs mondains à des objets de rêve—fabriqués par le mental, engendrés par māyā et finalement sans valeur. Il décrit une progression : l’action réglementée qui purifie, puis l’abandon des injonctions intéressées lorsque l’on recherche pleinement la vérité ultime de l’ātman, et enfin l’approche d’un guru authentique. L’éthique du disciple est précisée : humilité, absence d’esprit de possession, diligence, liberté d’envie et de bavardage futile. Sur le plan philosophique, Kṛṣṇa distingue le Soi des corps grossier et subtil par l’analogie du feu et du combustible, et explique que l’asservissement vient de l’identification erronée aux corps produits par les guṇa, dissoute par la connaissance. Il réfute le karma-vāda et les récits de récompenses célestes en montrant que le temps détruit tous les résultats ; que le péché mène à la déchéance infernale ; et que même Brahmā craint le temps. Le chapitre s’achève sur la question d’Uddhava : comment l’âme peut-elle être dite à la fois liée et libre, ouvrant la clarification du chapitre suivant sur les signes du conditionné et du libéré.
Verse 1
श्रीभगवानुवाच मयोदितेष्ववहित: स्वधर्मेषु मदाश्रय: । वर्णाश्रमकुलाचारमकामात्मा समाचरेत् ॥ १ ॥
Le Seigneur Suprême dit : En prenant pleinement refuge en Moi et en demeurant attentif aux devoirs propres que J’ai enseignés, on doit, sans désir personnel, pratiquer le varṇāśrama et les usages de son lignage.
Verse 2
अन्वीक्षेत विशुद्धात्मा देहिनां विषयात्मनाम् । गुणेषु तत्त्वध्यानेन सर्वारम्भविपर्ययम् ॥ २ ॥
L’âme purifiée doit voir que les êtres incarnés, voués aux plaisirs des sens, ont pris à tort pour vérité les objets de jouissance; ainsi, par la contemplation du tattva au sein des guṇa, toutes leurs entreprises se renversent et échouent.
Verse 3
सुप्तस्य विषयालोको ध्यायतो वा मनोरथ: । नानात्मकत्वाद् विफलस्तथा भेदात्मधीर्गुणै: ॥ ३ ॥
De même que le dormeur voit en rêve maints objets de jouissance, et que les chimères de celui qui médite, parce que multiples, sont finalement vaines; ainsi l’être vivant, endormi à son identité spirituelle, avec une intelligence de séparation née des guṇa, perçoit d’innombrables objets des sens—créations passagères de la puissance illusoire du Seigneur. Poussé par les sens, il les contemple et gaspille son discernement.
Verse 4
निवृत्तं कर्म सेवेत प्रवृत्तं मत्परस्त्यजेत् । जिज्ञासायां सम्प्रवृत्तो नाद्रियेत् कर्मचोदनाम् ॥ ४ ॥
Celui qui m’a établi dans son esprit comme but de la vie doit renoncer aux actes fondés sur la jouissance des sens et accomplir plutôt un travail régi par des principes de discipline pour progresser. Toutefois, lorsqu’on est entièrement engagé dans la recherche de la vérité ultime de l’ātman, on ne doit pas accepter les injonctions scripturaires qui gouvernent le karma à fruits.
Verse 5
यमानभीक्ष्णं सेवेत नियमान् मत्पर: क्वचित् । मदभिज्ञं गुरुं शान्तमुपासीत मदात्मकम् ॥ ५ ॥
Celui qui m’a accepté comme but suprême doit observer avec rigueur les yama qui interdisent le péché et, autant que possible, accomplir les niyama tels que la pureté. Toutefois, en définitive, il doit s’approcher d’un sad-gourou authentique, qui me connaît tel que je suis, paisible, et qui, par élévation spirituelle, n’est pas différent de moi.
Verse 6
अमान्यमत्सरो दक्षो निर्ममोदृढसौहृद: । असत्वरोऽर्थजिज्ञासुरनसूयुरमोघवाक् ॥ ६ ॥
Le serviteur ou disciple du maître spirituel doit être sans faux prestige, sans jalousie, actif et jamais paresseux; il doit renoncer à tout sentiment de propriété sur les objets des sens, y compris épouse, enfants, foyer et société. Qu’il soit doté d’une amitié aimante et ferme envers le guru, sans déviation. Qu’il aspire toujours à progresser dans la compréhension spirituelle, n’envie personne et évite les paroles vaines.
Verse 7
जायापत्यगृहक्षेत्रस्वजनद्रविणादिषु । उदासीन: समं पश्यन् सर्वेष्वर्थमिवात्मन: ॥ ७ ॥
À l’égard de l’épouse, des enfants, du foyer, des terres, des proches, des amis et des richesses, qu’on voie d’un même regard l’intérêt réel de l’âme et qu’on demeure détaché.
Verse 8
विलक्षण: स्थूलसूक्ष्माद् देहादात्मेक्षिता स्वदृक् । यथाग्निर्दारुणो दाह्याद् दाहकोऽन्य: प्रकाशक: ॥ ८ ॥
L’ātman, témoin qui se voit lui-même, est distinct du corps grossier et subtil; ainsi le feu, qui brûle et éclaire, est autre que le bois destiné à brûler.
Verse 9
निरोधोत्पत्त्यणुबृहन्नानात्वं तत्कृतान् गुणान् । अन्त:प्रविष्ट आधत्त एवं देहगुणान् पर: ॥ ९ ॥
De même que le feu paraît latent, manifeste, faible ou éclatant selon le combustible, ainsi l’âme entre dans un corps matériel et semble en adopter les qualités.
Verse 10
योऽसौ गुणैर्विरचितो देहोऽयं पुरुषस्य हि । संसारस्तन्निबन्धोऽयं पुंसो विद्याच्छिदात्मन: ॥ १० ॥
Les corps subtil et grossier, façonnés par les modes matériels, sont le lien du samsāra; lorsque l’être s’approprie les qualités du corps, naît l’illusion, que la vraie connaissance tranche.
Verse 11
तस्माज्जिज्ञासयात्मानमात्मस्थं केवलं परम् । सङ्गम्य निरसेदेतद्वस्तुबुद्धिं यथाक्रमम् ॥ ११ ॥
Ainsi, par la quête de la connaissance, approche le Seigneur Suprême établi en toi; comprenant Son existence pure et transcendante, renonce peu à peu à la vision illusoire d’un monde tenu pour réalité autonome.
Verse 12
आचार्योऽरणिराद्य: स्यादन्तेवास्युत्तरारणि: । तत्सन्धानं प्रवचनं विद्यासन्धि: सुखावह: ॥ १२ ॥
L’ācārya est semblable au bois d’allumage inférieur, le disciple au bois supérieur, et l’enseignement du guru au troisième bois placé entre les deux. De leur contact naît le feu de la connaissance transcendante, qui réduit en cendres l’obscurité de l’ignorance et apporte une grande félicité au maître comme au disciple.
Verse 13
वैशारदी सातिविशुद्धबुद्धि- र्धुनोति मायां गुणसम्प्रसूताम् । गुणांश्च सन्दह्य यदात्ममेतत् स्वयं च शाम्यत्यसमिद् यथाग्नि: ॥ १३ ॥
En écoutant avec soumission un maître spirituel accompli, le disciple compétent développe une connaissance très pure, qui repousse l’assaut de la māyā issue des trois guṇa. Finalement, cette connaissance brûle les guṇa puis s’apaise d’elle-même, comme le feu s’éteint lorsque le combustible est consumé.
Verse 14
अथैषाम् कर्मकर्तृणां भोक्तृणां सुखदु:खयो: । नानात्वमथ नित्यत्वं लोककालागमात्मनाम् ॥ १४ ॥ मन्यसे सर्वभावानां संस्था ह्यौत्पत्तिकी यथा । तत्तदाकृतिभेदेन जायते भिद्यते च धी: ॥ १५ ॥ एवमप्यङ्ग सर्वेषां देहिनां देहयोगत: । कालावयवत: सन्ति भावा जन्मादयोऽसकृत् ॥ १६ ॥
Mon cher Uddhava, certains philosophes contestent Ma conclusion. Ils voient l’être vivant comme l’agent du karma et le jouisseur du plaisir et de la douleur issus de ses actes; et ils déclarent que le monde, le temps, les Écritures révélées et le soi sont variés et éternels, s’écoulant en transformations perpétuelles. Ils ajoutent que la connaissance ne peut être une ni éternelle, puisqu’elle naît des formes changeantes des objets et change donc elle aussi. Pourtant, même en acceptant cette doctrine, la naissance, la mort, la vieillesse et la maladie se répéteront sans cesse, car tout être doit prendre un corps matériel soumis au temps.
Verse 15
अथैषाम् कर्मकर्तृणां भोक्तृणां सुखदु:खयो: । नानात्वमथ नित्यत्वं लोककालागमात्मनाम् ॥ १४ ॥ मन्यसे सर्वभावानां संस्था ह्यौत्पत्तिकी यथा । तत्तदाकृतिभेदेन जायते भिद्यते च धी: ॥ १५ ॥ एवमप्यङ्ग सर्वेषां देहिनां देहयोगत: । कालावयवत: सन्ति भावा जन्मादयोऽसकृत् ॥ १६ ॥
Ils pensent aussi que l’état de toutes choses apparaît comme une production naturelle; selon la diversité des formes, l’intelligence naît, se divise et change. Ainsi, pour eux, la connaissance n’est ni une ni éternelle.
Verse 16
अथैषाम् कर्मकर्तृणां भोक्तृणां सुखदु:खयो: । नानात्वमथ नित्यत्वं लोककालागमात्मनाम् ॥ १४ ॥ मन्यसे सर्वभावानां संस्था ह्यौत्पत्तिकी यथा । तत्तदाकृतिभेदेन जायते भिद्यते च धी: ॥ १५ ॥ एवमप्यङ्ग सर्वेषां देहिनां देहयोगत: । कालावयवत: सन्ति भावा जन्मादयोऽसकृत् ॥ १६ ॥
Pourtant, ô bien-aimé, tous les êtres incarnés, du fait de leur union au corps et de leur soumission au temps, connaissent sans cesse des états tels que la naissance et autres: naître, mourir, vieillir et tomber malade. Ainsi, la roue du saṁsāra ne s’arrête pas.
Verse 17
तत्रापि कर्मणां कर्तुरस्वातन्त्र्यं च लक्ष्यते । भोक्तुश्च दु:खसुखयो: को न्वर्थो विवशं भजेत् ॥ १७ ॥
Là aussi, on voit clairement que l’agent des actes n’est pas indépendant. Si celui qui goûte joie et peine est sous une domination supérieure, quel fruit précieux attendre d’actions accomplies dans la contrainte ?
Verse 18
न देहिनां सुखं किञ्चिद् विद्यते विदुषामपि । तथा च दु:खं मूढानां वृथाहङ्करणं परम् ॥ १८ ॥
Dans le monde matériel, on voit que parfois même l’homme intelligent n’est pas heureux, et parfois même le grand sot l’est. Penser obtenir le bonheur par l’habileté dans les actes matériels n’est qu’une vaine démonstration de faux ego.
Verse 19
यदि प्राप्तिं विघातं च जानन्ति सुखदु:खयो: । तेऽप्यद्धा न विदुर्योगं मृत्युर्न प्रभवेद् यथा ॥ १९ ॥
Même si les gens savent obtenir la joie et éviter la peine, ils ne connaissent pas pour autant la voie du yoga par laquelle la mort ne peut plus exercer son pouvoir sur eux.
Verse 20
कोऽन्वर्थ: सुखयत्येनं कामो वा मृत्युरन्तिके । आघातं नीयमानस्य वध्यस्येव न तुष्टिद: ॥ २० ॥
Quand la mort est proche, comment le désir ou les objets de jouissance pourraient-ils rendre heureux ? Comme un condamné qu’on mène au lieu d’exécution ne trouve aucune satisfaction, ainsi le bonheur matériel ne comble pas.
Verse 21
श्रुतं च दृष्टवद् दुष्टं स्पर्धासूयात्ययव्ययै: । बह्वन्तरायकामत्वात् कृषिवच्चापि निष्फलम् ॥ २१ ॥
Le bonheur matériel dont on entend parler —comme l’élévation aux mondes célestes pour y jouir— est semblable à celui déjà éprouvé : tous deux sont souillés par la rivalité, l’envie, le déclin et la mort. Ainsi, comme une culture devient vaine lorsqu’elle rencontre maladies, insectes ou sécheresse, de même la quête du bonheur matériel, sur terre ou au ciel, demeure toujours stérile à cause d’innombrables obstacles.
Verse 22
अन्तरायैरविहितो यदि धर्म: स्वनुष्ठित: । तेनापि निर्जितं स्थानं यथा गच्छति तच्छृणु ॥ २२ ॥
Si l’on accomplit son dharma et les rites védiques sans obstacle ni souillure, on obtient une demeure céleste; mais même ce fruit est vaincu par le Temps. Écoute donc.
Verse 23
इष्ट्वेह देवता यज्ञै: स्वर्लोकं याति याज्ञिक: । भुञ्जीत देववत्तत्र भोगान् दिव्यान् निजार्जितान् ॥ २३ ॥
Celui qui, sur terre, accomplit des sacrifices pour satisfaire les devas va aux mondes célestes; là, tel un deva, il jouit des plaisirs divins qu’il a mérités.
Verse 24
स्वपुण्योपचिते शुभ्रे विमान उपगीयते । गन्धर्वैर्विहरन् मध्ये देवीनां हृद्यवेषधृक् ॥ २४ ॥
Parvenu au ciel, il se déplace dans un vimāna resplendissant acquis par sa piété terrestre; les Gandharvas le célèbrent en chants et, vêtu avec grâce, il jouit au milieu des déesses célestes.
Verse 25
स्त्रीभि: कामगयानेन किङ्किणीजालमालिना । क्रीडन् न वेदात्मपातं सुराक्रीडेषु निर्वृत: ॥ २५ ॥
Entouré de femmes célestes, il se divertit dans un vimāna allant où il le veut, orné de guirlandes de clochettes tintantes. Enivré des jardins de plaisir du ciel, il ne voit pas que son mérite s’épuise et qu’il retombera bientôt dans le monde mortel.
Verse 26
तावत् स मोदते स्वर्गे यावत् पुण्यं समाप्यते । क्षीणपुण्य: पतत्यर्वागनिच्छन् कालचालित: ॥ २६ ॥
Tant que son mérite subsiste, il se réjouit au ciel. Mais lorsque le mérite s’épuise, même malgré lui, il retombe en bas, poussé par la force du Temps.
Verse 27
यद्यधर्मरत: सङ्गादसतां वाजितेन्द्रिय: । कामात्मा कृपणो लुब्ध: स्त्रैणो भूतविहिंसक: ॥ २७ ॥ पशूनविधिनालभ्य प्रेतभूतगणान् यजन् । नरकानवशो जन्तुर्गत्वा यात्युल्बणं तम: ॥ २८ ॥ कर्माणि दु:खोदर्काणि कुर्वन् देहेन तै: पुन: । देहमाभजते तत्र किं सुखं मर्त्यधर्मिण: ॥ २९ ॥
Si un homme s’adonne à l’adharma, par mauvaise fréquentation ou faute de maîtriser ses sens, il se remplit de désirs matériels : il devient avare, cupide, asservi au plaisir des femmes et violent envers les êtres. Bravant les prescriptions védiques, il abat des animaux pour la jouissance des sens et rend un culte aux preta et aux bhūta ; ainsi le jīva égaré tombe en enfer, où il reçoit un corps souillé par l’obscurité la plus épaisse de tamas. Dans ce corps déchu, il poursuit des actes funestes qui accroissent sa souffrance future, et reprend sans cesse un corps semblable—quelle joie pour celui dont les œuvres aboutissent inévitablement à la mort ?
Verse 28
यद्यधर्मरत: सङ्गादसतां वाजितेन्द्रिय: । कामात्मा कृपणो लुब्ध: स्त्रैणो भूतविहिंसक: ॥ २७ ॥ पशूनविधिनालभ्य प्रेतभूतगणान् यजन् । नरकानवशो जन्तुर्गत्वा यात्युल्बणं तम: ॥ २८ ॥ कर्माणि दु:खोदर्काणि कुर्वन् देहेन तै: पुन: । देहमाभजते तत्र किं सुखं मर्त्यधर्मिण: ॥ २९ ॥
Celui qui, bravant la règle védique, abat des animaux sans rite légitime et adore les preta et les bhūta, ce jīva égaré tombe dans les enfers et s’enfonce dans une obscurité terrible ; là, il reçoit un corps épaissi par tamas.
Verse 29
यद्यधर्मरत: सङ्गादसतां वाजितेन्द्रिय: । कामात्मा कृपणो लुब्ध: स्त्रैणो भूतविहिंसक: ॥ २७ ॥ पशूनविधिनालभ्य प्रेतभूतगणान् यजन् । नरकानवशो जन्तुर्गत्वा यात्युल्बणं तम: ॥ २८ ॥ कर्माणि दु:खोदर्काणि कुर्वन् देहेन तै: पुन: । देहमाभजते तत्र किं सुखं मर्त्यधर्मिण: ॥ २९ ॥
Par le fruit de ces actes, le jīva, avec ce même corps, continue d’accomplir des œuvres qui mûrissent en souffrance et reprend sans cesse un corps semblable. Comment y aurait-il du bonheur pour celui dont les actions finissent, inévitablement, dans la mort ?
Verse 30
लोकानां लोकपालानां मद्भयं कल्पजीविनाम् । ब्रह्मणोऽपि भयं मत्तो द्विपरार्धपरायुष: ॥ ३० ॥
Dans tous les mondes, des célestes aux infernaux, et parmi les grands lokapālas qui vivent un kalpa, il y a la crainte de Moi sous Ma forme de Temps. Même Brahmā, dont la vie s’étend sur deux parārdhas, Me redoute.
Verse 31
गुणा: सृजन्ति कर्माणि गुणोऽनुसृजते गुणान् । जीवस्तु गुणसंयुक्तो भुङ्क्ते कर्मफलान्यसौ ॥ ३१ ॥
Les guṇas engendrent les actions, et le guṇa fait se poursuivre les guṇas. Le jīva, uni aux guṇas, goûte les fruits du karma ; il éprouve les résultats des actes mus par sattva, rajas et tamas.
Verse 32
यावत् स्याद् गुणवैषम्यं तावन्नानात्वमात्मन: । नानात्वमात्मनो यावत् पारतन्त्र्यं तदैव हि ॥ ३२ ॥
Tant que l’être vivant croit que les guṇa de la nature matérielle existent séparément, il est contraint de naître sous de multiples formes et d’éprouver la diversité de l’existence matérielle. Ainsi demeure-t-il entièrement dépendant des fruits du karma sous les guṇa.
Verse 33
यावदस्यास्वतन्त्रत्वं तावदीश्वरतो भयम् । य एतत् समुपासीरंस्ते मुह्यन्ति शुचार्पिता: ॥ ३३ ॥
Tant que l’âme conditionnée demeure dépendante, elle continue de Me craindre, Moi, le Seigneur Suprême, car c’est Moi qui dispense les résultats du karma. Ceux qui adoptent la conception matérielle, tenant pour réelle la diversité des guṇa, se vouent au plaisir et restent toujours plongés dans le chagrin et la peine.
Verse 34
काल आत्मागमो लोक: स्वभावो धर्म एव च । इति मां बहुधा प्राहुर्गुणव्यतिकरे सति ॥ ३४ ॥
Lorsque les guṇa s’agitent et interagissent, les êtres Me décrivent de multiples façons : comme le Temps tout-puissant, comme le Soi, comme la connaissance védique, comme l’univers, comme la nature propre, comme les rites du dharma, et ainsi de suite.
Verse 35
श्रीउद्धव उवाच गुणेषु वर्तमानोऽपि देहजेष्वनपावृत: । गुणैर्न बध्यते देही बध्यते वा कथं विभो ॥ ३५ ॥
Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur tout-puissant ! Bien que l’âme incarnée se trouve au milieu des guṇa nés du corps, avec le plaisir et la peine qu’ils engendrent, comment se fait-il qu’elle ne soit pas liée par les guṇa ? Et si l’âme est en vérité éternelle et transcendante, comment peut-elle être liée par la prakṛti ?
Verse 36
कथं वर्तेत विहरेत् कैर्वा ज्ञायेत लक्षणै: । किं भुञ्जीतोत विसृजेच्छयीतासीत याति वा ॥ ३६ ॥ एतदच्युत मे ब्रूहि प्रश्नं प्रश्नविदां वर । नित्यबद्धो नित्यमुक्त एक एवेति मे भ्रम: ॥ ३७ ॥
Comment vit-il et se déplace-t-il, et par quels signes le reconnaître ? Que mange-t-il, comment évacue-t-il, comment se couche-t-il, s’assoit-il ou marche-t-il ? Ô Acyuta, le meilleur pour répondre aux questions, dis-le-moi. Je suis troublé : un même être est dit éternellement lié et pourtant éternellement libéré.
Verse 37
कथं वर्तेत विहरेत् कैर्वा ज्ञायेत लक्षणै: । किं भुञ्जीतोत विसृजेच्छयीतासीत याति वा ॥ ३६ ॥ एतदच्युत मे ब्रूहि प्रश्नं प्रश्नविदां वर । नित्यबद्धो नित्यमुक्त एक एवेति मे भ्रम: ॥ ३७ ॥
Ô Acyuta, Seigneur infaillible, on décrit parfois le même être vivant comme éternellement conditionné et parfois comme éternellement libéré; je ne saisis pas sa situation réelle. Toi qui es le meilleur pour répondre aux questions de tattva, explique-moi les signes permettant de distinguer le nitya-mukta du nitya-baddha. Comment demeurent-ils et se déplacent-ils, à quels indices les reconnaître; que goûtent-ils, que mangent-ils, que rejettent-ils, et comment s’allongent-ils, s’assoient-ils ou marchent-ils?
It presents varṇāśrama as a regulated framework meant to support purification when performed without personal desire and with full shelter in Bhagavān. Duties are not the final goal; they are subordinated to fixing the mind in devotional service and advancing toward realized truth.
Because dream-objects appear real to a sleeping person but are mental constructions with no lasting substance. Similarly, sense objects pursued by one “asleep” to spiritual identity are māyā’s temporary manifestations; meditation on them, driven by the senses, misuses intelligence and yields no permanent gain.
Kṛṣṇa indicates that when one is fully engaged in searching out the ultimate truth of the soul (ātma-tattva-vicāra) and not motivated by sense gratification, one should not accept injunctions governing fruitive activities (karma-kāṇḍa), while still maintaining purity and approaching a realized guru.
The guru is described as fully knowledgeable of Kṛṣṇa as He is, peaceful, and spiritually elevated—so aligned with the Lord’s will that he is said to be ‘not different’ in the sense of representing the Lord’s instruction and presence without personal agenda.
Using the fire-and-fuel analogy: fire (the conscious seer) is distinct from firewood (the body to be illumined). The soul is self-luminous consciousness, while gross and subtle bodies are guṇa-made instruments mistakenly taken as the self.
They are karma-vādīs who claim the living entity’s natural position is fruitive action and that he is the independent enjoyer of results. The chapter argues this view cannot remove birth and death and is contradicted by observation: results are controlled, happiness is inconsistent, and time ultimately destroys all fruits.
Because svarga results depend on exhaustible piety and are vanquished by time. The chapter describes heavenly luxury to show its impermanence: when merit ends, the soul falls against his desire, proving that karma cannot grant lasting fearlessness or liberation.
Uddhava asks how the soul can be described as both eternally conditioned and eternally liberated, and how bondage occurs if the self is transcendental. This directly sets up the subsequent explanation of the symptoms and lived characteristics of conditioned versus liberated beings.