Adhyaya 7
Dvitiya SkandhaAdhyaya 753 Verses

Adhyaya 7

Bhagavān’s Avatāras, Their Protections (Poṣaṇa), and the Limits of Knowing Him

Poursuivant l’enseignement de Brahmā à Nārada, selon lequel le Seigneur Suprême (Viṣṇu) est la cause racine de la création et du gouvernement du monde, ce chapitre présente un vaste avatāra-saṅgraha (catalogue des incarnations) illustrant poṣaṇa — la protection divine du cosmos et des dévots — à travers les yuga et les temps de crise. Brahmā rappelle les descentes majeures : Varāha sauvant la Terre ; Kapila enseignant la sāṅkhya-bhakti à Devahūti ; Dattātreya bénissant des dynasties ; les Kumāra rétablissant la vérité spirituelle ; Nara-Nārāyaṇa et son tapas invincible ; Dhruva et Pṛthu, modèles de bhakti et de règne juste ; Hayagrīva préservant les Veda ; Matsya et Kūrma lors des transitions cosmiques ; Nṛsiṁha protégeant les devas ; le sauvetage de Gajendra ; Vāmana humiliant Bali ; Haṁsa instruisant Nārada ; Dhanvantari apportant la guérison ; Paraśurāma corrigeant les kṣatriya déchus ; Rāma manifestant sa dharma-līlā ; et Kṛṣṇa, avec ses jeux divins d’enfance et de royauté. Le chapitre devient ensuite méditatif : la grandeur de Viṣṇu est incommensurable ; même Brahmā et Śeṣa n’en atteignent pas la limite. Pourtant, les dévots abandonnés peuvent traverser la māyā et Le connaître par la grâce. Brahmā conclut en exhortant Nārada à répandre cette science du Bhāgavata afin que les humains affermissent leur service dévotionnel, reliant cet aperçu des avatāra à l’étape suivante d’un enseignement et d’une transmission plus systématiques.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच यत्रोद्यत: क्षितितलोद्धरणाय बिभ्रत् क्रौडीं तनुं सकलयज्ञमयीमनन्त: । अन्तर्महार्णव उपागतमादिदैत्यं तं दंष्ट्रयाद्रिमिव वज्रधरो ददार ॥ १ ॥

Brahmā dit : Lorsque le Seigneur sans limites, en guise de jeu divin, prit la forme de Varāha, toute imprégnée de l’essence des yajñas, afin de soulever la terre engloutie dans le grand océan Garbhodaka, le premier démon, Hiraṇyākṣa, surgit des profondeurs; et le Bhagavān le perça de Sa défense, tel Indra, porteur du vajra, fendant une montagne.

Verse 2

जातो रुचेरजनयत् सुयमान् सुयज्ञ आकूतिसूनुरमरानथ दक्षिणायाम् । लोकत्रयस्य महतीमहरद् यदार्तिं स्वायम्भुवेन मनुना हरिरित्यनूक्त: ॥ २ ॥

Le Prajāpati Ruci engendra d’abord Suyajña dans le sein de son épouse Ākūti. Puis Suyajña engendre les devas, menés par Suyama, dans le sein de son épouse Dakṣiṇā. En tant qu’Indra, Suyajña apaisa les grandes misères des trois mondes; c’est pourquoi Svāyambhuva Manu le nomma « Hari ».

Verse 3

जज्ञे च कर्दमगृहे द्विज देवहूत्यां स्त्रीभि: समं नवभिरात्मगतिं स्वमात्रे । ऊचे ययात्मशमलं गुणसङ्गपङ्क- मस्मिन् विधूय कपिलस्य गतिं प्रपेदे ॥ ३ ॥

Puis le Seigneur apparut comme l’avatāra Kapila, fils du prajāpati brāhmaṇa Kardama et de son épouse Devahūti, avec neuf filles. Il enseigna à Sa mère la réalisation du Soi; ainsi, en cette même vie, elle se lava de la boue de l’attachement aux guṇas et atteignit la délivrance, la voie de Kapila.

Verse 4

अत्रेरपत्यमभिकाङ्‍क्षत आह तुष्टो दत्तो मयाहमिति यद् भगवान् स दत्त: । यत्पादपङ्कजपरागपवित्रदेहा योगर्द्धिमापुरुभयीं यदुहैहयाद्या: ॥ ४ ॥

Le grand sage Atri pria pour avoir une descendance. Satisfait, le Seigneur déclara : « Je t’ai été donné comme Datta », et Il se manifesta comme fils d’Atri, Dattātreya. Par la grâce de la poussière sacrée des pieds de lotus du Seigneur, les Yadu, les Haihaya et d’autres furent purifiés et obtinrent des bienfaits matériels et spirituels.

Verse 5

तप्तं तपो विविधलोकसिसृक्षया मे आदौ सनात् स्वतपस: स चतु:सनोऽभूत् । प्राक्कल्पसम्प्लवविनष्टमिहात्मतत्त्वं सम्यग् जगाद मुनयो यदचक्षतात्मन् ॥ ५ ॥

Pour créer les différents systèmes planétaires, je dus accomplir de rudes austérités; le Seigneur, satisfait, s’incarna au commencement en les quatre Sana : Sanaka, Sanatkumāra, Sanandana et Sanātana. La vérité spirituelle, anéantie lors du déluge du kalpa précédent, fut expliquée par eux avec tant de justesse que les sages la saisirent aussitôt clairement.

Verse 6

धर्मस्य दक्षदुहितर्यजनिष्ट मूर्त्यां नारायणो नर इति स्वतप:प्रभाव: । दृष्ट्वात्मनो भगवतो नियमावलोपं देव्यस्त्वनङ्गपृतना घटितुं न शेकु: ॥ ६ ॥

Pour manifester Sa voie personnelle d’austérité et de discipline, le Seigneur apparut en deux formes, Nārāyaṇa et Nara, dans le sein de Mūrti, épouse de Dharma et fille de Dakṣa. Les beautés célestes, compagnes de Kāma, vinrent tenter de briser Ses vœux, mais échouèrent, car elles virent que d’innombrables beautés semblables à elles émanaient du Bhagavān Lui-même.

Verse 7

कामं दहन्ति कृतिनो ननु रोषद‍ृष्टय‍ा रोषं दहन्तमुत ते न दहन्त्यसह्यम् । सोऽयं यदन्तरमलं प्रविशन् बिभेति काम: कथं नु पुनरस्य मन: श्रयेत ॥ ७ ॥

Les grands êtres peuvent, d’un regard courroucé, consumer la luxure; mais ils ne parviennent pas à consumer leur propre colère insupportable, celle qui consume. Or cette colère même craint d’entrer dans le cœur du Seigneur, dont l’intérieur est sans souillure. Comment la luxure pourrait-elle alors prendre refuge dans Son esprit ?

Verse 8

विद्ध: सपत्‍न्‍युदितपत्रिभिरन्ति राज्ञो बालोऽपि सन्नुपगतस्तपसे वनानि । तस्मा अदाद् ध्रुवगतिं गृणते प्रसन्नो दिव्या: स्तुवन्ति मुनयो यदुपर्यधस्तात् ॥ ८ ॥

Insulté par les paroles tranchantes de la coépouse du roi, même en sa présence, le prince Dhruva, bien qu’enfant, partit dans la forêt pour accomplir de sévères pénitences. Satisfait de sa prière, le Seigneur lui accorda la demeure de Dhruva, le Dhruvaloka, que de grands sages, d’en haut comme d’en bas, vénèrent et célèbrent.

Verse 9

यद्वेनमुत्पथगतं द्विजवाक्यवज्र- निष्प्लुष्टपौरुषभगं निरये पतन्तम् । त्रात्वार्थितो जगति पुत्रपदं च लेभे दुग्धा वसूनि वसुधा सकलानि येन ॥ ९ ॥

Lorsque Mahārāja Vena s’écarta de la voie du dharma, les brāhmaṇas le frappèrent d’une malédiction telle un éclair, consumant son mérite et sa puissance, et il chutait vers l’enfer. Alors le Seigneur, par miséricorde sans cause, descendit comme son fils nommé Pṛthu, délivra Vena de l’enfer et, en « trayant » la terre, fit surgir toutes sortes de récoltes et de richesses.

Verse 10

नाभेरसावृषभ आस सुदेविसूनु- र्यो वै चचार समद‍ृग् जडयोगचर्याम् । यत्पारमहंस्यमृषय: पदमामनन्ति स्वस्थ: प्रशान्तकरण: परिमुक्तसङ्ग: ॥ १० ॥

Le Seigneur apparut comme fils de Sudevī, l’épouse du roi Nābhi, et fut connu sous le nom de Ṛṣabhadeva. D’un regard égal, Il pratiqua une discipline de yoga qui met l’esprit en équilibre. Les sages tiennent cet état pour le rang parama-haṁsa : établi en soi, les sens apaisés et affranchi de tout attachement, perfection de la délivrance.

Verse 11

सत्रे ममास भगवान् हयशीरषाथो साक्षात् स यज्ञपुरुषस्तपनीयवर्ण: । छन्दोमयो मखमयोऽखिलदेवतात्मा वाचो बभूवुरुशती: श्वसतोऽस्य नस्त: ॥ ११ ॥

Dans le sacrifice que j’accomplissais (Brahmā), le Seigneur apparut en incarnation Hayagrīva. Il est le Yajña-Puruṣa au corps d’or, la personnification des mètres védiques et la Sur-Âme de tous les dieux. Lorsqu’Il respirait, des sons suaves des hymnes védiques jaillissaient de ses narines.

Verse 12

मत्स्यो युगान्तसमये मनुनोपलब्ध: क्षोणीमयो निखिलजीवनिकायकेत: । विस्रंसितानुरुभये सलिले मुखान्मे आदाय तत्र विजहार ह वेदमार्गान् ॥ १२ ॥

À la fin de l’âge, le Seigneur, sous l’incarnation du Poisson, serait reconnu par Manu nommé Satyavrata (le futur Vaivasvata). Il est l’abri de tous les êtres, jusqu’à ceux des mondes terrestres. Par crainte des eaux immenses du pralaya, les Vedas tombèrent de ma (Brahmā) bouche; le Seigneur les recueillit et, jouant dans ces vastes flots, protégea la voie védique.

Verse 13

क्षीरोदधावमरदानवयूथपाना- मुन्मथ्नताममृतलब्धय आदिदेव: । पृष्ठेन कच्छपवपुर्विदधार गोत्रं निद्राक्षणोऽद्रिपरिवर्तकषाणकण्डू: ॥ १३ ॥

Dans l’Océan de Lait, devas et asuras barattaient pour obtenir l’amṛta, prenant le mont Mandara pour bâton de barattage. Alors le Seigneur primordial prit l’incarnation de la Tortue et porta Mandara sur son dos comme pivot. Le mont allant et venant frottait son dos et y éveillait une démangeaison; même à demi endormi, le Seigneur goûtait la douceur de ce chatouillement.

Verse 14

त्रैपिष्टपोरुभयहा स नृसिंहरूपं कृत्वा भ्रमद्भ्रुकुटिदंष्ट्रकरालवक्त्रम् । दैत्येन्द्रमाशु गदयाभिपतन्तमारा- दूरौ निपात्य विददार नखै: स्फुरन्तम् ॥ १४ ॥

Pour dissiper la grande peur des demi-dieux, le Seigneur prit la forme de Nṛsiṁha. Les sourcils froncés de colère, montrant des crocs et une gueule terribles, Il renversa sur Ses cuisses le roi des asuras, Hiraṇyakaśipu, qui Le défiait avec une massue, et le déchira de Ses ongles étincelants.

Verse 15

अन्त:सरस्युरुबलेन पदे गृहीतो ग्राहेण यूथपतिरम्बुजहस्त आर्त: । आहेदमादिपुरुषाखिललोकनाथ तीर्थश्रव: श्रवणमङ्गलनामधेय ॥ १५ ॥

Dans le lac, un crocodile d’une force supérieure saisit la patte de Gajendra, chef des éléphants. Accablé, tenant un lotus de sa trompe, il implora : «Ô Ādipuruṣa, Seigneur de tous les mondes ! Entendre Ton saint Nom est déjà de bon augure et purifie ; ce Nom est digne d’être chanté».

Verse 16

श्रुत्वा हरिस्तमरणार्थिनमप्रमेय- श्चक्रायुध: पतगराजभुजाधिरूढ: । चक्रेण नक्रवदनं विनिपाट्य तस्मा- द्धस्ते प्रगृह्य भगवान् कृपयोज्जहार ॥ १६ ॥

Entendant la supplication de Gajendra, Hari, l’Incommensurable, armé du cakra, apparut aussitôt sur Garuḍa, roi des oiseaux. D’un coup de disque Il mit en pièces la gueule du crocodile, puis, saisissant l’éléphant par la trompe, Il le délivra avec compassion.

Verse 17

ज्यायान् गुणैरवरजोऽप्यदिते: सुतानां लोकान् विचक्रम इमान् यदथाधियज्ञ: । क्ष्मां वामनेन जगृहे त्रिपदच्छलेन याच्ञामृते पथि चरन् प्रभुभिर्न चाल्य: ॥ १७ ॥

Bien qu’Il apparût comme le plus jeune fils d’Aditi, le Seigneur surpassa les Ādityas en toutes qualités; en tant qu’Adhiyajña, Il parcourut et couvrit tous les mondes. Sous la forme de Vāmana, prétextant demander trois pas de terre, Il prit à Bali Mahārāja toutes ses terres, car sans requête, même une autorité ne peut s’emparer du bien légitime d’autrui.

Verse 18

नार्थो बलेरयमुरुक्रमपादशौच- माप: शिखाधृतवतो विबुधाधिपत्यम् । यो वै प्रतिश्रुतमृते न चिकीर्षदन्य- दात्मानमङ्ग मनसा हरयेऽभिमेने ॥ १८ ॥

Bali Mahārāja posa sur sa tête l’eau ayant lavé les pieds de lotus d’Urukrama. Bien que son maître spirituel l’en ait dissuadé, il ne pensa à rien d’autre qu’à sa promesse. Pour compléter la mesure du troisième pas du Seigneur, il offrit même son propre corps à Hari ; pour lui, même la royauté céleste conquise par la force n’avait aucune valeur.

Verse 19

तुभ्यं च नारद भृशं भगवान् विवृद्ध- भावेन साधुपरितुष्ट उवाच योगम् । ज्ञानं च भागवतमात्मसतत्त्वदीपं यद्वासुदेवशरणा विदुरञ्जसैव ॥ १९ ॥

Ô Nārada, le Bhagavān, dans Son incarnation de Haṁsāvatāra, grandement satisfait par ta bhakti ardente, t’enseigna le yoga, la connaissance et la science Bhāgavata, lampe de la vérité de l’ātman; aisément comprise par ceux qui se réfugient en Vāsudeva.

Verse 20

चक्रं च दिक्ष्वविहतं दशसु स्वतेजो मन्वन्तरेषु मनुवंशधरो बिभर्ति । दुष्टेषु राजसु दमं व्यदधात् स्वकीर्तिं सत्ये त्रिपृष्ठ उशतीं प्रथयंश्चरित्रै: ॥ २० ॥

En incarnation de Manu, le Seigneur devint l’héritier de la lignée de Manu. Par Son disque, irrésistible en toutes directions grâce à Sa propre puissance, Il dompta les rois impies durant dix manvantaras; et par Ses actes, Sa gloire se répandit dans les trois mondes jusqu’à Satyaloka.

Verse 21

धन्वन्तरिश्च भगवान् स्वयमेव कीर्ति- र्नाम्ना नृणां पुरुरुजां रुज आशु हन्ति । यज्ञे च भागममृतायुरवावरुन्ध आयुष्यवेदमनुशास्त्यवतीर्य लोके ॥ २१ ॥

Dans Son incarnation de Dhanvantari, le Seigneur, par Sa seule renommée, guérit promptement les maladies des êtres toujours souffrants; et c’est par Lui que les devas obtiennent une longue vie. Il reçoit Sa part dans les sacrifices et descend dans le monde pour enseigner l’Āyurveda, la science médicale.

Verse 22

क्षत्रं क्षयाय विधिनोपभृतं महात्मा ब्रह्मध्रुगुज्झितपथं नरकार्तिलिप्सु । उद्धन्त्यसाववनिकण्टकमुग्रवीर्य- स्त्रि:सप्तकृत्व उरुधारपरश्वधेन ॥ २२ ॥

Lorsque les kṣatriyas, administrateurs du royaume, s’écartèrent de la voie de la Vérité absolue, méprisant le dharma des brahmanes et aspirant à l’enfer, le Mahātmā, dans l’incarnation du sage Paraśurāma, d’une puissance redoutable et armé d’une hache tranchante, déracina ces rois impies, épines de la terre, vingt et une fois.

Verse 23

अस्मत्प्रसादसुमुख: कलया कलेश इक्ष्वाकुवंश अवतीर्य गुरोर्निदेशे । तिष्ठन् वनं सदयितानुज आविवेश यस्मिन् विरुध्य दशकन्धर आर्तिमार्च्छत् ॥ २३ ॥

Par Sa miséricorde sans cause envers tous les êtres, le Bhagavān, avec Ses expansions plénières, descendit dans la lignée d’Ikṣvāku comme Seigneur de la śakti interne, Sītā. Sur l’ordre de Son père, le roi Daśaratha, Il entra dans la forêt et y demeura de longues années avec Son épouse et Son jeune frère; Rāvaṇa aux dix têtes s’opposa à Lui, commit une grave offense et fut finalement vaincu.

Verse 24

यस्मा अदादुदधिरूढभयाङ्गवेपो मार्गं सपद्यरिपुरं हरवद् दिधक्षो: । दूरे सुहृन्मथितरोषसुशोणद‍ृष्टय‍ा तातप्यमानमकरोरगनक्रचक्र: ॥ २४ ॥

Le Seigneur Bhagavān Rāmacandra, peiné pour son amie intime Sītā tenue au loin, posa sur la cité de l’ennemi Rāvaṇa un regard rouge et brûlant, tel celui de Hara voulant consumer le ciel. L’immense océan, tremblant de peur, lui ouvrit aussitôt la voie, car ses habitants—requins, serpents et crocodiles—étaient brûlés par la chaleur des yeux courroucés du Seigneur.

Verse 25

वक्ष:स्थलस्पर्शरुग्नमहेन्द्रवाह- दन्तैर्विडम्बितककुब्जुष ऊढहासम् । सद्योऽसुभि: सह विनेष्यति दारहर्तु- र्विस्फूर्जितैर्धनुष उच्चरतोऽधिसैन्ये ॥ २५ ॥

Dans la bataille, les défenses d’Airāvata, la monture d’Indra, se brisèrent en heurtant la poitrine de Rāvaṇa, et leurs éclats semblèrent illuminer toutes les directions. Rāvaṇa, grisé d’orgueil, ria et erra au milieu des combattants comme s’il avait conquis les horizons; mais au frémissement retentissant de l’arc du Bhagavān Rāmacandra, son rire et son souffle de vie s’éteignirent sur-le-champ.

Verse 26

भूमे: सुरेतरवरूथविमर्दिताया: क्लेशव्ययाय कलया सितकृष्णकेश: । जात: करिष्यति जनानुपलक्ष्यमार्ग: कर्माणि चात्ममहिमोपनिबन्धनानि ॥ २६ ॥

Lorsque la terre est accablée par la puissance guerrière de rois sans foi en Dieu, le Seigneur descend avec son expansion plénière afin d’alléger la détresse du monde. Il vient dans sa forme originelle, paré de beaux cheveux noirs; nul ne peut jauger sa manière d’agir, et pour déployer sa gloire transcendante il accomplit des œuvres extraordinaires.

Verse 27

तोकेन जीवहरणं यदुलूकिकाया- स्त्रैमासिकस्य च पदा शकटोऽपवृत्त: । यद् रिङ्गतान्तरगतेन दिविस्पृशोर्वा उन्मूलनं त्वितरथार्जुनयोर्न भाव्यम् ॥ २७ ॥

Il n’y a aucun doute que le Seigneur Kṛṣṇa est le Suprême. Sinon, comment aurait-il pu tuer la géante démoniaque Pūtanā alors qu’il était encore sur les genoux de sa mère, renverser un chariot du pied à l’âge de trois mois, ou déraciner, en rampant, la paire d’arbres arjuna si hauts qu’ils touchaient le ciel ? De tels actes sont impossibles pour quiconque autre que le Seigneur lui-même.

Verse 28

यद् वै व्रजे व्रजपशून् विषतोयपीतान् पालांस्त्वजीवयदनुग्रहद‍ृष्टिवृष्टय‍ा । तच्छुद्धयेऽतिविषवीर्यविलोलजिह्व- मुच्चाटयिष्यदुरगं विहरन् ह्रदिन्याम् ॥ २८ ॥

À Vraja, lorsque les jeunes gardiens de vaches et leurs bêtes burent l’eau empoisonnée de la Yamunā et s’effondrèrent, le Seigneur, même dans son enfance, les ranima par une pluie de regards miséricordieux. Puis, pour purifier la Yamunā, il y sauta comme en jouant et châtia le serpent Kāliya, dont la langue ondoyante exhalait des vagues de poison. Qui, sinon le Seigneur Suprême, peut accomplir de tels exploits ?

Verse 29

तत् कर्म दिव्यमिव यन्निशि नि:शयानं दावाग्निना शुचिवने परिदह्यमाने । उन्नेष्यति व्रजमतोऽवसितान्तकालं नेत्रे पिधाप्य सबलोऽनधिगम्यवीर्य: ॥ २९ ॥

Cette même nuit, tandis que les habitants de Vraja dormaient sans crainte, un feu de forêt, attisé par les feuilles sèches, s’embrasa, comme si la mort allait saisir tous les êtres. Mais le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, avec Balarāma, les sauva simplement en fermant les yeux : telles sont Ses œuvres divines, surhumaines.

Verse 30

गृह्णीत यद् यदुपबन्धममुष्य माता शुल्बं सुतस्य न तु तत् तदमुष्य माति । यज्जृम्भतोऽस्य वदने भुवनानि गोपी संवीक्ष्य शङ्कितमना: प्रतिबोधितासीत् ॥ ३० ॥

Lorsque la mère Yaśodā voulut attacher les mains de son fils avec des cordes, elle constata que, même en en ajoutant, la corde restait toujours trop courte : il n’y entrait pas. Puis le Seigneur bâilla doucement et ouvrit la bouche, et la gopī y vit tous les univers. Elle fut saisie de doute, mais finit par être convaincue autrement de la nature mystique (yoga-māyā) de son enfant.

Verse 31

नन्दं च मोक्ष्यति भयाद् वरुणस्य पाशाद् गोपान् बिलेषु पिहितान् मयसूनुना च । अह्न्यापृतं निशि शयानमतिश्रमेण लोकं विकुण्ठमुपनेष्यति गोकुलं स्म ॥ ३१ ॥

Le Seigneur Śrī Kṛṣṇa délivrera Nanda Mahārāja de la crainte des liens de Varuṇa, et libérera aussi les jeunes vachers enfermés dans des grottes par le fils de Māyā. Aux habitants de Vṛndāvana, qui peinaient le jour et dormaient la nuit d’un sommeil profond à cause de leur labeur, Il accordera l’élévation jusqu’à Vaikuṇṭha—autant d’actes transcendants qui manifestent Sa divinité.

Verse 32

गोपैर्मखे प्रतिहते व्रजविप्लवाय देवेऽभिवर्षति पशून् कृपया रिरक्षु: । धर्तोच्छिलीन्ध्रमिव सप्तदिनानि सप्त- वर्षो महीध्रमनघैककरे सलीलम् ॥ ३२ ॥

Lorsque les vachers de Vṛndāvana, sur l’ordre de Kṛṣṇa, cessèrent d’offrir le sacrifice à Indra, le roi céleste déversa des pluies diluviennes durant sept jours, menaçant d’emporter Vraja. Par miséricorde sans cause envers les habitants et les bêtes, le Seigneur Śrī Kṛṣṇa, âgé de sept ans seulement, soutint la colline Govardhana d’une seule main, tel un dais, pendant sept jours.

Verse 33

क्रीडन् वने निशि निशाकररश्मिगौर्यां रासोन्मुख: कलपदायतमूर्च्छितेन । उद्दीपितस्मररुजां व्रजभृद्वधूनां हर्तुर्हरिष्यति शिरो धनदानुगस्य ॥ ३३ ॥

Dans la nuit blanchie par les rayons de la lune, le Seigneur se divertissait dans la forêt, prêt pour la danse du rāsa, et par des chants doux et mélodieux Il attisait l’ardeur amoureuse des jeunes femmes de Vraja. Alors le démon Śaṅkhacūḍa, riche partisan de Kuvera, enleva les demoiselles; et le Seigneur lui trancha la tête du corps.

Verse 34

ये च प्रलम्बखरदर्दुरकेश्यरिष्ट- मल्लेभकंसयवना: कपिपौण्ड्रकाद्या: । अन्ये च शाल्वकुजबल्वलदन्तवक्र- सप्तोक्षशम्बरविदूरथरुक्‍मिमुख्या: ॥ ३४ ॥ ये वा मृधे समितिशालिन आत्तचापा: काम्बोजमत्स्यकुरुसृञ्जयकैकयाद्या: । यास्यन्त्यदर्शनमलं बलपार्थभीम- व्याजाह्वयेन हरिणा निलयं तदीयम् ॥ ३५ ॥

Pralamba, Dhenuka, Baka, Keśī, Ariṣṭa, Cāṇūra, Muṣṭika, l’éléphant Kuvalayāpīḍa, Kaṁsa, Yavana, Narakāsura, Pauṇḍraka et d’autres, ainsi que Śālva, Dvivida, Balvala, Dantavakra, les sept taureaux, Śambara, Vidūratha et Rukmī—tous livrèrent un combat farouche contre le Seigneur Hari; et, une fois terrassés, les uns atteignirent le brahmajyoti impersonnel, les autres gagnèrent Sa demeure de Vaikuṇṭha.

Verse 35

ये च प्रलम्बखरदर्दुरकेश्यरिष्ट- मल्लेभकंसयवना: कपिपौण्ड्रकाद्या: । अन्ये च शाल्वकुजबल्वलदन्तवक्र- सप्तोक्षशम्बरविदूरथरुक्‍मिमुख्या: ॥ ३४ ॥ ये वा मृधे समितिशालिन आत्तचापा: काम्बोजमत्स्यकुरुसृञ्जयकैकयाद्या: । यास्यन्त्यदर्शनमलं बलपार्थभीम- व्याजाह्वयेन हरिणा निलयं तदीयम् ॥ ३५ ॥

Les guerriers experts au combat, l’arc à la main—tels Kāmboja, Matsya, Kuru, Sṛñjaya, Kekaya et d’autres—combattirent eux aussi Hari, qui se manifestait sous des noms comme Baladeva, Arjuna, Bhīma, etc. Une fois abattus, ils atteignirent le brahmajyoti ou la demeure de Vaikuṇṭha du Seigneur.

Verse 36

कालेन मीलितधियामवमृश्य नृणां स्तोकायुषां स्वनिगमो बत दूरपार: । आविर्हितस्त्वनुयुगं स हि सत्यवत्यां वेदद्रुमं विटपशो विभजिष्यति स्म ॥ ३६ ॥

Considérant qu’avec le temps l’intelligence des hommes s’émousse et que leur vie est brève, rendant la voie védique presque infranchissable, le Seigneur Lui-même apparaîtra comme le fils de Satyavatī, Vyāsadeva, et divisera l’arbre du savoir védique en multiples branches selon l’âge.

Verse 37

देवद्विषां निगमवर्त्मनि निष्ठितानां पूर्भिर्मयेन विहिताभिरद‍ृश्यतूर्भि: । लोकान् घ्नतां मतिविमोहमतिप्रलोभं वेषं विधाय बहु भाष्यत औपधर्म्यम् ॥ ३७ ॥

Lorsque les ennemis des devas, instruits dans la science védique, extermineront les habitants de divers mondes en volant invisibles dans des cités ou engins bâtis par Māyā, le Seigneur Janārdana égarera leur esprit en revêtant l’apparence séduisante de Bouddha et prêchera maints principes d’upadharma, une religiosité détournée.

Verse 38

यर्ह्यालयेष्वपि सतां न हरे: कथा: स्यु: पाषण्डिनो द्विजजना वृषला नृदेवा: । स्वाहा स्वधा वषडिति स्म गिरो न यत्र शास्ता भविष्यति कलेर्भगवान् युगान्ते ॥ ३८ ॥

Lorsque, même dans les demeures de ceux qu’on dit saints, il n’y aura plus de hari-kathā, lorsque les dvijas deviendront des pāṣaṇḍas et que les gouvernants (nṛdevas) auront une nature vile, et lorsque l’on ignorera jusqu’aux paroles du sacrifice—« svāhā, svadhā, vaṣaṭ »—alors, à la fin du Kali-yuga, le Bhagavān apparaîtra comme le Châtieur suprême.

Verse 39

सर्गे तपोऽहमृषयो नव ये प्रजेशा: स्थानेऽथ धर्ममखमन्वमरावनीशा: । अन्ते त्वधर्महरमन्युवशासुराद्या मायाविभूतय इमा: पुरुशक्तिभाज: ॥ ३९ ॥

Au commencement de la création se trouvent l’austérité, moi (Brahmā), les Prajāpati et les neuf grands sages qui engendrent; durant le maintien se tiennent le Seigneur Viṣṇu, les devas détenteurs du pouvoir et les rois des divers mondes; mais à la fin vient l’irréligion, puis Rudra et les athées emportés par la colère, etc. Tous sont des manifestations représentatives de l’énergie du Seigneur suprême.

Verse 40

विष्णोर्नु वीर्यगणनां कतमोऽर्हतीह य: पार्थिवान्यपि कविर्विममे रजांसि । चस्कम्भ य: स्वरहसास्खलता त्रिपृष्ठं यस्मात् त्रिसाम्यसदनादुरुकम्पयानम् ॥ ४० ॥

Qui peut décrire pleinement la prouesse de Viṣṇu? Même le savant qui mesurerait la poussière des particules atomiques de l’univers ne le pourrait; car Lui, sous la forme de Trivikrama, leva le pied sans effort, dépassa le sommet de Satyaloka jusqu’à l’état d’équilibre des trois guṇa, et tout en fut ébranlé.

Verse 41

नान्तं विदाम्यहममी मुनयोऽग्रजास्ते मायाबलस्य पुरुषस्य कुतोऽवरा ये । गायन् गुणान् दशशतानन आदिदेव: शेषोऽधुनापि समवस्यति नास्य पारम् ॥ ४१ ॥

Ni moi ni les sages nés avant toi ne connaissons la limite de la Personne suprême, toute-puissante par la force de sa māyā; comment ceux qui naissent après nous le pourraient-ils? Même Śeṣa, la première incarnation, chantant les qualités du Seigneur avec mille visages, n’a pas encore atteint cette frontière.

Verse 42

येषां स एष भगवान् दययेदनन्त: सर्वात्मनाश्रितपदो यदि निर्व्यलीकम् । ते दुस्तरामतितरन्ति च देवमायां नैषां ममाहमिति धी: श्वश‍ृगालभक्ष्ये ॥ ४२ ॥

Mais celui que le Seigneur infini favorise de Sa miséricorde et qui, dans un abandon sans mélange, se réfugie entièrement à Ses pieds en service de bhakti, traverse l’océan de la devī-māyā, si difficile à franchir, et comprend le Seigneur. En revanche, ceux qui s’attachent à ce corps —destiné à finir en pâture pour chiens et chacals— avec l’idée de « moi » et « mien », ne le peuvent pas.

Verse 43

वेदाहमङ्ग परमस्य हि योगमायां यूयं भवश्च भगवानथ दैत्यवर्य: । पत्नी मनो: स च मनुश्च तदात्मजाश्च प्राचीनबर्हिर्ऋभुरङ्ग उत ध्रुवश्च ॥ ४३ ॥ इक्ष्वाकुरैलमुचुकुन्दविदेहगाधि- रघ्वम्बरीषसगरा गयनाहुषाद्या: । मान्धात्रलर्कशतधन्वनुरन्तिदेवा देवव्रतो बलिरमूर्त्तरयो दिलीप: ॥ ४४ ॥ सौभर्युतङ्कशिबिदेवलपिप्पलाद- सारस्वतोद्धवपराशरभूरिषेणा: । येऽन्ये विभीषणहनूमदुपेन्द्रदत्त- पार्थार्ष्टिषेणविदुरश्रुतदेववर्या: ॥ ४५ ॥

Ô Nārada, bien que les puissances du Seigneur soient inconcevables et incommensurables, pourtant, parce que nous sommes des âmes abandonnées, nous savons comment Il agit par ses énergies de yoga-māyā. De même les connaissent Śiva le tout-puissant, Prahlāda le meilleur des daityas, Svāyambhuva Manu, son épouse Śatarūpā, ses fils et filles (Priyavrata, Uttānapāda, Ākūti, Devahūti, Prasūti, etc.), ainsi que Prācīnabarhi, Ṛbhu, Aṅga, Dhruva, Ikṣvāku, Aila, Mucukunda, Videha (Janaka), Gādhi, Raghu, Ambarīṣa, Sagara, Gaya, Nāhuṣa, Māndhātā, Alarka, Śatadhanvā, Anu, Rantideva, Bhīṣma, Bali, Amūrttaraya, Dilīpa, Saubhari, Utaṅka, Śibi, Devala, Pippalāda, Sārasvata, Uddhava, Parāśara, Bhūriṣeṇa, Vibhīṣaṇa, Hanumān, Śukadeva, Arjuna, Ārṣṭiṣeṇa, Vidura, Śrutadeva, et d’autres encore.

Verse 44

वेदाहमङ्ग परमस्य हि योगमायां यूयं भवश्च भगवानथ दैत्यवर्य: । पत्नी मनो: स च मनुश्च तदात्मजाश्च प्राचीनबर्हिर्ऋभुरङ्ग उत ध्रुवश्च ॥ ४३ ॥ इक्ष्वाकुरैलमुचुकुन्दविदेहगाधि- रघ्वम्बरीषसगरा गयनाहुषाद्या: । मान्धात्रलर्कशतधन्वनुरन्तिदेवा देवव्रतो बलिरमूर्त्तरयो दिलीप: ॥ ४४ ॥ सौभर्युतङ्कशिबिदेवलपिप्पलाद- सारस्वतोद्धवपराशरभूरिषेणा: । येऽन्ये विभीषणहनूमदुपेन्द्रदत्त- पार्थार्ष्टिषेणविदुरश्रुतदेववर्या: ॥ ४५ ॥

Ô Nārada, bien que les puissances de yoga-māyā du Seigneur Suprême soient inconcevables et sans mesure, nous, âmes abandonnées à Lui, savons comment Il agit par yoga-māyā. De même le savent Śiva le tout-puissant, Prahlāda le plus noble des daityas, Svāyambhuva Manu, Śatarūpā et leur lignée, ainsi que Prācīnabarhi, Ṛbhu, Aṅga et Dhruva.

Verse 45

वेदाहमङ्ग परमस्य हि योगमायां यूयं भवश्च भगवानथ दैत्यवर्य: । पत्नी मनो: स च मनुश्च तदात्मजाश्च प्राचीनबर्हिर्ऋभुरङ्ग उत ध्रुवश्च ॥ ४३ ॥ इक्ष्वाकुरैलमुचुकुन्दविदेहगाधि- रघ्वम्बरीषसगरा गयनाहुषाद्या: । मान्धात्रलर्कशतधन्वनुरन्तिदेवा देवव्रतो बलिरमूर्त्तरयो दिलीप: ॥ ४४ ॥ सौभर्युतङ्कशिबिदेवलपिप्पलाद- सारस्वतोद्धवपराशरभूरिषेणा: । येऽन्ये विभीषणहनूमदुपेन्द्रदत्त- पार्थार्ष्टिषेणविदुरश्रुतदेववर्या: ॥ ४५ ॥

Ikṣvāku, Aila, Mucukunda, Videha (Janaka), Gādhi, Raghu, Ambarīṣa, Sagara, Gaya, Nāhuṣa, Māndhātā, Alarka, Śatadhanvā, Anu, Rantideva, Devavrata (Bhīṣma), Bali, Amūrttaraya et Dilīpa : tous connaissent aussi la puissance de yoga-māyā du Bhagavān.

Verse 46

ते वै विदन्त्यतितरन्ति च देवमायां स्त्रीशूद्रहूणशबरा अपि पापजीवा: । यद्यद्भुतक्रमपरायणशीलशिक्षा- स्तिर्यग्जना अपि किमु श्रुतधारणा ये ॥ ४६ ॥

Même des âmes menant une vie fautive—femmes, śūdras, hūṇas et śabaras—peuvent connaître la science de Dieu et franchir la deva-māyā, si elles prennent refuge auprès des purs bhaktas et suivent leurs pas dans le service de bhakti; à plus forte raison ceux qui portent la śruti.

Verse 47

शश्वत् प्रशान्तमभयं प्रतिबोधमात्रं शुद्धं समं सदसत: परमात्मतत्त्वम् । शब्दो न यत्र पुरुकारकवान् क्रियार्थो माया परैत्यभिमुखे च विलज्जमाना तद् वै पदं भगवत: परमस्य पुंसो ब्रह्मेति यद् विदुरजस्रसुखं विशोकम् ॥ ४७ ॥

Cette Réalité est éternelle, parfaitement paisible, sans crainte, pure conscience, sans souillure et sans distinction, au-delà de l’être et du non-être : le principe du Paramātmā. Là, nul déploiement de paroles pour l’action intéressée, et devant Lui la māyā recule, honteuse. Tel est l’état suprême du Bhagavān, appelé Brahman : félicité ininterrompue, sans chagrin.

Verse 48

सध्‌रयङ् नियम्य यतयो यमकर्तहेतिं । जह्यु: स्वराडिव निपानखनित्रमिन्द्र: ॥ ४८ ॥

Dans cet état transcendant, nul besoin du contrôle artificiel du mental, de la spéculation ou de la méditation des jñānīs et des yogīs ; on abandonne ces procédés, comme Indra, roi du ciel, renonce à la peine de creuser un puits.

Verse 49

स श्रेयसामपि विभुर्भगवान् यतोऽस्य भावस्वभावविहितस्य सत: प्रसिद्धि: । देहे स्वधातुविगमेऽनुविशीर्यमाणे व्योमेव तत्र पुरुषो न विशीर्यतेऽज: ॥ ४९ ॥

Le Seigneur Suprême, Bhagavān, est le maître de tout ce qui est auspice, car les fruits des actes de l’être vivant—dans l’ordre matériel comme dans l’ordre spirituel—sont accordés par Lui. Ainsi, Il est le bienfaiteur ultime. Quand les éléments du corps se dissolvent, l’âme non née demeure, telle l’air dans l’espace.

Verse 50

सोऽयं तेऽभिहितस्तात भगवान् विश्वभावन: । समासेन हरेर्नान्यदन्यस्मात् सदसच्च यत् ॥ ५० ॥

Mon fils, je t’ai expliqué brièvement Bhagavān, le soutien des mondes manifestés. En dehors de Hari, il n’existe aucune autre cause, ni du réel (sat) ni de l’irréel (asat).

Verse 51

इदं भागवतं नाम यन्मे भगवतोदितम् । संग्रहोऽयं विभूतीनां त्वमेतद् विपुलीकुरु ॥ ५१ ॥

Ô Nārada, cette science de Dieu appelée Bhāgavata m’a été enseignée en résumé par le Bhagavān; elle est la compilation de Ses diverses vibhūtis, Ses puissances. Toi, développe-la amplement.

Verse 52

यथा हरौ भगवति नृणां भक्तिर्भविष्यति । सर्वात्मन्यखिलाधारे इति सङ्कल्प्य वर्णय ॥ ५२ ॥

Décris-le avec une détermination ferme, afin que l’être humain puisse éveiller la bhakti envers Bhagavān Hari, l’Âme suprême de tous, le support de tout et la source de toutes les énergies.

Verse 53

मायां वर्णयतोऽमुष्य ईश्वरस्यानुमोदत: । श‍ृण्वत: श्रद्धया नित्यं माययात्मा न मुह्यति ॥ ५३ ॥

Les activités du Seigneur, en relation avec Ses diverses énergies, doivent être décrites selon Son enseignement et Son assentiment. Celui qui écoute constamment avec foi et dévotion n’est pas égaré par la māyā du Seigneur.

Frequently Asked Questions

The avatāra list functions as a theological map of poṣaṇa: the Lord repeatedly descends to protect dharma, rescue devotees, restore Vedic knowledge, and re-balance cosmic order. Rather than isolated legends, the incarnations collectively demonstrate that the Supreme Person remains transcendental yet personally intervenes through His energies. The chapter also uses the list to argue epistemically: the Lord’s acts are limitless, so He is known fully only by His grace received through bhakti.

The Nara-Nārāyaṇa episode shows the Lord as the standard of tapas and self-mastery: attempts to disrupt His vows fail because He is ātmārāma and self-sufficient. Verse 7 sharpens the point—great beings like Śiva can conquer lust but may still be affected by their own anger; the Lord, however, is beyond the guṇas, so neither lust nor wrath can take shelter in His heart. The teaching is that divine transcendence is not repression but ontological freedom from material modes.

Bali is praised because he exemplifies surrendered integrity (śaraṇāgati and satya): even when warned by his guru, he honors his promise to the Lord and offers his own body for the third step. The Bhāgavata presents this as the devotee’s victory—material loss becomes spiritual gain—showing that devotion values the Lord’s pleasure above worldly sovereignty, including heaven.

The chapter states that even Brahmā and ancient sages cannot fully measure the Lord, and Śeṣa with countless mouths cannot reach the end of His qualities. Yet one who is specifically favored due to unalloyed surrender can cross the ocean of illusion and understand Him. Attachment to the perishable body blocks this knowledge, while service to pure devotees opens it.

Brahmā indicates that the Lord spoke the Bhāgavata to him in summary (saṅkṣepa) as a concentrated presentation of divine potencies and līlā. Nārada is commissioned to elaborate it pedagogically for human society so that people can practically develop bhakti to Hari. This establishes a transmission chain: revelation received through surrender is responsibly expanded for the liberation (mukti) of others.