Adhyaya 108
Bhuvanakosha & Tirtha-mahatmyaAdhyaya 10833 Verses

Adhyaya 108

Chapter 108 — भुवनकोषः (Bhuvana-kośa: The Structure of the Worlds)

Le Seigneur Agni entreprend pour Vasiṣṭha une enquête cosmographique méthodique en énumérant les sept dvīpas et les sept océans qui les ceignent, établissant la structure globale du monde comme un champ sacré et ordonné du dharma. Il place ensuite au centre Jambūdvīpa et le mont Meru, en donnant des mesures précises et un symbolisme de lotus (Meru comme le péricarpe du lotus du monde), puis décrit les montagnes-frontières et les régions varṣa disposées autour de Meru : Bhārata, Kiṁpuruṣa, Harivarṣa au sud ; Ramyaka, Hiraṇmaya, Uttarakuru au nord ; Ilāvṛta au centre. La géographie se superpose à la présence divine : montagnes des directions, bosquets célestes, cité de Brahmā sur Meru et domaines des lokapālas. Les fleuves descendant du Pied de Viṣṇu (notamment Śītā et Ālakanandā) relient ciel et terre, faisant de l’hydrologie un corridor théologique. Le chapitre s’achève en transition vers le discours des tīrthas : les rivières deviennent des tīrthas, et Bhārata est mise en valeur comme un paysage où la sacralité est aussi conférée par la reconnaissance dharmique, préparant un catalogue de tirtha-mahātmya.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आग्नेये महापुराणे स्वायम्भुवः सर्गो नाम सप्ताधिकशततमो ऽध्यायः अथाष्टाधिकशततमो ऽध्यायः भुवनकोषः अग्निर् उवाच जम्बूप्लक्षाह्वयौ द्वीपौ शाल्मलिश्चापरो महान् कुशः क्रौञ्चस् तथा शाकः पुष्करश्चेति सप्तमः

Ainsi, dans l’Agni Mahāpurāṇa, le chapitre intitulé « La création Svāyambhuva » est le cent septième. Commence maintenant le cent huitième chapitre, « Bhuvana-kośa » (la structure des mondes). Agni déclara : « Jambū et Plakṣa sont des continents ; Śālmali en est un autre, grand ; puis viennent Kuśa, Krauñca, ainsi que Śāka ; et Puṣkara est le septième. »

Verse 2

योगप्रस्तारे इति ग , ज , झ च इन्द्रद्युम्नोभ्यजायतेति ख , छ च प्रतीहारादित्यादिः, प्रस्तारतः सुत इत्य् अन्तः पाठो झ पुस्तके नास्ति दुष्टादुष्टश् च विरजा इति ख एते द्वीपाः समुद्रैस्तु सप्त सप्तभिरावृताः लवणेक्षुसुरासर्पिर्दधिदुग्धजलैः समं

Ces continents sont en vérité entourés de sept océans, l’un après l’autre, faits respectivement d’eau salée, de jus de canne, de liqueur (surā), de beurre clarifié (ghee), de caillé, de lait et d’eau douce.

Verse 3

जम्बूद्वीपो द्वीपमध्ये तन्मध्ये मेरुरुच्छ्रितः चतुरशीतिसाहस्रो भूयिष्ठः षोडशाद्विराट्

Au milieu des continents se trouve Jambūdvīpa ; et en son centre même s’élève le mont Meru—haut de quatre‑vingt‑quatre mille yojana, avec seize mille yojana supplémentaires formant sa partie supérieure proéminente.

Verse 4

द्वात्रिंशन्मूर्ध्नि विस्तरात् षोडशाधः सहस्रवान् भूयस्तस्यास्य शैलो ऽसौ कर्णिकाकारसंस्थितः

À son sommet, il s’étend sur une largeur de trente-deux mille yojanas ; au-dessous, de seize mille. Cette montagne, en outre, s’élève à mille yojanas de hauteur et se tient disposée à la manière du réceptacle (péricarpe) du lotus.

Verse 5

हिमवान् हेमकूटश् च निषधश्चास्य दक्षिणे नीलः श्वेतश् च शृङ्गो च उत्तरे वर्षपर्वताः

Au sud de celui-ci se trouvent Himavān, Hemakūṭa et Niṣadha ; et au nord se dressent les montagnes frontières des varṣa : Nīla, Śveta et Śṛṅga.

Verse 6

लक्षप्रमाणौ द्वौ मध्ये दशहीनास् तथापरे सहस्रद्वितयोछ्रायास्तावद्विस्तारिणश् च ते

Au milieu se trouvent deux (structures) de mesure lakṣa ; les autres, de même, sont diminuées de dix (degrés/unités). Leur hauteur est de deux mille, et leur largeur est d’une étendue égale.

Verse 7

भारतं प्रथमं वर्षन्ततः किम्पुरुषं स्मृतं हरिवर्सन्तथैवान्यन्मेरोर्दक्षिणतो द्विज

Ô deux-fois-né, Bhārata est dit être le premier varṣa ; ensuite l’on se souvient de Kiṁpuruṣa ; de même viennent Harivarṣa et une autre contrée encore — toutes au sud du mont Meru.

Verse 8

रम्यकं चोत्तरे वर्षं तथैवान्यद्धिरण्मयं उत्तराः कुरवश् चैव यथा वै भारतं तथा

Au nord se trouve le varṣa nommé Ramyaka ; de même il en est un autre appelé Hiraṇmaya ; et aussi les Kuru du Nord (Uttarāḥ Kuru) — disposés de la même manière que Bhārata (varṣa).

Verse 9

नवसाहस्रमेकैकमेतेषां मुनिसत्तम इलावृतञ्च तन्मध्ये सौवर्णा मेरुरुछ्रितः

Ô le meilleur des sages, chacune de ces contrées mesure neuf mille yojanas ; et Ilāvṛta se tient au milieu d’elles, avec le mont Meru d’or s’élevant avec grandeur en son centre.

Verse 10

मेरोश् चतुर्दिशन्तत्र नवसाहस्रविस्तृतं ति घ , ज च भुविस्थ इति ङ षोडशांश इति झ भूपाद्मस्यास्य इति ख , ग , छ च तथैवात्र हिरण्मयमिति ग तथैवाथ हिरण्मयमिति ज इलावृतश्चेत्यादिः, नवसाहस्रविस्तृतमित्यन्तः पाठो छ पुस्तके नास्ति इलावृतं महाभाग चत्वारश्चात्र पर्वताः

Sur les quatre côtés du mont Meru, la contrée s’étend sur neuf mille yojanas. (Certains manuscrits ajoutent des leçons variantes telles que « située sur la terre », « une seizième part » et « de ce lotus-terre ». ) Ici se rencontre aussi la leçon « d’or », et une autre recension lit pareillement « puis (c’est) d’or ». À partir de « Ilāvṛta… », le texte se poursuit ; dans le manuscrit Cha, la leçon se terminant par « navasāhasravistṛtam (s’étend sur neuf mille) » n’est pas attestée. (Le vers continue :) « Ô grand fortuné, en Ilāvṛta — il y a ici quatre montagnes. »

Verse 11

विष्कम्भा रचिता मेरोर्योजनायुतविस्तृताः पूर्वेण मन्दरो नाम दक्षिणे गन्धमादनः

Autour du mont Meru sont disposées les chaînes transversales de soutien (viṣkambha), chacune large de dix mille yojanas. À l’est se trouve la montagne nommée Mandara, et au sud, Gandhamādana.

Verse 12

विपुलः पश्चिमे पार्श्वे सुपार्श्वश्चोत्तरे स्मृतः कदम्बस्तेषु जम्बुश् च पिप्पलो बट एव च

Sur le flanc occidental est prescrit le mont Vipula, et sur le flanc septentrional est rappelé le Supārśva. Parmi ces dispositions se trouvent aussi les arbres kadamba, jambu, pippala et le banyan (vaṭa).

Verse 13

एकादशशतायामाः पादपा गिरिकेतवः जम्बूद्वीपेति सञ्ज्ञा स्यात् फलं जम्बा गजोपमं

Là se trouvent des arbres d’une étendue de mille cent yāmas, et des montagnes dressées comme des étendards. On l’appelle « Jambūdvīpa » ; et le fruit du jambu est d’une taille comparable à celle d’un éléphant.

Verse 14

जम्बूनदीरसेनास्यास्त्विदं जाम्बूनदं परं सुपार्श्वः पूर्वतो मेरोः केतुमालस्तु पश्चिमे

De l’essence (rasa) du fleuve Jambū naît la substance suprême appelée Jāmbūnada, c’est-à-dire l’or. À l’est du mont Meru se trouve Supārśva, et à l’ouest se trouve Ketumāla.

Verse 15

वनं चैत्ररथं पूर्वे दक्षिणे गन्धमादनः वैभ्राजं पश्चिमे सौम्ये नन्दनञ्च सरांस्यथ

À l’est se trouve le bosquet de Caitraratha ; au sud, Gandhamādana ; à l’ouest, Vaibhrāja ; et du côté nord, propice, se tiennent Nandana et les lacs sacrés.

Verse 16

अरुणोदं महाभद्रं संशितोदं समानसं शिताभश् चक्रमुञ्जाद्याः पूर्वतः केशराचलाः

À l’est se trouvent les montagnes nommées Aruṇoda, Mahābhadra, Saṃśitoda, Samānasa, Śitābha, ainsi que celles qui commencent par Cakramuñja ; là se trouve aussi la chaîne de Keśara.

Verse 17

दक्षिणेन्द्रेस्त्रिकूटाद्याः शिशिवासमुखा जले शङ्खकूटादयः सौम्ये मेरौ च ब्रह्मणः पुरी

Dans le quartier du sud se trouvent les montagnes qui commencent par Trikūṭa ; dans les eaux, celles qui commencent par Śiśivāsa ; dans le quartier du nord, doux (saumya), celles qui commencent par Śaṅkhakūṭa ; et sur le mont Meru se tient la cité de Brahmā.

Verse 18

चतुर्दशसहस्राणि योजनानाञ्च दिक्षु च इन्द्रादिलोकपालानां समन्तात् ब्रह्मणः पुरः

Dans toutes les directions, le domaine des gardiens du monde (Lokapāla), à commencer par Indra, s’étend sur quatorze mille yojanas, entourant la région située devant la cité de Brahmā.

Verse 19

विष्णुपादात् प्लावयित्वा चन्द्रं स्वर्गात् पतन्त्यपि पूर्वेण शीता भद्राश्वाच्छैलाच्छैलाद्गतार्णवं

Après avoir jailli du Pied de Viṣṇu et inondé la sphère lunaire, ce fleuve céleste tombe du ciel; s’écoulant vers l’est, la rivière Śītā passe de montagne en montagne dans le varṣa de Bhadrāśva et atteint enfin l’océan.

Verse 20

तथैवालकनन्दापि दक्षिणेनैव भारतं दमिति ख , ग , घ , ङ , छ च असितोदमिति ज पूर्वतः शिशिराचला इति ख , ग , घ , ज च शशिवाममुखा जले इति ख , घ , ङ , छ च दक्षिणेन च भारतमिति ख दक्षिणेनैति भारतमिति ग प्रयाति सागरं कृत्वा सप्तभेदाथ पश्चिमं

De même, la rivière Ālakanandā chemine le long du côté méridional de Bhārata; dans certaines recensions on lit « Dami », et dans une autre « Asitoda ». À l’est se trouvent les montagnes Śiśira. La leçon « Śaśivāma-mukhā dans les eaux » apparaît aussi dans quelques manuscrits. Coule au sud de Bhārata, elle atteint l’océan après s’être divisée en sept bras, puis se tourne vers l’ouest.

Verse 21

अब्धिञ्च चक्षुःसौम्याब्धिं भद्रोत्तरकुरूनपि आनीलनिषधायामौ माल्यवद्गन्धमादनौ

Et (il y a) les océans : Cakṣuḥ et Saumya ; de même (les régions) Bhadra et Uttarakuru ; et (les montagnes) Ānīla et Niṣadha ; (ainsi) Ayāma ; et (les montagnes) Mālyavat et Gandhamādana.

Verse 22

तयोर्मध्यगतो मेरुः कर्णिकाकारसंस्थितः भारताः केतुमालाश् च भद्राश्वाः कुरवस् तथा

Entre ces (régions) se dresse le mont Meru, établi tel le péricarpe d’un lotus; et (autour de lui se trouvent) Bhārata, Ketumāla, Bhadrāśva, ainsi que Kuru (les terres/varṣas).

Verse 23

पत्राणि लोकपद्मस्य मर्यादाशैलवाह्यतः जठरो देवकूटश् च मर्यादापर्वतावुभौ

Au-delà de la montagne-frontière Maryādāśaila se trouvent les « pétales » du lotus du monde (lokapadma). Les deux montagnes-frontières se nomment Jaṭhara et Devakūṭa.

Verse 24

तौ दक्षिणोत्तरायामावानीलनिषधायतौ गन्धमादनकैलासौ पूर्ववचायतावुभौ

Ces deux chaînes de montagnes, s’étendant selon l’axe sud–nord, sont Nīla et Niṣadha ; et de même, vers l’orient, les deux sont Gandhamādana et Kailāsa.

Verse 25

अशीतियोजनायामावर्णवान्तर्व्यवस्थितौ निषधः पारिपात्रश् च मर्यादापर्वतावुभौ

Dans l’étendue intermédiaire de quatre-vingts yojanas, se trouvent Niṣadha et Pāripātra — tous deux montagnes de frontière — établies en ce lieu.

Verse 26

मेरोः पश्चिमदिग्भागे यथा पूर्वे तथा स्थितौ त्रिशृङ्गो रुधिरश् चैव उत्तरौ वर्षपर्वतौ

Sur le versant occidental du mont Meru, comme sur le versant oriental, sont établies les deux montagnes Varṣa du nord : Triśṛṅga et Rudhira.

Verse 27

पूर्वपञ्चायतावेतावर्णवान्तर्व्यवस्थितौ जाठराद्याश् च मर्यादाशैला मेरोश् चतुर्दिशं

Ces deux chaînes orientales, Pañcāyata et Avetā, sont établies au sein des océans intermédiaires ; et les montagnes-frontières — à commencer par Jāṭhara — se dressent aux quatre directions autour de Meru.

Verse 28

केशरादिषु या द्रोण्यस्तासु सन्ति पुराणि हि लक्ष्मीविष्ण्वग्निसूर्यादिदेवानां मुनिसत्तम

Ô le meilleur des sages, dans les réceptacles (droṇī) tels que ceux faits de keśara et autres, se trouvent en vérité des Purāṇa relevant des divinités — Lakṣmī, Viṣṇu, Agni, Sūrya et d’autres encore.

Verse 29

भौमानां स्वर्गधर्माणां न पापास्तत्र यान्ति च ति पूर्वपश्चायतावुभौ इति घ , ङ , ज च भुमाः स्वर्गा धर्मिणान्ते न पापास्तत्र यान्ति च इति छ , ङ च मौमानां स्वर्गधर्माणां तनया ह्य् अत्र यान्ति चेति ग , घ च भोगिनां स्वर्गधर्माणां तनयास्तत्र यान्ति चेति ज भद्राश्वे ऽस्ति हयग्रीवो वराहः केतुमालके

Parmi les êtres terrestres qui observent le dharma du ciel, les pécheurs n’y vont pas (selon certaines recensions). Sont visées à la fois les régions de l’Est et de l’Ouest. D’autres leçons disent : «Dans les terres qui sont comme le ciel pour les justes, les pécheurs ne s’y rendent pas.» D’autres recensions lisent : «Ici, en vérité, les fils de ceux qui suivent le dharma du ciel s’y rendent», ou encore : «les fils des jouisseurs qui suivent le dharma du ciel s’y rendent». De plus : dans le Bhadrāśva-varṣa se trouve (la forme) Hayagrīva, et dans le Ketumāla-varṣa (la forme) Varāha.

Verse 30

भारते कूर्मरूपी च मत्स्यरूपः कुरुष्वपि विश्वरूपेण सर्वत्र पूज्यते भगवान् हरिः

En Bhārata (l’Inde), il est honoré sous la forme de la Tortue (Kūrma), et chez les Kurus aussi sous la forme du Poisson (Matsya). En vérité, comme Forme universelle (Viśvarūpa), le Seigneur bienheureux Hari est adoré partout.

Verse 31

किम्पुरुषाद्यष्टसु क्षुद्भीतिशोकादिकं न च चत्तुर्विंशतिसाहस्रं प्रजा जीवन्त्यनामयाः

Dans les huit régions commençant par Kimpuruṣa, il n’y a pas de souffrance telle que la faim, la peur, le chagrin, et autres. Les êtres y vivent vingt-quatre mille ans, exempts de maladie.

Verse 32

कृतादिकल्पना नास्ति भौमान्यम्भांसि नाम्बुदाः सर्वेष्वेतेषु वर्षेषु सप्त सप्त कुलाचलाः

Dans ces régions terrestres, il n’y a pas de décompte selon l’âge Kṛta et les autres âges. Les eaux y sont terrestres (non célestes) et il n’y a pas de nuages porteurs de pluie. Dans chacun de ces varṣas se trouvent sept et sept montagnes-frontières principales (kulācalas).

Verse 33

नद्यश् च शतशस्तेभ्यस्तीर्थभूताः प्रजज्ञिरे भारते यानि नीर्थानि तानि तीर्थानि वच्मि ते

Et d’eux naquirent des centaines de rivières, devenant en Bhārata des tīrthas, des gués sacrés. Je te dirai quels sont, en Bhārata, ces lieux qui, bien qu’ils ne soient pas des gués naturels, sont néanmoins tenus pour des tīrthas.

Frequently Asked Questions

It presents a Meru-centered world-lotus model: seven dvīpas encircled by seven oceans, with Jambūdvīpa at the center, Meru as the axis, and surrounding varṣas and boundary mountains organized by direction.

The chapter foregrounds measurements in yojanas for Mount Meru (height and breadth) and for regional extents (e.g., varṣa measures), using quantified cosmography as a shāstric mapping of sacred space.

By portraying rivers as descending from Viṣṇu’s Foot and by defining rivers and even non-river sites in Bhārata as tīrthas, it turns geography into a dharmic discipline—contemplation and pilgrimage become means to align life with cosmic order.