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Mahīṣāsura-janma-kathā tathā Devyāḥ Mahīṣamardinī-vijayaḥ
Devī-māhātmya (Mythic-Theology) and Protective Hymn (Stotra-Prayoga)
Varāha raconte à Pṛthivī une suite d’événements où un messager du daitya Vidyutprabha vient auprès de la Déesse avec une demande en mariage au nom de l’asura Mahiṣa. L’émissaire expose l’origine de Mahiṣa : une jeune fille maudite, Mahīṣmatī, prend forme de buffle et, par contact avec la semence d’un ṛṣi, enfante le puissant Mahiṣa. La Déesse refuse ; sa suivante Jayā congédie l’envoyé. Nārada avertit que les devas sont vaincus et presse la Déesse de résister. Elle rassemble les kumārīs en une armée martiale qui met en déroute les daityas. La Déesse manifeste une forme aux multiples bras, invoque l’appui et la sanction de Rudra, puis, après un long combat, met à mort Mahiṣa. Les devas la louent par un stotra, et elle accorde une grâce promettant protection et prospérité à ceux qui le récitent, montrant que l’ordre cosmique est affermi par son intervention.
Verse 1
श्रीवराह उवाच । अथ विद्युत्प्रभो दैत्यस्तथा दूतः विसर्जितः । देव्याः सकाशं गत्वाऽसौ तामुवाच सुमध्यमाम् ॥
Śrī Varāha dit : Alors le Daitya Vidyutprabha, dépêché comme messager, se rendit auprès de la Déesse et lui adressa la parole, à elle dont la taille est gracieuse.
Verse 2
एवं सञ्चिन्त्य सा देवी महीषी सम्बभूव ह । सखीभिः सह विश्वेशि तीक्ष्णशृङ्गाग्रधारिणी ॥
Ainsi, après avoir médité, la Déesse devint une mahīṣī, une bufflesse. Ô Souveraine de l’univers, elle portait des pointes de cornes acérées, accompagnée de ses compagnes sakhīs.
Verse 3
तमृषिं भीषितुं ताभिः सह गत्वा वरानना । असौ बिभीषितस्ताभिस्तां ज्ञात्वा ज्ञानचक्षुषा । आसुरीं क्रोधसम्पन्नः शशाप शुभलोचनाम् ॥
Allant avec elles pour effrayer ce sage, la belle de visage s’approcha. Lui, effrayé par elles, la reconnut, par l’œil de la connaissance, comme étant de nature asurique ; rempli de colère, il maudit celle aux beaux yeux.
Verse 4
यस्माद्भीषयसे मां त्वं महिषीरूपधारिणी । अतो भव महिष्येव पापकर्मे शतं समाः ॥
Puisque tu m’effraies, toi qui as pris la forme d’une bufflesse, à cause de cet acte fautif deviens donc réellement bufflesse pendant cent ans.
Verse 5
एवमुक्ता ततः सा तु सखीभिः सह वेपती । पादयोर्न्यपतत्तस्य शापान्तं कुरु जल्पती ॥
Ainsi interpellée, elle—tremblante avec ses compagnes—tomba à ses pieds en disant : «Mets fin à la malédiction».
Verse 6
तस्यास्तद्वचनं श्रुत्वा स मुनिः करुणान्वितः । शापान्तमकरोत्तस्या वाक्यं छेदमुवाच ह ॥
Entendant ses paroles, le sage, saisi de compassion, établit la fin de sa malédiction, puis prononça des mots qui en posaient la condition.
Verse 7
अनेनैव स्वरूपेण पुत्रमेकं प्रसूय वै । शापान्तो भविता भद्रे मद्वाक्यं न मृषा भवेत् ॥
«Dans cette même forme, assurément, après avoir mis au monde un seul fils, la malédiction prendra fin, ô bienheureuse ; ma parole ne sera pas mensongère.»
Verse 8
एवमुक्ता गता सा तु नर्मदातीरमुत्तमम् । यत्र तेपे तपो घोरं सिन्धुद्वीपो महातपाः ॥
Ainsi instruite, elle se rendit sur l’excellente rive de la Narmadā, où le grand ascète Sindhudvīpa avait accompli de rudes austérités.
Verse 9
तत्र चेन्दुमती नाम दैत्यकन्या अतिरूपिणी । सा दृष्टा तेन मुनिना विवस्त्रा मज्जती जले ॥
Là se trouvait une jeune fille du clan des Daityas nommée Cendumatī, d’une beauté incomparable ; ce sage la vit, nue, se baignant dans l’eau.
Verse 10
चस्कन्द स मुनिः शुक्रं शिलाद्रोण्यां महातपाः । तच्च माहिष्मती दृष्ट्वा दिव्यगन्धि सुगन्धि च । ततः सखीरुवाचेदं पिबामीदं जलं शुभम् ॥
Ce grand ascète laissa tomber sa semence dans une auge de pierre. La voyant—d’un parfum divin et suave—la femme de Mahiṣmatī dit alors à ses compagnes : « Je boirai cette eau de bon augure ».
Verse 11
एवमुक्त्वा तु सा पीत्वा तच्छुक्रं मुनिसंभवम् । प्राप्ता गर्भं मुनेर्बीजात् सुषाव च तदा सतः ॥
Ayant ainsi parlé, elle but cette semence issue du sage ; par la graine du muni elle conçut, et alors elle enfanta un digne rejeton.
Verse 12
प्रणम्य प्रयतो भूत्वा कुमारिशतसंकुलाम् । आस्थाने विनयापन्नस्ततो वचनमब्रवीत् ॥
Après s’être prosterné et s’être recueilli, prenant une attitude d’humilité, il parla dans la salle d’assemblée remplie de centaines de jeunes filles.
Verse 13
तस्याः पुत्रोऽभवद् धीमान् महाबलपराक्रमः । महिषेति स्मृतो नाम्ना ब्रह्मवंशविवर्धनः । स त्वां वरयते देवि देवसैन्यविमर्दनः ॥
Son fils naquit, sage d’esprit, d’une grande force et d’une grande vaillance ; on se souvint de lui sous le nom de « Mahiṣa », accroissant la lignée de Brahmā. Lui, qui broie les armées des dieux, te demande en mariage, ô Déesse.
Verse 14
स सुरानपि जित्वाजौ त्रैलोक्यं च तवानघे । दास्यते देवि सुप्रोतस्तव सर्वं महासुरः ॥ तस्यात्मोपप्रदानेन कुरु देवि महत्कृतम् ॥
Après avoir vaincu même les dieux au combat et conquis les trois mondes, ô Déesse sans tache, ce grand asura, Suprota, te donnera tout. En offrant son propre être, ô Devi, il te prie d’accomplir un grand acte, c’est-à-dire d’accepter sa demande.
Verse 15
एवमुक्ता तदा देवी तेन दूतेन शोभना । जहास परमा देवी वाक्यं नोवाच किञ्चन ॥
Ainsi sollicitée alors par le messager, la Déesse rayonnante se contenta de rire ; la Déesse suprême ne dit pas un seul mot.
Verse 16
तस्या हसन्त्या दूतोऽसौ त्रैलोक्यं सचराचरम् । ददर्श कुक्षौ संभ्रान्तस्तत्क्षणात् समपद्यत ॥
Tandis qu’elle riait, ce messager vit dans son ventre les trois mondes, avec tout ce qui est mobile et immobile ; saisi de stupeur, il s’effondra sur-le-champ.
Verse 17
ततो देव्याः प्रतीहारी जया नामातितेजना । देव्याः हृदि स्थितं वाक्यमुवाच तनुमध्यमा ॥
Alors l’assistante de la Déesse, nommée Jayā, d’un éclat incomparable et à la taille fine, exprima les paroles qui demeuraient dans le cœur de la Déesse.
Verse 18
जया उवाच । कन्यार्थी वदते यद्धि तत्त्वया समुदीरितम् । यदि नाम व्रतं चास्याः कौमारं सार्वकालिकम् । अपि चान्याः कुमार्योऽत्र सन्ति देव्याः पदानुगाः ॥
Jayā dit : Ce que tu as énoncé est bien le langage de celui qui cherche une jeune fille. Mais quand bien même son vœu de virginité serait éternel, il se trouve ici d’autres jeunes filles, suivantes de la Déesse dans son cortège.
Verse 19
तासामेकापि नो लभ्या किमु देवी स्वयं शुभा । याहि दूत त्वरण् मा ते किञ्चिदन्यद् भविष्यति ॥
Pas même une seule de ces jeunes filles n’est accessible — à plus forte raison la Déesse elle-même, auspicious en sa propre nature. Va, messager, hâte-toi ; rien d’autre n’adviendra pour toi.
Verse 20
एवमुक्तो गतो दूतस्तावद् व्योम्नि महामुनिः । आयातो नारदस्तूर्णं नृत्यन्नुच्चैर्महातपाः ॥
Ainsi apostrophé, le messager s’en alla. Cependant, dans le ciel, le grand sage Nārada arriva promptement, dansant et proclamant à haute voix — lui, le grand ascète.
Verse 21
दिष्ट्या दिष्ट्येति वदतस्तां देवीं शुभलोचनाम् । उपविष्टो जगादाथ आसने परमेऽर्चितः ॥
Disant : « Fortune, fortune ! », il s’adressa à la Déesse aux beaux yeux. Puis, assis et honoré sur un siège excellent, il prit la parole.
Verse 22
प्रणम्य देवीं सर्वेशीमुवाच च महातपाः । देवि देवैरहं प्रीतैः प्रेषितोऽस्मि तवान्तिकम् ॥
S’étant prosterné devant la Déesse, souveraine de tout, le grand ascète dit : « Ô Déesse, les dieux, satisfaits, m’ont envoyé auprès de toi. »
Verse 23
विद्युत्प्रभा उवाच । देवि पूर्वमृषिस्त्वासीदादिसर्गे कसंभवः । सखा सारस्वतो जातः सुपार्श्वो नाम वै विभुः ॥
Vidyutprabhā dit : « Ô Déesse, jadis, lors de la création primordiale, il y eut un ṛṣi nommé Kasaṃbhava. Son compagnon, né de son lien avec Sarasvatī, était le puissant nommé Supārśva. »
Verse 24
विजिता देवि दैत्येन महिषाख्येन निर्जराः । त्वां गृहीतुं प्रयत्नं स कृतवान् देवि दैत्यराट् ॥
Ô Déesse, les Immortels furent vaincus par le démon nommé Mahiṣa ; et ce roi des démons, ô Déesse, entreprit de s’efforcer de te saisir.
Verse 25
एवमुक्तोऽस्मि देवैस्त्वां बोधयामि वरानने । स्थिरीभूता महादेवि तं दैत्यं प्रतिघातय ॥
Ainsi mandaté par les dieux, je t’exhorte, ô toi au beau visage : demeure inébranlable, ô Grande Déesse, et frappe ce démon.
Verse 26
उक्त्वैवान्तरहितः सद्यो नारदः स्वेच्छया ययौ । देवी च कन्यास्ताः सर्वाः सन्नह्यन्तामुवाच ह ॥
Après avoir parlé, Nārada disparut aussitôt et s’en alla selon son bon vouloir. Et la Déesse dit à toutes ces jeunes filles : «Armez-vous et tenez-vous prêtes».
Verse 27
ततः कन्या महाभागाः सर्वास्ता देविशासनात् । बभूवुर्घोररूपिण्यः खङ्गचर्मधनुर्धराः । सङ्ग्रामहेतोः सन्तस्थुर्दैत्यविध्वंसनाय ताः ॥
Alors toutes ces jeunes filles fortunées, selon l’ordre de la Déesse, prirent des formes terribles, portant épées, boucliers et arcs ; et, pour la bataille, elles se tinrent en rang, résolues à anéantir les démons.
Verse 28
तावद् दैत्यबलं सर्वं मुक्त्वा देवचमूं द्रुतम् । आययौ यत्र तद् देव्याः सन्नद्धं स्त्रीबलं महत् ॥
Cependant, toute l’armée des démons, abandonnant en hâte l’armée des dieux, arriva là où se tenait prête la grande troupe de femmes de la Déesse, entièrement armée.
Verse 29
ततस्ताः युयुधुः कन्या दानवैः सह दर्पिताः । क्षणेन तद् बलं ताभिश्चतुरङ्गं निपातितम् ॥
Alors ces jeunes filles, remplies d'ardeur guerrière, combattirent avec les Dānavas; en un instant, par elles, cette armée quadruple fut abattue.
Verse 30
शिरांसि तत्र केषाञ्चिच्छिन्नानि पतितानि च । अपरेषां विदार्योरः क्रव्यादाः पान्ति शोणितम् ॥
Là, certaines têtes furent tranchées et gisaient à terre; pour d'autres, la poitrine déchirée, les dévoreurs de chair buvaient le sang.
Verse 31
अन्ये कबन्धभूतास्तु ननृतुर्दैत्यनायकाः । एवं क्षणेन ते सर्वे विध्वस्ताः पापचेतसः । अपरे विद्रुताः सर्वे यत्रासौ महिषासुरः ॥
D'autres, devenus des troncs sans tête, dansaient, ces chefs des démons. Ainsi, en un instant, tous furent anéantis, eux aux pensées mauvaises; et le reste s'enfuit tous vers où se trouvait ce Mahiṣāsura.
Verse 32
ततो हाहाकृतं सर्वं यथा दैत्यबलं महत् । एवं तदाकुलं दृष्ट्वा महिषो वाक्यमब्रवीत् । सेनापते किमेतद्धि बलं भग्नं ममाग्रतः ॥
Alors une clameur de lamentation s'éleva de toute la grande armée des démons. Voyant ce désordre, Mahiṣa parla: «Commandant, qu'est-ce donc? Mon armée brisée sous mes yeux?»
Verse 33
ततो यज्ञहनुर्नामा दैत्यो हस्तिस्वरूपवान् । उवाच भग्नमेतद्धि कुमारिभिः समन्ततः ॥
Alors le démon nommé Yajñahanu, à la forme d'éléphant, dit: «En vérité, cela a été brisé de tous côtés par les jeunes filles.»
Verse 34
तस्याभवन्महातेजाः सिन्धुद्वीपः प्रतापवान् । स हि तीव्रं तपस्तेपे माहिष्मत्यां पुरोत्तमे ॥
De lui naquit Sindhudvīpa, doté d’une grande splendeur et d’une vaillance éclatante. En vérité, il accomplit de rudes austérités à Māhiṣmatī, la cité excellente.
Verse 35
ततो दुद्राव महिषस्ताः कन्याः शुभलोचनाः । गदामादाय तरसा कन्या दुद्राव वेगवान् ॥
Alors le buffle (asura) se précipita vers ces jeunes filles aux yeux de bon augure. Saisissant une massue avec vigueur, la jeune fille s’élança avec célérité.
Verse 36
यत्र तिष्ठति सा देवी देवगन्धर्वपूजिता । तत्रैव सोऽसुरः प्रायाद् यत्र देवी व्यवस्थिताः । सा च दृष्ट्वा तमायान्तं विंशद्धस्ता बभूव ह ॥
Là où se tenait la Déesse, honorée par les dieux et les gandharvas, l’asura s’y rendait, jusqu’au lieu même où elle demeurait. Et, le voyant s’approcher, elle devint pourvue de vingt mains.
Verse 37
धनुः खङ्गं तथा शक्तिं शरान् शूलं गदां तथा । परशुं डमरुं चैव तथा घण्टां विशालिनीम् । शतघ्नीं मुद्गरं घोरं भुशुण्डीं कुन्तमेव च ॥
Un arc, une épée, une lance, des flèches, un trident et une massue ; une hache, un tambour ḍamaru et aussi une grande cloche ; une arme śataghnī, un marteau redoutable, une bhuśuṇḍī et encore un javelot — (telles furent ses armes).
Verse 38
मुसलं च तथा चक्रं भिन्दिपालं तथैव च । दण्डं पाशं ध्वजं चैव पद्मं चेति च विंशतिः ॥
Et encore un pilon (musala), un disque (cakra) et l’arme bhindipāla ; un bâton (daṇḍa), un lacet (pāśa), un étendard (dhvaja) et un lotus (padma) — portant ainsi le nombre à vingt.
Verse 39
भूत्वा विंशभुजा देवी सिंहमास्थाय दंशिता । सस्मार रुद्रं देवेशं रौद्रं संहारकारणम् ॥
Devenue pourvue de vingt bras, la Déesse monta un lion, prête au combat ; elle se remémora Rudra, le Seigneur des dieux—Rudra, le principe farouche de la dissolution.
Verse 40
ततो वृषध्वजः साक्षाद् रुद्रस्तत्रैव आययौ । तया प्रणम्य विज्ञप्तः सर्वान् दैत्यान् जयाम्यहम् ॥
Alors Vṛṣadhvaja—Rudra en personne—vint là sur-le-champ. Après s’être prosternée, elle lui déclara : «Je vaincrai tous les daityas».
Verse 41
त्वयि सन्निधिमात्रे तु देवदेव सनातन । एवमुक्त्वाऽसुरान् सर्वान् जिगाय परमेश्वरी ॥
«Par ta seule présence, ô Dieu des dieux, l’Éternel» ; ayant ainsi parlé, la Déesse suprême vainquit tous les asuras.
Verse 42
मुक्तवा तमेेकं महिषं शेषं हत्वा तमभ्ययात् । यावद् देवी ततः साऽपि तां दृष्ट्वा सोऽपि दुद्रुवे ॥
Ayant relâché ce seul buffle (démon) et tué le reste, elle s’avança vers lui. Tandis que la Déesse avançait, lui aussi—en la voyant—prit la fuite.
Verse 43
क्वचिद् युध्यति दैत्येन्द्रः क्वचिच्चैव पलायति । क्वचित् पुनर्मृधं चक्रे क्वचित् पुनरुपारमत् ॥
Tantôt le seigneur des daityas combat, tantôt il s’enfuit. Tantôt il reprend la mêlée, tantôt il s’arrête de nouveau.
Verse 44
एवं वर्षसहस्राणि दश तस्य तया सह । दिव्यानि विगतानि स्युर्युध्यतस्तस्य शोभने । बभ्राम सकलं त्वाजौ ब्रह्माण्डं भीतमानसम् ॥
Ainsi, ô belle, dix mille années divines s’écoulèrent pour lui tandis qu’il combattait avec elle ; et, dans ce combat, l’univers tout entier chancela, l’esprit saisi d’effroi.
Verse 45
कुर्वतस्तु तपो घोरं निराहारस्य शोभने । आद्या तु विप्रचित्तेस्तु सुता सुरसुतोपमा । माहिष्मतीति विख्याता रूपेणासदृशी भुवि ॥
Tandis qu’il accomplissait une austère pénitence, jeûnant, ô belle, la fille aînée de Vipracitti, comparable à une fille des dieux, était renommée sous le nom de Māhiṣmatī, sans pareille sur terre par sa beauté.
Verse 46
ततः कालेन महता शतशृङ्गे महागिरौ । पद्भ्यामाक्रम्य शूलेन निहतो दैत्यसत्तमः ॥
Puis, après un long temps, sur la grande montagne nommée Śataśṛṅga, le plus éminent des daityas fut mis à mort : piétiné et terrassé par un trident.
Verse 47
शिरश्चिच्छेद खङ्गेन तत्र चान्तःस्थितः पुमान् । निर्गत्य विगतः स्वर्गं देव्याः शस्त्रनिपातनात् ॥
D’un glaive elle trancha là la tête ; et l’être qui se trouvait à l’intérieur, en sortant, s’en alla au ciel, par la chute de l’arme de la déesse.
Verse 48
ततो देवगणाः सर्वे महिषं वीक्ष्य निर्जितम् । सब्रह्मका स्तुतिं चक्रुर्देव्यास्तुष्टेन चेतसा ॥
Alors toutes les cohortes des dieux, voyant Mahīṣa vaincu, avec Brahmā élevèrent un hymne de louange à la déesse, l’esprit pleinement satisfait.
Verse 49
देवा ऊचुः । नमो देवि महाभागे गम्भीरे भीमदर्शने । जयस्ते स्थितिसिद्धान्ते त्रिनेत्रे विश्वतोमुखि ॥
Les dieux dirent : Hommage à Toi, ô Déesse, la très fortunée, profonde, à l’apparence redoutable. Victoire à Toi, dont l’enseignement est la stabilité ; ô Trois-Yeux, ô Toi dont les visages se tournent vers toutes les directions.
Verse 50
विद्याविद्ये जये याज्ये महिषासुरमर्दिनि । सर्वगे सर्वदेवेशि विश्वरूपिणि वैष्णवि ॥
Ô connaissance et non-connaissance ; ô Victoire ; ô Digne d’adoration ; ô meurtrière du démon Mahīṣāsura ; ô Omniprésente ; ô Souveraine de tous les dieux ; ô Celle dont la forme est l’univers ; ô Vaiṣṇavī.
Verse 51
वीतशोके ध्रुवे देवि पद्मपत्रशुभेक्षणे । शुद्धसत्त्वव्रतस्थे च चण्डरूपे विभावरि ॥
Ô Déesse, sans chagrin, inébranlable ; ô Toi dont le regard auspicious est tel des pétales de lotus ; ô Toi établie dans le vœu de sattva pur ; et pourtant, ô de forme farouche, ô Rayonnante.
Verse 52
ऋद्धिसिद्धिप्रदे देवि विद्याविद्येऽमृते शिवे । शांकरी वैष्णवी ब्राह्मी सर्वदेवनमस्कृते ॥
Ô Déesse, dispensatrice de prospérité et d’accomplissement ; ô connaissance et non-connaissance ; ô Immortelle, ô Bienfaisante ; ô Śāṁkarī, ô Vaiṣṇavī, ô Brāhmī — ô Toi que tous les dieux saluent.
Verse 53
घण्टाहस्ते त्रिशूलास्त्रे महामहिषमर्दिनि । उग्ररूपे विरूपाक्षि महामायेऽमृतस्त्रवे ॥
Ô Toi qui tiens une cloche en ta main ; ô Toi dont l’arme est le trident ; ô grande meurtrière du puissant Mahīṣa ; ô de forme terrifiante ; ô aux yeux étranges ; ô grande Māyā ; ô flot d’immortalité.
Verse 54
सर्वसत्त्वहिते देवि सर्वसत्त्वमये ध्रुवे । विद्यापुराणशिल्पानां जननी भूतधारिणी ॥
Ô Déesse vouée au bien de tous les êtres, immuable et présente en tous les êtres : mère du savoir, des Purāṇa et des arts, soutien des créatures.
Verse 55
सर्वदेवरहस्यानां सर्वसत्त्ववतां शुभे । त्वमेव शरणं देवि विद्येऽविद्ये श्रियेऽम्बिके । विरूपाक्षि तथा क्षान्ति क्षोभितान्तरजलेऽविले ॥
Ô Bienheureuse, tu es le secret de tous les dieux et de tous les êtres sensibles. Toi seule es le refuge, ô Déesse — ô Science et Non-science, ô Fortune, ô Mère ; ô aux larges yeux, ô Patience, infaillible même lorsque les eaux intérieures sont troublées.
Verse 56
सा सखीभिः परिवृता विहरन्ती यदृच्छया । आगता मन्दरद्रोणीं तत्रापश्यत्तपोवनम् । मुनेरम्बरसंज्ञस्य विविधद्रुममालिनम् ॥
Entourée de ses compagnes, errant à son gré, elle parvint à la vallée de Mandara ; là, elle vit un ermitage forestier (tapovana) appartenant au sage nommé Ambara, paré d’arbres variés.
Verse 57
नमोऽस्तु ते महादेवि नमोऽस्तु परमेश्वरि । नमस्ते सर्वदेवानां भावनित्येऽक्षयेऽव्यये ॥
Hommage à toi, ô Grande Déesse ; hommage à toi, ô Souveraine suprême. Hommage à toi, source du devenir de tous les dieux, éternelle, impérissable et immuable.
Verse 58
शरणं त्वां प्रपद्यन्ते ये देवि परमेश्वरि । न तेषां जायते किञ्चिदशुभं रणसङ्कटे ॥
Ceux qui se réfugient en toi, ô Déesse, ô Souveraine suprême, pour eux nulle infortune ne naît dans les périls de la bataille.
Verse 59
यश्च व्याघ्रभये घोरे चौरराजभये तथा । स्तबवमेनं सदा देवि पठिष्यति यतात्मवान् ॥
Et quiconque, dans l’effroi terrible d’un tigre, ou de même dans la crainte des voleurs ou d’un souverain, récitera toujours cet hymne, ô Déesse—maître de soi—sera préservé.
Verse 60
निगडस्थोऽपि यो देवि त्वां स्मरिष्यति मानवः । सोऽपि बन्धैर्विमुक्तस्ते सुसुखं वसते सुखी ॥
Même un homme chargé de chaînes, ô Déesse—s’il se souvient de toi—se trouve lui aussi délivré de ses liens et demeure dans une grande aisance, comblé.
Verse 61
श्रीवराह उवाच । एवं स्तुता तदा देवी देवैः प्रणतिपूर्वकम् । उवाच देवान् सुश्रोणी वृणुध्वं वरमुत्तमम् ॥
Śrī Varāha dit : Ainsi louée alors par les dieux, après leurs salutations, la Déesse, aux hanches gracieuses, s’adressa aux dieux : «Choisissez un don excellent».
Verse 62
देवा ऊचुः । देवि स्तोत्रमिदं ये हि पठिष्यन्ति तवानघे । सर्वकामसमापन्नान् कुरु देवि स नो वरः ॥
Les dieux dirent : Ô Déesse, ô sans tache—ceux qui réciteront cet hymne qui est le tien, rends-les comblés par l’accomplissement de tous les buts. Ô Déesse, que tel soit pour nous le don.
Verse 63
एवमस्त्विति तान् देवानुक्त्वा देवी पराऽपरा । विससर्ज ततो देवान् स्वयं तत्रैव संस्थिता ॥
Ayant dit à ces dieux : «Qu’il en soit ainsi», la Déesse—à la fois transcendante et immanente—congédia alors les dieux, tandis qu’elle demeurait là même.
Verse 64
एतद्द्वितीयं यो जन्म वेद देव्याः धराधरे । स वीतशोको विरजाः पदं गच्छत्यनामयम् ॥
Quiconque connaît cette seconde naissance de la Déesse sur la montagne qui soutient la Terre se libère du chagrin et de l’impureté, et atteint l’état sans mal.
Verse 65
लतागृहैस्तु विविधैर्वकुलैर्लकुचैस्तथा । चन्दनैः स्पन्दनैः शालैः सरलैरुपशोभितम् । विचित्रवनखण्डैश्च भूषितं तु महात्मनः ॥
Il était orné de multiples berceaux de lianes, de bakula et de lakuca; embelli de santal, de spandana, de śāla et de sarala, et encore paré de bosquets variés — l’āśrama de ce grand être.
Verse 66
दृष्ट्वाश्रमपदं रम्यं सासुरी कन्यका शुभम् । माहिष्मती वरारोहा चिन्तयामास भामिनी ॥
Ayant vu le lieu charmant de l’āśrama, la jeune fille de bon augure, de lignée asurique — Māhiṣmatī, la femme aux membres nobles — se mit à réfléchir.
Verse 67
भीषयित्वाहमेनं तु तापसं त्वाश्रमे स्वयम् । तिष्ठामि क्रीडती सार्धं सखीभिः परमर्चिता ॥
Après avoir moi-même effrayé cet ascète ici, dans l’āśrama, je demeure, jouant avec mes compagnes, comblée d’honneurs.
Varāha addresses Pṛthivī and introduces a crisis of lokadharma: a daitya court attempts to coerce the Devī through a formal dūta (messenger) proposal, framing domination as ‘marriage’ and entitlement.
Vidyutprabha, envoy of the daitya side, delivers Mahiṣa’s proposal and narrates his extraordinary birth: the cursed maiden Mahīṣmatī becomes buffalo-formed; through contact with a sage’s bīja she bears Mahiṣa, who then subdues the devas. Devī refuses; Jayā dismisses the envoy. Nārada arrives to report the devas’ defeat and urges Devī’s intervention. Devī mobilizes a kumārī-sainya and routs the daitya forces.
Devī manifests her multi-armed, martial viśvarūpa (viṃśa-bhujā), invokes Rudra’s sanction/support, and after prolonged combat slays Mahiṣa—establishing Mahīṣamardinī as the paradigm of restoring order by terminating predatory power.
The devas praise Devī with a stotra; she grants a boon that recitation brings protection, welfare, fearlessness, and release from bonds—casting the hymn as an apotropaic technology for communal security.
Māhiṣmatī (city); Narmadā (river); Mandara-droṇī (Mandara valley/basin); Sindhudvīpa (region/person-name functioning as lineage marker); Śataśṛṅga (mountain).
The narrative models resistance to coercive power: the goddess refuses an asura’s demand and restores order by limiting predatory violence. The text also treats speech-acts (śāpa and boon) as moral causality, where harmful intent yields binding consequences, while disciplined intervention re-establishes lokadharma. Protection is presented as a public good: the goddess’s victory is followed by a stotra whose recitation is said to reduce fear and social vulnerability.
No explicit tithi, nakṣatra, lunar month, or seasonal rite-timing is specified in Adhyāya 94. The only time-markers are narrative durations (e.g., “varṣa-sahasrāṇi daśa,” ten thousand divine years of combat) and the curse duration (“śataṃ samāḥ,” one hundred years).
Although not framed as explicit ecological instruction, the chapter links terrestrial stability to the removal of destructive, extractive force embodied by Mahiṣa’s domination of the devas. In the Varāha–Pṛthivī framework, the goddess’s restoration of order functions as a mythic analogue for safeguarding the world-system that supports life on Earth (Pṛthivī), with the stotra positioned as a stabilizing, protective technology for communities under threat.
The chapter references a lineage chain involving a primordial ṛṣi (named as Kaśyapa in the narrative), Supārśva, and Sindhudvīpa, and it introduces named figures including Nārada (messenger-sage), Jayā (the goddess’s pratīhārī), and the daitya Yajñahanu. Place-linked identity appears through Māhiṣmatī and the Narmadā region, suggesting a cultural geography embedded in the genealogy and events.
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