Opening the text

Gauramukhasya Smṛtiḥ Prabhāsa-tīrthe Hari-stavaś ca
Ritual-Manual and Devotional-Theology (Śrāddha continuation; avatāra-stotra; liberation motif)
En dialogue avec Pṛthivī, Varāha poursuit le récit centré sur le Śrāddha en exposant ce qui advint après l’enseignement du rite par Mārkaṇḍeya. Pṛthivī demande qui fut Gauramukha dans une naissance antérieure, comment il recouvra la mémoire et ce qu’il fit ensuite. Varāha répond que Gauramukha fut Bhṛgu dans un autre cycle de Brahmā et que, sur l’impulsion de Mārkaṇḍeya, il se souvint de nombreuses vies. Après avoir offert aux Pitṛs pendant douze ans, il se rend au tīrtha renommé de Prabhāsa et récite un hymne structuré à Hari, énumérant les avatāras : Matsya, Kūrma, Varāha, Narasiṃha, Vāmana, Paraśurāma, les formes de Rāma, Vāsudeva et Kalkin. Le récit s’achève par la manifestation directe de Hari et la dissolution du sage dans le brahman éternel, délivrance de la renaissance, reliant le devoir rituel à la stabilité du cosmos et de la terre ainsi qu’à la continuité éthique.
Verse 1
श्रीवराह उवाच । एवं श्राद्धविधिं श्रुत्वा मार्कण्डेयान्महामुनिः । तदा गौरमुखो देव किमूर्ध्वं कृतवान्विभो ॥ १५.१ ॥
Śrī Varāha dit : «Ainsi, après avoir entendu la procédure du Śrāddha, le grand muni interrogea Mārkaṇḍeya : “Ensuite, ô divinité au visage clair, qu’as-tu fait après cela, ô puissant ?”»
Verse 2
एतच्छ्रुत्वा तदा धात्री पितृऋतन्त्रं महामुनिः । संस्मारितो जन्मशतं मार्कण्डेयेन धीमता ॥ १५.२ ॥
Ayant entendu cela en ce temps-là, dans le cadre de la doctrine concernant les ancêtres (pitṛ-tantra), le grand muni fut amené par le sage Mārkaṇḍeya à se souvenir de cent naissances.
Verse 3
धरण्युवाच । भगवन् गौरमुखः कोऽसौ अन्यजन्मनि कः स्मृतः । कथं च स्मृतवान् स्मृत्वा किं चकार च सत्तमः ॥ १५.३ ॥
Dharaṇī (la Terre) dit : «Ô Bienheureux, qui est donc cet être au visage clair ? Sous quelle identité fut-il rappelé dans une autre naissance ? Et comment en vint-il à se souvenir ? S’étant souvenu, qu’accomplit alors cet homme d’excellence ?»
Verse 4
श्रीवराह उवाच । भृगुरासीत् स्वयं साक्षाद् अन्यस्मिन् ब्रह्मजन्मनि । तदन्वयात्मजस्त्वेष मार्कण्डेयो महामुनिः ॥ १५.४ ॥
Śrī Varāha dit : « Lors d’une autre naissance de Brahmā, Bhṛgu lui-même était présent en personne. De cette lignée est né celui-ci, Mārkaṇḍeya, en tant que grand sage ».
Verse 5
पुत्रैस्तु बोधिताः यूयं सुगतिं प्राप्स्यथेति यत् । प्रागुक्तं ब्रह्मणा तेन मार्कण्डेयेन बोधितः ॥ १५.५ ॥
Cette parole antérieure de Brahmā—« vous atteindrez une bonne destinée lorsque vous serez instruits par vos fils »—c’est cela qu’il rapporte ici, après avoir été instruit par Mārkaṇḍeya.
Verse 6
सस्मार सर्वजन्मानि स्मृत्वा चैव तु यत्कृतम् । तच्छृणुष्व वरारोहे कथयामि समासतः ॥ १५.६ ॥
Il se remémora toutes ses naissances et, se souvenant de ce qui avait été accompli jadis, il dit : « Écoute cela, ô toi aux belles hanches ; je vais le raconter brièvement ».
Verse 7
एवं श्राद्धविधानॆन द्वादशाब्दं ततः पितॄन् । इष्ट्वा पश्चाद्धरेः स्तोत्रं स मुनिस्तूपचक्रमे ॥ १५.७ ॥
Ainsi, selon le rite prescrit du śrāddha, après avoir accompli les offrandes aux Pitṛ pendant douze années, le sage entreprit ensuite un hymne de louange à Hari.
Verse 8
प्रभासं नाम यत्तीर्थं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम् । तत्र दैत्यान्तकं देवं स्तोतुं गौरमुखः स्थितः ॥ १५.८ ॥
Ce tīrtha nommé Prabhāsa est renommé dans les trois mondes. Là, Gauramukha se tint prêt à louer le dieu Daityāntaka, le pourfendeur des Daityas.
Verse 9
गौरमुख उवाच । स्तोष्ये महेन्द्रं रिपुदर्पहं शिवं नारायणं ब्रह्मविदां प्रतिष्ठितम् । आदित्यचन्द्राश्वियुगस्थमाद्यं पुरातनं दैत्यहरं सदा हरिम् ॥ १५.९ ॥
Gauramukha dit : «Je louerai Mahendra, celui qui brise l’orgueil des ennemis ; le bienfaisant Nārāyaṇa, établi parmi les connaisseurs du Brahman ; Hari, primordial et très ancien, demeurant dans les cycles du Soleil, de la Lune et des Aśvin, toujours destructeur des Daityas.»
Verse 10
चकार मात्स्यं वपुरात्मनो यः पुराकृतं वेदविनाशकाले । महामहीधृग्वपुरग्रपुच्छ-छटाहवार्च्छिः सुरशत्रुहाद्यः ॥ १५.१० ॥
Celui qui jadis prit de lui-même la forme du Poisson (Matsya) lorsque les Veda étaient menacés de destruction ; lui, le pourfendeur des ennemis des dieux, porte maintenant la forme du grand Souleveur de la Terre, rayonnant de l’éclat flamboyant de sa queue saillante et de ses soies pareilles à une crinière.
Verse 11
तथाब्धिमन्थानकृते गिरिन्द्रं दधार यः कूर्म्मवपुः पुराणम् । हितेच्छया यः पुरुषः पुराणः प्रपातु मां दैत्यहरः सुरेशः ॥ १५.११ ॥
Que me protège ce Seigneur très ancien : celui qui, prenant la forme primordiale de la Tortue (Kūrma), porta le roi des montagnes pour le barattage de l’océan ; celui qui, par intention bienveillante, est la Personne primordiale ; le destructeur des Daityas et le Seigneur des dieux.
Verse 12
महावराहः सततं पृथिव्यास्तलातलं प्राविशद्यो महात्मा । यज्ञाङ्गसंज्ञः सुरसिद्धवन्द्यः स पातु मां दैत्यहरः पुराणः ॥ १५.१२ ॥
Que me protège le Mahāvarāha, très ancien et magnanime : celui qui pénétrait sans cesse dans Talātala, la région sous la Terre ; celui qu’on nomme «membre même du sacrifice (yajña)», vénéré par les dieux et les Siddha ; le destructeur des Daityas.
Verse 13
नृसिंहरूपी च भवत्यजस्त्रं युगे युगे योगिवरोग्रभीमः । करालवक्त्रः कनकाग्रवर्चा रत्नाशयोऽस्मानसुरान्तकोऽव्यात् ॥ १५.१३ ॥
Que le destructeur des Asuras—celui qui prend la forme de Nṛsiṃha—nous protège sans relâche à chaque âge : le plus éminent des yogins, farouche et redoutable, à la bouche terrifiante, resplendissant comme l’or affiné, et réceptacle de joyaux.
Verse 14
बलिर्मखध्वंसकृते महात्मा स्वां गूढतां योगवपुःस्वरूपः । स दण्डकाश्ठाजिनलक्षणः पुनः क्षितिं च पदाक्रान्तवान् यः स पातु ॥ १५.१४ ॥
Que ce Grand Être nous protège : lui qui, afin de mettre un terme au sacrifice de Bali, revêtit sa forme voilée de corps yogique ; et qui, portant les marques de l’ascète—bâton, instrument de bois et peau d’antilope—foula de nouveau la terre, la couvrant d’un pas.
Verse 15
त्रिःसप्तकृत्वो जगतीं जिगाय जित्वा ददौ कश्यपाय प्रचण्डः । स जामदग्न्योऽभिजनस्य गोप्ता हिरण्यगर्भोऽसुरहा प्रपातु ॥ १५.१५ ॥
Après avoir conquis la terre vingt et une fois, le farouche vainqueur, une fois victorieux, la donna à Kaśyapa. Que ce descendant de Jamadagni—protecteur de la noble lignée, Hiraṇyagarbha, tueur d’asuras—nous sauvegarde.
Verse 16
चतुःप्रकारं च वपुर्य आद्यं हैरण्यगर्भप्रतिमानलक्ष्यम् । रामादिरूपैर्बहुरूपभेदश्चकार सोऽस्मानसुरान्तकोऽव्यात् ॥ १५.१६ ॥
Et ce corps primordial, quadruple en sa nature et marqué d’une mesure comparable à Hiraṇyagarbha, prit de nombreuses formes différenciées, à commencer par celles de Rāma. Que ce destructeur des asuras nous protège.
Verse 17
चाणूरकंसासुरदर्पभीतेर्भीतामराणामभयाय देवः । युगे युगे वासुदेवो बभूव कल्पे भवत्यद्भुतरूपकारी ॥ युगे युगे कल्किनाम्ना महात्मा वर्णस्थितिं कर्त्तुमनेकमूर्त्तिः ॥ १५.१७ ॥
Afin d’ôter la crainte née de l’orgueil d’ennemis tels que Cāṇūra, Kaṁsa et les asuras, et d’accorder l’intrépidité aux devas effrayés, le Divin devient Vāsudeva à chaque yuga ; à chaque kalpa il revêt des formes merveilleuses. De nouveau et encore, comme le magnanime nommé Kalki, prenant de multiples manifestations, il agit pour rétablir l’ordre établi des varṇa.
Verse 18
सनातनो ब्रह्ममयः पुराणो न यस्य रूपं सुरसिद्धदैत्याः । पश्यन्ति विज्ञानगतिं विहाय अथोप्यनेकानि समर्च्वयन्ति । मत्स्यादिरूपाणि चरणि सोऽव्यात् ॥ १५.१८ ॥
Il est éternel, constitué de brahman, l’Ancien ; sa forme véritable n’est pas perçue par les dieux, les siddhas et les daityas, ayant délaissé la voie de la connaissance discriminante ; et pourtant ils vénèrent de multiples manifestations. Qu’il nous protège, lui dont les formes commencent par Matsya, le Poisson, et dont les pieds sont révérés.
Verse 19
नमो नमस्ते पुरुषोत्तमाय पुनश्च भूयोऽपि नमो नमस्ते । नमः पुरस्तादथ पृष्ठतस्ते नयस्व मां मुक्तिपदं नमस्ते ॥ १५.१९ ॥
Hommage, hommage à Toi, ô Puruṣottama ; encore et toujours, hommage à Toi. Hommage à Toi par-devant et aussi par-derrière ; conduis-moi à l’état de délivrance—hommage à Toi.
Verse 20
एवं नमस्यतस्तस्य महर्षेर्भावितात्मनः । प्रत्यक्षतां गतो देवः स्वयं चक्रगदाधरः ॥ १५.२० ॥
Tandis que ce grand ṛṣi, l’âme maîtrisée, offrait ainsi ses salutations révérencieuses, la Divinité—Lui-même, porteur du disque et de la massue—se manifesta directement devant lui.
Verse 21
तं दृष्ट्वा तस्य विज्ञानं निस्तरङ्गं स्वदेहतः । उत्तस्थौ सोऽपि तं लब्ध्वा तस्मिन् ब्रह्मणि शाश्वते । लयं जगाम देवात्मा त्वपुनर्भवसंज्ञिते ॥ १५.२१ ॥
Ayant vu que sa connaissance—paisible, sans la moindre vague—s’élevait du sein même de sa condition incarnée, il se leva à son tour ; et l’ayant obtenue, cet être à l’âme divine entra en dissolution dans le Brahman éternel, dans l’état nommé « non-retour » (affranchissement de la renaissance).
Pṛthivī, continuing the śrāddha-centered inquiry, asks Varāha to clarify Gauramukha’s prior identity, the mechanism of his jāti-smaraṇa (past-birth recollection), and his subsequent course of action after Mārkaṇḍeya’s instruction.
Varāha explains that Gauramukha was Bhṛgu in another Brahmā-cycle and, urged by Mārkaṇḍeya (his descendant), regained memory of multiple births; he then sustains pitṛ-offerings for twelve years and proceeds to Prabhāsa tīrtha, where he recites a structured avatāra-stotra to Hari (Matsya through Kalkin, including Kūrma, Varāha, Narasiṃha, Vāmana, Paraśurāma, Rāma-forms, and Vāsudeva/Kṛṣṇa episodes).
Hari directly manifests (darśana) in response to the hymn; the narrative resolves with Gauramukha’s release from rebirth—dissolution/mergence into the eternal brahman—presented as the consummation of sustained duty (pitṛ-kriyā) and concentrated devotion (stotra-bhakti).
Prabhāsa-tīrtha (Prabhāsa; a renowned sacred coastal region in western India, later associated with Saurāṣṭra/Gujarat).
The chapter links disciplined ancestral ritual (śrāddha and pitṛ observance) with moral continuity across generations and lifetimes, culminating in a theological claim that sustained duty and focused praise (stotra) can orient the practitioner toward liberation (apunarbhava) and integration with brahman.
A clear duration marker appears: Gauramukha performs rites for the Pitṛs for twelve years (dvādaśābda). No specific tithi, pakṣa, or māsa is stated in these verses.
Environmental stewardship is implicit through the tīrtha framework: Prabhāsa is presented as a renowned landscape where correct ritual action and remembrance occur. The avatāra sequence—especially Varāha’s descent to lift and stabilize the earth—functions as a narrative ecology, portraying terrestrial preservation as a cosmic responsibility mirrored by human ritual order.
The text identifies Gauramukha with Bhṛgu in another Brahmā-era and situates Mārkaṇḍeya as his descendant (anvayātmaja). It also references Kaśyapa (recipient of the earth in the Paraśurāma episode) and figures embedded in avatāra narratives such as Bali, Cāṇūra, and Kaṃsa.
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