
Śrāddha-vidhiḥ (Paitṛkakriyā-kramāḥ)
Ritual-Manual
Dans le cadre d’instruction entre Varāha et Pṛthivī, ce chapitre présente un manuel procédural du śrāddha (rites aux ancêtres) transmis par une lignée de sages. Il énumère les invités idéaux—spécialistes védiques, ascètes disciplinés et brāhmaṇas d’éthique ferme—et ceux à exclure pour disqualification morale ou rituelle. Il expose l’exécution par étapes : invitation, purification et installation, préparation des offrandes aux devas et aux pitṛs, puis āvāhana avec arghya, dhūpa, dīpa et des combinaisons précises d’eau et de sésame. L’accueil des atithis imprévus est souligné comme indispensable à l’efficacité du rite. Sont détaillés les homa (à Agni, Soma et Vaivasvata), les règles du repas, les récitations protectrices, la pose des piṇḍa et les libations d’eau, la dakṣiṇā, les bénédictions et un visarjana accompli avec ordre, le tout comme soutien de la continuité familiale et de l’ordre social sur terre.
Verse 1
मार्कण्डेय उवाच । एतन्मे कथितं पूर्वं ब्रह्मपुत्रेण धीमता । सनकानुजेन विप्रर्षे ब्राह्मणान् शृणु साम्प्रतम् ॥ १४.१ ॥
Mārkaṇḍeya dit : « Ceci m’a été auparavant raconté par le sage fils de Brahmā, le cadet de Sanaka. Maintenant, ô le meilleur des brāhmaṇa, écoute ce qui concerne les brāhmaṇas. »
Verse 2
त्रिणाचिकेतस्त्रिमधुस्त्रिसुपर्णः षडङ्गवित् । वेदवित् श्रोत्रियो योगी तथा वै ज्योष्ठसामगः ॥ १४.२ ॥
Il est celui qui a maîtrisé le rite triple de Nāciketa, les enseignements des « trois Madhu » et les récitations des « trois Suparṇa » ; il connaît les six disciplines auxiliaires du Veda, il est connaisseur du Veda, un śrotriya dûment formé, un yogin, et véritablement un éminent chantre des hymnes Sāman.
Verse 3
ऋत्विजं भागिनेयं च दौहित्रं श्वशुरं तथा । जामातरं मातुलं च तपोनिष्ठं च ब्राह्मणम् ॥ १४.३ ॥
« (Il convient d’honorer et de recevoir) le prêtre officiant, le fils de la sœur, le fils de la fille, le beau-père, le gendre, l’oncle maternel, ainsi qu’un brāhmaṇa établi dans la discipline de l’ascèse. »
Verse 4
पञ्चाग्न्यभिरतं चैव शिष्यं संबन्धिनं तथा । मातापितॄरतं चैव एताञ्छ्राद्धे नियोजयेत् ॥ १४.४ ॥
Pour le śrāddha, on doit aussi désigner : celui qui est voué aux cinq feux sacrés, un disciple, un parent, et de même celui qui se consacre au service de sa mère et de son père.
Verse 5
मित्रध्रुक् कुनखी चैव श्यावदन्तस्तथा द्विजः । कन्यादूषयिता वह्निवेदोज्झः सोमविक्रयी ॥ १४.५ ॥
Celui qui trahit un ami, celui dont les ongles sont difformes, le dvija aux dents décolorées, celui qui souille une jeune fille, celui qui néglige les feux sacrés et le Veda, et celui qui vend le soma : tous sont ici énumérés comme des personnes blâmables.
Verse 6
अभिशप्तस्तथा स्तेनः पिशुनो ग्रामयाजकः । भृतकाध्यापकश्चैव भृतकाध्यापितश्च यः ॥ १४.६ ॥
De même, celui qui est sous une malédiction, le voleur, le calomniateur, le prêtre de village qui accomplit des rites pour un salaire, ainsi que le maître engagé à gages et celui qui est instruit à gages—tous sont énumérés ici.
Verse 7
परपूर्वापतिश्चैव मातापित्रोस्तथोज्झकः । वृषलीसूतिपोष्यश्च वृषलीपतिर एव च । तथा देवलकश्चापि श्राद्धे नार्हन्ति केतनम् ॥ १४.७ ॥
Et de même : le mari d’une femme auparavant mariée à un autre ; celui qui abandonne ou néglige sa mère et son père ; celui qui est entretenu par la descendance d’une vṛṣalī ; le mari d’une vṛṣalī ; et aussi le devalaka—ne sont pas jugés dignes de recevoir dans le rite du śrāddha.
Verse 8
प्रथमेऽह्नि बुधः कुर्याद् विप्राग्र्याणां निमन्त्रणम् । आनिमन्त्र्य द्विजान् गेहमागतान् भोजयेद् यतीन् ॥ १४.८ ॥
Le premier jour, l’homme avisé doit convier les brahmanes éminents ; et, après avoir invité les « deux-fois-nés » venus à la maison, il doit aussi donner à manger aux ascètes (yati).
Verse 9
पादशौचादिना गृहमागतान् भोजयेद् द्विजान् । पवित्रपाणिराचान्तानासनेषूपवेशयेत् ॥ १४.९ ॥
Après avoir accompli les usages, à commencer par le lavage des pieds, on doit nourrir les dvija venus à la maison ; les mains purifiées, après qu’ils ont fait l’ācamana (gorgée d’eau rituelle), on les fera asseoir sur des sièges convenables.
Verse 10
पितॄणामयुजो युग्मान् देवानामपि योजयेत् । देवानामेकमेकं वा पितॄणां च नियोजयेत् ॥ १४.१० ॥
On doit attribuer les parts d’offrande aux Pitṛ (ancêtres) selon des groupements impairs et pairs, et de même aux Deva ; ou bien, autrement, on peut les répartir une à une, tant pour les Deva que pour les Pitṛ.
Verse 11
तथा मातामहश्राद्धं वैश्वदेवसमन्वितम् । कुर्वीत भक्तिसम्पन्नः सक्तन्त्रं वा वैश्वदेविकम् ॥ १४.११ ॥
De même, on doit accomplir le rite de śrāddha pour le grand-père maternel, accompagné de l’offrande Vaiśvadeva ; ou bien, pourvu de dévotion, on peut accomplir le rite Vaiśvadevika avec la procédure rituelle prescrite.
Verse 12
प्राङ्मुखं भोजयेद्विप्रं देवानामुभयात्मकम् । पितृपैतामहानां च भोजयेच्चाप्युदङ्मुखान् ॥ १४.१२ ॥
On doit nourrir un brāhmaṇa tourné vers l’est, comme celui qui incarne les dieux sous un double aspect ; et l’on doit aussi offrir la nourriture pour les Pitṛs et les Pitāmahas, en les faisant tourner vers le nord.
Verse 13
पृथक् तयोः केचिदाहुः श्राद्धस्य करणं द्विज । एकत्रैकेन पाकेन वदन्त्यन्ये महर्षयः ॥ १४.१३ ॥
Certains disent, ô deux-fois-né, que le śrāddha doit être accompli séparément pour les deux ; d’autres, les grands ṛṣis, déclarent qu’on peut le faire ensemble avec une seule cuisson ou préparation.
Verse 14
विष्टारार्थं कुशान् दत्त्वा सम्पूज्यार्घविधानतः । कुर्यादावाहनं प्राज्ञो देवानां तदनुज्ञया ॥ १४.१४ ॥
Après avoir disposé l’herbe kuśa afin d’ordonner l’espace rituel, et après avoir honoré selon le rite prescrit de l’offrande d’arghya, le sage doit accomplir l’invocation (āvāhana) des divinités, avec leur assentiment.
Verse 15
यवाम्बुना च देवानां दद्यादर्घ्यं विधानवित् । सुगन्धधूपदीपांश्च दत्त्वा तेभ्यो यथाविधि । पितॄणामपसकव्येन सर्वमेवोपकल्पयेत् ॥ १४.१५ ॥
Celui qui connaît la règle rituelle doit offrir l’arghya aux devas avec de l’eau mêlée d’orge (yava-ambu) ; et, après leur avoir présenté encens parfumé et lampes selon la prescription, il doit pareillement tout préparer pour les pitṛs au moyen de l’offrande apasakavyā.
Verse 16
अनुज्ञां च ततः प्राप्य दत्त्वा दर्भान् द्विधाकृतान् । मन्त्रपूर्वं पितॄणां तु कुर्यादावाहनं बुधः । तिलाम्बुना चापसव्यं दद्यादर्घ्यादिकं बुधः ॥ १४.१६ ॥
Après avoir obtenu l’autorisation, et après avoir disposé des brins d’herbe kuśa (darbha) fendus en deux, l’officiant avisé doit, avec les mantras prescrits, accomplir l’āvāhana, l’invocation des Pitṛ, les ancêtres. Avec de l’eau mêlée de sésame, et le cordon sacré porté en mode apasavya, il offrira l’arghya et les autres offrandes rituelles.
Verse 17
काले तत्रातिथिं प्राप्तमन्नकामं द्विजाध्वगम् । ब्राह्मणैरभ्यनुज्ञातः कामं तमपि पूजयेत् ॥ १४.१७ ॥
Si, au moment convenable, un hôte arrive là — un voyageur dvija, « deux fois né », désireux de nourriture — alors, avec l’assentiment des brāhmaṇa, on doit aussi l’honorer volontiers.
Verse 18
योगिनो विविधैरूपैर्नराणामुपकारिणः । भ्रमन्ति पृथिवीमेतामविज्ञातस्वरूपिणः ॥ १४.१८ ॥
Les yogin, bienfaiteurs des hommes, errent sur cette terre sous des formes diverses, leur véritable nature demeurant méconnue.
Verse 19
तस्मादभ्यर्चयेत् प्राप्तं श्राद्धकालेऽतिथिं बुधः । श्राद्धक्रियाफलं हन्ति द्विजेन्द्रापूजितोऽतिथिः ॥ १४.१९ ॥
C’est pourquoi le sage doit honorer comme il se doit l’hôte qui arrive au moment du śrāddha. Un hôte non honoré — surtout s’il est tenu pour le plus éminent parmi les dvija — détruit le mérite du rite de śrāddha.
Verse 20
जुहुयाद् व्यञ्जनं क्षारैर्वर्ज्यमन्नं ततोऽनले । अनुज्ञातो द्विजैस्तैस्तु त्रिः कृत्वा पुरुषर्षभ ॥ १४.२० ॥
Il doit offrir au feu (homa) les mets préparés, en excluant ceux qui contiennent des substances alcalines. Puis, avec l’autorisation de ces brāhmaṇa, il le fera trois fois, ô le meilleur des hommes.
Verse 21
अग्नये काव्यवाहनाय स्वाहेति प्रथमा हुतिः । सोमाय वै पितृमते दातव्या तदनन्तरम् ॥ १४.२१ ॥
La première oblation doit être offerte, avec la formule « svāhā », à Agni, porteur des offrandes sacrificielles. Ensuite, une offrande doit être donnée à Soma, associé aux Pitṛ (ancêtres).
Verse 22
वैवस्वताय चैवान्या तृतीया दीयताहुतिः । हुतावशिष्टमल्पाल्पं विप्रपात्रेषु निर्वपेत् ॥ १४.२२ ॥
Et une troisième oblation doit aussi être donnée à Vaivasvata. Ensuite, le reste de l’oblation doit être réparti, peu à peu, dans les récipients des brāhmaṇa.
Verse 23
ततोऽन्नं मृष्टमत्यर्थमभीष्टमभिसंस्कृतम् । दत्त्वा जुषध्वमिच्छातो वाच्यमेतदनिष्ठुरम् ॥ १४.२३ ॥
Puis, après avoir donné une nourriture bien apprêtée, d’un choix excellent et soigneusement raffinée, on doit dire selon son souhait : « Veuillez prendre part », en prononçant ces mots sans dureté.
Verse 24
भोक्तव्यं तैश्च तच्चित्तैर्मौनिभिः सुमुखैः सुखम् । अक्रुध्यता अत्वरता देयं तेनापि भक्तितः ॥ १४.२४ ॥
Cela doit être consommé avec aisance par ces sages au mental paisible et au visage bienveillant. Et celui qui donne doit aussi l’offrir avec dévotion, sans colère et sans hâte.
Verse 25
रक्षोघ्नमन्त्रपठनं भूमेरास्तरणं तिलैः । कृत्वाऽध्येयाश्च पितरस्त एव द्विजसत्तमाः ॥ १४.२५ ॥
Après avoir récité le mantra qui repousse les êtres nuisibles et avoir répandu des graines de sésame sur le sol, ces mêmes Pitṛ (ancêtres) doivent être invoqués/récités avec révérence par les meilleurs des deux-fois-nés (brāhmaṇa).
Verse 26
पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । मम तृप्तिं प्रयान्त्वद्य होमाप्यायितमूर्त्तयः ॥ १४.२६ ॥
Que mon père, mon grand-père et de même mon arrière-grand-père parviennent aujourd’hui à la satisfaction, leurs formes étant nourries et fortifiées par l’oblation du homa.
Verse 27
पितापितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । मम तृप्तिं प्रयान्त्वद्य विप्रदेहेषु संस्थिताः ॥ १४.२७ ॥
Que mon père, mon grand-père et de même mon arrière-grand-père—qui demeurent aujourd’hui dans les corps des brāhmaṇas—parviennent à la satisfaction par mon intermédiaire.
Verse 28
पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । तृप्तिं प्रयान्तु पिण्डेषु मया दत्तेषु भूतले ॥ १४.२८ ॥
Que mon père, mon grand-père et de même mon arrière-grand-père parviennent à la satisfaction grâce aux offrandes de piṇḍa que j’ai déposées sur la terre.
Verse 29
पिता पितामहश्चैव तथैव प्रपितामहः । तृप्तिं प्रयान्तु मे भक्त्या यन्मयैतदुदाहृतम् ॥ १४.२९ ॥
Que mon père, mon grand-père et de même mon arrière-grand-père parviennent à la satisfaction par ma dévotion, puisque c’est moi qui ai proféré ces paroles.
Verse 30
मातामहस्तृप्तिमुपैतु तस्य तथा पिता तस्य पिता ततोऽन्यः । विश्वेऽथ देवाः परमां प्रयान्तु तृप्तिं प्रणश्यन्तु च यातुधानाः ॥ १४.३० ॥
Que son grand-père maternel parvienne à la satisfaction; de même son père, le père de son père, puis les autres ancêtres. Et que les Viśve-devas atteignent l’accomplissement suprême; et que les yātudhānas (esprits nuisibles) perdent leur satisfaction et soient dissipés.
Verse 31
यज्ञेश्वरो हव्यसमस्तकाव्यभोक्ता । अव्ययात्मा हरिरीश्वरॊऽत्र । तत्सन्निधानादपयान्तु सद्यो रक्षांस्यशेषाण्यसुराश्च सर्वे ॥ १४.३१ ॥
Hari, Seigneur du sacrifice, consommateur des oblations (havya) et de toutes les offrandes rituelles, demeure ici comme le Soi impérissable. Par sa seule présence, que tous les rākṣasas sans reste, et tous les asuras également, s’éloignent sur-le-champ.
Verse 32
तृप्तेष्वेतेषु विप्रेषु किरेदन्नं महीतले । दद्यादाचमनार्थाय तेभ्यो वारि सकृत्सकृत् ॥ १४.३२ ॥
Lorsque ces hôtes brāhmaṇas ont été rassasiés, on doit répandre de la nourriture sur le sol ; et, pour l’ācamanā (rinçage rituel), on doit leur donner de l’eau à plusieurs reprises.
Verse 33
सुतृप्तैस्तैरणुज्ञातः सर्वेणान्नेन भूतले । सलिलेन ततः पिण्डान् समागृह्य समाहितः ॥ १४.३३ ॥
Les ayant rassasiés et ayant reçu d’eux la permission, après avoir offert toute la nourriture sur la terre, il rassembla alors—l’esprit recueilli—les offrandes de piṇḍa avec de l’eau.
Verse 34
पितृतीर्थेन सलिलं तथैव सलिलाञ्जलिम् । मातामहेभ्यस्तेनैव पिण्डांस्तीर्थेन निर्वपेत् । दक्षिणाग्रेषु दर्भेषु पुष्पधूपादिपूजिताम् ॥ १४.३४ ॥
En utilisant le « pitṛ-tīrtha » (position de la main pour les ancêtres), on doit offrir de l’eau, et de même une libation d’eau les paumes jointes. Par la même méthode, on déposera aussi les offrandes de piṇḍa pour les grands-pères maternels, sur de l’herbe kuśa dont les pointes sont tournées vers le sud, en les honorant par des fleurs, de l’encens et des offrandes similaires.
Verse 35
स्वपित्रे प्रथमं पिण्डं दद्यादुच्छिष्टसन्निधौ । पितामहाय चैवान्यं तत्पित्रे च तथापरम् ॥ १४.३५ ॥
On doit offrir le premier piṇḍa à son propre père, en présence des restes (du repas/du rite). Un autre piṇḍa sera offert au grand-père, et de même un autre encore au père de celui-ci (l’arrière-grand-père).
Verse 36
दर्भमूले लेपभुजः प्रीणयेल्लेपघर्षणात् । पिण्डे मातामहे तद्वद्गन्धमाल्यादिसंयुतैः ॥ १४.३६ ॥
Au pied de l’herbe darbha, on doit satisfaire les êtres qui prennent part à l’onguent en frottant doucement la pâte appliquée ; de même, pour le grand-père maternel, l’offrande de piṇḍa doit être présentée avec parfums, guirlandes et autres ornements.
Verse 37
पूजयित्वा द्विजाग्र्याणां दद्यादाचमनं बुधः । पैत्रेभ्यः प्रथमं भक्त्या तन्मनस्को द्विजेश्वर ॥ १४.३७ ॥
Après avoir honoré les plus éminents des deux-fois-nés, le sage doit offrir l’eau d’ācamana (gorgée rituelle). D’abord, avec dévotion et l’esprit recueilli, qu’il fasse l’offrande aux pitṛ, les ancêtres — ô seigneur des deux-fois-nés.
Verse 38
सुस्वधेत्याशिषा युक्तां दद्याच्छक्त्या च दक्षिणाम् । दत्त्वा च दक्षिणां तेभ्यो वाचयेद्वैश्वदेविकान् । प्रीयन्तामिति ये विश्वे देवास्तेन इतीरयेत् ॥ १४.३८ ॥
En l’accompagnant de la bénédiction « su-svadhā », on doit, selon ses moyens, donner la dakṣiṇā (honoraires rituels). Puis, après leur avoir donné la dakṣiṇā, on fera réciter les formules du Vaiśvadeva, en disant : « Que les Viśve Devas soient satisfaits par ceci ».
Verse 39
तथेति चोक्ते तैर्विप्रैः प्रार्थनीयास्तथाशिषः । पश्चाद्विसर्जयेद्देवान् पूर्वं पैत्रान्महामते ॥ १४.३९ ॥
Lorsque ces brāhmaṇas ont dit : « Qu’il en soit ainsi », il convient de leur demander pareillement des bénédictions. Ensuite, ô très sage, on procédera à la congédiation rituelle des divinités, en congédiant d’abord les ancêtres (pitṛ).
Verse 40
मातामहानामप्येवं सह देवैः क्रमः स्मृतः । भोजने च स्वशक्त्या च दाने तद्वद्विसर्जने । आपादशौचनात् पूर्वं कुर्यादेव द्विजन्मसु ॥ १४.४० ॥
De même, l’ordre prescrit est aussi rappelé pour les grands-pères maternels, conjointement avec les divinités. Dans le repas offert et dans le don — selon ses moyens — et de même dans la congédiation finale, on doit l’accomplir pour les deux-fois-nés avant le lavage des pieds.
Verse 41
जानन्तं प्रथमं पित्र्यं तथा मातामहेषु च । विसर्जयेत् प्रीतिवचः सम्मान्याभ्यर्थितांस्ततः । निवर्त्तेताभ्यनुज्ञात आद्वारान्तमनुव्रजेत् ॥ १४.४१ ॥
D’abord, qu’on congédie, avec des paroles agréables et l’honneur qui convient, les aînés avisés du côté paternel, ainsi que ceux du côté du grand-père maternel. Ensuite, après avoir été sollicité et respecté, et une fois l’autorisation accordée, qu’on retourne en les escortant jusqu’au seuil de la porte.
Verse 42
ततस्तु वैश्वदेवाख्यां कुर्यान्नित्यक्रियां ततः । भुञ्जीयाच्च समं पूज्य भृत्यबान्धुभिरात्मना ॥ १४.४२ ॥
Ensuite, qu’on accomplisse le rite quotidien appelé Vaiśvadeva. Puis, après avoir rendu l’hommage convenable, qu’on prenne le repas en commun, soi-même avec ses dépendants et ses proches.
Verse 43
एवं श्राद्धं बुधः कुर्यात् पितृयं मातामहं तथा । श्राद्धैराप्यायिता दद्युः सर्वान् कामान् पितामहाः ॥ १४.४३ ॥
Ainsi, le sage doit accomplir le rite de śrāddha : l’offrande aux ancêtres (pitṛya) et aussi celle destinée aux grands-pères maternels (mātāmaha). Rassasiés et fortifiés par les offrandes du śrāddha, les aïeux accorderont tous les buts désirés.
Verse 44
त्रीणि श्राद्धे पवित्राणि दौहित्रः कुतपस्तिलाः । रजतस्य तथा दानं तथा संदर्शनादिकम् ॥ १४.४४ ॥
Dans le rite de śrāddha, trois choses sont dites purifiantes : le fils de la fille (dauhitra), l’étoffe de laine appelée kutapa, et les graines de sésame (tilāḥ). De même, le don d’argent (argent métal) et les actes commençant par la présence respectueuse ou la contemplation (saṃdarśana-ādikam) sont déclarés méritoires en ce cadre.
Verse 45
वर्ज्यस्तु कुर्वता श्राद्धं क्रोधोऽध्वगमनं त्वरा । भोक्तुरप्यत्र विप्रेन्द्र त्रयमेतन्न संशयः ॥ १४.४५ ॥
Celui qui accomplit un śrāddha doit éviter la colère, le départ en voyage et la hâte. Et celui qui prend le repas dans ce rite aussi, ô le meilleur des brahmanes, doit éviter ces trois choses, sans aucun doute.
Verse 46
विश्वेदेवाः सपितरस्तथा मातामहाः द्विज । कुलं चाप्यायते पुंसां सर्वं श्राद्धं प्रकुर्वताम् ॥ १४.४६ ॥
Ô deux-fois-né, les Viśvedevas, avec les Pitṛs, et de même les grands-pères maternels, sont satisfaits ; et toute la lignée des hommes qui accomplissent correctement tous les rites de śrāddha est nourrie et prospère.
Verse 47
सोमाधारः पितृगणो योगाधारश्च चन्द्रमाः । श्राद्धं योगिनियुक्तं तु तस्मद्विप्रेन्द्र शस्यते ॥ १४.४७ ॥
Soma est le support de l’assemblée des ancêtres (Pitṛ), et la Lune est le support des yogas (conjonctions temporelles propices). C’est pourquoi, ô le plus éminent des brahmanes, le śrāddha accompli en accord avec un yoga approprié est loué.
Verse 48
सहस्रस्यापि विप्राणां योगी चेत् पुरतः स्थितः । सर्वान् भोक्तॄंस्तारयति यजमानं तथा द्विज ॥ १४.४८ ॥
Même parmi mille brāhmaṇas, si un yogin se tient au premier rang, on dit qu’il fait traverser (accorde un bienfait spirituel) à tous ceux qui prennent part à l’offrande, ainsi qu’au yajamāna, ô deux-fois-né.
Verse 49
मह्यं सनत्कुमारेण पूर्वकल्पे द्विजोत्तम । कथितं वायुना चापि देवानां शम्भुना तथा ॥ १४.४९ ॥
Ô le meilleur des deux-fois-nés, cela m’a été enseigné par Sanatkumāra dans un kalpa antérieur ; Vāyu l’a également rapporté, et de même Śambhu parmi les dieux.
Verse 50
इयं सर्वपुराणेषु सामान्यापैत्रिकी क्रिया । एतत् क्रमात् कर्मकाण्डं ज्ञात्वा मुच्येत बन्धनात् ॥ १४.५१ ॥
Voici le rite ancestral (paitṛkī-kriyā) commun, exposé dans tous les Purāṇa. En comprenant, selon l’ordre prescrit, cette procédure rituelle du karmakāṇḍa, on peut être délivré des liens.
Verse 51
एतदाश्रित्य निर्वाणं ऋषयः संशितव्रताः । प्राप्ता गौरमुखेदानीं त्वमप्येवं परो भव ॥ १४.५२ ॥
S’appuyant sur cet enseignement, les ṛṣi, fermes dans leurs vœux rigoureux, ont atteint la délivrance. À présent, ô toi au visage rayonnant, toi aussi deviens pareillement élevé dans l’accomplissement spirituel.
Verse 52
इति ते कथितं भक्त्या पृच्छतो द्विजसत्तम । पितॄन्यष्ट्वा हरिं ध्यायेद्यस्तस्य किमतः परम् । न तस्मात् परतः पित्र्यं तन्त्रमस्तीति निश्चयः ॥ १४.५३ ॥
«Ainsi te l’ai-je enseigné avec dévotion, ô le meilleur des deux-fois-nés, puisque tu questionnais. Celui qui, après avoir honoré comme il se doit les Pitṛ, médite sur Hari, qu’y a-t-il pour lui de plus élevé? Il est établi avec certitude qu’il n’existe pas de discipline rituelle ancestrale (pitṛya-tantra) supérieure à celle-ci.»
Verse 53
धरण्युवाच ॥
Dharaṇī (la Terre) dit :
The text frames śrāddha as a disciplined social-ethical technology: it instructs careful selection of recipients, controlled speech and demeanor during feeding, and mandatory hospitality to an arriving atithi. The internal logic links moral conduct (non-anger, non-haste, respectful hosting) to ritual efficacy, presenting orderly reciprocity among household, community specialists, and ancestral memory as the stabilizing principle.
A relative timing marker is specified: on the prathama ahan (the first day), the officiant should invite eminent Brāhmaṇas. Beyond this, the chapter emphasizes kāla in the sense of the proper ritual moment (śrāddha-kāla) and sequence (krama), but it does not name specific tithis, pakṣas, months, or seasons.
Environmental stewardship appears implicitly through terrestrial handling of offerings: food is respectfully placed on the bhūmi at prescribed moments, and piṇḍas are deposited on darbha with controlled water-libations (pitṛtīrtha). Read as ecological ethics, the chapter models regulated interaction with land—minimizing disorder (rakṣas-expelling recitations, purity rules) and treating the ground as an active ritual surface whose integrity supports social continuity.
The chapter cites a didactic transmission chain rather than royal genealogy: Sanatkumāra is named as an earlier source, alongside Śambhu (Śiva) and Vāyu as transmitters of the teaching; later it references Śakti’s son (commonly identifiable as Parāśara in Purāṇic contexts) and Maitreya as part of the relay. These references situate the rite within a pan-Purāṇic scholastic lineage of sages and deity-linked authorities.