
Ce chapitre présente l’étiologie du lieu et la charte rituelle d’un liṅga nommé Chyavaneśvara dans le Prabhāsa-kṣetra. Dans un enseignement prononcé par Īśvara, le récit rappelle un contexte d’affrontement où Śakra (Indra) est décrit comme saisi de crainte devant une présence redoutable, tandis que Chyavana, le ṛṣi Bhārgava, apparaît comme une autorité ascétique décisive. Le texte relie les droits des Aśvins et les prérogatives liées au Soma aux actes de Chyavana, en soulignant que l’issue n’est pas fortuite mais ordonnée pour manifester (prakāśana) la puissance du ṛṣi et établir une renommée durable pour Sukanyā et sa lignée. Il est dit ensuite que Chyavana se divertit (vijahāra) avec Sukanyā dans ce champ sacré boisé et qu’il y installa un liṅga destructeur de péchés. Une prescription rituelle explicite suit : le culte accompli correctement envers ce liṅga procure un mérite équivalent à celui de l’Aśvamedha. Le chapitre mentionne aussi le Candramas-tīrtha, fréquenté par les sages Vaikhānasa et Vālakhilya, et prescrit une pratique de śrāddha selon le calendrier : à la pleine lune (pauṇamāsī), surtout au mois d’Aśvin, on doit accomplir le śrāddha selon la règle et nourrir les brāhmaṇas séparément, obtenant le fruit des « koṭi-tīrthas ». La phalaśruti finale affirme qu’entendre ce récit qui détruit le péché délivre des fautes accumulées au fil des naissances.
Verse 1
ईश्वर उवाच । तं दृष्ट्वा घोरवदनं मदं देवः शतक्रतुः । आयांतं भक्षयिष्यन्तं व्यात्ताननमिवान्तकम्
Īśvara dit : Voyant Mada au visage effroyable, le dieu Śatakratu (Indra) le vit s’avancer pour dévorer, tel la Mort elle-même, la gueule béante.
Verse 2
भयात्स्तंभितरूपेण लेलिहानं मुहुर्मुहुः । प्रणतोऽब्रवीन्महादेवि च्यवनं भयपीडितः
Saisi de peur, le corps figé, tandis qu’il léchait sans cesse, il se prosterna et parla à Cyavana, accablé d’effroi : «Ô Mahādevī…».
Verse 3
सोमार्हावश्विनावेतावद्यप्रभृति भार्गव । भविष्यतः सर्वमेतद्वचः सत्यं ब्रवीमि ते
«Ô Bhārgava, dès ce jour, ces deux Aśvins auront droit au Soma. Tout cela adviendra—je te parle en vérité.»
Verse 4
मा ते मिथ्या समारम्भो भवत्वथ तपोधन । जानामि चाहं विप्रर्षे न मिथ्या त्वं करिष्यसि
«Ô trésor d’ascèse, que ton entreprise ne soit pas vaine. Ô brahmane-sage, je te connais bien : tu n’agiras pas avec fausseté.»
Verse 5
सोमार्हावश्विनावेतौ यथैवाद्य त्वया कृतौ । भूय एव तु ते वीर्यं प्रकाशेदिति भार्गव
De même qu’aujourd’hui tu as rendu les deux Aśvin dignes du Soma, de même que ta puissance spirituelle resplendisse encore et encore, ô Bhārgava.
Verse 6
सुकन्यायाः पितुश्चास्य लोके कीर्तिर्भवेदिति । अतो मयैतद्विहितं तद्वीर्यस्य प्रकाशनम् । तस्मात्प्रसादं कुरु मे भवत्वेतद्यथेच्छसि
Afin que, dans le monde, s’élève la renommée de Sukanyā et aussi celle de son père, j’ai ordonné cette manifestation de ta puissance. Accorde-moi donc ta grâce; que cela soit selon ton désir.
Verse 7
एवमुक्तस्य शक्रेण च्यवनस्य महात्मनः । मन्युर्व्युपारमच्छीघ्रं मानश्चैव सुरेशितुः
Quand Indra (Śakra) eut ainsi parlé au sage Cyavana, à l’âme grande, la colère de Cyavana s’apaisa promptement—et l’orgueil du seigneur des dieux s’éteignit aussi.
Verse 8
मदं च व्यभजद्देवि पाने स्त्रीषु च वीर्यवान् । अक्षेषु मृगयायां च पूर्वं सृष्टं पुनःपुनः । तथा मदं विनिक्षिप्य शक्रं संतर्प्य चेंदुना
Ô Devī, ce puissant redistribua l’« ivresse de l’orgueil » : dans la boisson, dans l’attachement aux femmes, dans le jeu et dans la chasse—élans créés jadis, encore et encore. Ayant ainsi rejeté cette arrogance, il contenta Indra et offrit aussi une fraîcheur semblable au Soma.
Verse 9
अश्विभ्यां सहितान्सर्वान्याजयित्वा च तं नृपम् । विख्याप्य वीर्यं सर्वेषु लोकेषु वरवर्णिनि
Ô toi au teint gracieux, avec les deux Aśvin il fit accomplir à tous les sacrifices, et fit aussi offrir les rites par ce roi; et sa vaillance fut célébrée dans tous les mondes.
Verse 10
सुकन्यया महारण्ये क्षेत्रेऽस्मिन्विजहार सः । तस्यैतद्देवि संयुक्तं च्यवनेश्वरनामभृत्
Avec Sukanyā, il demeura dans la joie en ce kṣetra sacré, au cœur de la grande forêt. Ainsi, ô Devī, ce lieu fut lié à lui et en vint à porter le nom de «Cyavaneśvara».
Verse 11
लिंगं महापापहरं च्यव नेन प्रतिष्ठितम् । पूजयेत्तं विधानेन सोऽश्वमेधफलं लभेत्
Cyavana établit un liṅga qui efface les grands péchés. Quiconque le vénère selon le rite prescrit obtient un mérite égal à celui du sacrifice Aśvamedha.
Verse 12
तस्माच्चन्द्रमसस्तीर्थमृषयः पर्युपासते । वैखानसाख्या ऋषयो वालखिल्यास्तथैव च
C’est pourquoi les sages révèrent sans cesse le Candramas-tīrtha. Les Ṛṣi appelés Vaikhānas, et de même les Vālakhilya, s’y tiennent aussi en service dévot.
Verse 13
अत्राश्विने मासि नरः पौर्णमास्यां विशेषतः । श्राद्धं कुर्याद्विधानेन ब्राह्मणान्भोजयेत्पृथक् । कोटितीर्थफलं तस्य भवेन्नैऽवात्र संशयः
Ici, au mois d’Āśvina—surtout le jour de pleine lune—qu’un homme accomplisse le śrāddha selon la règle et nourrisse les brāhmaṇa séparément. Le fruit pour lui sera égal à celui de «dix millions de tīrtha»; il n’y a nul doute.
Verse 14
य इमां शृणुयाद्देवि कथां पातकनाशिनीम् । समस्तजन्मसंभूतात्पापान्मुक्तो भवेन्नरः
Ô Devī, quiconque écoute ce récit sacré, destructeur des fautes, se trouve délivré des péchés accumulés au fil de toutes les naissances.
Verse 283
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये च्यवनेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम त्र्यशीत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le deux-cent-quatre-vingt-troisième chapitre, intitulé «Description de la grandeur de Cyavaneśvara», dans la première partie du Prabhāsa-kṣetra Māhātmya, au sein de la septième section, le Prabhāsa Khaṇḍa, du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā Ekāśīti-sāhasrī.