
Īśvara s’adresse à Devī et attire son attention sur un lieu lié à la rivière Jāmbavatī, identifiée à Jāmbavatī, que la tradition purāṇique se souvient comme l’épouse bien-aimée de Viṣṇu. Dans ce dialogue, Jāmbavatī interroge Arjuna sur les événements du temps; Arjuna, accablé et parlant dans la douleur, rapporte des issues catastrophiques touchant d’éminents Yādava —dont Baladeva et Sātyaki— ainsi que l’ensemble de la communauté yādava, comme une rupture morale et historique. À l’annonce de la mort de son époux, Jāmbavatī s’immole sur la rive de la Gaṅgā, recueille les cendres du bûcher, puis, par une métamorphose mythique, devient une rivière et gagne l’océan, consacrant ainsi ce cours d’eau comme tīrtha. Le texte énonce ensuite le fruit rituel et éthique: les femmes qui s’y baignent avec dévotion —et même les femmes de leur lignée— ne connaîtront pas le veuvage; et tout pratiquant, homme ou femme, qui s’y baigne avec un effort total est promis à la destination suprême (paramā gati).
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि यत्र जांबवती नदी । पुरा जांबवतीनाम विष्णोर्या महिषीप्रिया । अपृच्छदर्जुनं साध्वी वद वार्तां कुरू द्वह
Īśvara dit : « Ensuite, ô Grande Déesse, il faut se rendre là où coule la rivière Jāmbavatī. Jadis, la chaste dame nommée Jāmbavatī—reine bien-aimée de Viṣṇu—interrogea Arjuna : “Dis-moi les nouvelles ; parle en vérité, sans rien cacher.” »
Verse 2
तस्यास्तद्वचनं श्रुत्वा अर्जुनो निश्वसन्मुहुः । वाष्पगद्गदया वाचा इदं वचनमब्रवीत्
Ayant entendu ses paroles, Arjuna soupira maintes fois ; puis, la voix étranglée par les larmes, il prononça ces mots.
Verse 3
बलदेवस्य वीरस्य सात्यकेश्च महात्मनः
(Il parla) du vaillant Baladeva et de Sātyaki, ce magnanime.
Verse 4
अन्येषां यदुवीराणां पापकर्मातिनिर्घृणः । जिजीविषुरिह प्राप्तो वासुदेवनिराकृतः
Et (il parla) d’autres héros Yadu—pécheurs dans leurs actes et entièrement dépourvus de compassion. Désireux de m’accrocher à la vie, je suis venu ici, comme rejeté par Vāsudeva.
Verse 5
सा श्रुत्वा भर्तृनिधनमर्जुनाच्च महासती । गंगातीरे समुत्पाद्य पावकं पावकप्रभा । समुत्सृज्य महाकायं नदीभूत्वा विनिर्ययौ
Ayant appris d’Arjuna la mort de son époux, cette grande femme chaste—rayonnante comme le feu—alluma un brasier sur la rive du Gaṅgā. Délaissant son vaste corps, elle s’en alla, devenue rivière.
Verse 6
सा गृहीत्वा सती भर्तुर्भस्म सर्वं चितेस्तथा । प्रविष्टा सागरं देवि तदा जांबवती शुभा
Cette femme vertueuse, recueillant toutes les cendres de son époux ainsi que celles du bûcher, entra dans l’océan, ô Déesse ; alors elle devint la Jāmbavatī, rivière de bon augure.
Verse 7
या नारी तत्र देवेशि भक्त्या स्नानं समाचरेत् । तदन्वयेपि काचित्स्त्री न वैधव्यमवाप्नुयात्
Ô Souveraine des Dieux, toute femme qui s’y baigne avec dévotion—aucune femme, même dans sa lignée, ne connaîtra le veuvage.
Verse 8
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्र स्नानं समाचरेत् । नरो वा यदि वा नारी प्राप्नोति परमां गतिम्
Ainsi, avec tous ses efforts, qu’on s’y baigne; qu’il soit homme ou femme, on atteint le but suprême.
Verse 9
परित्यक्ता वयं भद्रे यादवैः सुमहात्मभिः
«Ô douce dame, nous avons été délaissés par les Yādava, ces âmes magnanimes.»