Adhyaya 220
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 220

Adhyaya 220

Ce chapitre est un enseignement théologique śaiva où Īśvara instruit la Déesse. Le pèlerin est dirigé vers la divinité nommée Vṛṣadhvajeśvara, « vénérée dans les trois mondes » (triloka-pūjita), située au sud dans la cartographie sacrée de Prabhāsa. Le texte se tourne ensuite vers la métaphysique : Śiva y est décrit comme akṣara et avyakta (impérissable, non manifesté), sans principe supérieur au-delà de Lui, accessible par le yoga, et comme l’Être cosmique omniprésent, ayant mains, pieds, yeux, têtes et bouches partout. Une liste de rois exemplaires (Pṛthu, Marutta, Bharata, Śaśabindu, Gaya, Śibi, Rāma, Ambarīṣa, Māndhātṛ, Dilīpa, Bhagiratha, Suhotra, Rantideva, Yayāti, Sagara) est donnée pour établir le précédent : s’étant rendus à Prabhāsa et ayant adoré Vṛṣadhvajeśvara par des sacrifices, ils atteignent le ciel. Le chapitre souligne l’urgence éthique et ascétique en rappelant les motifs du saṃsāra—naissance, mort, souffrance et vieillesse—et présente l’adoration de Śiva (Śiva-arcana) comme « l’essence » au sein d’un monde jugé sans consistance. La bhakti constante est célébrée comme puissance de prospérité : le dévot reçoit une abondance comparable au cintāmaṇi et au kalpadruma, et même Kubera devient comme un serviteur. Le minimalisme rituel est aussi magnifié : offrir ne serait-ce que cinq fleurs donnerait le fruit de dix aśvamedhas. Enfin, une donation précise est prescrite—offrir un taureau près de Vṛṣadhvaja—pour la destruction des péchés et pour ceux qui désirent le plein mérite du pèlerinage.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि देवं त्रैलोक्यपूजितम् । वृषध्वजेश्वरं नाम स्थितं दक्षिणतस्तथा

Īśvara dit : Alors, ô Mahādevī, qu’on se rende auprès du Dieu honoré dans les trois mondes, nommé Vṛṣadhvajeśvara, établi au sud.

Verse 2

यत्तदक्षरमव्यक्तं परं यस्मान्न विद्यते । योगगम्यमनाद्यंतं वृषभध्वज संमितम्

Cette Réalité suprême—impérissable et non manifestée—au-delà de laquelle rien n’existe, accessible seulement par le yoga, sans commencement ni fin, doit être reconnue comme Vṛṣabhadhvaja (Śiva).

Verse 3

सर्वाश्चर्यमयं देवि बुद्धिग्राह्यं निरामयम् । विश्वतः पाणिपादं च विश्वतोऽक्षिशिरोमुखम्

Ô Déesse, Il est tout entier merveille—saisissable par l’intellect purifié, exempt de toute souffrance—dont les mains et les pieds sont partout, et dont les yeux, les têtes et les visages sont de tous côtés.

Verse 4

तं च देवं चिरं स्थाणुं वृषभध्वजसंज्ञितम् । पृथुर्मरुच्च भरतः शशबिन्दुर्गयः शिबिः

Ce Dieu, ancien et inébranlable, le Stable, connu sous le nom de Vṛṣabhadhvaja : Pṛthu, Marutta, Bharata, Śaśabindu, Gaya et Śibi L’adorèrent.

Verse 5

रामोंऽबरीषो मांधाता दिलीपोऽथ भगीरथः । सुहोत्रो रंतिदेवश्च ययातिः सगरस्तथा

De même, Rāma, Ambarīṣa, Māndhātṛ, Dilīpa et Bhagiratha ; Suhotra, Rantideva, Yayāti, et pareillement Sagara, Lui rendirent un culte.

Verse 6

षोडशैते नृपा धन्याः प्रभासं क्षेत्रमाश्रिताः । वृषध्वजेशमाराध्य यज्ञैरिष्ट्वा दिवं गताः

Ces seize rois bienheureux, ayant pris refuge dans le champ sacré de Prabhāsa, apaisèrent le Seigneur Vṛṣadhvaja et, après avoir accompli des sacrifices, gagnèrent le ciel.

Verse 7

सत्यं वच्मि हितं वच्मि सारं वच्मि पुनःपुनः । असारे दग्धसंसारे सारं तत्र शिवार्चनम्

Je dis la vérité ; je dis ce qui est salutaire ; je redis sans cesse l’essence : dans ce saṃsāra stérile et brûlant, l’essence véritable est l’adoration de Śiva.

Verse 8

पुनर्जन्म पुनर्मृत्युः पुनः क्लेशः पुनर्जरा । अहरहर्घटीन्यायो न कदाचिदपीदृशः

De nouveau la naissance, de nouveau la mort ; de nouveau la peine, de nouveau la vieillesse : cette répétition, jour après jour, instant après instant, n’est jamais autrement.

Verse 9

तदा श्वेतस्य संसारग्रन्थेरत्यन्तदुर्भिदः । परं निर्मूलविच्छेदि क्रियतां तद्भवार्चनम्

Ainsi, que soit accomplie l’adoration de Bhava (Śiva) : l’acte suprême qui tranche le nœud du saṃsāra, si difficile à rompre, et l’arrache jusqu’à la racine.

Verse 10

तस्य चिन्तामणिर्गेहे तस्य कल्पद्रुमः कुले । कुबेरः किंकरस्तस्य भक्तिर्यस्य शिवे स्थिता

Pour celui dont la dévotion demeure fermement établie en Śiva : dans sa demeure se trouve la gemme Cintāmaṇi qui exauce les vœux ; dans sa lignée s’élève l’arbre Kalpadruma qui accorde les dons ; et Kubera lui-même devient comme son serviteur.

Verse 11

सेयं लक्ष्मीः पुरा पुंसां सेयं भक्तिः समीहिता । सेयं श्रेयस्करी मूर्तिर्भक्तिर्या वृषभध्वजे

Ceci est, en vérité, la véritable Lakṣmī pour les hommes ; ceci est la dévotion qu’il faut rechercher. Ceci est la forme bienfaisante qui engendre la béatitude : la dévotion à Vṛṣabhadhvaja (Śiva).

Verse 12

पुष्पैः पंचभिरप्यत्र पूजयित्वा महेश्वरम् । दशानामश्वमेधानां फलं प्राप्नोति मानवः

Ici, même en adorant Maheśvara avec seulement cinq fleurs, l’homme obtient un mérite égal à celui de dix sacrifices Aśvamedha.

Verse 13

वृषभस्तत्र दातव्यो वृषभध्वज संनिधौ । सर्वपातकनाशार्थं सम्यग्यात्राफलेप्सुभिः

En présence de Vṛṣabhadhvaja (Śiva), on doit y faire don d’un taureau, pour ceux qui désirent le plein fruit du pèlerinage, afin d’anéantir tous les péchés.

Verse 220

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये वृषभध्वजेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम विंशत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le deux-cent-vingtième chapitre, intitulé « Description de la gloire de Vṛṣabhadhvajeśvara », dans la première partie (Prabhāsa-kṣetra-māhātmya) du septième livre (Prabhāsa-khaṇḍa) du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, selon l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā.