
Les Ṛṣi interrogent Sūta au sujet des mentions antérieures de Sāvitrī et de Gāyatrī : comment Gāyatrī en vint à être reconnue comme épouse dans le cadre sacrificiel, et comment Sāvitrī se rendit au yajña-maṇḍapa puis entra dans le pavillon des épouses (patnīśālā). Sūta raconte que Sāvitrī, ayant compris la situation de son époux et affermi sa résolution, rassemble une suite d’épouses divines—Gaurī, Lakṣmī, Śacī, Medhā, Arundhatī, Svadhā, Svāhā, Kīrti, Buddhi, Puṣṭi, Kṣamā, Dhṛti—ainsi que des apsaras telles que Ghṛtācī, Menakā, Rambhā, Urvaśī et Tilottamā. Dans une marche joyeuse, portée par la musique et les chants conduits par les gandharva et les kinnara, Sāvitrī est pourtant saisie de présages (śakuna/utpāta) répétés : battement de l’œil droit, déplacements funestes des animaux, cris d’oiseaux comme renversés, et tressaillements persistants qui troublent son cœur. Les déesses qui l’accompagnent, absorbées par une émulation de chants et de danses, ne perçoivent pas l’agitation intérieure de Sāvitrī. Le chapitre met ainsi en avant la sémiotique purānique des signes au sein d’un récit d’approche rituelle, où la liesse publique se mêle à la tension affective et au discernement du dharma.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । सूतपुत्र त्वया प्रोक्तं सावित्री नागता च यत् । कौटिल्येन समायुक्तैराहूता वचनैस्तथा । पुलस्त्येन पुनश्चैव प्रसक्ता गृहकर्मणि
Les sages dirent : «Ô fils de Sūta, tu nous as dit que Sāvitrī n’était pas venue. Bien qu’on l’eût appelée par des paroles habiles et insinuantes, Pulastya la retint de nouveau dans les devoirs de la maison. Raconte-nous l’affaire telle qu’elle advint en vérité».
Verse 2
ततस्तु ब्रह्मणा कोपाद्गायत्री च समाहृता । देवैर्विप्रेश्चे साऽतीव शंसिता भार्यतां गता
Alors, sous l’effet de la colère de Brahmā, Gāyatrī fut amenée. Fortement louée par les dieux et par les sages brahmanes, elle obtint le rang d’épouse (du Seigneur).
Verse 3
सावित्री च कथं जाता तां ज्ञात्वा यज्ञमण्डपे । पत्नीशालां प्रविष्टां च सर्वं नो विस्तराद्वद
«Comment Sāvitrī se trouva-t-elle mêlée à cela ? Et, ayant compris ce qui se passa dans le pavillon du sacrifice—comment elle entra dans la salle des épouses—dis-nous tout en détail.»
Verse 4
सूत उवाच । सावित्री वशगं कांतं ज्ञात्वा विश्वासमागता । स्थिरा भूत्वा तदा सर्वा देवपत्नीः समानयत्
Sūta dit : Ayant su que son bien-aimé était passé sous l’emprise d’autrui, Sāvitrī retrouva foi et maîtrise d’elle-même. L’esprit affermi, elle rassembla alors toutes les épouses des dieux.
Verse 5
गौरी लक्ष्मीः शची मेधा तथा चैवाप्यरुन्धती । स्वधा स्वाहा तथा कीतिर्बुद्धिः पुष्टिः क्षमा धृतिः । तथा चान्याश्च बहवो ह्यप्सरोभिः समन्विताः
Furent rassemblées Gaurī, Lakṣmī, Śacī, Medhā et Arundhatī ; Svadhā et Svāhā ; ainsi que Kīrti, Buddhi, Puṣṭi, Kṣamā et Dhṛti, avec bien d’autres dames divines, escortées de troupes d’apsaras.
Verse 6
घृताची मेनका रंभा उर्वशी च तिलोत्तमा । अप्सराणां गणाः सर्वे समाजग्मुर्द्विजोत्तमाः
Ghṛtācī, Menakā, Rambhā, Urvaśī et Tilottamā ; oui, toutes les troupes d’apsaras s’y assemblèrent, ô le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 7
सा ताभिः सहिता देवीपूर्णहस्ताभिरेव च । संप्रहृष्टमनोभिश्च प्रस्थिता मण्डपं प्रति
La Déesse, accompagnée d’elles, s’avança les mains pleines d’offrandes. Le cœur de ses compagnes débordant de joie, elle se dirigea vers le pavillon sacré.
Verse 8
वाद्यमानेषु वाद्येषु गीतध्वनियुतेषु च । गन्धर्वाणां प्रमुख्यानां किन्नराणां विशेषतः
Tandis que résonnaient les instruments et que s’élevaient les chants—surtout de la part des Gandharvas les plus éminents et des Kinnaras—la procession de bon augure s’avança.
Verse 9
प्रस्थिता सा महाभागा यावत्तद्यज्ञमण्डपम् । तावत्तस्यास्तदा चक्षुः प्रास्फुरद्दक्षिणं मुहुः
Tandis que la Devī fortunée s’avançait vers le pavillon du yajña, en cet instant même son œil droit se mit à palpiter à maintes reprises.
Verse 10
अपसव्यं मृगाश्चक्रुस्तथान्येऽपि खगादयः । विपर्यस्तेन संयाति शब्दान्कुर्वंति चासकृत्
Les cerfs se déplacèrent vers la gauche, de mauvais augure; et d’autres êtres encore—oiseaux et semblables—allaient à rebours, poussant sans cesse des cris rudes.
Verse 11
दक्षिणानि तथाऽङ्गानि स्फुरमाणानि वै मुहुः । तस्या मनसि संक्षोभं जनयति निरर्गलम्
Sans cesse, les membres de son côté droit palpitaient et frémissaient; et cela faisait naître en son esprit un trouble continu, sans retenue.
Verse 12
ताश्च देवस्त्रियः सर्वा नृत्यंति च हसंति च । गायंति च यथोत्साहं तस्याः पार्श्वे व्यवस्थिताः
Et toutes ces femmes célestes, rangées à ses côtés, dansaient et riaient, et chantaient avec tout l’élan dont elles étaient capables.
Verse 13
न जानंति च संक्षोभं तथा शकुनजं हृदि । अन्योन्यस्पर्द्धया सर्वा गीतनृत्यपरायणाः
Elles ne percevaient ni le tumulte en son cœur ni l’inquiétude née du présage; rivalisant entre elles, elles se vouaient tout entières au chant et à la danse.
Verse 14
अहंपूर्वमहंपूर्वं प्रविशामि महामखे । इत्यौत्सुक्यसमोपेतास्ता गच्छंति तदा पथि
«Moi d’abord ! Moi d’abord j’entrerai dans le grand sacrifice !»—ainsi, saisis d’un ardent empressement, ils s’avancèrent alors sur la route.
Verse 191
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागर खण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये सावित्र्या यज्ञागमनकालिकोत्पाताद्यपशकुनोद्भववर्णनंनामैकनवत्युत्तरशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille ślokas, dans le sixième Nāgara-khaṇḍa, dans le Māhātmya du lieu sacré de Hāṭakeśvara—le chapitre intitulé «Description des mauvais présages et des prodiges survenus au moment où Sāvitrī vint au sacrifice», à savoir le Chapitre 191.