
Mārkaṇḍeya décrit un tīrtha hautement méritoire nommé Vimaleśvara, situé dans un rayon d’un krośa, et le présente comme une voie rituelle et éthique de purification et d’accomplissement des vœux. Son efficacité est illustrée par une chaîne d’exemples : Indra est purifié après avoir tué Triśiras, fils de Tvaṣṭṛ ; un brāhmaṇa ascète devient rayonnant et sans tache par le tapas ; Bhānu est guéri d’une difformité grâce à l’austérité et à la faveur de Śiva ; et le fils de Vibhaṇḍaka obtient le « vaimalya » en reconnaissant l’impureté née des enchevêtrements sociaux, puis en observant avec son épouse Śāntā une discipline de douze ans au confluent de la Revā et de l’océan, incluant les observances kṛcchra et cāndrāyaṇa pour plaire à Tryambaka. Le récit comporte aussi un épisode de Daruvana : Śiva, incité par Śarvāṇī, établit un lieu purifié à la rencontre de la Narmadā et de la mer, et explique le nom Vimaleśvara comme une présence bienfaisante qui soutient le monde. Le trouble moral né de la création de Tilottamā par Brahmā se résout par le silence, le triple bain, le souvenir de Śiva et l’adoration au confluent, jusqu’au recouvrement de la pureté. Le chapitre s’achève sur des prescriptions : le bain et le culte de Śiva effacent les péchés et élèvent à Brahmaloka ; le jeûne et le darśana aux jours d’aṣṭamī, de caturdaśī et lors des fêtes font abandonner le pāpa accumulé et donnent accès au séjour de Śiva ; le śrāddha accompli selon la règle soulage la dette envers les ancêtres. Sont recommandés les dons (or, grains, vêtements, ombrelle, chaussures, kamaṇḍalu), les arts de la dévotion (chant, danse, récitation) et la construction de temples comme mérite royal.
Verse 1
मार्कण्डेय उवाच । ततः क्रोशान्तरे पुण्यं तीर्थं तद्विमलेश्वरम् । यत्र स्नानेन दानेन जपहोमार्चनादिभिः
Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, à la distance d’un krośa, se trouve le saint tīrtha nommé Vimaleśvara, où, par le bain rituel, le don et des pratiques telles que le japa, le homa et le culte,
Verse 2
विमलेश्वरमाराध्य यो यदिच्छेत्स तल्लभेत् । स्वर्गलाभादिकं वापि पार्थिवं वा यथेप्सितम्
Après avoir apaisé Vimaleśvara, tout ce qu’une personne désire, elle l’obtient : qu’il s’agisse d’atteindre le ciel et autres biens, ou d’objectifs terrestres, selon son vœu.
Verse 3
पुरा त्रिशिरसं हत्वा त्वष्टुः पुत्रं शतक्रतुः । यस्य तीर्थस्य माहात्म्याद्वैमल्यं परमं गतः
Autrefois, après avoir tué Triśiras, fils de Tvaṣṭṛ, Śatakratu (Indra) atteignit la pureté suprême grâce à la grandeur de ce tīrtha.
Verse 4
यत्र वेदनिधिर्विप्रो महत्तप्त्वा तपः पुरा । नानाकर्ममलैः क्षीणैर्विमलोऽभवदर्कवत्
Là, un brāhmane —trésor des Veda— accomplit jadis de grandes austérités; et lorsque les souillures de maints actes furent consumées, il devint sans tache, rayonnant tel le soleil.
Verse 5
महादेवप्रसादेन सोमवत्प्रियदर्शनः । पुरा भानुमतीं भानुः सुतां स्मरशरार्दितः
Par la grâce de Mahādeva, il devint agréable à contempler, tel la Lune. Jadis, Bhānu, tourmenté par les flèches de Kāma, soupira pour Bhānumatī, la fille.
Verse 6
चकमे तेन दोषेण कुष्ठरोगार्दितोऽभवत् । स चाप्यत्र तपस्तप्त्वा विमलत्वमुपागतः
À cause de cette faute même, il fut frappé de lèpre. Pourtant, ayant pratiqué ici l’austérité, il recouvra de nouveau la pureté, sans souillure.
Verse 7
महादेवेन तुष्टेन स्वस्थानं मुदितोऽभजत् । तथैव च पुरा पार्थ विभाण्डकसुतो मुनिः
Lorsque Mahādeva fut satisfait, il regagna joyeusement sa propre demeure. De même, ô Pārtha, jadis le sage, fils de Vibhāṇḍaka, connut lui aussi une telle grâce.
Verse 8
योगिसङ्गं वने प्राप्य पुरे च नृपतेस्तथा । राजसंसर्गदोषाद्वै मालिन्यं परमात्मनः
Dans la forêt, il obtint la compagnie des yogin; et dans la cité, il entra aussi en relation avec un roi. Mais, par la faute du commerce avec le pouvoir royal, même une grande âme contracte l’impureté.
Verse 9
विचारयन्नभ्युपेत्य रेवासागरसङ्गमम् । शान्तया भार्यया सार्द्धं तप्त्वा द्वादशवत्सरान्
Après une profonde méditation, il s’approcha de la confluence de la Revā et de l’océan ; et, avec son épouse Śāntā, il accomplit des austérités pendant douze années.
Verse 10
कृच्छ्रचान्द्रायणैर्देवं तोषयंस्त्र्यम्बकं मुनिः । महादेवेन तुष्टेन सोऽपि वैमल्यमाप्तवान्
Par les observances rigoureuses du Kṛcchra et du Cāndrāyaṇa, le sage réjouit Tryambaka. Lorsque Mahādeva fut satisfait, lui aussi obtint la pureté parfaite.
Verse 11
शर्वाण्या प्रेरितः शर्वः पुरा दारुवने नृप । मोहनान्मुनिपत्नीनां स्वं दीक्ष्य विमलं किल
Poussé par Śarvāṇī, Śarva se rendit jadis dans la forêt de Dāru, ô roi. Après avoir ensorcelé les épouses des sages, il rendit vraiment son propre être consacré par la dīkṣā et sans tache.
Verse 12
विचार्य परमस्थानं नर्मदोदधिसङ्गमम् । तत्र स्थित्वा महाराज तपस्तप्त्वा सहोमया
Ayant reconnu le lieu suprême —la confluence de la Narmadā et de l’océan—, il y demeura, ô grand roi, et accomplit des austérités avec Homā.
Verse 13
विमलोऽसौ यतो जातस्तेनासौ विमलेश्वरः । तेन नाम्ना स्वयं तस्थौ लोकानां हितकाम्यया
Parce qu’il y devint ‘vimala’, sans tache, il fut connu sous le nom de Vimaleśvara. Portant ce nom même, il demeure là, par compassion, désirant le bien des mondes.
Verse 14
ततस्तिलोत्तमां सृष्ट्वा ब्रह्मा लोकपितामहः । प्रजानाथोऽपि तां सृष्ट्वा दृष्ट्वाग्रे सुमनोहराम्
Alors Brahmā, l’aïeul des mondes, créa Tilottamā ; et le Seigneur des créatures aussi, l’ayant produite, contempla devant lui sa beauté infiniment enchanteresse.
Verse 15
भावियोगबलाक्रान्तः स तस्यामभिकोऽभवत् । तेन वीक्ष्य सदोषत्वं रेवातीरद्वयं श्रितः
Subjugué par la force du destin imminent (et du désir), il s’attacha à elle. Par cet attachement, voyant sa propre souillure, il se réfugia sur les deux rives de la Revā, en quête de purification.
Verse 16
तीर्थान्यनुसरन्मौनी त्रिस्नायी संस्मरञ्छिवम् । रेवार्णवसमायोगे स्नात्वा सम्पूज्य शङ्करम् । कालेनाल्पेन राजर्षे ब्रह्माप्यमलतां गतः
Ô sage royal, suivant en silence les tīrtha, se baignant trois fois et se souvenant de Śiva—après s’être baigné au confluent où la Revā rejoint l’océan et avoir dûment adoré Śaṅkara—même Brahmā, en peu de temps, atteignit une pureté sans tache.
Verse 17
एवमन्येऽपि बहुशो देवर्षिनृपसत्तमाः । त्यक्त्वा दोषमलं तत्र विमला बहवोऽभवन्
Ainsi, maintes fois, d’autres sages divins et les plus éminents des rois—rejetant là la crasse des fautes—devinrent nombreux à être purs et sans tache.
Verse 18
तथा त्वमपि राजेन्द्र तत्र स्नात्वा शिवार्चनात् । अमलोऽपि विशेषेण वैमल्यं प्राप्स्यसे परम्
De même, ô seigneur des rois, en te baignant là et en adorant Śiva, même si tu es déjà pur, tu obtiendras tout particulièrement la suprême pureté sans tache.
Verse 19
तत्र स्नात्वा नरो नारी पूजयित्वा महेश्वरम् । पापदोषविनिर्मुक्तो ब्रह्मलोके महीयते
L’homme ou la femme qui s’y baigne et vénère Maheśvara est délivré du péché et de toute souillure, et il est honoré dans le monde de Brahmā.
Verse 20
तत्रोपवासं यः कृत्वा पश्येत विमलेश्वरम् । अष्टम्यां च चतुर्दश्यां सर्वपर्वसु पार्थिव
Ô roi, quiconque y observe le jeûne et contemple Vimaleśvara—au huitième jour lunaire, au quatorzième et lors de toutes les fêtes—acquiert un grand mérite.
Verse 21
सप्तजन्मकृतं पापं हित्वा याति शिवालयम् । श्राद्धं कृत्वा विधानेन पित्ःणामनृणी भवेत् । ब्राह्मणान् भोजयेच्छक्त्या तेभ्यो दद्याच्च दक्षिणाम्
Rejetant les péchés amassés durant sept naissances, on gagne la demeure de Śiva. En accomplissant le śrāddha selon la règle prescrite, on devient quitte envers les ancêtres ; qu’on nourrisse des brāhmaṇas selon ses moyens et qu’on leur offre la dakṣiṇā.
Verse 22
यद्यदिष्टतमं लोके यच्चैवात्महितं गृहे । तत्तद्गुणवते देयं तत्रैवाक्षयमिच्छता । स्वर्णधान्यानि वासांसि छत्रोपानत्कमण्डलुम्
Ce qui est le plus cher au monde et ce qui est utile dans la maison, qu’on l’offre à un digne bénéficiaire, celui qui désire là un mérite impérissable. (Tels dons comprennent) l’or, les grains, les vêtements, une ombrelle, des chaussures et un kamandalu (pot à eau).
Verse 23
गृहं देवस्य वै शक्त्या कृत्वा स्याद्भुवि भूपतिः । गीतनृत्यकथाभिश्च तोषयेत्परमेश्वरम्
En bâtissant, selon ses moyens, une demeure (temple) pour le Seigneur, l’homme devient souverain sur la terre ; et par des chants, des danses et des récits sacrés, qu’il réjouisse Parameśvara.