
Mārkaṇḍeya s’adresse à un roi et l’oriente vers un tīrtha extrêmement propice nommé Daśakanyā, décrit comme d’une beauté suprême et capable d’effacer les péchés de tous. Le chapitre fonde l’autorité du lieu sur une légende d’origine śaiva : en ce gué sacré, Mahādeva est associé à dix jeunes filles vertueuses et à l’arrangement de leur mariage avec Brahmā, d’où la renommée du site sous ce nom. Le propos passe ensuite du récit de nomination à une éthique prescriptive : accomplir sur ce tīrtha le kanyādāna—donner en mariage une jeune fille parée—procure un mérite immense, décrit de façon hyperbolique comme une demeure auprès de Śiva durant des « années comptées par les cheveux », puis une rare renaissance humaine menant à une grande richesse. Une seconde injonction souligne le snāna accompli avec dévotion et le don d’or à un brāhmaṇa paisible ; même une infime quantité dissout les fautes de parole, de pensée et d’acte. La phalāśruti s’achève sur l’ascension au ciel, honoré parmi les Vidyādhara et les Siddha, avec une résidence qui dure jusqu’à la dissolution cosmique, unissant rite, intention droite et récompense universelle.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । गच्छेत्ततः क्षोणिनाथ तीर्थं परमशोभनम् । सर्वपापहरं पुण्यं दशकन्येति विश्रुतम् । महादेवकृतं पुण्यं सर्वकामफलप्रदम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô seigneur de la terre, il faut se rendre à un tīrtha d’une beauté suprême, saint et destructeur de tous les péchés, renommé sous le nom de Daśakanyā. C’est un lieu sacré établi par Mahādeva, qui accorde le fruit de tous les désirs légitimes.
Verse 2
तत्र तीर्थे महादेवो दशकन्या गुणान्विताः । ब्रह्मणो वरयामास ह्युद्वाहेन युयोज ह
En ce tīrtha, Mahādeva demanda en mariage les dix jeunes filles riches de vertus, et, en vérité, les unit à Brahmā par les noces sacrées.
Verse 3
तदाप्रभृति तत्तीर्थं दशकन्येति विश्रुतम् । सर्वपापहरं पुण्यमक्षयं कीर्तितं फलम्
Dès lors, ce tīrtha devint renommé « Daśakanyā ». On le célèbre comme saint, ôtant tous les péchés et accordant un fruit spirituel impérissable.
Verse 4
तत्र तीर्थे तु यः कन्यां ददाति समलंकृताम् । प्राप्नोति पुरुषो दत्त्वा यथाशक्त्या स्वलंकृताम्
En ce même tīrtha, l’homme qui donne en dāna une jeune fille dûment parée obtient la récompense annoncée, en l’offrant selon ses moyens avec les ornements convenables.
Verse 5
तेन दानोत्थपुण्येन पूतात्मानो नराधिप । वसन्ति रोमसंख्यानि वर्षाणि शिवसन्निधौ
Ô roi, par le mérite né de ce don, leurs âmes sont purifiées, et ils demeurent auprès de Śiva durant des années innombrables, aussi nombreuses que les poils du corps.
Verse 6
ततः कालेन महता त्विह लोके नरेश्वर । मानुष्यं प्राप्य दुष्प्राप्यं धनकोटीपतिर्भवेत्
Puis, après un long temps, ô seigneur des hommes, revenant en ce monde et obtenant la rare naissance humaine, il devient maître de richesses par crores.
Verse 7
तत्र तीर्थे तु यो भक्त्या स्नात्वा विप्राय काञ्चनम् । सम्प्रयच्छति शान्ताय सोऽत्यन्तं सुखमश्नुते
En ce tīrtha, quiconque se baigne avec dévotion puis offre de l’or à un brāhmane paisible atteint la félicité suprême.
Verse 8
वाचिकं मानसं वापि कर्मजं यत्पुरा कृतम् । तत्सर्वं विलयं याति स्वर्णदानेन भारत
Ô Bhārata, tout péché commis jadis par la parole, par la pensée ou par l’acte, tout cela se dissout par le don d’or.
Verse 9
नरो दत्त्वा सुवर्णं चापि वालाग्रमात्रकम् । तत्र तीर्थे दिवं याति मृतो नास्त्यत्र संशयः
Même si un homme ne donne en ce tīrtha qu’une quantité d’or grande comme la pointe d’un cheveu, à sa mort il va au ciel : là-dessus, nul doute.
Verse 10
तत्र विद्याधरैः सिद्धैर्विमानवरमास्थितः । पूज्यमानो वसेत्तावद्यावदाभूतसम्प्लवम्
Là, assis dans un excellent vimāna céleste, honoré par les Vidyādharas et les Siddhas, il demeure aussi longtemps que dure la dissolution cosmique des êtres.
Verse 206
अध्यायः
Ici se termine le chapitre sacré.