
L’Adhyāya 23 s’ouvre sur Upamanyu, qui présente un exposé concis du pūjā-vidhāna tel qu’il fut transmis dans l’enseignement même de Śiva à Śivā. Le chapitre décrit une séquence rituelle où le pratiquant accomplit d’abord le sacrifice intérieur (ābhyantara-yāga), pouvant le clore par des éléments du rite du feu, puis passe au culte extérieur (bahir-yāga). Il insiste sur la disposition mentale et la purification des substances rituelles, suivies du dhyāna et de l’adoration formelle de Vināyaka afin d’écarter les obstacles. L’adepte honore ensuite mentalement les figures d’accompagnement, notamment Nandīśa et Suyaśas, placées au sud et au nord, et prépare un āsana approprié—siège du lion/yogique ou lotus pur marqué par les « trois tattva ». Sur ce siège, il visualise en détail Sāmbā Śiva : forme suprême, parée d’ornements, à quatre bras et trois yeux, portant ou manifestant varada/abhaya, le mṛga et le ṭaṅka, avec des parures de serpent et l’éclat de la gorge bleue. La portion citée s’achève en orientant la contemplation vers Maheśvarī à la gauche de Śiva, affirmant la théologie liturgique du couple Śiva–Śakti.
Verse 1
उपमन्युरुवाच । व्याख्यां पूजाविधानस्य प्रवदामि समासतः । शिवशास्त्रे शिवेनैव शिवायै कथितस्य तु
Upamanyu dit : J’exposerai brièvement l’explication de la méthode prescrite du culte, telle qu’enseignée dans le Śiva-śāstra—parole que Śiva Lui-même adressa à Śivā (Pārvatī).
Verse 2
अंगमभ्यंतरं यागमग्निकार्यावसानकम् । विधाय वा न वा पश्चाद्बहिर्यागं समाचरेत्
Après avoir accompli—ou même sans l’avoir accompli—le culte intérieur, membre (aṅga) du rite et s’achevant par les oblations au feu prescrites, on doit ensuite entreprendre aussi, selon la règle, le culte extérieur.
Verse 3
तत्र द्रव्याणि मनसा कल्पयित्वा विशोध्य च । ध्यात्वा विनायकं देवं पूजयित्वा विधानतः
Là, après avoir disposé en esprit les substances rituelles requises et les avoir purifiées, on doit méditer sur le Seigneur Vināyaka; puis, selon le rite prescrit, vénérer ce Seigneur divin.
Verse 4
दक्षिणे चोत्तरे चैव नंदीशं सुयशं तथा । आराध्य मनसा सम्यगासनं कल्पयेद्बुधः
À droite comme à gauche, le sage aspirant doit vénérer en son esprit Nandīśa, l’Illustre à la grande renommée; puis, l’ayant dûment honoré au-dedans, qu’il prépare et prenne comme il convient le siège du culte.
Verse 5
आराधनादिकैर्युक्तस्सिंहयोगासनादिकम् । पद्मासनं वा विमलं तत्त्वत्रयसमन्वितम्
Pourvu de l’adoration (ārādhana) et des disciplines qui l’accompagnent, qu’on adopte la posture du lion et d’autres sièges yogiques, ou bien le lotus pur, soutenu par la compréhension des trois principes : Pati, Paśu et Pāśa.
Verse 6
तस्योपरि शिवं ध्यायेत्सांबं सर्वमनोहरम् । सर्वलक्षणसंपन्नं सर्वावयवशोभनम्
Au-dessus de cela, qu’on médite sur le Seigneur Śiva avec Ambā (Umā), le Seigneur qui ravit tous les cœurs, pourvu de tous les signes auspicieux et rayonnant de la beauté de chacun de ses membres.
Verse 7
सर्वातिशयसंयुक्तं सर्वाभरणभूषितम् । रक्तास्यपाणिचरणं कुंदचंद्रस्मिताननम्
Il était doté de toute excellence et paré de tous les ornements ; sa bouche, ses mains et ses pieds étaient teintés de rouge, et son visage—souriant comme le jasmin et la lune—rayonnait.
Verse 8
शुद्धस्फटिकसंकाशं फुल्लपद्मत्रिलोचनम् । चतुर्भुजमुदाराङ्गं चारुचंद्रकलाधरम्
Il resplendit tel le cristal le plus pur; Trilocana, aux trois yeux, semblable au lotus pleinement épanoui; à quatre bras, aux membres nobles, portant la gracieuse parcelle de lune en croissant : telle est la forme bénie, avec attributs (saguṇa), du Seigneur Śiva, digne de contemplation.
Verse 9
वरदाभयहस्तं च मृगटंकधरं हरम् । भुजंगहारवलयं चारुनीलगलांतरम्
Il contempla Hara : des mains qui accordent les dons et dissipent la crainte; portant le cerf et la hache; paré du serpent en guirlande et en bracelets; et dont la belle gorge porte la marque d’un bleu profond—Śiva, le Pati compatissant, protecteur du paśu lié et dispensateur de la délivrance bénie.
Verse 10
सर्वोपमानरहितं सानुगं सपरिच्छदम् । ततः संचिंतयेत्तस्य वामभागे महेश्वरीम्
Qu’il médite sur Lui—au-delà de toute comparaison—avec Ses assistants et Son cortège divin ; puis qu’il contemple Maheśvarī à Sa gauche.
Verse 11
प्रफुल्लोत्पलपत्राभां विस्तीर्णायतलोचनाम् । पूर्णचंद्राभवदनां नीलकुंचितमूर्धजाम्
Ses yeux étaient vastes et allongés, tels les pétales d’un lotus bleu en pleine floraison ; son visage rayonnait comme la pleine lune ; et sa chevelure, sombre, ondulait en boucles gracieuses.
Verse 12
नीलोत्पलदलप्रख्यां चन्द्रार्धकृतशेखराम् । अतिवृत्तघनोत्तुंगस्निग्धपीनपयोधराम्
Elle brillait comme le pétale d’un lotus bleu, ornée du croissant de lune en diadème ; sa poitrine était d’une plénitude extrême—ronde, haute, dense, lisse et ferme—rayonnant d’une beauté de bon augure.
Verse 13
तनुमध्यां पृथुश्रोणीं पीतसूक्ष्मवराम्बराम् । सर्वाभरणसंपन्नां ललाटतिलकोज्ज्वलाम्
Il la contempla—taille fine et hanches larges—revêtue d’un vêtement jaune, délicat et splendide, parée de tous les ornements, et rayonnante du tilaka éclatant sur son front.
Verse 14
विचित्रपुष्पसंकीर्णकेशपाशोपशोभिताम् । सर्वतो ऽनुगुणाकारां किंचिल्लज्जानताननाम्
Ses tresses étaient embellies de grappes de fleurs aux mille couleurs. En tout, sa forme était parfaitement proportionnée et harmonieuse, et son visage, légèrement baissé, s’inclinait avec une pudeur douce.
Verse 15
हेमारविंदं विलसद्दधानां दक्षिणे करे । दंडवच्चापरं हस्ते न्यस्यासीनां महासने
Assise sur un grand trône, elle resplendissait, tenant dans sa main droite un lotus d’or; et son autre main, posée telle un bâton, demeurait ferme et paisible dans l’attitude.
Verse 16
पाशविच्छेदिकां साक्षात्सच्चिदानंदरूपिणीम् । एवं देवं च देवीं च ध्यात्वासनवरे शुभे
En méditant ainsi, qu’on contemple la Déesse qui tranche véritablement les liens (pāśa) et qui est, de façon immédiate, de la nature de Sat-Cit-Ānanda : Être, Conscience et Béatitude. De même, après avoir médité le Dieu et la Déesse, qu’on les contemple assis sur un siège excellent et propice.
Verse 17
सर्वोपचारवद्भक्त्या भावपुष्पैस्समर्चयेत् । अथवा परिकल्प्यैवं मूर्तिमन्यतमां विभोः
Avec dévotion, comme si l’on offrait tous les services rituels, qu’on l’adore en l’ornant des « fleurs » de la vénération intérieure. Ou bien, après avoir ainsi conçu sa présence, qu’on adore le Seigneur qui pénètre tout, sous la forme que l’on choisit.
Verse 18
शैवीं सदाशिवाख्यां वा तथा माहेश्वरीं पराम् । षड्विंशकाभिधानां वा श्रीकंठाख्यामथापि वा
Qu’on l’appelle Śaivī (la doctrine), ou qu’on le nomme Sadāśiva; qu’on vénère la suprême Māheśvarī; ou qu’on invoque ce qui est dit « les Vingt-Six » (tattva); ou même qu’on l’adresse comme Śrīkaṇṭha—par ces appellations sacrées, c’est le même Grand Seigneur qui est désigné.
Verse 19
मन्त्रन्यासादिकां चापि कृत्वा स्वस्यां तनौ यथा । अस्यां मूर्तौ मूर्तिमंतं शिवं सदसतः परम्
Après avoir accompli le mantra-nyāsa et les rites qui s’y rattachent sur son propre corps selon la règle, qu’on contemple Śiva—qui prend forme par grâce et demeure pourtant suprême au-delà du manifesté et du non-manifesté—comme présent ici même, dans cette mūrti.
Verse 20
ध्यात्वा बाह्यक्रमेणैव पूजां निर्वर्तयेद्धिया । समिदाज्यादिभिः पश्चान्नाभौ होमं च भावयेत्
Après avoir d’abord médité, qu’on accomplisse le culte par l’esprit selon l’ordre extérieur prescrit. Ensuite, avec les baguettes de bois sacré (samid), le ghee (ājya) et autres offrandes, qu’on contemple aussi le homa au nombril, offrant dans le feu intérieur comme acte de bhakti envers Śiva.
Verse 21
भ्रूमध्ये च शिवं ध्यायेच्छुद्धदीपशिखाकृतिम् । इत्थमंगे स्वतंत्रे वा योगे ध्यानमये शुभे
Qu’on médite Śiva dans l’espace entre les sourcils, en Le visualisant sous la forme d’une flamme pure de lampe. Dans ce yoga propice, fait d’absorption contemplative, on peut le pratiquer avec l’appui d’un membre ou d’un point (un lieu yogique), ou bien de manière autonome, en méditation directe.
Verse 22
अग्निकार्यावसानं च सर्वत्रैव समो विधिः । अथ चिंतामयं सर्वं समाप्याराधनक्रमम्
La manière de clore le rite du feu est partout la même. Ensuite, après avoir achevé toute la suite du culte—entièrement tissée de contemplation vigilante—il convient de conclure comme il se doit le rite d’adoration.
Verse 23
लिंगे च पूजयेद्देवं स्थंडिले वानले ऽपि वा
Qu’on adore le Seigneur divin dans le Liṅga; ou bien, même sur l’autel consacré (sthaṇḍila) ou dans le feu sacré (anala).
It presents a staged pūjā: optional completion of inner worship (ābhyantara-yāga, including possible agni-related conclusion), then external worship; mental purification of materials; Vināyaka worship; honoring attendant beings; constructing an āsana; and culminating in Śiva-dhyāna and contemplation of Maheśvarī.
The iconographic precision functions as a meditative template: by fixing form, attributes, gestures, and radiance, the practitioner stabilizes attention and ritually ‘installs’ the deity in consciousness, making internal worship structurally equivalent to external rite.
Sāmbā Śiva is visualized as three-eyed, four-armed, ornamented, blue-throated, bearing varada/abhaya gestures and implements such as mṛga and ṭaṅka, with serpent ornaments and a moon on the head; Maheśvarī is contemplated at his left side.