
L’Adhyāya 8 développe un exposé technico-théologique sur śabda (le son) comme mode de révélation de Brahman/Śiva, dans un cadre mythique et visionnaire. Brahmā raconte que Śambhu, compatissant envers les humbles et destructeur de l’orgueil, répond lorsque des êtres sublimes recherchent le darśana divin. Un nāda distinct surgit, audible comme le « oṃ », clair et prolongé (pluta). Viṣṇu, attentif en contemplation à cette grande résonance, en cherche l’origine et perçoit, en lien avec le liṅga, la structure phonémique de Oṃ : a-kāra, u-kāra, m-kāra et le nāda terminal. Le chapitre recourt à des images cosmiques lumineuses—disque solaire, éclat de feu, fraîcheur rayonnante de lune, pureté cristalline—pour articuler phonème, direction et gradation ontologique. Il culmine dans la description d’une réalité sans tache, sans parties et sans trouble, au-delà du quatrième (turīyātīta), puis propose un profil apophatique : non-duelle, comme une vacuité pure, au-delà des oppositions extérieur/intérieur, et pourtant présente comme le fondement de l’un et de l’autre. Ainsi se fondent en un seul schéma la phonologie du mantra, le symbolisme du liṅga et la métaphysique non-duelle.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । एवं तयोर्मुनिश्रेष्ठ दर्शनं कांक्षमाणयोः । विगर्वयोश्च सुरयोः सदा नौ स्थितयोर्मुने
Brahmā dit : «Ainsi, ô meilleur des sages, tandis que ces deux dieux—gonflés d’orgueil—désiraient la vision (du Suprême), et tandis que nous demeurions là, toujours présents, ô sage,»
Verse 2
दयालुरभवच्छंभुर्दीनानां प्रतिपालकः । गर्विणां गर्वहर्ता च सवेषां प्रभुरव्ययः
Alors Śambhu fut plein de compassion—protecteur des affligés ; ôteur de l’orgueil des arrogants ; et Seigneur impérissable de tous.
Verse 3
तदा समभवत्तत्र नादो वै शब्दलक्षणः । ओमोमिति सुरश्रेष्ठात्सुव्यक्तः प्लुतलक्षणः
Alors s’éleva là le nāda—le son dont la nature est le son. Du plus éminent des dieux se manifesta clairement la syllabe « Om, Om », résonnante et longuement prolongée dans l’énonciation.
Verse 4
किमिदं त्विति संचिंत्य मया तिष्ठन्महास्वनः । विष्णुस्सर्वसुराराध्यो निर्वैरस्तुष्टचेतसा
Pensant : « Qu’est-ce donc, en vérité ? », je demeurai là tandis que résonnait encore ce grand fracas. Viṣṇu — vénéré par tous les dieux — se tenait sans hostilité, l’esprit apaisé et comblé.
Verse 5
लिंगस्य दक्षिणे भागे तथापश्यत्सनातनम् । आद्यं वर्णमकाराख्यमुकारं चोत्तरं ततः
Puis, sur le côté sud du Liṅga, il contempla la réalité éternelle : d’abord la syllabe nommée « A », puis, au-dessus d’elle, la syllabe « U ».
Verse 6
मकारं मध्यतश्चैव नादमंतेऽस्य चोमिति । सूर्यमंडलवद्दृष्ट्वा वर्णमाद्यं तु दक्षिणे
Qu’on médite la syllabe « ma » demeurant au milieu, et, à sa fin, sa résonance subtile (nāda) : ainsi se forme « Oṃ ». La voyant telle un orbe solaire resplendissant, qu’on place la première lettre sur le côté droit (au sud).
Verse 7
उत्तरे पावकप्रख्यमुकारमृषि सत्तम । शीतांशुमण्डलप्रख्यं मकारं तस्य मध्यतः
Ô le meilleur des ṛṣi, dans la partie nord se trouve la syllabe « U », éclatante comme le feu ; et en son plein milieu se tient la syllabe « Ma », brillante comme l’orbe de la lune aux rayons frais.
Verse 8
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां प्रथमखण्डे सृष्ट्युपाख्याने शब्दब्रह्मतनुवर्णनो नामाष्टमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la seconde Saṃhitā, la Rudra-saṃhitā—dans la première section, au récit de la Sṛṣṭi (Création), s’achève le huitième chapitre intitulé «Description de la Forme de Śabda-Brahman».
Verse 9
निर्द्वंद्वं केवलं शून्यं बाह्याभ्यंतरवर्जितम् । स बाह्यभ्यंतरे चैव बाह्याभ्यंतरसंस्थितम्
Il est affranchi de toute dualité—pur, seul, au-delà de toute catégorie, tel le «vide» qui échappe aux mots—sans distinction d’extérieur ni d’intérieur. Et pourtant, ce même Seigneur demeure comme l’intérieur et l’extérieur, établi dans les deux domaines, au-dehors comme au-dedans.
Verse 10
आदिमध्यांतरहितमानंदस्यापिकारणम् । सत्यमानन्दममृतं परं ब्रह्मपरायणम्
Il est sans commencement, sans milieu ni fin ; il est la cause même de la béatitude. Il est la Vérité elle-même—Félicité, Immortel, Brahman suprême—dont l’essence et l’ultime refuge est cette Réalité transcendante : Śiva.
Verse 11
कुत एवात्र संभूतः परीक्षावोऽग्निसंभवम् । अधोगमिष्याम्यनलस्तंभस्यानुपमस्य च
«D’où donc est née ici cette épreuve issue du mystère du feu ? Je descendrai afin d’examiner l’incomparable pilier de flamme.»
Verse 12
वेदशब्दोभयावेशं विश्वात्मानं व्यचिंतयत् । तदाऽभवदृषिस्तत्र ऋषेस्सारतमं स्मृतम्
Il contempla le Soi universel, pénétré de part et d’autre par la résonance du son védique. Alors, à l’instant même, un Ṛṣi s’y manifesta, tenu en mémoire comme l’essence la plus excellente parmi les voyants.
Verse 13
तेनैव ऋषिणा विष्णुर्ज्ञातवान्परमेश्वरम् । महादेवं परं ब्रह्म शब्दब्रह्मतनुं परम्
Par ce même sage, Viṣṇu en vint à connaître le Seigneur suprême : Mahādeva, le Brahman transcendant, dont la forme même est le Śabda-Brahman suprême (l’Absolu en tant que son sacré).
Verse 14
चिंतया रहितो रुद्रो वाचो यन्मनसा सह । अप्राप्य तन्निवर्तंते वाच्यस्त्वेकाक्षरेण सः
Rudra est libre de toute construction mentale ; les paroles, avec le mental, reviennent en arrière sans L’atteindre. Pourtant, Il peut être indiqué par l’unique syllabe impérissable : Oṁ.
Verse 15
एकाक्षरेण तद्वाक्यमृतं परमकारणम् । सत्यमानन्दममृतं परं ब्रह्म परात्परम्
Cette Parole, exprimée par une seule syllabe, est le Verbe immortel et la Cause suprême. Elle est Vérité, Béatitude et Immortalité — le Brahman Suprême, au‑delà même du plus élevé.
Verse 16
एकाक्षरादकाराख्याद्भगवान्बीजकोण्डजः । एकाक्षरादुकाराख्याद्धरिः परमकारणम्
De l’unique syllabe nommée « A » surgit le Bienheureux, Brahmā, né de la semence et de l’œuf cosmiques. De l’unique syllabe nommée « U » surgit Hari (Viṣṇu), le principe causal suprême de la préservation.
Verse 17
एकाक्षरान्मकाराख्याद्भगवान्नीललोहितः । सर्गकर्ता त्वकाराख्यो ह्युकाराख्यस्तु मोहकः
De l’unique syllabe désignée « ma » surgit le Seigneur bienheureux Nīlalohita. De la syllabe « ta » vient l’auteur de la manifestation; et la syllabe « hu » est connue comme l’illusionneur, celui qui voile les êtres par la māyā.
Verse 18
मकाराख्यस्तु यो नित्यमनुग्रहकरोऽभवत् । मकाराख्यो विभुर्बीजी ह्यकारो बीज उच्यते
Ce principe éternel, nommé « Ma », devint le dispensateur toujours gracieux de la faveur divine. Le Seigneur omniprésent, désigné comme « Ma », est la source porteuse de la semence (bīja) ; et la syllabe « A » est aussi proclamée semence (bīja).
Verse 19
उकाराख्यो हरिर्योनिः प्रधानपुरुषेश्वरः । बीजी च बीजं तद्योनिर्नादाख्यश्च महेश्वरः
La syllabe « U », connue comme Hari, est le sein (la source) et le Seigneur souverain de Pradhāna et de Puruṣa. Il est le porteur de la semence et la semence elle-même ; et ce même sein est le Seigneur Maheśvara, nommé Nāda, le son primordial.
Verse 20
बीजी विभज्य चात्मानं स्वेच्छया तु व्यवस्थितः । अस्य लिंगादभूद्बीजमकारो बीजिनः प्रभोः
Le Seigneur porteur de la Semence, par sa libre volonté, se divisa Lui-même et s’établit dans la manifestation. De son Liṅga naquit la semence — la syllabe « A » — appartenant au Seigneur Suprême, source de toutes les semences.
Verse 21
उकारयोनौ निःक्षिप्तमवर्द्धत समंततः । सौवर्णमभवच्चांडमावेद्य तदलक्षणम्
Jetée dans le sein de la syllabe « U », cette semence se déploya de toutes parts. Alors naquit un œuf cosmique d’or, révélant les marques caractéristiques de Cela (le principe primordial).
Verse 22
अनेकाब्दं तथा चाप्सु दिव्यमंडं व्यवस्थितम् । ततो वर्षसहस्रांते द्विधाकृतमजोद्भवम्
Durant de longues années, cet orbe divin (l’œuf cosmique) demeura établi dans les eaux. Puis, au terme de mille ans, ce principe non-né et pourtant né se manifesta en se scindant en deux.
Verse 23
अंडमप्सु स्थितं साक्षाद्व्याघातेनेश्वरेण तु । तथास्य सुशुभं हैमं कपालं चोर्द्ध्वसंस्थितम्
L’Œuf cosmique reposait directement sur les eaux ; puis, sous l’impact décisif du Seigneur lui-même, il fut frappé. Alors, sa splendide coque supérieure, d’or éclatant, s’éleva et demeura au-dessus.
Verse 24
जज्ञे सा द्यौस्तदपरं पृथिवी पंचलक्षणा । तस्मादंडाद्भवो जज्ञे ककाराख्यश्चतुर्मुखः
De ce principe naquit le ciel, puis la terre aux cinq caractères se manifesta. De cet Œuf cosmique, Bhava—le Seigneur—fit naître l’Être aux quatre visages, nommé par la syllabe « ka », c’est-à-dire Brahmā, pour l’œuvre de la création.
Verse 25
स स्रष्टा सर्वलोकानां स एव त्रिविधः प्रभुः । एवमोमोमिति प्रोक्तमित्याहुर्यजुषां वराः
Lui seul est le Créateur de tous les mondes ; lui seul est le Seigneur, triple dans sa manifestation. Ainsi, les plus éminents voyants du Yajurveda déclarent qu’on le désigne par « Om, Om ».
Verse 26
यजुषां वचनं श्रुत्वा ऋचः समानि सादरम् । एवमेव हरे ब्रह्मन्नित्याहुश्चावयोस्तदा
Ayant entendu la parole du Yajurveda, les versets du Ṛg et les hymnes du Sāma répondirent avec respect : « Oui — il en est bien ainsi, ô Hari. Ô Brahman, c’est ainsi que nous parlons à jamais de vous deux. »
Verse 27
ततो विज्ञाय देवेशं यथावच्छक्तिसंभवैः । मंत्रं महेश्वरं देवं तुष्टाव सुमहोदयम्
Alors, ayant compris comme il se doit le Seigneur des dieux—né de la juste manifestation de sa Śakti—il loua le Deva Maheśvara, magnanime et hautement auspicious, qui est lui-même le Mantra sacré.
Verse 28
एतस्मिन्नंतरेऽन्यच्च रूपमद्भुतसुन्दरम् । ददर्श च मया सार्द्धं भगवान्विश्वपालकः
Cependant, le Seigneur Bienheureux —Protecteur de l’univers— vit, avec moi, une autre forme encore, merveilleuse et d’une beauté incomparable.
Verse 29
पंचवक्त्रं दशभुजं गौरकर्पूरवन्मुने । नानाकांति समायुक्तं नानाभूषणभूषितम्
Ô sage, il contempla Śiva dans une manifestation gracieuse : à cinq visages et dix bras, rayonnant, pur et clair comme le camphre, doté de splendeurs multiples et paré d’ornements divins variés.
Verse 30
महोदारं महावीर्यं महापुरुषलणम् । तं दृष्ट्वा परमं रूपं कृतार्थोऽभून्मया हरिः
Il était d’une magnanimité parfaite, d’une vaillance immense, et portait les marques du Purusha suprême. En contemplant cette forme sans égale, la plus haute, moi—Hari (Viṣṇu)—fus comblé : mon dessein s’accomplit.
Verse 31
अथ प्रसन्नो भगवान्महेशः परमेश्वरः । दिव्यं शब्दमयं रूपमाख्याय प्रहसन्स्थितः
Alors Bhagavān Maheśa, le Seigneur suprême, se fit gracieux et bienveillant. Ayant déclaré sa forme divine, faite de son sacré (śabda), il demeura là, souriant.
Verse 32
अकारस्तस्य मूर्द्धा हि ललाटो दीर्घ उच्यते । इकारो दक्षिणं नेत्रमीकारो वामलोचनम्
«La syllabe “A” est véritablement sa tête ; le large front est dit en être la forme prolongée. La syllabe “I” est son œil droit, et la syllabe “Ī” est son œil gauche.»
Verse 33
उकारो दक्षिणं श्रोत्रमूकारो वाम उच्यते । ऋकारो दक्षिणं तस्य कपोलं परमेष्ठिनः
On dit que ‘U’ est l’oreille droite et ‘Ū’ l’oreille gauche ; et l’on déclare que ‘Ṛ’ est la joue droite de ce Seigneur suprême (Parameṣṭhin).
Verse 34
वामं कपोलमूकारो लृ लॄ नासापुटे उभे । एकारश्चोष्ठ ऊर्द्ध्वश्च ह्यैकारस्त्वधरो विभोः
La syllabe « U » est la joue gauche ; les syllabes « Lṛ » et « Lṝ » sont les deux narines. La syllabe « E » est la lèvre supérieure, et la syllabe « Ai » la lèvre inférieure du Seigneur qui pénètre tout.
Verse 35
ओकारश्च तथौकारो दन्तपंक्तिद्वयं क्रमात् । अमस्तु तालुनी तस्य देवदेवस्य शूलिनः
Dans l’ordre prescrit, les sons « o » et « au » doivent être compris comme les deux rangées de dents ; et le son « aṃ » est dit être les deux palais—ainsi (ces formes phonétiques) se rapportent au Dieu des dieux, Śiva le Porteur du trident.
Verse 36
कादिपंचाक्षराण्यस्य पञ्च हस्ताश्च दक्षिणे । चादिपंचाक्षराण्येवं पंच हस्तास्तु वामतः
Dans cet agencement sacré, les cinq syllabes commençant par « ka » sont placées sur les cinq mains du côté droit ; de même, les cinq syllabes commençant par « ca » sont placées sur les cinq mains du côté gauche.
Verse 37
टादिपंचाक्षरं पादास्तादिपंचाक्षरं तथा । पकार उदरं तस्य फकारः पार्श्व उच्यते
Le groupe de cinq syllabes commençant par « ṭa » est placé aux pieds ; de même, le groupe de cinq syllabes commençant par « ta » y est placé. La syllabe « pa » est proclamée être Son ventre, et la syllabe « pha » est dite être Son flanc.
Verse 38
बकारो वामपार्श्वस्तु भकारः स्कंध उच्यते । मकारो हृदयं शंभोर्महादेवस्य योगिनः
«Ba» désigne le côté gauche ; «bha» est dit être l’épaule ; et «ma» est le cœur de Śambhu—de Mahādeva, le grand Yogin. Ainsi, les syllabes sacrées sont contemplées comme les membres mêmes du Seigneur.
Verse 39
यकारादिसकारान्ता विभोर्वै सप्तधातवः । हकारो नाभिरूपो हि क्षकारो घ्राण उच्यते
De la syllabe «ya» jusqu’à la syllabe «sa», on parle en vérité des sept constituants vitaux du Seigneur qui pénètre tout. La syllabe «ha» est dite être la forme du nombril, et la syllabe «kṣa» est déclarée être le nez, organe de l’odorat.
Verse 40
एवं शब्दमयं रूपमगुणस्य गुणात्मनः । दृष्ट्वा तमुमया सार्द्धं कृतार्थोऽभून्मया हरिः
Ainsi, ayant contemplé cette forme faite de son sacré—du Seigneur qui est au-delà des attributs et pourtant l’essence de tous les attributs—avec Umā, moi, Hari (Viṣṇu), fus comblé et mon dessein s’accomplit.
Verse 41
एवं दृष्ट्वा महेशानं शब्दब्रह्मतनुं शिवम् । प्रणम्य च मया विष्णुः पुनश्चापश्यदूर्द्ध्वतः
Ainsi, après avoir vu Maheśāna—Śiva dont le corps est le Brahman du son sacré—Viṣṇu se prosterna. Puis, de nouveau, il leva les yeux vers les hauteurs.
Verse 42
ओंकारप्रभवं मंत्रं कलापंचकसंयुतम् । शुद्धस्फटिकसंकाशं शुभाष्टत्रिंशदक्षरम्
Né de la syllabe sacrée Oṃ, ce mantra—pourvu des cinq kalās—brille de la pureté d’un cristal sans défaut et se compose de trente-huit syllabes auspiciennes.
Verse 43
मेधाकारमभूद्भूयस्सर्वधर्मार्थसाधकम् । गायत्रीप्रभवं मंत्रं सहितं वश्यकारकम्
Puis s’éleva de nouveau une puissance dispensatrice de sagesse ; elle devint le moyen d’accomplir tout dharma et les buts légitimes. Né de la Gāyatrī, ce mantra—lorsqu’il est pratiqué selon la règle—donne la maîtrise du mental et des sens, et rend réceptif ce qui doit être guidé.
Verse 44
चतुर्विंशतिवर्णाढ्यं चतुष्कालमनुत्तमम् । अथ पंचसितं मंत्रं कलाष्टक समायुतम्
Il est pourvu de vingt-quatre syllabes et demeure sans égal, étant pratiqué aux quatre temps sacrés. Ensuite vient le mantra de cinq cents (syllabes/lettres), conjoint aux huit kalās (phases ou puissances divines).
Verse 45
आभिचारिकमत्यर्थं प्रायस्त्रिंशच्छुभाक्षरम् । यजुर्वेदसमायुक्तं पञ्चविंशच्छुभाक्षरम्
Pour les rites ābhicārika, visant à apaiser avec vigueur ou à contrer des influences hostiles, le mantra comporte le plus souvent trente syllabes de bon augure. Lorsqu’il est conjoint aux formules du Yajurveda, il compte vingt-cinq syllabes de bon augure.
Verse 46
कलाष्टकसमा युक्तं सुश्वेतं शांतिकं तथा । त्रयोदशकलायुक्तं बालाद्यैस्सह लोहितम्
Pourvu de huit kalās, il est d’une blancheur éclatante et de nature śāntika, dispensant la paix. Pourvu de treize kalās, il est rouge—avec les divinités d’accompagnement, à commencer par Bāla.
Verse 47
बभूवुरस्य चोत्पत्तिवृद्धिसंहारकारणम् । वर्णा एकाधिकाः षष्टिरस्य मंत्रवरस्य तु
Ce mantra suprême devint la cause de la création, de la croissance (préservation/expansion) et de la dissolution. En vérité, les lettres de ce très excellent mantra sont au nombre de soixante et une.
Verse 48
पुनर्मृत्युंजयं मन्त्रं पञ्चाक्षरमतः परम् । चिंतामणिं तथा मंत्रं दक्षिणामूर्ति संज्ञकम्
De plus, il y a le mantra Mṛtyuñjaya ; puis, après lui, le suprême mantra Pañcākṣarī, aux cinq syllabes. De même, le mantra Cintāmaṇi et le mantra appelé « Dakṣiṇāmūrti ».
Verse 49
ततस्तत्त्वमसीत्युक्तं महावाक्यं हरस्य च । पञ्चमंत्रांस्तथा लब्ध्वा जजाप भगवान्हरिः
Puis fut énoncée (à son intention) la grande formule « Tat tvam asi » — « Tu es Cela » —, et l’on obtint aussi les cinq mantras de Hara. Les ayant reçus, le Bienheureux Hari (Viṣṇu) se mit à les répéter en japa.
Verse 50
अथ दृष्ट्वा कलावर्णमृग्यजुस्सामरूपिणम् । ईशानमीशमुकुटं पुरुषाख्यं पुरातनम्
Alors, contemplant Īśāna—le Seigneur dont la forme même est celle des Veda (Ṛk, Yajus et Sāman), Celui qui porte tous les arts et toutes les nuances, le Puruṣa ancien et éternel, couronne de tous les souverains—il le médita avec vénération.
Verse 51
अघोरहृदयं हृद्यं सर्वगुह्यं सदाशिवम् । वामपादं महादेवं महाभोगीन्द्रभूषणम्
Son pied gauche est le cœur d’Aghora — suave et délicieux, secret suprême, Sadāśiva Lui-même ; c’est Mahādeva, paré du grand roi des serpents, emblème de sa souveraineté majestueuse.
Verse 52
विश्वतः पादवन्तं तं विश्वतोक्षिकरं शिवम् । ब्रह्मणोऽधिपति सर्गस्थितिसंहारकारणम्
Je contemple ce Śiva dont les pieds sont partout, et dont les yeux et les mains sont en tous lieux ; Seigneur même de Brahmā, cause même de la création, du maintien et de la dissolution.
Verse 53
तुष्टाव वाग्भिरिष्टाभिस्साम्बं वरदमीश्वरम् । मया च सहितो विष्णुर्भगवांस्तुष्टचेतसा
Par des paroles choisies et chéries, je louai Śiva—Sāmba, le Seigneur dispensateur de grâces. Et Bhagavān Viṣṇu aussi, avec moi, Le loua d’un cœur tout réjoui.
A revelatory nāda arises as the sound “oṃ,” prompting Viṣṇu to investigate; he perceives the phonemic constituents of Oṃ in relation to the liṅga, framed within Brahmā’s narration of Śiva’s responsive grace.
A-kāra, u-kāra, m-kāra, and the concluding nāda are treated as a graded manifestation of śabda-brahman—linking phoneme, luminous imagery, and ontological levels that culminate in the partless (niṣkala) reality beyond turīya.
Śiva is emphasized as dayālu (compassionate), as the guardian of the humble, and as the remover of pride; metaphysically, the chapter highlights nāda/Oṃ and a crystal-pure, turīyātīta, non-dual ground beyond inner/outer distinctions.