Adhyaya 2
Rudra SamhitaSrishti KhandaAdhyaya 255 Verses

नारदतपोवर्णनम् (Nārada’s Austerities Described)

L’Adhyāya 2 s’ouvre sur Sūta qui présente Nārada—fils de Brahmā, discipliné et voué au tapas—cherchant une région de grottes idéale dans l’Himalaya, près d’un fleuve divin au courant rapide. Il atteint un āśrama rayonnant et richement orné, puis entreprend de longues austérités : posture ferme, silence, prāṇāyāma et purification de l’intellect. Sa pratique culmine en samādhi, portée par la formule non-duelle « ahaṃ brahma », et engendre une connaissance orientée vers la réalisation directe de Brahman. L’intensité de son tapas trouble le cosmos : Śakra/Indra s’agite, voyant dans cette puissance ascétique une menace pour sa souveraineté. Pour susciter un obstacle (vighna), Indra convoque Smara/Kāma, divinité du désir, et, par ruse intéressée, lui ordonne de déployer le désir afin de perturber la concentration de Nārada. Le chapitre met ainsi en scène l’opposition purānique entre l’intériorité yogique et la politique céleste, où le désir apparaît à la fois comme énergie cosmique et péril spirituel.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एतस्मिन्समये विप्रा नारदो मुनिसत्तमः । ब्रह्मपुत्रो विनीतात्मा तपोर्थं मन आदधे

Sūta dit : En ce temps-là, ô brāhmaṇas, Nārada—le meilleur des sages—fils de Brahmā, humble et maître de lui-même, tourna son esprit vers l’accomplissement du tapas (austérité) en vue de la réalisation spirituelle.

Verse 2

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां प्रथमखंडे सृष्ट्युपाख्याने नारदतपोवर्णनं नाम द्वितीयोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la deuxième Saṃhitā, la Rudra-saṃhitā—sous la première section, le Sṛṣṭi-khaṇḍa (récit de la création), s’achève le deuxième chapitre intitulé «Description de la pénitence de Nārada».

Verse 3

तत्राश्रमो महादिव्यो नानाशोभासमन्वितः । तपोर्थं स ययौ तत्र नारदो दिव्यदर्शनः

Là se tenait un āśrama souverainement divin, paré de splendeurs variées. Pour l’austérité et l’accomplissement spirituel, Nārada, doué de vision divine, s’y rendit.

Verse 4

तां दृष्ट्वा मुनिशार्दूलस्तेपे स सुचिरं तपः । बध्वासनं दृढं मौनी प्राणानायम्य शुद्धधीः

L’ayant vue, ce sage—tigre parmi les munis—entreprit de longues austérités. Établissant une posture ferme, observant le silence sacré et réglant le souffle vital par le prāṇāyāma, il demeura l’intelligence purifiée, inébranlablement tourné vers la réalisation de Śiva.

Verse 5

चक्रे मुनिस्समाधिं तमहम्ब्रह्मेति यत्र ह । विज्ञानं भवति ब्रह्मसाक्षात्कारकरं द्विजाः

Ô sages deux-fois-nés, le voyant entra dans ce samādhi où s’élève la réalisation : « Je suis Brahman ». De là naît la connaissance supérieure, pénétrante, qui donne la vision directe de Brahman.

Verse 6

इत्थं तपति तस्मिन्वै नारदे मुनिसत्तमे । चकंपेऽथ शुनासीरो मनस्संतापविह्वलः

Tandis que Nārada, le plus éminent des sages, accomplissait de telles austérités, Śunāsīra (Indra) se mit à trembler, accablé par l’ardente détresse de son esprit.

Verse 7

मनसीति विचिंत्यासौ मुनिर्मे राज्यमिच्छति । तद्विघ्नकरणार्थं हि हरिर्यत्नमियेष सः

Se disant en lui-même : « Ce sage désire mon royaume », Hari (Viṣṇu) entreprit alors un effort véritable, afin de susciter un obstacle à ce désir.

Verse 8

सस्मार स्मरं शक्रश्चेतसा देवनायकः । आजगाम द्रुतं कामस्समधीर्महिषीसुतः

Indra, seigneur et chef des dieux, évoqua en son cœur Smara (Kāma). Aussitôt, Kāma—prompt et résolu, fils d’une reine—accourut en ce lieu.

Verse 9

अथागतं स्मरं दृष्ट्वा संबोध्य सुरराट् प्रभुः । उवाच तं प्रपश्याशु स्वार्थे कुटिलशेमुषिः

Alors, voyant Smara (Kāma) arrivé, le souverain seigneur, roi des dieux, l’interpella et lui parla aussitôt—lui dont l’esprit, rusé, poursuivait son propre dessein.

Verse 10

इन्द्र उवाच । मित्रवर्य्य महावीर सर्वदा हितकारक । शृणु प्रीत्या वचो मे त्वं कुरु साहाय्यमात्मना

Indra dit : «Ô le meilleur des amis, ô grand héros, toi qui fais toujours ce qui est salutaire, écoute avec affection mes paroles et viens à mon aide par ta propre force».

Verse 11

त्वद्बलान्मे बहूनाञ्च तपोगर्वो विनाशितः । मद्राज्यस्थिरता मित्र त्वदनुग्रहतस्सदा

Par ta puissance, l’orgueil né des austérités en moi et en bien d’autres a été anéanti. Et, ô ami, la stabilité de mon royaume vient toujours de ta grâce.

Verse 12

हिमशैलगुहायां हि मुनिस्तपति नारदः । मनसोद्दिश्य विश्वेशं महासंयमवान्दृढः

En vérité, dans une grotte de l’Himalaya, le sage Nārada accomplit des austérités ; fermement établi dans une grande maîtrise de soi, il fixa intérieurement son esprit sur Viśveśa, le Seigneur de l’univers.

Verse 13

याचेन्न विधितो राज्यं स ममेति विशंकितः । अद्यैव गच्छ तत्र त्वं तत्तपोविघ्नमाचर

S'il ne demande pas le royaume selon l'ordonnance prescrite, il pourrait suspecter : 'Ce royaume est mien'. Rends-toi là-bas ce jour même, et crée un obstacle à son austérité.

Verse 14

इत्याज्ञप्तो महेन्द्रेण स कामस्समधु प्रियः । जगाम तत्स्थलं गर्वादुपायं स्वञ्चकार ह

Ainsi commandé par Mahendra (Indra), Kama — amateur du printemps et enivré de miel — se rendit en ce lieu même. Par orgueil, il y conçut son propre stratagème.

Verse 15

रचयामास तत्राशु स्वकलास्सकला अपि । वसंतोपि स्वप्रभावं चकार विविधं मदात्

Sur ce, il manifesta rapidement tous ses propres pouvoirs (kalās) dans leur plénitude. Même le Printemps, comme exalté, manifesta sa splendeur distinctive de multiples façons.

Verse 16

न बभूव मुनेश्चेतो विकृतं मुनिसत्तमाः । भ्रष्टो बभूव तद्गर्वो महेशानुग्रहेण ह

Ô le meilleur des sages, l’esprit de ce muni ne fut point troublé; par la grâce de Maheśa, son orgueil fut renversé.

Verse 17

शृणुतादरतस्तत्र कारणं शौनकादयः । ईश्वरानुग्रहेणात्र न प्रभावः स्मरस्य हि

Écoutez avec recueillement, ô Śaunaka et les autres sages, la raison de ceci : par la grâce d’Īśvara (le Seigneur Śiva) en cette affaire, Kāma n’y eut vraiment aucun pouvoir.

Verse 18

अत्रैव शम्भुनाऽकारि सुतपश्च स्मरारिणा । अत्रैव दग्धस्तेनाशु कामो मुनितपोपहः

Ici même Śambhu—l’ennemi de Smara (Kāma)—accomplit une austérité rigoureuse ; et ici même Kāma, le troubleur des austérités des sages, fut promptement consumé par Lui.

Verse 19

कामजीवनहेतोर्हि रत्या संप्रार्थितैस्सुरैः । सम्प्रार्थित उवाचेदं शंकरो लोकशंकरः

Afin de rendre la vie à Kāma (dieu du désir), et vivement supplié par Ratī avec les dieux, Śaṅkara—bienfaiteur des mondes—prononça ces paroles en réponse à leur prière.

Verse 20

कंचित्समयमासाद्य जीविष्यति सुराः स्मरः । परं त्विह स्मरोपायश्चरिष्यति न कश्चन

«Après quelque temps, ô dieux, Kāma (Smara) revivra. Mais ici et maintenant, nul n’entreprendra aucun moyen pour le ramener à la vie.»

Verse 21

इह यावद्दृश्यते भूर्जनैः स्थित्वाऽमरास्सदा । कामबाणप्रभावोत्र न चलिष्यत्यसंशयम्

Tant que cet état sera visible ici—tant que les Immortels demeureront établis et inébranlables—la puissance des flèches de Kāma ne prévaudra pas en ce lieu; il n’y a là aucun doute.

Verse 22

इति शंभूक्तितः कामो मिथ्यात्मगतिकस्तदा । नारदे स जगामाशु दिवमिन्द्रसमीपतः

Ainsi, par la parole de Śambhu, Kāma—dont la marche est illusoire et trompeuse pour lui-même—quitta aussitôt Nārada et se rendit au ciel, auprès d’Indra.

Verse 23

आचख्यौ सर्ववृत्तांतं प्रभावं च मुनेः स्मरः । तदाज्ञया ययौ स्थानं स्वकीयं स मधुप्रियः

Smara (Kāma) raconta l’ensemble des faits et décrivit aussi la puissance spirituelle du muni. Puis, sur l’ordre de ce sage, Madhupriya s’en alla vers sa propre demeure.

Verse 24

विस्मितोभूत्सुराधीशः प्रशशंसाथ नारदम् । तद्वृत्तांतानभिज्ञो हि मोहितश्शिवमायया

Le seigneur des dieux fut saisi d’étonnement et loua alors Nārada ; car, ignorant le véritable cours de ces événements, il était abusé par la Māyā de Śiva.

Verse 25

दुर्ज्ञेया शांभवी माया सर्वेषां प्राणिनामिह । भक्तं विनार्पितात्मानं तया संमोह्यते जगत्

La Māyā śāmbhavī —la puissance de Śiva— est difficile à saisir pour tous les êtres incarnés en ce monde. Sans bhakti, sans offrande totale de soi, l’univers entier est égaré par cette Māyā même.

Verse 26

नारदोऽपि चिरं तस्थौ तत्रेशानुग्रहेण ह । पूर्णं मत्वा तपस्तत्स्वं विरराम ततो मुनिः

Par la grâce d’Īśāna (le Seigneur Śiva), Nārada demeura là longtemps. Puis, jugeant son tapas accompli, le muni mit fin à cette austérité.

Verse 27

कामोप्यजेयं निजं मत्वा गर्वितोऽभून्मुनीश्वरः । वृथैव विगतज्ञानश्शिवमायाविमोहितः

Même Kāma, se croyant invincible, s’enfla d’orgueil. Mais son savoir se révéla vain, car il fut égaré par la Māyā de Śiva.

Verse 28

धन्या धन्या महामाया शांभवी मुनिसत्तमाः । तद्गतिं न हि पश्यंति विष्णुब्रह्मादयोपि हि

Bénie, bénie est la Grande Māyā, Śāmbhavī—la puissance de Śiva—, ô le meilleur des sages ; car même Viṣṇu, Brahmā et les autres ne discernent ni sa marche ni sa manière d’agir.

Verse 29

तया संमोहितोतीव नारदो मुनिसत्तमः । कैलासं प्रययौ शीघ्रं स्ववृत्तं गदितुं मदी

Fortement abusé par elle, Nārada—le meilleur des sages—se hâta vers Kailāsa, résolu à me rapporter ce qu’il avait lui-même vécu.

Verse 30

रुद्रं नत्वाब्रवीत्सर्वं स्ववृत्तङ्गर्ववान्मुनिः । मत्वात्मानं महात्मानं स्वप्रभुञ्च स्मरञ्जयम्

S’étant prosterné devant Rudra, le sage—gonflé d’orgueil pour sa propre conduite—dit tout. Se croyant une grande âme et se souvenant de sa suprématie imaginée, il rechercha la victoire.

Verse 31

तच्छ्रुत्वा शंकरः प्राह नारदं भक्तवत्सलः । स्वमायामोहितं हेत्वनभिज्ञं भ्रष्टचेतसम्

L’ayant entendu, Śaṅkara—toujours plein d’affection pour Ses dévots—parla à Nārada, que Sa propre Māyā avait égaré, qui n’en comprenait pas la cause véritable et dont l’esprit s’était troublé.

Verse 32

रुद्र उवाच । हे तात नारद प्राज्ञ धन्यस्त्वं शृणु मद्वचः । वाच्यमेवं न कुत्रापि हरेरग्रे विशेषतः

Rudra dit : «Ô cher fils Nārada, tu es vraiment sage — tu es béni. Écoute mes paroles. Cette chose ne doit être dite nulle part ; et surtout, elle ne doit pas être dite en présence de Hari (Viṣṇu).»

Verse 33

पृच्छमानोऽपि न ब्रूयाः स्ववृत्तं मे यदुक्तवान् । गोप्यं गोप्यं सर्वथा हि नैव वाच्यं कदाचन

«Même si l’on t’interroge, ne révèle pas ce que tu m’as dit au sujet de ta propre affaire. Cela doit être tenu secret—secret en toute manière; en vérité, cela ne doit jamais être prononcé, à aucun moment»

Verse 34

शास्म्यहं त्वां विशेषेण मम प्रियतमो भवान् । विष्णुभक्तो यतस्त्वं हि तद्भक्तोतीव मेऽनुगः

«Je t’instruis avec un soin tout particulier, car tu m’es le plus cher. Puisque tu es un dévot de Viṣṇu, tu lui es véritablement consacré; et pour cette raison, tu m’es aussi extrêmement consacré»

Verse 35

शास्तिस्मेत्थञ्च बहुशो रुद्रस्सूतिकरः प्रभुः । नारदो न हितं मेने शिवमायाविमोहितः

«Ainsi, le Seigneur—Rudra, cause souveraine de la création—le réprimanda maintes et maintes fois. Mais Nārada, égaré par la māyā de Śiva, n’accepta pas ce qui était véritablement salutaire»

Verse 36

प्रबला भाविनी कर्म गतिर्ज्ञेया विचक्षणैः । न निवार्या जनैः कैश्चिदपीच्छा सैव शांकरी

Les sages doivent savoir que le cours du karma est puissant et qu’il porte infailliblement ses fruits. Nul être ne peut l’entraver en aucune manière, car cette volonté irrésistible est Śāṅkarī, l’ordonnance divine de Śiva.

Verse 37

ततस्स मुनिवर्यो हि ब्रह्मलोकं जगाम ह । विधिं नत्वाऽब्रवीत्कामजयं स्वस्य तपोबलात्

Alors le meilleur des sages se rendit à Brahmaloka. S’inclinant devant Vidhi (Brahmā), il déclara qu’il avait vaincu Kāma, le désir, par la puissance de ses propres austérités.

Verse 38

तदाकर्ण्य विधिस्सोथ स्मृत्वा शम्भुपदाम्बुजम् । ज्ञात्वा सर्वं कारणं तन्निषिषेध सुतं तदा

À ces paroles, Brahmā se souvint des pieds de lotus de Śambhu (Śiva). Ayant compris la cause véritable de toute chose, il retint aussitôt son fils de cet acte.

Verse 39

मेने हितन्न विध्युक्तं नारदो ज्ञानिसत्तमः । शिवमायामोहितश्च रूढचित्तमदांकुरः

Nārada, le plus éminent des sages, tint pour salutaire ce qui n’était pourtant pas prescrit par la juste connaissance ni par les śāstras ; car, abusé par la Māyā de Śiva, le germe de l’orgueil avait pris racine solidement en son esprit.

Verse 40

शिवेच्छा यादृशी लोके भवत्येव हि सा तदा । तदधीनं जगत्सर्वं वचस्तंत्यांत स्थितं यतः

Telle que soit la volonté de Śiva dans le monde, telle elle advient, à l’identique. Car l’univers entier dépend de Lui, puisqu’il demeure établi à l’extrémité du fil de son commandement, sa Parole souveraine.

Verse 41

नारदोऽथ ययौ शीघ्रं विष्णुलोकं विनष्टधीः । मदांकुरमना वृत्तं गदितुं स्वं तदग्रतः

Alors Nārada, le discernement obscurci, se rendit promptement au séjour de Viṣṇu ; l’esprit gonflé du germe de l’orgueil, il voulait raconter sa propre aventure en présence de Viṣṇu.

Verse 42

आगच्छंतं मुनिन्दृष्ट्वा नारदं विष्णुरादरात् । उत्थित्वाग्रे गतोऽरं तं शिश्लेषज्ञातहेतुकः

Voyant le sage Nārada s’approcher, Viṣṇu se leva avec respect, s’avança à sa rencontre et l’étreignit, bien qu’il n’eût pas encore connaissance de la raison de sa venue.

Verse 43

स्वासने समुपावेश्य स्मृत्वा शिवपदाम्बुजम् । हरिः प्राह वचस्तथ्यं नारदं मदनाशनम्

Ayant fait asseoir Nārada sur son propre siège, Hari (Viṣṇu), après s’être souvenu des pieds-lotus de Śiva, adressa à Nārada—vainqueur du désir—des paroles véridiques.

Verse 44

विष्णुरुवाच । कुत आगम्यते तात किमर्थमिह चागतः । धन्यस्त्वं मुनिशार्दूल तीर्थोऽहं तु तवागमात्

Viṣṇu dit : «D’où viens-tu, cher enfant, et dans quel dessein es-tu venu ici ? Ô tigre parmi les sages, tu es vraiment béni ; et par ta seule venue, ce lieu devient pour moi un véritable tīrtha.»

Verse 45

विष्णुवाक्यमिति श्रुत्वा नारदो गर्वितो मुनिः । स्ववृत्तं सर्वमाचष्ट समदं मदमोहितः

Entendant les paroles de Viṣṇu, le sage Nārada, gonflé d’orgueil, raconta toute sa conduite, égaré par l’ivresse de l’arrogance et de la vanité.

Verse 46

श्रुत्वा मुनिवचो विष्णुस्समदं कारणं ततः । ज्ञातवानखिलं स्मृत्वा शिवपादाम्बुजं हृदि

Après avoir entendu les paroles du sage, Viṣṇu comprit alors entièrement la cause véritable ; et, se souvenant en son cœur des pieds-lotus de Śiva, il connut toute chose.

Verse 47

तुष्टाव गिरिशं भक्त्या शिवात्मा शैवराड् हरिः । सांजलिर्विसुधीर्नम्रमस्तकः परमेश्वरम्

Hari (Viṣṇu)—dont l’être intérieur était voué à Śiva et le premier parmi les dévots śivaïtes—loua Girīśa avec bhakti. L’intelligence purifiée, il se tint les paumes jointes et la tête inclinée, adorant le Seigneur suprême, Parameśvara.

Verse 48

विष्णुरुवाच । देवदेव महादेव प्रसीद परमेश्वर । धन्यस्त्वं शिव धन्या ते माया सर्व विमोहिनी

Viṣṇu dit : « Ô Dieu des dieux, ô Mahādeva, sois gracieux, ô Seigneur Suprême. Béni sois-Tu, ô Śiva — bénie soit en vérité Ta Māyā, le pouvoir qui égare totalement tous les êtres. »

Verse 49

इत्यादि स स्तुतिं कृत्वा शिवस्य परमात्मनः । निमील्य नयने ध्यात्वा विरराम पदाम्बुजम्

Ayant ainsi offert un hymne de louange à Śiva, le Soi Suprême, il ferma les yeux et médita ; puis il devint immobile, se reposant intérieurement aux pieds de lotus (du Seigneur).

Verse 50

यत्कर्तव्यं शंकरस्य स ज्ञात्वा विश्वपालकः । शिवशासनतः प्राह हृदाथ मुनिसत्तमम्

Ayant compris ce qui devait être fait pour Śaṅkara, le Protecteur de l'univers, agissant sous le commandement de Śiva, il parla alors de son cœur au meilleur des sages.

Verse 51

विष्णुरुवाच । धन्यस्त्वं मुनिशार्दूल तपोनिधिरुदारधीः । भक्तित्रिकं न यस्यास्ति काममोहादयो मुने

Viṣṇu dit : « Béni sois-tu, ô tigre parmi les sages — un océan d'austérité et doté d'un noble intellect. Pour celui en qui la triple dévotion est absente, ô sage, le désir, l'illusion et le reste surgissent sûrement. »

Verse 52

विकारास्तस्य सद्यो वै भवंत्यखिलदुःखदाः । नैष्ठिको ब्रह्मचारी त्वं ज्ञानवैराग्यवान्सदा

Chez lui, les déformations du mental surgissent aussitôt et deviennent dispensatrices de toute souffrance. Mais toi, tu es un brahmacārī inébranlable pour la vie, toujours pourvu de la vraie connaissance et du détachement (vairāgya).

Verse 53

कथं कामविकारी स्या जन्मना विकृतस्सुधीः । इत्याद्युक्तं वचो भूरि श्रुत्वा स मुनिसत्तमः

Entendant longuement des paroles telles que : «Comment un véritable sage pourrait-il être altéré par le désir, ou déformé par la naissance ?», ce meilleur des munis écouta avec une attention profonde.

Verse 54

विजहास हृदा नत्वा प्रत्युवाच वचो हरिम् । नारद उवाच । किं प्रभावः स्मरः स्वामिन्कृपा यद्यस्ति ते मयि

Souriant et s’inclinant du fond du cœur, Nārada répondit à Hari : «Ô Seigneur, si Tu as compassion de moi, dis-moi : quelle est la puissance et la véritable efficacité de Smara (le dieu de l’Amour) ?».

Verse 55

इत्युक्त्वा हरिमानम्य ययौ यादृच्छिको मुनिः

Ayant ainsi parlé, le sage Yādṛcchika s’inclina avec révérence devant Hari (Viṣṇu) et s’en alla.

Frequently Asked Questions

Nārada undertakes intense tapas and enters “ahaṃ brahma” samādhi; Indra, fearing loss of sovereignty, summons Kāma (Smara) to obstruct the sage’s austerity.

It marks a nondual contemplative culmination of samādhi—knowledge oriented toward direct realization (brahma-sākṣātkāra)—and signals why the ascetic’s power alarms the gods.

Kāma/Smara embodies desire as a deliberate vighna deployed by Indra; the narrative frames desire and self-interested celestial politics as primary disruptors of yogic steadiness.