
L’Adhyāya 7 déroule une suite d’événements étroitement liés : Brahmā, après avoir accordé une grâce à un muni, se rend au lieu où demeure Medhātithi. Par la grâce de Śambhu (Śiva), Sandhyā reste méconnue des autres, mais elle se souvient du brāhmane-brahmacārin qui l’avait instruite dans le tapas ; un enseignement remontant à Vasiṣṭha, agissant sur l’ordre de Parameṣṭhin (Brahmā). Le maître fixé dans son esprit, Sandhyā adopte envers ce brahmacārin une orientation d’épouse (patitva), révélant l’entrecroisement de la discipline rituelle, du rôle social et de l’intention intérieure. Lors d’un grand yajña au feu allumé, elle entre de nouveau dans le cadre sacrificiel sans être remarquée des munis ; seule la faveur de Śiva permet qu’elle soit perçue. Son corps—dit « fait de puroḍāśa »—est aussitôt brûlé ; le feu le consume et, sur l’ordre de Śiva, transporte le reste purifié dans l’orbe solaire (sūryamaṇḍala). Le Soleil divise alors ce corps transfiguré en trois parts, établies pour la satisfaction des pitṛs et des devas : la part supérieure devient la Sandhyā du matin, inscrite dans l’ordonnance du jour et de la nuit ; le chapitre poursuit la mise en système de la triple manifestation de Sandhyā et de sa portée cosmologico-rituelle.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । वरं दत्त्वा मुने तस्मिन् शंभावंतर्हिते तदा । संध्याप्यगच्छत्तत्रैव यत्र मेधातिथिर्मुनिः
Brahmā dit : Après avoir accordé cette grâce au sage, lorsque le Seigneur Śambhu eut disparu de la vue, le sage alla accomplir sa sandhyā-vandana (prière du crépuscule) et se rendit en ce lieu même où se trouvait le muni Medhātithi.
Verse 2
तत्र शंभोः प्रसादेन न केनाप्युपलक्षिता । सस्मार वर्णिनं तं वै स्वोपदेशकरं तपः
Là, par la grâce de Śambhu, nul ne la remarqua. Alors elle se souvint de cet ascète brāhmacārin, celui qui lui avait donné un enseignement personnel sur le tapas (l’austérité).
Verse 3
वसिष्ठेन पुरा सा तु वर्णीभूत्वा महामुने । उपदिष्टा तपश्चर्तुं वचनात्परमेष्ठिनः
Ô grand sage, jadis elle devint une brahmacāriṇī, une jeune fille vouée à la discipline sacrée. Sur l’ordre de Parameṣṭhin (Brahmā), Vasiṣṭha lui enseigna d’entreprendre les austérités (tapas).
Verse 4
तमेव कृत्वा मनसा तपश्चर्योपदेशकम् । पतित्वेन तदा संध्या ब्राह्मणं ब्रह्मचारिणम्
Alors Saṃdhyā, ne fixant son esprit que sur lui comme maître des austérités, accepta ce brahmane brahmacārin, voué au célibat sacré, pour époux.
Verse 5
समिद्धेग्नौ महायज्ञे मुनिभिर्नोपलक्षिता । दृष्टा शंभुप्रसादेन सा विवेश विधेः सुता
Dans ce grand sacrifice, lorsque le feu fut pleinement attisé, la fille de Brahmā entra dans la flamme sans être remarquée des sages ; mais, par la grâce de Śambhu, elle fut véritablement perçue, dans sa réalité intérieure et son passage divin.
Verse 6
तस्याः पुरोडाशमयं शरीरं तत्क्षणात्ततः । दग्धं पुरोडाशगंधं तस्तार यदलक्षितम्
À cet instant précis, son corps — fait pour ainsi dire de l'offrande puroḍāśa — fut brûlé. Un parfum semblable à celui du puroḍāśa grillé se répandit partout, bien que sa source ne pût être perçue.
Verse 7
वह्निस्तस्याः शरीरं तु दग्ध्वा सूर्यस्य मंडलम् । शुद्धं प्रवेशयामास शंभोरेवाज्ञया पुनः
Après avoir brûlé son corps, Agni — à nouveau sur l'ordre de Śambhu — fit entrer l'essence purifiée dans le disque du Soleil.
Verse 8
सूर्यो त्र्यर्थं विभज्याथ तच्छरीरं तदा रथे । स्वकेशं स्थापयामास प्रीतये पितृदेवयोः
Alors le dieu Soleil partagea ce corps en trois parts et le plaça sur le char ; puis il y déposa sa propre chevelure, pour la satisfaction des Pitṛ (ancêtres) et des Deva.
Verse 9
तदूर्द्ध्वभागस्तस्यास्तु शरीरस्य मुनीश्वर । प्रातस्संध्याभवत्सा तु अहोरात्रादिमध्यगा
Ô seigneur des sages, la partie supérieure de son corps devint la Sandhyā du matin (l’aube), cette jonction sacrée qui se tient au commencement du jour et de la nuit, et à leur rencontre au milieu.
Verse 10
तच्छेषभागस्तस्यास्तु अहोरात्रांतमध्यगा । सा सायमभवत्संध्या पितृप्रीतिप्रदा सदा
La part restante devint le crépuscule à la jonction du jour et de la nuit. Elle se manifesta comme la Sandhyā du soir, dispensant sans cesse satisfaction et joie aux Pitṛ (esprits ancestraux).
Verse 11
सूर्योदयात्तु प्रथमं यदा स्यादरुणोदयः । प्रातस्संध्या तदोदेति देवानां प्रीतिकारिणी
Juste avant le lever du soleil, lorsque paraît la première lueur de l’aruṇodaya (l’aurore), s’élève alors la Sandhyā du matin — une observance qui procure joie et satisfaction aux Deva.
Verse 12
अस्तं गते ततः सूर्य्ये शोणपद्मनिभे सदा । उदेति सायं संध्यापि पितॄणां मोदकारिणी
Lorsque le soleil — toujours semblable à un lotus rouge — s'est couché, le crépuscule du soir (sandhyā) surgit ; il devient une source de joie pour les Pitṛs (esprits ancestraux).
Verse 13
तस्याः प्राणास्तु मनसा शंभुनाथ दयालुना । दिव्येन तु शरीरेण चक्रिरे हि शरीरिणः
Alors, par compassion, le Seigneur Śambhunātha (Śiva) le voulut dans Son esprit, et son souffle de vie revint ; en effet, l'être incarné fut restauré avec un corps divin.
Verse 14
मुनेर्यज्ञावसाने तु संप्राप्ते मुनिना तु सा । प्राप्ता पुत्री वह्निमध्ये तप्तकांचनसुप्रभा
Lorsque le sacrifice du sage toucha à sa fin, ce sage la reçut comme sa fille — elle apparut du sein du feu sacrificiel, rayonnante de l'éclat de l'or fondu.
Verse 15
तां जग्राह तदा पुत्रीं मुनुरामोदसंयुतः । यज्ञार्थं तान्तु संस्नाप्य निजक्रोडे दधौ मुने
Alors le sage, rempli de joie, prit cette fille dans ses bras. L'ayant baignée pour le rite sacrificiel, ô sage, il la plaça sur ses propres genoux.
Verse 16
अरुंधती तु तस्यास्तु नाम चक्रे महामुनिः । शिष्यैः परिवृतस्तत्र महामोदमवाप ह
Alors le grand sage lui conféra le nom d’« Arundhatī ». Là, entouré de ses disciples, il goûta une joie profonde.
Verse 17
विरुणद्धि यतो धर्मं सा कस्मादपि कारणात् । अतस्त्रिलोके विदितं नाम संप्राप तत्स्वयम्
Parce que, pour quelque raison, elle entrava le dharma, elle en vint ainsi à porter d’elle-même un nom devenu célèbre dans les trois mondes.
Verse 18
यज्ञं समाप्य स मुनिः कृतकृत्यभावमासाद्य संपदयुतस्तनया प्रलंभात् । तस्मिन्निजाश्रमपदे सह शिष्यवर्गैस्तामेव सततमसौ दयिते सुरर्षे
Ayant achevé le yajña, ce muni—se sentant pleinement accompli—devint prospère; et, sous l’insistance persévérante de sa fille Satī. Puis, dans son propre āśrama, avec le cercle de ses disciples, il ne cessait de la servir, elle seule, ô bien-aimé auditeur, le meilleur parmi les dieux et les ṛṣi.
Verse 19
अथ सा ववृधे देवी तस्मिन्मुनिवराश्रमे । चन्द्रभागानदीतीरे तापसारण्यसंज्ञके
Ensuite, la Déesse grandit et s’épanouit dans l’āśrama de ce muni excellent, sur la rive de la rivière Candrabhāgā, dans la forêt renommée Tāpasāraṇya, le bois des ascètes.
Verse 20
संप्राप्ते पञ्चमे वर्षे चन्द्रभागां तदा गुणैः । तापसारण्यमपि सा पवित्रमकरोत्सती
Quand advint la cinquième année, Satī—par ses propres vertus nobles—rendit sacrée la rivière Candrabhāgā, et même la forêt-āśrama des ascètes en fut sanctifiée.
Verse 21
विवाहं कारयामासुस्तस्या ब्रह्मसुतेन वै । वसिष्ठेन ह्यरुंधत्या ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः
Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara firent célébrer en bonne et due forme son mariage, par Vasiṣṭha—fils de Brahmā—avec Arundhatī.
Verse 22
तद्विवाहे महोत्साहो वभूव सुखवर्द्धनः । सर्वे सुराश्च मुनयस्सुखमापुः परं मुनो
Lors de cette célébration nuptiale, une grande fête s’éleva, accroissant la joie. Tous les dieux et les sages atteignirent le bonheur suprême, ô muni.
Verse 23
ब्रह्मविष्णुमहेशानां करनिस्सृततोयतः । सप्तनद्यस्समुत्पन्नाश्शिप्राद्यास्सुपवित्रकाः
De l’eau qui s’écoula des mains de Brahmā, de Viṣṇu et de Maheśa naquirent les sept fleuves sacrés—à commencer par la Shiprā—d’une puissance de purification extrême pour tous les êtres.
Verse 24
अरुंधती महासाध्वी साध्वीनां प्रवरोत्तमा । वसिष्ठं प्राप्य संरेजे मेधातिथिसुता मुने
Ô sage, Arundhatī—grande sādhvī, la plus éminente parmi les femmes chastes—ayant obtenu Vasiṣṭha, resplendit dans l’union bénie; elle était la fille de Medhātithi.
Verse 25
यस्याः पुत्रास्समुत्पन्नाः श्रेष्ठाश्शक्त्यादयश्शुभाः । वसिष्ठं प्राप्य तं कांतं संरेजे मुनिसत्तमाः
D’elle naquirent des fils nobles et de bon augure—Śakti en tête, puis les autres. Ayant obtenu Vasiṣṭha, son bien-aimé, elle se réjouit en lui; ainsi, ô meilleur des sages, vécut-elle dans l’allégresse.
Verse 26
एवं संध्याचरित्रं ते कथितं मुनिसत्तम । पवित्रं पावनं दिव्यं सर्वकामफलप्रदम्
Ainsi, ô le meilleur des sages, t’a été conté le récit sacré du culte de Sandhyā — pur, purificateur et divin — accordant les fruits de toutes les aspirations légitimes. Selon la perspective śaiva, une telle adoration disciplinée devient un moyen de purification intérieure (śuddhi) et de bhakti, soutenant l’âme dans son approche de Pati (Śiva).
Verse 27
य इदं शृणुयान्नारी पुरुषो वा शुभव्रतः । सर्वान्कामानवाप्नोति नात्र कार्या विचारणा
Toute femme ou tout homme aux vœux propices qui écoute ceci obtient tous les objets désirés ; il n’est nul besoin d’en douter ni d’en débattre davantage.
Sandhyā—by Śiva’s grace—enters the great yajña unnoticed, her ‘puroḍāśa-like’ body is burned by Agni, and she is conveyed into the Sun’s orb where her form is divided into three ritual-temporal functions.
Agni functions as a purifier and transformer, while the solar sphere represents cosmic ordering and illumination; together they encode the doctrine that divine command (Śiva’s ājñā) converts embodied/ritual substance into universal temporal-spiritual regulation.
A tripartite division associated with Sandhyā’s three temporal stations; the sample explicitly notes the upper portion becoming prātaḥ-sandhyā (morning twilight), with the chapter continuing to formalize the remaining portions.