
Brahmā s’adresse à un auditeur savant et présente la puissance purificatrice de l’écoute du grand tapas de Sandhyā, affirmant qu’elle détruit aussitôt les péchés accumulés. Après le retour de Vasiṣṭha chez lui, Sandhyā comprend l’intention intérieure et la discipline de l’ascèse, se prépare et commence ses austérités sur la rive de la rivière Bṛhallohita. Suivant l’enseignement de Vasiṣṭha, elle prend un mantra pour instrument principal de sa sādhana et adore Śaṅkara avec une bhakti concentrée. L’esprit fixé d’un seul point sur Śambhu, elle soutient un tapas intense durant une durée mythique immense, celle d’un caturyuga, montrant l’extrême constance de sa pratique. Satisfait, Śiva devient gracieux et manifeste sa propre forme, se révélant au-dedans et au-dehors, et dans le ciel même : une théophanie qui confirme l’ascèse. Le Seigneur apparaît dans la forme même que Sandhyā avait contemplée, soulignant le lien entre dhyāna (contemplation) et pratyakṣa (vision directe). Voyant devant elle le Maître serein et souriant, Sandhyā éprouve une joie mêlée de respect et d’hésitation ; elle se demande comment le louer, ferme les yeux et se recueille, prête à offrir un stotra ou à recevoir instruction et grâces.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । सुतवर्य महाप्राज्ञ शृणु संध्यातपो महत् । यच्छ्रुत्वा नश्यते पापसमूहस्तत्क्षणाद्ध्रुवम्
Brahmā dit : Ô le meilleur des Sūtas, ô toi d’une grande sagesse, écoute la grande discipline de la Sandhyā (culte du crépuscule). En l’entendant, l’amas entier des péchés est assurément détruit à l’instant même.
Verse 2
उपविश्य तपोभावं वसिष्ठे स्वगृहं गते । संध्यापि तपसो भावं ज्ञात्वा मोदमवाप ह
Après s'être assise et être entrée dans la disposition intérieure de l'austérité, quand Vasiṣṭha fut retourné dans sa propre demeure, Sandhyā aussi, comprenant l'esprit et l'intention de ce tapas, atteignit la joie.
Verse 3
ततस्सानंदमनसो वेषं कृत्वा तु यादृशम् । तपश्चर्तुं समारेभे बृहल्लोहिततीरगा
Alors, l'esprit rempli d'une joie sereine, elle revêtit une apparence appropriée et commença à entreprendre des austérités sur la rive du fleuve Bṛhallohitā.
Verse 4
यथोक्तं तु वशिष्ठेन मंत्रं तपसि साधनम् । मंत्रेण तेन सद्भक्त्या पूजयामास शंकरम्
Tout comme Vasiṣṭha l'avait instruit, elle adopta ce mantra comme moyen pour son tapas ; et avec ce mantra même, dans une véritable dévotion, elle adora Śaṅkara.
Verse 5
एकान्तमनसस्तस्याः कुर्वंत्या सुमहत्तपः । शंभौ विन्यस्तचित्ताया गतमेकं चतुर्युगम्
L’esprit absorbé dans la solitude, elle accomplit une austérité d’une grandeur extrême ; et, la conscience fixée sur Śambhu (le Seigneur Śiva), s’écoula un cycle entier des quatre yuga.
Verse 6
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां द्वितीये सतीखंडे संध्याचरित्रवर्णनं नाम षष्ठोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa, dans la Deuxième section, la Rudra Saṃhitā—au sein de sa Deuxième division, le Satī Khaṇḍa—s’achève le Sixième chapitre intitulé « Description de l’observance de Sandhyā et de son récit ».
Verse 7
यद्रूपं चिंतयंती सा तेन प्रत्यक्षतां गतः
Quelle que fût la forme du Seigneur que Satī contemplait en son cœur, par cette seule contemplation Il se rendit manifestement présent devant elle.
Verse 8
अथ सा पुरतो दृष्ट्वा मनसा चिंतितं प्रभुम् । प्रसन्नवदनं शांतं मुमोदातीव शंकरम्
Alors elle vit devant elle le Seigneur qu’elle avait contemplé en son esprit—Śaṅkara, au visage gracieux et à la présence paisible—et elle exulta de joie.
Verse 9
ससाध्वसमहं वक्ष्ये किं कथं स्तौमि वा हरम् । इति चिंतापरा भूत्वा न्यमीलयत चक्षुषी
Saisie d’une crainte révérencielle, elle se dit : «Que dirai-je, et comment pourrais-je vraiment louer Hara (Śiva) ?» Plongée dans cette pensée anxieuse, elle ferma doucement les yeux.
Verse 10
निमीलिताक्ष्यास्तस्यास्तु प्रविश्य हृदयं हरः । दिव्यं ज्ञानं ददौ तस्यै वाचं दिव्ये च चक्षुषी
Lorsqu’elle eut fermé les yeux, Hara entra dans son cœur et lui accorda la connaissance divine, ainsi qu’une voix divine et des yeux divins (vision intérieure).
Verse 11
दिव्यज्ञानं दिव्यचक्षुर्दिव्या वाचमवाप सा । प्रत्यक्षं वीक्ष्य दुर्गेशं तुष्टाव जगतां पतिम्
Elle obtint la connaissance divine, la vision divine et une voix divine. Puis, voyant Durgeśa présent devant elle, elle loua le Seigneur des mondes.
Verse 12
संध्योवाच । निराकारं ज्ञानगम्यं परं यन्नैव स्थूलं नापि सूक्ष्मं न चोच्चम् । अंतश्चिंत्यं योगिभिस्तस्य रूपं तस्मै तुभ्यं लोककर्त्रे नमोस्तु
Sandhyā dit : Ô Suprême—sans forme et accessible par la connaissance véritable—Tu n’es ni grossier ni subtil, ni élevé ni abaissé. Les yogins contemplent au-dedans ta forme réelle ; à Toi, Créateur et Soutien des mondes, soient mes salutations.
Verse 13
सर्वं शांतं निर्मलं निर्विकारं ज्ञानागम्यं स्वप्रकाशेऽविकारम् । खाध्वप्रख्यं ध्वांतमार्गात्परस्तद्रूपं यस्य त्वां नमामि प्रसन्नम्
Je me prosterne devant Toi, ô Seigneur bienveillant, dont la forme est toute paix, sans tache et immuable—accessible par la connaissance véritable, auto-lumineuse et toujours sans altération ; vaste comme l’étendue de l’espace, au-delà du chemin des ténèbres (ignorance).
Verse 14
एकं शुद्धं दीप्यमानं तथाजं चिदानंदं सहजं चाविकारि । नित्यानंदं सत्यभूतिप्रसन्नं यस्य श्रीदं रूपमस्मै नमस्ते
Salut à Celui dont la forme accorde l’heureuse prospérité : Lui, l’Unique, le Pur, resplendissant de sa propre lumière, non-né ; dont l’essence est Conscience et Béatitude ; spontané et immuable ; Béatitude éternelle, gracieusement satisfait par la Vérité et la puissance sacrée (bhūti).
Verse 15
विद्याकारोद्भावनीयं प्रभिन्नं सत्त्वच्छंदं ध्येयमात्मस्वरूपम् । सारं पारं पावनानां पवित्रं तस्मै रूपं यस्य चैवं नमस्ते
Salutations à Celui dont la Forme est ainsi : réalisable par la manifestation de la connaissance sacrée ; distincte et transcendante ; de sattva pur et parfaitement accordée à la Vérité ; digne d’être méditée comme la nature essentielle du Soi. Il est la quintessence et l’autre rive, le Purificateur de tout ce qui purifie, le Très-Saint suprême.
Verse 16
यत्त्वाकारं शुद्धरूपं मनोज्ञं रत्नाकल्पं स्वच्छकर्पूरगौरम् । इष्टाभीती शूलमुंडे दधानं हस्तैर्नमो योगयुक्ताय तुभ्यम्
Salutations à Toi, établi dans le Yoga : dont la forme est absolument pure et ravissante, parée comme un joyau et rayonnante de la blancheur limpide du camphre ; et qui, de Tes mains, portes la grâce qui exauce le désir, le geste qui dissipe la peur, le trident et le crâne. À Toi, mon hommage.
Verse 17
गगनं भूर्दिशश्चैव सलिलं ज्योतिरेव च । पुनः कालश्च रूपाणि यस्य तुभ्यं नमोस्तु ते
Salutations à Toi : à Toi appartiennent le ciel, la terre, les directions, les eaux et le principe même de la lumière ; et encore, à Toi appartiennent le temps lui-même et toutes les formes. À Toi, ô Seigneur, je m’incline avec révérence.
Verse 18
प्रधानपुरुषौ यस्य कायत्वेन विनिर्गतौ । तस्मादव्यक्तरूपाय शंकराय नमोनमः
Salutations encore et encore à Śaṅkara, dont le propre corps fait surgir Pradhāna (la Nature primordiale) et Puruṣa (le principe conscient). Ainsi, hommage au Seigneur de forme non manifestée (avyakta).
Verse 19
यो ब्रह्मा कुरुते सृष्टिं यो विष्णुः कुरुते स्थितिम् । संहरिष्यति यो रुद्रस्तस्मै तुभ्यं नमोनमः
Hommage, hommage sans cesse à Toi : Toi qui, en tant que Brahmā, accomplis la création ; qui, en tant que Viṣṇu, la maintiens ; et qui, en tant que Rudra, la résorberas à la fin. À ce Seigneur suprême, à Toi je me prosterne.
Verse 20
नमोनमः कारणकारणाय दिव्यामृतज्ञानविभूतिदाय । समस्तलोकांतरभूतिदाय प्रकाशरूपाय परात्पराय
Hommage, hommage sans cesse à Śiva, Cause de toutes les causes, qui dispense la connaissance divine et immortelle ainsi que la souveraineté spirituelle ; qui accorde l’existence et le bien-être à travers tous les mondes ; dont la nature est la conscience lumineuse, le Suprême au-delà du suprême.
Verse 21
यस्याऽपरं नो जगदुच्यते पदात् क्षितिर्दिशस्सूर्य इंदुर्मनौजः । बर्हिर्मुखा नाभितश्चान्तरिक्षं तस्मै तुभ्यं शंभवे मे नमोस्तु
De Tes pieds, dit-on, procède l’univers tout entier—la terre, les directions, le soleil, la lune et la force vitale de l’esprit ; Ton visage est le feu sacré de l’autel, et la région de Ton nombril est l’espace médian. À ce Seigneur auspicious Śambhu, à Toi seul va ma salutation révérencieuse.
Verse 22
त्वं परः परमात्मा च त्वं विद्या विविधा हरः । सद्ब्रह्म च परं ब्रह्म विचारणपरायणः
Tu es le Suprême, et Tu es aussi le Soi suprême. Tu es les formes multiples de la connaissance sacrée, ô Hara. Tu es le Brahman véritable et le Brahman transcendant, toujours voué au discernement et à l’investigation du Réel.
Verse 23
यस्य नादिर्न मध्यं च नांतमस्ति जगद्यतः । कथं स्तोष्यामि तं देवं वाङ्मनोगोचरं हरम्
Celui dont procède cet univers n’a ni commencement, ni milieu, ni fin. Comment pourrais-je louer dignement ce Dieu—Hara—qui dépasse la portée de la parole et même de l’esprit ?
Verse 24
यस्य ब्रह्मादयो देव मुनयश्च तपोधनाः । न विप्रण्वंति रूपाणि वर्णनीयः कथं स मे
Même Brahmā et les autres dieux, et les sages munis riches d’austérités, ne saisissent pas pleinement Ses formes. Comment donc pourrais-je Le décrire comme il convient ?
Verse 25
स्त्रिया मया ते किं ज्ञेया निर्गुणस्य गुणाः प्रभो । नैव जानंति यद्रूपं सेन्द्रा अपि सुरासुराः
Ô Seigneur, comment moi—une femme—pourrais-je comprendre les « qualités » de Toi qui es au-delà de toute qualité ? En vérité, ni les dieux ni les asuras, Indra compris, ne connaissent Ta forme réelle.
Verse 26
नमस्तुभ्यं महेशान नमस्तुभ्यं तमोमय । प्रसीद शंभो देवेश भूयोभूयो नमोस्तु ते
Hommage à Toi, ô Maheśāna ; hommage à Toi, ô Seigneur qui pénètres même l’obscurité (tamas). Sois clément, ô Śambhu, ô Seigneur des dieux ; encore et encore, hommage à Toi.
Verse 27
ब्रह्मोवाच । इत्याकर्ण्य वचस्तस्यास्संस्तुतः परमेश्वरः । सुप्रसन्नतरश्चाभूच्छंकरो भक्तवत्सलः
Brahmā dit : Ayant entendu ses paroles et reçu ses louanges, le Seigneur Suprême—Śaṅkara, toujours plein de tendresse pour Ses dévots—devint plus encore bienveillant, comblé de grâce et profondément réjoui.
Verse 28
अथ तस्याश्शरीरं तु वल्कलाजिनसंयुतम् । परिच्छन्नं जटाव्रातैः पवित्रे मूर्ध्नि राजितैः
Alors son corps fut vêtu d’écorce et de peau de daim ; une grande masse de cheveux emmêlés (jaṭā) la couvrait, tandis que son sommet brillait du signe sacré, purificateur.
Verse 29
हिमानीतर्जितांभोजसदृशं वदनं तदा । निरीक्ष्य कृपयाविष्टो हरः प्रोवाच तामिदम्
Alors Hara, voyant son visage—pareil à un lotus courbé sous le froid du givre—fut saisi de compassion et lui adressa ces paroles.
Verse 30
महेश्वर उवाच । प्रीतोस्मि तपसा भद्रे भवत्याः परमेण वै । स्तवेन च शुभप्राज्ञे वरं वरय सांप्रतम्
Maheśvara dit : « Ô bienheureuse, je suis vraiment satisfait de ton austérité suprême et de ton hymne de louange, ô toi dont la sagesse est de bon augure. À présent, en cet instant même, choisis une grâce. »
Verse 31
येन ते विद्यते कार्यं वरेणास्मिन्मनोगतम् । तत्करिष्ये च भद्रं ते प्रसन्नोहं तव व्रतैः
Quel que soit le dessein que tu portes en ton cœur et que tu souhaites accomplir par cette grâce, je l’accomplirai. Que l’auspice soit sur toi ; je suis satisfait de tes vœux et de tes observances.
Verse 32
ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा महेशस्य प्रसन्नमनसस्तदा । संध्योवाच सुप्रसन्ना प्रणम्य च मुहुर्मुहुः
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu Mahēśa, dont l’esprit était alors paisible et plein de grâce, Saṃdhyā, toute réjouie, parla en se prosternant encore et encore.
Verse 33
संध्योवाच । यदि देयो वरः प्रीत्या वरयोग्यास्म्यहं यदि । यदि शुद्धास्म्यहं जाता तस्मात्पापान्महेश्वर
Saṃdhyā dit : «Si, par Ton amour bienveillant, un bienfait doit être accordé—si je suis vraiment digne de le recevoir, et si je suis née purifiée—alors, ô Maheśvara, délivre-moi des péchés.»
Verse 34
यदि देव प्रसव्रोऽसि तपसा मम सांप्रतम् । वृतस्तदायं प्रथमो वरो मम विधीयताम्
Ô Seigneur, si, à présent, Tu es vraiment bien disposé envers moi grâce à mes austérités, qu’il me soit alors accordé ce premier don que je choisis.
Verse 35
उत्पन्नमात्रा देवेश प्राणिनोस्मिन्नभः स्थले । न भवंतु समेनैव सकामास्संभवंतु वै
Ô Seigneur des dieux, dès que les êtres naissent dans cette région du ciel, qu’ils ne viennent pas tous à l’existence de manière identique ; mais que ceux qui portent des désirs naissent selon leurs inclinations propres et leurs tendances karmiques.
Verse 36
यद्धि वृत्ता हि लोकेषु त्रिष्वपि प्रथिता यथा । भविष्यामि तथा नान्या वर एको वृतो मया
« De même que le cours des événements est renommé dans les trois mondes, ainsi deviendrai-je, et non autrement. C’est ce seul don que j’ai choisi. »
Verse 37
सकामा मम सृष्टिस्तु कुत्रचिन्न पतिष्यति । यो मे पतिर्भवेन्नाथ सोपि मेऽतिसुहृच्च वै
Mon désir, né de l’aspiration ardente, ne périra nulle part. Ô Seigneur, quel que soit celui qui deviendra mon époux, il sera aussi, à coup sûr, mon ami le plus proche et le plus cher.
Verse 38
यो द्रक्ष्यति सकामो मां पुरुषस्तस्य पौरुषम् । नाशं गमिष्यति तदा स च क्लीबो भविष्यति
Tout homme qui me regarde avec convoitise : sa vigueur virile ira alors à sa perte, et il deviendra impuissant.
Verse 39
ब्रह्मोवाच । इति श्रुत्वा वचस्तस्यश्शंकरो भक्तवत्सलः । उवाच सुप्रसन्नात्मा निष्पापायास्तयेरिते
Brahmā dit : Ayant ainsi entendu ses paroles, Śaṅkara—plein de tendresse pour Ses dévots—parla d’un cœur souverainement bienveillant, en réponse à l’énoncé de cette innocente.
Verse 40
महेश्वर उवाच । शृणु देवि च संध्ये त्वं त्वत्पापं भस्मतां गतम् । त्वयि त्यक्तो मया क्रोधः शुद्धा जाता तपःकरात्
Maheshvara dit : «Écoute, ô Déesse. En ce sandhyā sacré, ton péché a été réduit en cendres. J’ai rejeté Ma colère envers toi ; par la puissance de ton austérité, tu es devenue pure.»
Verse 41
यद्यद्वृतं त्वया भद्रे दत्तं तदखिलं मया । सुप्रसन्नेन तपसा तव संध्ये वरेण हि
«Ô toi l’auspicieuse, quel que soit le don que tu as choisi, Je te l’ai accordé tout entier : par ta pénitence accomplie dans une parfaite sérénité, et par la puissance du sandhyā sacré et de la grâce qui s’y rattache.»
Verse 42
प्रथमं शैशवो भावः कौमाराख्यो द्वितीयकः । तृतीयो यौवनो भावश्चतुर्थो वार्द्धकस्तथा
La première condition est la petite enfance ; la deuxième est appelée l’enfance. La troisième condition est la jeunesse, et la quatrième, de même, est la vieillesse.
Verse 43
तृतीये त्वथ संप्राप्ते वयोभागे शरीरिणः । सकामास्स्युर्द्वितीयांतो भविष्यति क्वचित् क्वचित्
Lorsque les êtres incarnés parviennent à la troisième étape de la vie, ils tendent à être mus par le désir ; et, en certains cas, la fin de la deuxième étape devient elle aussi ainsi.
Verse 44
तपसा तव मर्यादा जगति स्थापिता मया । उत्पन्नमात्रा न यथा सकामास्स्युश्शरीरिणः
«Par ton tapas (austérité), J’ai établi dans le monde ton ordonnance légitime—afin que les êtres incarnés, dès leur naissance, ne soient pas aussitôt entraînés par le désir.»
Verse 45
त्वं च लोके सतीभावं तादृशं समवाप्नुहि । त्रिषु लोकेषु नान्यस्या यादृशं संभविष्यति
«Et toi aussi, en ce monde, tu atteindras un tel état de Satī (Satī-bhāva). Dans les trois mondes, nulle autre femme ne verra naître en elle une nature et une excellence pareilles.»
Verse 46
यः पश्यति सकामस्त्वां पाणिग्राहमृते तव । स सद्यः क्लीबतां प्राप्य दुर्बलत्वं गमिष्यति
«Quiconque, poussé par le désir, te regarde sans la sainteté de ton mariage légitime (le rite de la prise de la main), devient aussitôt impuissant et tombe dans la faiblesse.»
Verse 47
पतिस्तव महाभागस्तपोरूपसमन्वितः । सप्तकल्पांतजीवी च भविष्यति सह त्वया
Ô très fortunée, ton époux sera pourvu de la forme même du tapas, l’austérité sacrée. Il vivra jusqu’à la fin de sept kalpas et demeurera auprès de toi.
Verse 48
इति ते ये वरा मत्तः प्रार्थितास्ते कृता मया । अन्यच्च ते वदिष्यामि पूर्वजन्मनि संस्थितम्
«Ainsi, les grâces que tu M’as demandées, Je te les ai accordées. Et de plus, Je te dirai aussi ce qui fut établi dans ta naissance précédente.»
Verse 49
अग्नौ शरीत्यागस्ते पूर्वमेव प्रतिश्रुतः । तदुपायं वदामि त्वां तत्कुरुष्व न संशयः
« Tu avais déjà fait le vœu d'abandonner ton corps dans le feu. Je vais maintenant te dire le moyen d'y parvenir — fais-le exactement ainsi, sans aucun doute. »
Verse 50
स च मेधातिथिर्यज्ञे मुने द्वादशवार्षिके । कृत्स्नप्रज्वलिते वह्नावचिरात् क्रियतां त्वया
Ô sage, dans ce sacrifice de douze ans, que Medhātithi t'offre aussi sans délai dans le feu sacrificiel qui brûle de tous côtés.
Verse 51
एतच्छैलोपत्यकायां चंद्रभागानदीतटे । मेधातिथिर्महायज्ञं कुरुते तापसाश्रमे
Dans la vallée de cette montagne même, sur la rive de la Chandrabhāgā, le sage Medhātithi accomplit un grand yajña dans son ermitage d’austérités.
Verse 52
तत्र गत्वा स्वयं छंदं मुनिभिर्न्नोपलक्षिता । मत्प्रसादाद्वह्निजाता तस्य पुत्री भविष्यसि
«Va là-bas; de ton plein gré tu entreras dans le rite sacré, sans être remarquée des munis. Par ma grâce tu naîtras du feu et tu deviendras sa fille.»
Verse 53
यस्ते वरो वाञ्छनीयः स्वामी मनसि कश्चन । तं निधाय निजस्वांते त्यज वह्नौ वपुः स्वकम्
«Quel que soit le Seigneur, le Maître bien-aimé que tu désires en ton cœur pour époux—établis-le fermement en ton for intérieur—puis jette ton corps dans le feu sacré.»
Verse 54
यदा त्वं दारुणं संध्ये तपश्चरसि पर्वते । यावच्चतुर्युगं तस्य व्यतीते तु कृते युगे
Lorsque tu accompliras de rudes austérités à la Sandhyā —aux seuils sacrés de l’aube et du crépuscule— sur la montagne, et lorsque la durée de quatre yuga sera écoulée, alors, dans ce Kṛta-yuga accompli, le fruit décrété adviendra à coup sûr.
Verse 55
त्रेतायाः प्रथमे भागे जाता दक्षस्य कन्यका । वाक्पाश्शीलसमापन्ना यथा योग्यं विवाहिताः
Dans la première partie du Tretā-yuga naquirent les filles de Dakṣa. Pourvues d’éloquence, de pudeur maîtrisée et de bonne conduite, elles furent mariées à des époux convenables, selon la juste bienséance.
Verse 57
तन्मध्ये स ददौ कन्या विधवे सप्तविंशतिः । चन्द्रोऽन्यास्संपरित्यज्य रोहिण्यां प्रीतिमानभूत् । तद्धेतोर्हि यदा चन्द्रश्शप्तो दक्षेण कोपिना । तदा भवत्या निकटे सर्वे देवास्समागताः
Parmi elles, il donna vingt-sept filles en mariage au dieu Lune. Mais la Lune, délaissant les autres, s’attacha d’un amour particulier à Rohiṇī. Aussi, lorsque la Lune fut maudite par Dakṣa en courroux pour cette raison, tous les Devas se rassemblèrent près de toi, ô Devī.
Verse 58
न दृष्टाश्च त्वया संध्ये ते देवा ब्रह्मणा सह । मयि विन्यस्तमनसा खं च दृष्ट्वा लभेत्पुनः
Ô Sandhyā, tu n’as pas vu ces Devas avec Brahmā. Fixe entièrement ton esprit sur Moi, et contemple le ciel comme Mon immensité qui pénètre tout; alors tu les retrouveras et recouvreras leur vision.
Verse 59
चंद्रस्य शापमोक्षार्थं जाता चंद्रनदी तदा । सृष्टा धात्रा तदैवात्र मेधातिथिरुपस्थितः
Alors, afin de délivrer la Lune du fardeau de la malédiction, naquit la rivière nommée Candranadī. En ce même instant, par Dhātṛ, le Créateur, Medhātithi fut aussi produit et apparut en ce lieu.
Verse 60
तपसा सत्समो नास्ति न भूतो न भविष्यति । येन यज्ञस्समारब्धो ज्योतिष्टोमो महाविधिः
Aucun mérite sacré n’égale l’austérité (tapas) : il n’en fut point dans le passé et il n’en sera point dans l’avenir ; car c’est par l’austérité que l’on entreprend et met en mouvement avec succès le grand sacrifice Jyotiṣṭoma, selon la règle rituelle majeure.
Verse 61
तत्र प्रज्वलितो वह्निस्तस्मिन्त्यज वपुः स्वकम् । सुपवित्रा त्वमिदानीं संपूर्णोस्तु पणस्तव
Là, le feu flamboie; jette-y ton propre corps. À présent tu es totalement purifiée—que ton vœu solennel s’accomplisse pleinement.
Verse 62
एतन्मया स्थापितन्ते कार्यार्थं भो तपस्विनि । तत्कुरुष्व महाभागे याहि यज्ञे महामुनेः । तस्याहितं च देवेशस्तत्रैवांतरधीयत
Ô femme ascète, j’ai disposé cela pour toi en vue de l’œuvre à accomplir. Ainsi, ô très fortunée, agis de la sorte et rends-toi au yajña de ce grand sage. Après lui avoir transmis ce qui lui était salutaire, le Seigneur des dieux (Śiva) s’évanouit sur-le-champ.
Sandhyā undertakes prolonged mantra-guided tapas (per Vasiṣṭha’s instruction) at the Bṛhallohita riverbank, after which Śiva (Śaṅkara/Śambhu) is pleased and manifests directly before her.
It encodes the Śaiva principle that sustained dhyāna with mantra and devotion can culminate in pratyakṣa-darśana: the deity’s manifestation corresponds to the devotee’s stabilized inner visualization, validated by grace.
Śiva is said to reveal his own form ‘within and without’ and ‘in the sky,’ emphasizing omnipresence while still granting a concrete, perceivable theophany to the devotee.